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Mon itinéraire au Yucatan (sauf qu’en vrai le bus zigzaguait pas autant et je nage peut-être pas aussi loin…)

« Voyage au Yucatan II », c’est la suite de « Voyage au Yucatan I »que vous pouvez lire ici.

De Cancun, j’ai fait une boucle, passant par Playa del Carmen, Tulum, Coba, Pisté et Chichen Itzaa, Valadholid puis Cancun à nouveau.

Outre la fête façon springbreak qu’on rencontre à Cancun et Playa del Carmen, les autres aventures qui s’offraient à moi étaient celles des « cénotes » et des ruines mayas.

Quittant Playa del Carmen où j’eu l’occasion d’assister à l’arrestation de trois dangereux fumeurs de haschich par des policiers armés jusqu’aux dents, mitraillettes sous le bras qui emmenèrent les jeunes gringos effrontés loin de leurs vacances, je me dirigeai vers un cénote : je parie que vous savez tous ce que c’est.

L’aventure de nager dans un cénote.

Loin de toute civilisation, au coeur d’une jungle remplie à ras bord de jaguars (la « jungla » comme on dit ici), j’ai retrouvé la piste des Mayas !

« Cénote » signifie « puits » en maya. Les cénotes sont des espèces d’effondrement de terrain où qu’il y a de l’eau. De l’eau très très claire avec des poissons dedans, des tortues et des touristes. Les poissons, surtout les petits, sont très affectueux : ils viennent te manger tes bouts de peau morte. J’étais plein de bouts de peau morte, ai-je appris à l’occasion et les poissons m’ont chopé tout partout. J’ai hésité à sortir Zizette (ma zizette) pour voir s’ils s’y accrocheraient, et pourquoi pas tenter d’en pêcher quelques-uns ? Non que je sois pervers ou débile, mais parce qu’il y a une question fondamentale que le philosophe de l’Aventure doit se poser au terme de son existence, les yeux dans les yeux, sur son lit de mort : « Qu’ai-je donc fait qu’aucun autre n’ait fait avant moi ? ». « Rien » n’est pas la réponse qui sied à un aventurier digne de ce nom ; Christophe Colomb dirait « J’ai découvert l’Amérique » ; Vasco de Gama dirait « J’ai ouvert la route des Indes » ; et j’espérais bien pouvoir dire : « J’ai pêché des poissons avec ma bite » (en plus d’un tas d’autres exploits – bien évidemment).

Raté, pour cette fois.

Le courage à l’état pur.

Alors je suis allé nager près des arbres et de leurs grosses racines verdâtres très très inquiétantes. Je ne sais pas trop de quoi je pouvais avoir peur vu que les requins fréquentent peu les parages et que les crocodiles n’aiment pas l’eau propre… Mais j’aurais pu avoir peur d’un serpent par exemple, ou d’un gros vers qui viendrait s’enfoncer sous ma peau pour pondre des œufs qui me rongeraient de l’intérieur. Ces idées me traversant, je poussai de courtes (mais néanmoins esthétiques) accélérations : « Grenouille ! Ecarté ! Serré ! », en avalant la tasse.

Le deuxième cénote que j’ai essayé était encore plus aventuresque : avec ses larges grottes, ses stalactites et ses chauves-souris peut-être vampires. Les chauves-souris dormaient au plafond en se bousculant les unes les autres. De temps en temps l’une d’entre elles se détachait du groupe, déployant ses ailes en parapluie pour faire des cercles et retourner se manteau-porter au même endroit. Passionnant. Il y avait aussi des petits oiseaux qui avaient construit leur nid au ras de l’eau, contre la paroi, et quelques mini-iguanes… Soit, des lézards, admettons. Que dire de plus sur les cénotes ? Que leur eau est très légère par exemple, qu’on s’enfonce plus vite dedans mais que nos gestes y sont plus aisés, rapides, graciles, libérés des contraintes du temps, comme si l’onde, tirée du sein des nues de l’Olympe, nobles et pâles dans le ciel de la Grèce… Muuuuuuses ! Mais Muu-seuh ! Ne me laisserez-vous donc jamais en paix ?!

…et après je suis allé risquer ma vie dans des grottes avec des chauves-souris et tout.

Bref : nager dans un cénote c’est comme nager dans une bouteille de Vittel (ou d’Evian : je suis en train de négocier le contrat).

