Aventures namaste indien mains jointe et peintes femmes indienne

Published on septembre 18th, 2010 | by Nabolo

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Quotidiendien

Slum mumbai bombay bidonville

Les slums qui s’étendent près de la gare. Cliquez pour agrandir!

Il y a tellement de choses à raconter sur la vie de tous les jours en Inde… De quoi remplir un excellent livre (à paraître bientôt) et même plus puisque tout n’a pas été dit dans mon excellent roman (à paraître bientôt).

J’habite toujours chez Mowglita et Baloota. On passe notre temps à discuter ou à jouer au scrabble, sur plateau, sur facebook, ou sur cd : tous les trois assis sur le lit double que mère et fille se partagent, en faisant des rotations selon de qui c’est le tour de jouer. Moi je dors sur le tapis, dans le salon, d’où je me précipite vers la chambre lorsque Baloota m’appelle, ivre de joie, parce qu’elle vient de placer un « bingo » (= scrabble, sept lettres d’un coup).

Son ambition est d’obtenir un score de 700pts en une seule partie. A mon avis c’est impossible, mais sa détermination est inébranlable.

rickshaws

Rickshaw frenzy!

Lorsqu’elle ne donne pas de cours et ne joue pas au scrabble, Baloota écrit des poèmes, des scripts pour des projets de séries télé, de films ou des pièces de théâtre, sans compter qu’elle prépare le lancement de son magazine… Un « magazine » à l’indienne : pas avec une couverture plastifiée, ni qui sera en vente dans tous les kiosques à journaux, mais imprimé sur papier, pour tous ceux qui s’intéressent à la poésie : le thème de ce trimestriel. Je trouve fantastique qu’elle prenne des initiatives pareilles… L’inde me paraît si vivante en comparaison de la France. Qui achèterait un magazine de poésie, en France, à moins qu’il soit « validé » par les publicateurs officiels ? Baloota ambitionne d’en tirer 500 exemplaires, rien que pour le premier numéro. Bravo !

De son côté Mowglita passe des auditions et écrit, elle aussi, et moi pareil.

shahid-kapoor-sonam-kapoor

Shahid et Sonam Kapoor (aucun lien de parenté) mes deux prochains co-acteurs, les petits wanabe qui me donneront la réplique (si je suis de bonne humeur).

J’ai passé une audition pour jouer une scène avec Shahid Kapoor, une superstar indienne, dans un vrai film de Bollywood, blockbuster, tout ça. J’ai été retenu, mais le tournage est sans cesse reporté. J’espère qu’il aura lieu bientôt (il va me falloir quitter Mumbai : mon visa arrive à son terme et je dois encore faire « model » au Japon et « vendeur de crêpes » aux Etats-Unis), j’aurai vraiment réussi mon pari si je participe à ça. Je connais déjà le contenu de la scène : l’action se passe en Ecosse, dans une boîte de nuit. Shahid et Soman Kapoor (une autre grande star) y jouent un couple innocent… Ils dansent ensemble quand un Ecossais fin-saoul vient malaxer les fesses de la jeune fille. Devinez qui jouera l’Ecossais ? Bon, il n’y a pas écrit « malaxer » dans le script, juste « toucher », mais je suis un professionnel : je compte jouer le rôle à fond. Après ça, l’Ecossais se fait casser la gueule par Shahid qui est un gentil Indien super plus fort que le méchant Occidental (un classique des films de Bollywood)… Mais en vrai il fera juste « semblant » de me casser la gueule, alors que je vais vraiment me faire payer pour toucher les fesses de sa copine : acteur, quel beau métier.

En attendant je joue au scrabble… Jusqu’à l’indigestion parfois : j’ai des lettres et des grilles sous les paupières avant de m’endormir.

chèvres

Contrairement à Delhi, il y a plus de chèvres que de vaches

Quand des amis Indiens me donnent rendez-vous dans le sud de la ville, je prends le train et je me fais racketter 250 roupies par un contrôleur anonyme parce que je suis dans le wagon pour handicapés, 250 roupies qu’il glisse aussitôt dans sa poche. C’est vrai qu’il n’y avait que des handicapés dans ce wagon, mais je n’avais pas fait le lien… Surtout quand les aveugles sont montés en trombe pour aller s’approprier les places du fond ! Et puis les handicapés on en voit tellement souvent… Je suis blindé depuis mon expérience à Delhi il y a quatre ans mais on voit de tout : poliomyélites, lépreux, amputés, d’autres qui n’ont pas de nom générique (des misérables ?) etc. Je ne m’attarderai pas là-dessus, je le fais déjà dans mon roman. Mais en gros c’est gonflant d’avoir des petits garçons et des petites filles qui vous courent autour en criant « Argent ! Argent ! » sous l’œil complice de leurs parents.

Souvent les Indiens me posent des lapins. Je ne sais pas à quel point on peut s’aventurer dans les généralités concernant les caractéristiques d’un peuple ou d’une nation, mais celle que j’ai remarqué dans toutes les couches de la société indienne, c’est le manque de fiabilité : on dit des choses et puis peu importe. Ce n’est pas mal intentionné, ni vicieux, c’est sincère au moment où s’est dit, mais les paroles s’envolent… Dans un prochain article je compte vous décrire la France et les Français de la manière dont je les décris à mes deux Indiennes. Vous me direz à quel point j’ai faux ou pas…

Ganesha supermarket

Le Dieu Ganesha lui-même, qui célèbre son anniversaire au supermarché.

