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Comme je vous le disais dans mon précédent article que la planète entière a déjà lu (si je n’en crois pas les chiffres de google-stats), c’est dans une librairie d’El Calafate que j’ai découvert l’insolite histoire d’Orélie-antoine, aventurier Français du XIXème siècle, et un vrai cette fois, pas comme moi.

La comparaison est difficilement possible : au lieu de payer une blinde pour polluer la planète, prendre quelques photos et hachurer des territoires sur sa carte murale, Orélie-Antoine de Tounens a quitté la France pour partir à la rencontre des Aracauns (ou « Mapuche »), peuple indigène de Patagonie qui luttait pour son indépendance contre Chiliens et Argentins… et s’en est fait couronner roi.

Quels étaient ses motifs ? Appât du gain ? Mégalomanie ? Désir de servir la France ou de protéger les Indiens ?

Peut-être le goût de l’Aventure, tout simplement ?

La Patagonie et ses autochtones étaient, paraît-il, un sujet courant des conversations de l’époque. Les histoires d’Indiens, en général, excitaient l’imagination des enfants comme des adultes. Se peut-il qu’Orélie-Antoine, ayant entendu ces histoires, ait été touché au cœur par ces récits et qu’il ait pris la mer, tout seul, pour se mêler au combat ?

Je dis waaa-hou.

Mais au début je disais lol.

Non parce que dans le bouquin en question, les choses étaient présentées de manière plutôt comique : un foldingo français qui se fait nommer roi par des indiens avinés. Trois expéditions, deux expulsions vers la France par les forces chiliennes non sans un séjour dans un asile de fous… y avait de quoi vous décrédibiliser le bonhomme !

La cerise sur le gâteau ç’a été la découverte de l’hymne national d’Araucanie & de Patagonie.

[youtube]http://youtu.be/jmWNDmxvgYk[/youtube]

La première fois que j’ai entendu ce chef-d’œuvre (et je parle pas des photos), je me suis demandé si Orélie-Antoine ne l’avait pas enregistré tout seul, dans son garage… ou si c’était une blague.

Je l’ai réécouté pour écrire cet article, et l’effet qu’il produit chez moi n’est plus le même désormais. A présent je ressens une tristesse noble et solitaire devant l’inexorable avancée de pillards mécaniques et déshumanisés marchant pour la conquête du monde.

Ma dernière phrase veut trop rien dire, j’ai posé les mots comme ils venaient.

ET donc, Orélie-Antoine a convaincu les indiens de devenir leur roi, non sans les avoir d’abord convaincu de goûter au cognac, raconte les argento-chiliens.

Les Mapuche ont une autre version : ils expliquent qu’Orélie-Antoine a d’abord vécu parmi eux, appris leur langue et concilié les différentes tribus entre elles afin de les convaincre de le nommer roi, leur seul moyen de donner officiellement naissance à une entité juridique appelée « Royaume d’Araucanie et de Patagonie ».

Vous avez compris ?

Par sa seule démarche, ce type a créé un pays, officiellement, là où le droit international, les Chiliens et les Argentins n’envisageaient qu’un territoire vide, ou peuplé de sauvages.

L’histoire d’Orélie-Antoine, c’est celle du type qui entend, demain, à la radio que des bûcherons ont découvert une nouvelle tribu d’indiens en Amazonie, qui quitte tout pour aller à leur rencontre en traversant des océans par bateau-sans-moteur et qui dit « stop » aux bûcherons : « vous êtes sur ma propriété légale, j’ai tous les papiers, merci de dégager » lorsque les indiens eux ne savent pas quoi répondre à l’avancée d’un monde qui ne joue que par ses propres règles.

Bon, je simplifie, vu que j’ai peu d’infos sur la situation exacte et que ce n’est pas tant l’aspect historique qu’héroïque de l’évènement qui m’intéresse.

le roi de Patagonie Orélie-Antoine Ier rassemble les Mapuche

Imaginez son aventure : vous avez vingt-huit ans ; vous entendez parler des indiens de Patagonie qui résistent à l’envahisseur ; vous décidez de collecter de l’argent ; vous traversez l’océan et débarquez à Valparaiso, au Chili ; vous partez à la rencontre des indiens qui vivent plus au sud ; vous rencontrez les différents chefs des différentes tribus ; vous sympathisez avec eux, apprenez leurs traditions et leurs langues en l’espace de quelques mois ; vous leur proposez l’une des seules alternatives envisageables pour qu’ils conservent leur indépendance et devenez le représentant légal d’un des derniers (le dernier ?) peuple « indien » libre d’Amérique, en tant que leur roi.

