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La statue de Peter Pan à Kensington Gardens, Londres. (Angleterre, Royaume-Uni, Eurasie, Monde.)

Quelle est la place de la religion et des croyances dans la philosophie de l’Aventure ? C’est une question sur laquelle je vous propose que nous nous penchions aujourd’hui puisque je parle bas (pour cause de grippe A).

Commençons par nous mettre d’accord sur les acceptions.

La spiritualité

Elle est issue de l’individu. Elle peut s’exprimer à travers la religion ou les superstitions et chaque humain, qu’il souhaite la développer ou non, en est pourvu. Même s’il peut l’atrophier, reste qu’il ne voit pas ce qui l’entoure sous son simple aspect pratique, exempt de spiritualité, mais le conçoit, avec son esprit, comme un ou des ensembles, des images, des moments, plus ou moins emprunts de sentiments, plus ou moins avec un sens ou non, mais pas comme de simples formules mathématiques régissant le mouvement des atomes (ou alors c’est qu’il voit les gens comme des lignes de code, comme dans « Matrix »).

Un être dénué de spiritualité ne verrait les choses que sous un œil strictement scientifique (ce que même les scientifiques pur jus ne font pas), un autre à la spiritualité développée donnerait systématiquement un sens à toutes choses et à tous faits.

Sur la ligne de la spiritualité il y a donc l’extrême scientifique qui n’appartient pas au naturel humain (0)…

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…et l’extrême spirituel (1) qui appartient aux fanatiques qui privilégient leurs croyances à ce qui est tangible (dans le sens où ils leurs donnent davantage ou autant de réalité : le paradis a autant de réalité pour eux que la vie puisqu’ils n’hésitent pas à sacrifier cette dernière pour y accéder).

La spiritualité de chacun peut être développée ou ignorée, de toute manière comme il n’y a ni bien ni mal, on s’en fout. En revanche, développer sa spiritualité peut constituer une aventure, ce qui est déjà beaucoup plus intéressant.

symboles religions monde

Qui dans la salle peut me dire à quoi correspondent la moitié de ces symboles? Non, ce n’est pas un memory.

Elle est issue du groupe. La religion, c’est une espèce de « recherche à plusieurs » de vérités spirituelles ou de « codification » de la spiritualité ou plus sobrement de « mise en commun » des spiritualités. C’est un peu comme si, au lieu de voyager seul, on confiait le voyage à une agence, ou bien que, au lieu de chercher à faire ses devoirs tout seul, on s’adressait à un professeur. Ca ne veut pas dire pour autant que ce que disent les religions est faux. Ca veut dire que les adeptes font confiance à l’enseignement d’autres hommes (plus ou moins aussi faillibles qu’eux) plutôt qu’à leurs propres expériences, réflexions et sentiments.

Il peut être intéressant pour un philosophe de l’Aventure de se consacrer à une religion, comme toute expérience, mais le fait qu’elles présentent un aspect très contraignant et que par ailleurs elles sont des « spiritualités de groupe » leur ôte beaucoup de leur côté aventureux, au contraire de la recherche individuelle d’épanouissement de sa spiritualité.

Développer sa spiritualité

Le philosophe de l’Aventure aimera développer sa spiritualité, non seulement parce que c’est une aventure (au même titre que mettre ses doigts dans la prise du mur, mais en beaucoup moins dangereux -a priori-) mais en plus, parce que c’est une aventure qui peut en amener d’autres, bref, un moteur, un foyer auquel il est rentable (en termes d’aventures) de consacrer du temps.

La spiritualité peut prendre toutes sortes de formes, elle peut certes chercher à expliquer la vie et/ou ce qu’il y a après la mort, mais elle peut aussi se contenter d’enjoliver le présent.

Exemple 1 : vous faites un barbec’ avec vos potos dans un bout de forêt. Il fait bon, vous êtes avec des gens que vous aimez, vous passez un sacré bon moment. Le soir tombe, la nuit vient, vous chantez autour du feu… Ajoutez y un brin de spiritualité et le moment prend un nouvel essor. Il devient une communion avec les forces de la nature, une espèce de fluide positif passe entre tous les convives, sous les étoiles, la poésie s’écrit au bout de la cime des arbres, à l’encre cosmique. Le moment est encensé.

matrix

Boucles d’or retourne chez les trois ours après avoir obtenu un doctorat en sciences.

Exemple 2 : vous regardez le « couché de soleil » sur la plage… Quelle expression ridicule quand on sait qu’en fait c’est la terre qui tourne sur elle-même, qu’elle n’est qu’un ramassis d’atomes, tout comme vous mais en plus gros. Il n’y a pas d’aventures à l’horizon, pas de Dieu en train de tirer son chariot ou de sirène s’échouant sur la plage… Juste une suite d’actions et de conséquences dépourvue de sens et qu’on appelle la « vie ». Vous ne faites qu’assister à une équation mathématique. Ca n’est pas beau, c’est. Point.

On peut se demander quel est l’intérêt de tout expliquer scientifiquement. Il y a un intérêt pratique : celui de faire progresser la science… Mais pour quoi faire ? L’homme du XXIème siècle est-il plus heureux que celui du Ier siècle ? Pas sûr.

Cependant développer la science constitue une aventure, génératrice de nouvelles aventures : on ne peut donc pas blâmer les responsables. Mais subir la science, sans la développer soi-même, voilà qui est aventuricide. Néanmoins il n’est pas évident de s’autoproclamer « scientifique » et de se lancer tout seul dans la recherche. Au contraire, développer sa spiritualité est à la portée de n’importe qui ! Ce faisant on peut se permettre d’expliquer 100% de l’univers alors qu’un scientifique n’en explique même pas le 1/999.999.999.999 , voire pire (j’ai mis des « 9 » plutôt que des « 0 », c’est beaucoup plus impressionnant). Qu’importe si vos théories ne collent pas à ce que la majorité appelle la vérité : la vérité de telle majorité vaut celle de telle autre et vaut donc la votre !