Sur la piste des Mayas

J’avais déjà eu l’occasion de m’en étonner lors de ma première visite au Mexique : que contrairement à ce que je m’imaginais, les peuples précolombiens existent toujours au Mexique, vu qu’ils n’ont pas été génocidés comme aux Etats-Unis.

Les Aztèques existent plus trop parce qu’ils ont beaucoup niqué avec les Espagnols et les autres peuplades que l’évolution du pays a concentré dans et autour de la capitale. En revanche les Mayas existent toujours beaucoup, et parlent même une langue : le maya, ce qui est plutôt rare sur un continent où les gens sont habitués à parler des langues qui portent pas leur nom.

Un maya, sa pyramide et un chauve (qui n’est pas en train de faire caca: j’essayais de convaincre le maya de sauter avec moi sur la photo pour que ça fasse un super effet spécial et tout)

J’ai appris un peu de maya comme ça, pour l’occase, histoire de rajouter la ligne « parle maya » sur mon CV. Maintenant je sais dire « bien » en maya, qui se dit « malo », exactement de la même manière qu’on dit « mal » en espagnol !! C’est pas un truc de dingue ça ?! Que cette civilisation soit tombée devant une autre civilisation qui appelle « mal » ce qu’elle-même appelle « bien » ? Y aurait presque un livre à écrire là-dessus, mais il serait tellement chiant à lire que je passe la main.

L’autre truc à savoir sur les Mayas, c’est qu’ils adoraient construire des ruines. Du coup on peut en visiter plein un peu partout et je ne me suis pas privé : sur la plage à Tulum ; dans la jungle à Coba ; et le fameux Chichen Itzaa près de Pisté, à l’intérieur des terres. Mais où qu’elles se trouvent, ces ruines ont un intéressant point commun : il faut payer pour les visiter.

A part ça, les Mayas ont construit beaucoup de pyramides qui ne sont pas aussi pyramidales que leurs cousines d’Egypte mais qu’on appelle « pyramides » quand même parce que. Voilà ce que j’ai appris sur les Mayas en voyageant par bus de ruines en ruines, emmitouflé dans ma polaire pour pas choper la crève à cause de l’air conditionné :

Ce que j’ai appris sur les Mayas

En sortant de chez mon coiffeur maya.

Côté physique, les Mayas avaient des archétypes de beauté pas pareils que chez nous. De même que « bien », en maya, se dit avec le mot qui signifie son contraire en espagnol, de même la beauté maya devait être à l’opposé des critères européens : leurs tête étaient volontairement déformées à la naissance par des bandages qui leur faisaient le crâne plat devant et pointu derrière. Le strabisme ayant la côte, les beaux Mayas étaient louches et il n’y avait pas chez eux de beaux sourires sans dents incrustées de pierreries… Plutôt étrange, non ? Ne pouvaient-ils pas porter les dents alignées, des cheveux teints en blond et des seins en plastique comme les peuples civilisés ?

D’où ma première conclusion sur ce peuple énigmatique : les Mayas étaient bizarres.

Ils étaient petits surtout, trop petits pour utiliser des arcs, utilisant à la place des sortes de propulseurs-à-javelots mécaniques. Petits mais néanmoins ingénieux : en dehors de leurs fastueuses cités, ou plus exactement « entre » elles, ils avaient construit de zolies routes qui traversaient la jungle, sauvage et dangereuse (où je me trouvais moi-même). Ces routes, appelées « sac’bé » (= blanc chemin) étaient larges, blanches et hautes : afin que la lune s’y reflète et qu’on puisse voir les serpents et les jaguars venir de loin. Fallait y penser !

Les Mayas avaient le goût des apparts avec vue sur la mer. Ah ils se faisaient pas chier les Mayas !

Les Mayas avaient aussi le goût du sacrifice humain. Mais pas le sacrifice bête et méchant comme on l’a souvent dit, non ! Ils avaient inventé plein de façons amusantes de se sacrifier. Vous connaissez sans doute déjà le coup du sacrifice du haut de la pyramide : on arrache le cœur d’un type et on le fait rouler tout en bas. Les pyramides font jusqu’à 40 mètres de haut, ce qui faisait son petit effet lorsque le cœur descendait : poc, poc, ploc.

Pour les enfants, les Mayas avaient d’autres trucs : ils les jetaient dans de profonds cénotes qu’ils avaient identifiés comme des « bouches ouvertes vers l’inframonde », afin que les enfants remontent pour leur raconter les mystères de l’au-delà ; de quoi il résulte que les Mayas savaient peu de choses à ce sujet.