Imaginez-vous les paysages ? Les odeurs ? Les gens rencontrés durant cette épopée ?

Imaginez-vous, comme Orélie-Antoine, avançant, à cheval (paysage patagonique dans le background), vers les représentants chiliens ou argentins, porteur du dernier espoir de tout un peuple, d’un monde, d’un rêve d’enfant : les derniers indiens sont derrière vous et vous avez en main la survivance d’une culture fondée sur le respect de la nature, sur d’autres bases que celle de la culture européenne, vorace de terres et d’hommes…

Butin de mer ! Quelle aventure ! Plus j’en ai lu sur cette histoire, moins j’ai eu envie de rire, et plus de participer. Pourquoi avais-je nigaudement ri, la première fois, en écoutant l’hymne ou en découvrant des forums de discussions online animés d’une poignée de personnes à peine ? Je riais que la finition de cet hymne ne soit pas aussi nette que celle de celui de la France, par exemple, pays que j’aime certes, mais pays conquérant, esclavagiste et criminel au travers de nombreux épisodes de son histoire ; pays qui a construit une grande partie de sa modernité sur du sang et du vol, des mers de sang, des océans de sang en comparaison de ce que les Mapuche ont fait verser (NDN : ne connaissant quasi que-dalle à l’histoire Mapuche je ne fais que supposer, sans peur de me tromper néanmoins… la France n’a qu’une poignée de concurrents).

Il n’y a pas de quoi rire de cette simplicité. Il serait bon qu’elle devienne le modèle de demain si seulement il était envisageable d’arrêter la locomotive infernale à la suite de laquelle se rattachent wagons-pays sur wagons-pays, nécessitant toujours plus de combustible… Où ira la locomotive ? Dans le désert, nécessairement, puisque nous brûlons tout ce qu’il y autour pour la faire avancer.

Bref, vous l’avez compris, cette découverte m’a enthousiasmé, et j’ai donc écrit à l’actuel roi de Patagonie, car oui, il existe : Orélie-Antoine a transmis sa couronne à sa mort, et elle a continué de passer jusqu’au monarque d’aujourd’hui, français, comme ses prédécesseurs, lequel a notamment fait une intervention orale à l’O.N.U. « récemment ». Ce n’est pas la seule chose qu’il fasse, je la cite à titre d’exemple pour que vous compreniez la portée du schmilblick : le royaume de Patagonie existe bel et bien, Orélie-Antoine ayant permis qu’il soit officiellement reconnu par la Grande Bretagne, l’Italie, la France, le Pérou, la Bolivie, et le Paraguay… Et les Mapuche luttent toujours pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux et le respect de leur culture.

Je ne suis pas le seul que toute cette histoire ait touché… d’autres aussi se sont enthousiasmés et des supporters spontanés de la cause Mapuche apparaissent partout dans le monde, qui plantent occasionallement le drapeau du royaume de Patagonie et d’Aracaunie sur des bâtiments célèbres… J’ai trouvé ça sur wikipédia.

N’hésitez pas à lire la page dans toutes les langues que vous comprenez car les informations diffèrent légèrement. Vous y trouverez l’adresse internet de différents sites liés à la Patagonie, je vous en donne deux ici :

– Site internet du Royaume d’Araucanie et de Patagonie

Page Facebook

Si cette histoire vous a touché, si vous aimez les histoires de cowboys où les indiens gagnent à la fin, aimez cette page. Et si vous avez un peu plus de temps, intéressez-vous y vraiment : ce n’est pas qu’une légende, c’est la réalité, les mapuches ne sont rien d’autres que vos semblables qui ont inventé une manière différente de vivre, soutenez-les !

PS : le roi de Patagonie m’a répondu ! =)

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