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Pourquoi voter ? Souvent, la réponse qui est faite à cette question est « parce que des gens sont morts pour que tu aies ce droit » ou « parce que tu as cette chance que t’envient tous ceux qui habitent dans des pays où on ne peut pas voter ». Oui mais…

Pourquoi voter ?

Si on applique la philosophie de ces deux réponses au quotidien, alors nous devrions tous rejoindre un parti politique ; écrire dans les journaux et les lire tous ; fréquenter des églises réformées ; visiter le château de Versailles ; aller à la chasse ; intenter un procès à nos voisins dont le nom porte une particule ; divorcer ; exercer la sorcellerie ; pratiquer la sodomie ; se déguiser pour mardi gras 364 jours par an ; nous gratter les noisettes toute la semaine sauf le dimanche et… et… merde. Mon exemple commence à peine que je le trouve déjà très con. D’autant que je suis persuadé que vous êtes aptes à comprendre qu’avoir un droit n’implique pas l’obligation systématique de s’en servir, sans quoi je ne pense pas que la suite de mon exemple vous soit utile, de toute façon.

En fait, ce que cache la réponse « parce que des gens sont morts » à la question « pourquoi voter ? », c’est une inquiétude : l’inquiétude que ne pas aller voter entraîne la perte de ce droit.

Or, et c’est important de le comprendre, ce n’est pas du tout comme ça que ça fonctionne. Oserais-je le dire ? C’est même peut-être le contraire !

Une petite métaphore en entrée ?

Mettons que la République soit un gros ordinateur, une gigantesque machine fonctionnant à l’électricité, et que chacun de nos votes soit une étincelle, laquelle permettra de remplir une jauge, indiquant un niveau à partir duquel le gros ordinateur fonctionne… que se passe-t-il si l’ordinateur ne s’allume plus ? Est-ce qu’on dit au revoir à l’électricité ou à l’ordinateur ?

C’est l’ordinateur qu’on remplace, bien entendu (j’en ai vus qui doutaient dans le fond).

Mais faut-il le remplacer cet ordinateur ? Est-il souhaitable de réformer le système ? De transformer la République que nous connaissons en une autre république ou quelque chose d’autre encore ?

Les réponses à ces questions dépendent de vos convictions personnelles.

En revanche soyez certains que ce n’est pas le droit de vote qui sera remis en cause si vous n’allez pas voter, c’est le système, tout simplement parce que ce n’est pas l’usage du vote qui garantit le droit de vote, c’est le potentiel de mobilisation pour la conservation de la démocratie, autrement dit, avec des mots qui font peur, mais pour regarder la vérité en face : le potentiel de révolte du peuple, c’est à dire de chacun d’entre nous.

Le suffrage universel n’a pas été décidé au suffrage universel, « on » l’a imposé, et vous pouvez amalgamer ce « on » de deux façons :

1- au peuple (et sa mobilisation)

ou

2- aux gouvernants (et leur constat que le vote est le meilleur moyen d’asseoir la légitimité de leurs décisions)

Dans les deux cas, le droit de vote n’est pas issu du vote, et tant que vous êtes prêts à vous lever pour le défendre ou que les gouvernants y verront le meilleur moyen de vous faire respecter l’autorité supérieure qui gouverne vos vies (laquelle subit constamment des influences très éloignées de préoccupations démocratiques) vous n’avez pas d’inquiétude à avoir… au sujet du droit de vote.

En revanche vous pouvez parfaitement questionner la valeur de ce vote. Que vaut-il, ce vote, s’il ne vous donne pas la possibilité d’exprimer vos désirs de citoyen mais simplement d’opter pour le moins pire ? Votre caca, avec ou sans mouches ? Bon appétit !

De fait, voter pour un candidat qui ne vous convient pas, c’est une hérésie. Idem si vous votez pour un candidat dont vous ne connaissez pas parfaitement bien le programme et le parcours : vos ancêtres ne sont pas morts pour que vous confiez le destin du pays et le vôtre à des inconnus, souvent arrivistes notoires, sans compétences particulières si ce n’est cette faculté de vous convaincre que ce serait pour vous une catastrophe de ne pas agir de la manière dont ils l’ont prévu.

L’attitude responsable, en cohérence avec ce pouvoir de vous exprimer que vous octroie le droit de vote, c’est de délivrer par son usage ou son absence d’usage votre opinion de citoyen.

Si donc…

– …vous désapprouvez le système en place et par conséquent ne souhaitez pas y participer…

– …aucun des candidats et/ou programme politique ne correspond à vos aspirations…

– …vous êtes mal informés sur les candidats, leurs partis, ou leurs programmes…

– …vous avez autre chose à faire ce jour-là (autrement dit : parce que les conséquences de votre vote vous semblent avoir moins d’impact sur votre vie que le pic-nique que vous allez manquer)…

…eh bien vous avez une EXCELLENTE raison de ne pas aller voter.