Beaucoup plus fun, mais réservé aux hommes, les Mayas avaient aussi inventé un jeu : le « poc’tapoc » (au nom ça a l’air plutôt enfantin mais en fait bof), une méthode sacrificielle ludique, ancêtre du basket ball. Le terrain se présentait comme suit : une cour entre deux murs opposés l’un à l’autre sur le flanc de chacun desquels les Mayas avaient construit un arceau en pierre, sorte de « panier » vertical, plutôt qu’horizontal. Sous ce panier, le long du mur : une estrade en pierre accueillant le capitaine de chacune des deux équipes de sept joueurs. Le but du jeu : tenter, chaque équipe à son tour, de passer le ballon en caoutchouc-rebondissant dans l’arceau sans utiliser les mains, les pieds, les jambes ou la tête… Restaient donc : les coudes, les épaules et les hanches. Facile ! Ou plutôt non, pas trop facile, mais vu qu’on coupait la tête du capitaine gagnant à la fin, fallait pas que le match se termine trop vite, au risque de manquer de capitaines… Le match pouvait donc durer plusieurs mois, sauf aux équinoxes (ou aux trucs-qui-se-passent-dans-le-ciel-de-ce-genre) : le ballon représentant le soleil, il était alors impératif qu’il passe dans l’arceau pour garantir le retour du soleil le lendemain.

Un terrain de Poc’tapoc: on distingue les arceaux et l’estrade de chaque côté. Le public était juché en haut des murs et renvoyait la balle lorsqu’elle rebondissait trop loin.

On peut légitimement se demander comment les Mayas supportaient d’être sacrifiés aussi souvent, voire pourquoi ils étaient volontaires. Deux raisons sont envisageables.

La première était leur perception tout à fait différente de la vie et de la mort. Si le monde chrétien prétend qu’il faut être bon et vertueux pour avoir une belle vie après la mort, le monde maya prêchait que c’était la façon de mourir qui garantissait le salut : être sacrifié aux dieux était la meilleure façon de mourir car elle permettait à coup sûr de s’unir au soleil avant d’être ressuscité en colibri (et non en abeille comme on s’y attendait tous), ce qui semble être le plus beau destin qu’un Maya puisse souhaiter. Par ailleurs il n’est pas fou, lorsqu’on est une femme Maya par exemple ; mariée à treize ans ; ayant eu un enfant tous les ans jusqu’à devenir grand-mère à vingt-six ans où l’on n’est plus alors utile qu’à travailler ; il n’est pas fou, disais-je, d’envisager le sacrifice comme une alternative alléchante.

La seconde raison c’est que, si un citoyen lambda essayait de protester avec ses p’tits copains, le prêtre (et ses gardes du corps) l’empoignait à bras le corps et l’entaillait en dessous des cottes pour y glisser la main, passant par-dessous la cage thoracique jusqu’au cœur qu’il arrachait avant de mordre dedans à belles dents. Ca décourageait pas mal, dit-on.

Epilogue

Le camion publicitaire qui m’a brisé les pastèques.

Aujourd’hui les Mayas ne sacrifient plus personnes. Ils mangent chez Macdo, boivent du coca et vivent donc en démocratie. Ce qui m’a bien fait chier d’ailleurs : lorsque leur camion publicitaire tournait en boucle le matin. La sono bien à fond, spécialement étudiée pour traverser les murs, mon oreiller, mes doigts, mes tympans, mes cerveaux. Sur une petite musique chantante, qui reste bien dans la tête, le message vantait les vertus du parti de la droite dure : j’étais tombé en pleine période électorale. Je les ai haïs au premier passage, j’ai subi au deuxième… au troisième je les attendais. Ils me manquaient presque. Au quatrième j’ai quitté l’auberge en chantant la chanson. Il y aurait eu un cinquième passage je me serais fait naturaliser Mexicain pour pouvoir voter pour eux.

Ca marche comme ça la politique mexicaine : au forcing, vu qu’elle n’intéresse pas les gens. Les partis parviennent pourtant à rassembler du monde pour leurs meetings, mais c’est parce qu’ils offrent 200 pesos aux participants qui, statistiquement, iront ensuite voter pour eux. Ah elle est belle la démocratie mexicaine ! Ils se font trop berner, y a vraiment de quoi rire : sauf si on a choisi pour qui voter à la présidentielle via un site de résumé de programme sur internet… ou pire.

FIN

L’aventure d’être chauve.

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