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On se souvient tous de « Hamster Jovial », le chef scout de Gotlib (non?) ben mon totem à moi c’était « tartine ».Avant

Avant d’incarner Jéroméo, l’aventurier du XXIIème siècle, pour la presse à succès (lisez Fluide.G, youpi !) j’ai d’abord été « Tartine », le scout maudit.

Indiana Jones aussi a été scout et je n’ai pas honte (pour répondre à la première question qu’on me pose quand je parle de cette frange obscure de mon histoire) d’avoir porté un foulard autour du cou en chantant que Jésus est gentil autour d’un feu. Mais à vrai dire mon modèle de l’époque c’était « les castors juniors », Riri, Fifi et Loulou plutôt que le grand Indy. Comme quoi je sais rester humble, parfois.

J’avais treize ans, j’étais gras, boutonneux, amoureux déçu et nécessairement bien dans mes pompes quand, finissant mon journal de Mickey (j’étais abonné : c’est vous dire l’état d’exclusion sociale avancé dans lequel je me trouvais) je décidai de m’engager pour la grande aventure (ma gorge se noue en y repensant, quand je vois tout le chemin parcouru depuis… maintenant que j’ai combattu des léopards à mains nues etc. Ahlala : toute cette parenthèse pour placer un lien !) et le samedi suivant ma petite maman chérie m’emmenait dans une sorte de carrière désaffectée où les scouts de (censuré) de la Xème X (re-censuré) avaient établi leur camp.

C’est là que je fis la connaissance de mes futurs compagnons : une bande de collégiens délurés qui profitaient des premiers week-ends loin de leurs parents conservateurs pour fumer ce qui leur passait sous la main et s’échanger leurs premiers magasines porno tout en détruisant la campagne.

Dans cette perspective, ils étaient encadrés par leurs chefs que j’ai l’habitude de décrire comme suit : un « débile », un assassin et un « pédé ».

Le « débile », j’en témoigne, nous a fait gravir la montagne locale de nuit (plutôt que d’annuler l’expédition après être partis trop tard) mais pas sans parvenir à éviter les précipices (quel talent) : on est arrivé en haut sans dommages, et sans nourriture non plus, les vingt kilos de pain, viande, confiture etc. ayant été cachés quelques part sur notre parcours par le groupe précédant, ce qui était censé donner lieu à un jeu de piste. Le jeu s’est terminé en dialogue de sourd à la lampe torche et pas avant le lendemain matin : s’exprimer en code morse avec une lampe et son bouquin c’est facile, mais alors à comprendre… c’est un butin de bord de mer ! Le plus fou c’est qu’on ait passé si longtemps à essayer, chaque groupe sur son morceau de colline : « Mais qu’est-ce qu’ils morsent bordel ?! ». On a d’ailleurs fini par se résoudre à crier.

L’assassin (pas de guillemets :-/) c’était le dur à cuire du groupe. Il ne m’était pas totalement antipathique, mais souffrait parfois d’un trop plein de vigueur, quand il nous mettait des coups de pied au cul avec ses chaussures coquées ou nous obligeait à faire des pompes pour faire de nous des hommes. Je me rappelle qu’une fois il m’a ordonné de faire vingt pompes. J’en ai fait zéro et demi et je suis resté cloué au sol comme une éponge.

– Fais plutôt des abdos alors (s’est-il repris).

L’assassin est en prison désormais (à moins qu’il soit sorti ?) condamné pour le meurtre d’une fille… Je n’entre pas dans les détails de cette partie, véridique (comme tout le reste), de mon article qui n’est pas drôle du tout au niveau personnel et humain. Reste que d’un point de vue plus global c’est amusant de voir comme on était bien entourés.

