Sélectionner une page
bollywood figurant

La cote du malabar, decalcomanie de la fin du XXeme siecle.

Pari tenu, je suis devenu une superstar ! Ma tronche va passer en boucle à la télé (cf : cet article) et on me verra aussi sur les écrans de ciné.

Depuis deux mois, j’ai tourné avec les plus grands noms du cinéma Indien : Shar Rhuk Khan, Santosh Sivan, Lkamer Haman… Je suis si célèbre que je reçois même des e-mails de femmes que je ne connais pas et qui me supplient d’aller voir leur webcam ou de les appeler sur leur ligne perso pour 0,33 dollars la minute seulement !

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin, et si le métier d’acteur est vraiment attrayant, mon boulot à moi, ça reste aventurier.

Admettons que je reste à Mumbai. Vu le petit nombre d’Occidentaux sur place, et compte tenu de la manière dont j’ai été reçu jusqu’à présent, je me ferai surement ma place. Une fois ma tête à la télé dans X spots publicitaires, les producteurs me contacteront plus facilement pour me proposer des rôles de figurants, voire des petits rôles. Entre-temps j’aurai appris le hindi ce qui me permettra d’accéder à de plus grands rôles, comme des seconds rôles négatifs sur les longs métrages, puis des seconds rôles positifs une fois que je serai un peu plus connu. De là, si une collaboration internationale se fait sur un tournage avec des équipes d’autres pays, je serai bien placé pour décrocher un premier rôle, ce qui sera alors un pas vers le succès à l’étranger, en Europe et aux Etats-Unis, où je m’installerai plus tard pour devenir gouverneur de Californie…

bollywood figurant

Shah Rukh Han, on voit sa tronche partout en Inde.

Vous pensez comme moi : ce n’est pas très excitant de connaître son avenir à l’avance… Heureusement qu’en abandonnant ce projet de carrière tout tracé je replonge dans l’inconnu, stimulant et aventureux ! Et puis j’ai pas envie de passer huit ans à forger un avenir que je connais déjà… Ce n’est mon but, je ne veux pas être quelque chose mais le faire : l’aventurier ne cherche pas de statut, il ne cherche pas d’état, il cherche l’action, il cherche l’aventure ! (on y revient toujours, vous l’aurez remarqué)

Il faut dire que j’ai eu mon compte de tournages en tant que figurant, alors okay si on me propose un premier rôle, cette fois dans un long métrage (Eric Besson, toi qui me lis, sache que je suis ton plus grand fan), mais j’en ai marre de me faire tuer par des Indiens, que ce soit en tant que pirate ou qu’envahisseur Portugais… Et quand y en a marre…

…Y A MALABAR !!

bollywood figurant

Nabolo. On ne voit pas encore beaucoup sa tronche mais atta t’vas voir!

Il aura fallu en avaler des kilomètres pour le placer celui-là mais le jeu-de-mots en valait la chandelle (surtout que ça fait combo avec « Bollywood chewing-gum »): je me barre au malabar, la côte sud-ouest de l’Inde, profitant encore et toujours que je sois né libre et égal en droit avec vous autres, mais pas avec nos camarades du bout du monde que nous écraserons économiquement pendant quelques années encore, avant que l’Europe se transforme en asile pour vieux qui ne veulent pas mourir.

*

Une fois sur le pont du « navire » on m’a demandé de courir un peu partout, le fusil en plastique à la main, pendant que l’équipe technique faisait péter ses pétards censés simuler des boulets de canon. Je n’y ai pas mis beaucoup d’énergie parce que j’étais épuisé par mon tournage du matin (la pub pour téléphone portable), mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier le panorama, lorsque je suis monté sur la cabine du capitaine, à hauteur du mat pour dominer Mumbai, ses lacs, ces forêts… Pour un instant je me serais presque cru sur un bateau volant à dominer le monde…

bollywood figurant

Vite! Le Cap’tain est en danger! (vous aurez tous reconnu Ragnar)

On m’a rappelé sur le pont : ils avaient fini de faire sauter leurs pétards et réclamaient des cadavres à présent. On m’a badigeonné de sang puis on m’a dit « sleep, sleep » (le metteur en scène parlait peu l’anglais) et j’ai fait le mort pour le reste de l’après-midi, idem le lendemain, non sans me plaindre quand ils ont allumé leur putain de mèche à deux centimètres de mon oreille pour le bouquet final.

Au bout de douze heures, dont six à faire le mort, j’ai empoché mes quinze euros et je suis parti retrouver Baloota et Mowglita pour jouer au scrabble et me reposer pour mon autre tournage du lendemain où j’ai fait « public » dans une grosse production avec la super méga-star Shar Rukh Han (le film s’appelle « Raven », si jamais vous tombez dessus…).

« Public » n’a pas été un rôle très passionnant, mais j’ai passé la journée assis à deux pas de l’acteur Indien numéro un (et de Karina Kapoor, une actrice non moins cotée) à me bouffer sa fumée de cigarette alors qu’il était interdit de fumer sur le plateau ! J’ai failli faire un scandale !! Mais je me suis ravisé en me rappelant qu’on ne frappe pas sur plus petit que soi.

bollywood figurant

Vue sur Mumbai, du toit de la cabine du capitaine.

Pour voir plus de photos du tournage, cliquez ici!

Pin It on Pinterest

Share This