Ces jours-ci on a célébré l’anniversaire de Ganesha (le dieu à tête d’éléphant). Des statues de lui, de tailles variables (de petit à quatre mètres de haut) ont été posées dans chaque quartier pour y être vénérées. Il faut savoir que la statue d’un dieu, une fois le rituel effectué, devient le dieu lui-même : il y incarne une partie de son essence. L’anniversaire dure cinq jours, suite à quoi on immerge les statues dans l’océan, à coup de longues procession où les gens dansent et s’aspergent de couleur… Celles que j’ai croisées hier soir.

J’adore parler de religion avec les hindous. Je suis fan des polythéismes, plus tolérants que le monothéisme judéo-christiano-musulman et, de mon point de vue, plus poétiques. Ce que j’aime en particulier, c’est raconter aux hindous ce que j’ai appris au temple « hare krishna » : que Krishna est au-dessus de Vishnou, qui n’est qu’un de ses avatars, et de Shiva, qui n’est que son meilleur élève… Systématiquement mes amis hindous s’écrient :

– Quoi ?! Les hare krishna t’ont dit ça ? Ces gens sont devenus fous, ils racontent vraiment n’importe quoi…

feu rouge indien

Pas de feux à ce carrefour, mais deux agents qui tiennent une corde qu’ils abaisseront lorsque ce sera notre tour de passer.

Suite à cela ils enchainent par des considérations sur qui est dieu de quoi, les relations familiales qui les unissent et pourquoi Ganesh a une tête d’éléphant. Je trouve ce moment tellement comique, riche et poétique à la fois que je le répète le plus souvent possible (sans compter que j’apprends quelque chose de nouveau à chaque fois).

Autre chose : j’ai enfin découvert la raison pour laquelle les Indiens sont si tranquilles lorsqu’ils traversent une route, n’importe comment, et qu’une douzaine de véhicules les frôle à toute vitesse. Au début je pensais que c’était parce qu’ils s’en fichaient de la vie (ou n’y donnaient pas la même importance qu’en occident), mais s’il y a surement de ça, il y a surtout que la pénalité pour les conducteurs qui blesseraient un piéton est de taille : avantage piéton.

Une partie de scrabble m’attend alors je vous laisse, mais je reviendrai bientôt avec plusieurs articles : sur la salle de bain indienne, comment se comporter dans un temple hindou et la manière dont je décris la France et les Français aux Indiens…

J’ai tellement de choses à vous dire… Et je m’inquiète beaucoup pour nous, et notre culture qui flotte mollement sur son passé. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que nous ne produisons rien de nouveau, que la jeunesse n’a pas sa chance chez nous, et que la seule chose (c’est plus qu’une impression) qui permette à une œuvre d’être connue/appréciée désormais, c’est qu’elle vende.

Quand j’ai dit ça à Baloota, qu’en ce qui me concerne je ne pouvais pas être publié en France parce que le marché était saturé, etc., son visage a changé sous le coup de la stupeur. Elle était ahurie d’apprendre que l’éditeur lambda préfèrerait rerere-publier un classique qui vend plutôt que donner sa chance à un jeune auteur… Et que, domaine littéraire à part, la préférence irait toujours à l’argent. Alors elle s’est exclamée : « Il faut faire la révolution ! » et elle a marqué 12 pts..

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Vous en pensez quoi, vous ? Est-ce que vous avez un sentiment de frustration ? Je sais que l’excellent Nabolo-blog compte d’excellents jeunes lecteurs Français, est-ce que vous avez le sentiment que vous trouverez facilement la place de vos rêves dans votre société ? (répondez-moi en commentaire)

PS: en bonus dans cet article fourre-tout, une publicité indienne pour le port du préservatif -c’est une vraie pub-












3 Responses to Quotidiendien

  1. liliat says:

    Rien n’est jamais facile.

  2. liliat says:

    Oui enfin, ma réponse était un peu facile (à minuit passé, les réponses sont toujours faciles).

    De sentiments de frustration, je n’ai point (parce que j’analyse pas dans ma tête le moment précis où, du pourquoi du comment je commencerais à ressentir le regret, la tristesse, la frustration
    et la colère à la vue d’emplois refusés, d’être injustement et vilement repoussé par de vils chefs d’entreprises et j’aime bien le mot vil.

    La question de trouver ma place dans la société française est difficile. Personnelement, je ne sais pas vraiment ce que je voudrais faire, ou plutôt, tout ce que je pourrais faire.

    Je pourrais voyager, pouvoir dessiner ou pratiquer différents métiers. Vendre des pizzas en Chine, travailler dans les mines aux Bahamas, entretenir la pluie et les orages dans le ciel…

    En France, les portes me semblent peut-être plus étroites, ou alors c’est moi. Les filières des pays développés sont, en toute logique, plus difficilement accessibles, de ce fait, y trouver ma
    place ne sera sans doute pas de manière aisée.

    Mais j’ai la flemme de réfléchir, j’ai faim et je vais manger, gnagnagna.

  3. liliat says:

    Et oui! Nous sommes dans de beaux draps! Mais je vais agir, bientôt je serais le maître du monde.

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