Je peux vous assurer que tout ne se passait pas comme dans le manuel des castors juniors chez les scouts…

Le dernier de la bande, le « pédé », n’était probablement pas pédé, un mot que je n’emploie plus jamais depuis que j’ai compris tout ce qu’il véhiculait de négatif, et qui ne me fait même plus rire dans les nombreux films où il est employé à cette fin. Seulement je l’utilise ici pour me replacer dans le contexte de l’époque : j’avais un chef semi-débile, un autre en prison (ou qui n’allait pas tarder à l’être – il avait le potentiel en tous cas) et je suspectais fortement que le dernier ait quelque chose de pas normal, mais quoi ? « Pédé » fut la réponse à cette question, n’ayant rien d’autre à reprocher à ce chef compétent et étant donné ma nécessité de compléter ce trio de champions, à une époque où j’étais craintif de ces « gens-là », de cette secte à la sexualité différente de la mienne (= pas inexistante quoi) et à laquelle avait appartenu mon golden retriever : une vérité qui avait traumatisé mon père, lorsqu’il surprit notre Youki* chéri en train de se faire besogner par le berger allemand du voisin, et dont le traumatisme s’était répercuté jusqu’à moi (mais c’est une autre histoire, nous en parlerons une prochaine fois)(*par respect pour mon père j’ai changé le nom du chien).

En tous cas le scoutisme c’est sympa. Et pour ceux d’entre vous qui connaissent un peu, vous n’êtes pas sans savoir que chaque scout qui fait sa « promesse » (c’est le rituel de base) se voit attribué un « totem ». Pour faire simple : on lui file un pseudo. Je n’ai pas attendu le mien plus longtemps que mon premier week-end.

Nous étions partis camper dans des grottes pas loin de la ville, celles que squattent habituellement les claudos, absents ce jour-là, ce qui nous permit d’estampiller la sortie en « expédition nature ». Nouvellement arrivé dans « La patrouille des Cobras » (dont le cri de guerre était « Cobra la morsure ! » ou « la mort sûre ! ») on m’avait attribué le rôle de « trappeur », ce qui signifie, comme son nom l’indique, que j’étais chargé de peler des patates et de porter des cageots. Le premier cageot contenait les steaks du soir et forcément, j’étais pas entraîné : je l’ai renversé par terre dans la poussière de la grotte où campaient d’habitude les ermites-alcooliques évoqués plus haut. Ils y avaient laissé leurs miasmes que nous passâmes de longues heures à tenter de séparer des steaks, tous ensembles. C’est beau l’esprit d’équipe.

On ne m’en a pas trop voulu pour le soir, mais davantage pour le matin… Levé avant les autres (ça devait être une de mes premières nuits en sac de couchage, et même si aujourd’hui je vous écris ces lignes depuis le sac de couchage qui me sert de draps et de couverture, à l’époque le concept était nouveau pour moi. J’étais jeune, j’étais fou, on s’en fout) j’ai découvert avec émerveillement, dans la grotte d’à côté, que des dizaines et des dizaines de tartines, au beurre et à la confiture de fraise sur des demi-baguettes, avaient été préparées la veille et entreposées là, probablement à mon intention.

Forcément j’avais la dalle puisqu’on n’avait pas pu manger nos steaks la veille et je me suis mis à bâfrer les tartines avec l’entrain d’un petit gros qui vient de se lancer en puberté. Ce n’est pas que j’avais conscience de piquer les tartines des autres : les voir toutes étalées comme ça m’évoquait une sorte de « buffet », et j’ai juste oublié d’établir certains liens de cause à effet. J’ai donc mangé jusqu’à ce qu’on m’interrompe : pas toutes les tartines mais je me suis fait plaisir quand même.

Je sais pas ce qu’ils ont chez fotolia, mais on dirait qu’ils flippent vraiment peur qu’on leur pique leurs photos de tartines…

Les scouts ne l’ont pas trop mal pris (même si les chefs m’ont arrêté assez vivement, leurs regards consternés en découvrant que je ne faisais sincèrement pas la connexion entre les tartines, le temps et les ressources nécessaires à leur confection et ceux à qui elles étaient destinées) et c’est ce jour-là que j’ai été baptisé « Tartine », ce que je n’ai jamais vraiment pris comme une punition. A mes yeux, ce surnom remplaçait avantageusement les « gros », « E.Honda », « Obélix » et « bouboule » dont on pouvait éventuellement m’affubler.

C’est aussi ce jour-là que j’ai appris une des bases de la vie en société, dont je me suis fait une règle que je vous livre ici-même, en exclusivité pour l’EXCELLENT Nabolo-blog : « Si tu tombes sur un gros paquet de tartines au beurre et à la fraise, faut pas toutes les manger. »

celinou0602@hotmail.fr

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