Il n’est pas plus absurde de prétendre que l’univers est né du démembrement d’un géant, que le monde fut créé en sept jours, ou qu’il est composé d’atomes. Qu’est-ce que ça peut bien changer au final ?

D’ailleurs, contraindre sa spiritualité à une seule explication ne peut qu’être néfaste aux nombres d’aventures de l’aventurier. Le philosophe qui croient aux atomes, à Dieu, aux fées, etc. est probablement le plus à même de rencontrer un grand nombre d’aventures, sa spiritualité est aux aguets, le monde n’est pas qu’un assemblage de chiffres à ses yeux mais une gigantesque poches à secrets dans laquelle il a toute sa vie pour creuser, jusqu’à ce qu’arrive l’aventure de la mort.

Une spiritualité épanouie révèlera aux yeux de l’aventurier ce que certains appellent le « sacré » mais que je préfère appeler la « poésie ».

Souvent, l’instinct humain va vers la croyance, et c’est la raison qui le retient. Une spiritualité épanouie et assumée permet de lâcher la bride aux croyances et de révéler la poésie. Il y a peut-être bel et bien une âme enfermée dans cette statue, ou un fantôme caché dans le grenier. Peut-être que des monstres se tapissent sous le lit et que vous les bravez chaque jour en allant vous coucher.

De nos jours, dans nos société scientifiques, on a besoin de grosses injections de poésie pour se réveiller un peu, je pense à des films comme « Amélie Poulain » par exemple, ou « Big Fish » dont les succès montrent qu’il y a une vraie demande. Alors, qu’est-ce qu’on attend ? Pas besoin de grosses productions pour rêver : il n’est pas inenvisageable de vivre en société sans le joug de la religion mais avec toute la richesse qui découle de spiritualités épanouies. A quand la grande révolution spirituelle individuelle ?

Le grand Pan

-Le Grand Pan est mort- était une autre façon d’annoncer la fin du polythéisme et le début de l’ère chrétienne. Pan était un dieu des forêts et des jardins, de la sexualité, de la Nature en somme. Son nom signifie -tout- en grec.

Je veux clore cet article avec le texte de celui qui, beaucoup mieux que moi, et en vers, s’il vous plait, a su exprimer ce que j’essaye de vous dire depuis tout à l’heure par un soir de fatigue. Il s’agit bien sûr de George Brassens et de sa chanson « Le Grand Pan ».

Pour la petite histoire, j’ai eu l’occasion de participer à « l’université George Brassens » (que ledit George aurait surement dénigré) et à un débat sur « Brassens était-il chrétien ou athée ? ». Débat sans queue ni tête à mon sens, je reste persuadé qu’il n’était ni l’un ni l’autre. Et la chanson qui vient le prouve selon moi : la religion de Brassens était une spiritualité, qui lui permettait de révéler la « poésie », dont il n’a pas fait qu’un petit usage, le bougre !


(cliquez ici pour écouter la chanson sur Dailymotion)

Le Grand Pan

Du temps que régnait le grand Pan,
Les dieux protégeaient les ivrognes :
Un tas de génies titubants
Au nez rouge, à la rouge trogne.
Dès qu’un homme vidait les cruchons,
Qu’un sac à vin faisait carousse,
Ils venaient en bande à ses trousses
Compter les bouchons.
La plus humble piquette était alors bénie,
Distillée par Noé, Silène, et compagnie,
Le vin donnait un lustre au pire des minus,
Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé ! »
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les dieux du firmament.

Aujourd’hui, çà et là, les gens boivent encore,
Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes,
Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes :
Bacchus est alcoolique, et le grand Pan est mort.

Quand deux imbéciles heureux
S’amusaient à des bagatelles,
Un tas de génies amoureux
Venaient leur tenir la chandelle.
Du fin fond des Champs élysées
Dès qu’ils entendaient un « Je t’aime »,
Ils accouraient à l’instant même
Compter les baisers.
La plus humble amourette était alors bénie
Sacrée par Aphrodite, éros, et compagnie,
L’amour donnait un lustre au pire des minus,
Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus.

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé ! »
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les dieux du firmament.

Aujourd’hui ça et là, les cœurs battent encore,
Et la règle du jeu de l’amour est la même,
Mais les dieux ne répondent plus de ceux qui s’aiment :
Vénus s’est faite femme, et le grand Pan est mort.

Et quand, fatale, sonnait l’heure
De prendre un linceul pour costume,
Un tas de génies, l’œil en pleur,
Vous offraient des honneurs posthumes.
Pour aller au céleste empire,
Dans leur barque ils venaient vous prendre,
C’était presque un plaisir de rendre
Le dernier soupir.
La plus humble dépouille était alors bénie,
Embarquée par Caron, Pluton et compagnie,
Au pire des minus, l’âme était accordée,
Et le moindre mortel avait l’éternité.

Mais se touchant le crâne, en criant « J’ai trouvé »
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les dieux du firmament.

Aujourd’hui ça et là, les gens passent encor,
Mais la tombe est, hélas, la dernière demeure,
Les dieux ne répondent plus de ceux qui meurent :
La mort est naturelle, et le grand Pan est mort.

Et l’un des dernier dieux, l’un des derniers suprêmes,
Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même.
Un beau jour on va voir le Christ
Descendre du Calvaire en disant dans sa lippe :
« Merde! Je ne joue plus pour tous ces pauvres types ! »
J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste.


Lire l’analyse de la chanson ici. (fortement recommandée)

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