Pourquoi voter –

« Oui mais, si je ne vote pas, c’est le camp adverse qui risque de passer !? »

…ou le vote par défaut.

Le problème du vote par défaut, ses conséquences à moyen terme, c’est que ce ne sont plus vos désirs de citoyens qui déterminent le contenu de la vie politique du pays mais ceux des « gouvernants », c’est à dire les partis, remplis de « politiciens »… autrement dit ? Des professionnels de la politique qui gagnent leur pain en occupant ou en se partageant des postes de pouvoir, ce qui est aussi un motif constant de compromis et de corruption des idées qu’ils sont censés défendre ; sans compter que les candidats perdent nécessairement en qualité de représentation du peuple dès lors qu’ils sont sélectionnés pour leur aptitude à se hisser au sommet d’un parti plutôt que pour leur acharnement à défendre les convictions que les électeurs leurs prêtent.

Mais revenons au début de ce sous-chapitre : pourquoi ce que j’ai dit plus haut ? Comment vos désirs de citoyens sont-ils remplacés par les leurs ?

C’est simple, dans le cadre d’un vote par défaut, le candidat que vous trouvez le moins pire pointera du doigt celui que vous trouvez le pire en criant :

« Vous ne voudriez quand même pas ça ?! »

Et c’est vrai que vous ne voudriez pas ça.

« Alors votez pour moi ! »

C’est moins pire, alors vous votez pour lui. Mais lui sait bien que votre vote pour lui ne valide pas son programme, ni même que vous vous attendez à ce qu’il tienne ses promesses. Le seul engagement qui vous lie l’un à l’autre, la seule promesse qu’il vous a faite c’est qu’en votant pour lui vous aidez à faire en sorte que ce ne soit pas l’autre type qui soit élu… et c’est vrai. Mais votre désir de citoyen entre temps, il est passé à la poubelle.

L’influence des sondages est cruciale dans cette mécanique. L’appel au « vote par défaut » aurait 86 % moins d’impact sur le vote des électeurs (j’ai calculé moi-même) s’il n’y avait des sondages pour leur assurer que c’est à coup sûr le candidat qu’ils n’aiment pas qui va passer, à moins qu’ils ne votent pour son principal concurrent.

Sans sondage, les électeurs se concentreraient davantage sur la qualité et la faisabilité des propositions politiques qui leur sont faites, plutôt que sur la popularité et la probabilité d’élection des candidats qu’ils redoutent.

Lors du vote, ils exprimeraient leurs désirs, pas leurs peurs.

Et pensez-vous que les sondages soient neutres ? Oui ?

[youtube]http://youtu.be/y8Kyi0WNg40[/youtube]

Non, les sondages ne sont pas neutres, par nature, et il est super méga très facile d’orienter les questions comme les résultats, ainsi que de « présélectionner » les sondés (sans compter que les sondés ne répondent pas nécessairement ce qu’ils pensent). En fait, l’idée même que poser la question à 500 personnes permettent de déterminer ce que vont décider plusieurs dizaines de millions d’autres à pour moi quelque chose de révoltant. Il faut nécessairement considérer les gens comme des répliques les uns des autres pour donner du crédit aux sondages, c’est à dire considérer les gens comme des moutons… Et bon… Erf… C’est vrai que…

Oui, bon, d’accord : le comportement moutonique n’est pas absent des isoloirs, seulement, en vérité, la mécanique fonctionne à l’inverse de ce que nous pensons, et les sondages ne sont pas tant représentatifs de comment les électeurs vont voter qu’une incitation massive à voter d’une certaine manière. En deux mots, ce que je veux vous dire c’est que si les sondages tombent justes, ce n’est pas parce qu’ils ont deviné votre vote mais parce qu’ils l’ont inspiré.

A contrario, si vous n’allez pas voter, vous incitez la classe politique à réfléchir à la raison pour laquelle vous n’allez pas voter, et à produire de nouvelles idées ou de nouveaux candidats susceptibles de remporter votre vote… bien plus que si vous votiez « pour un autre » puisque dans ce dernier cas vous serez identifiés, en tant que « cible », comme ayant telle ou telle tendance politique, plus ou moins compatible avec les « cibles » que visent tel ou tel parti, inclus ou exclu de sphères d’influence dont les dynamiques sont déjà en place.

En vous abstenant par contre, votre voix devient un enjeu qui produira de nouvelles idées susceptibles de remporter votre adhésion… peut-être les vôtres ? Les vraies ?

Pourquoi voter – « Bon, mais et le vote blanc alors ? »

Le vote blanc remplit a priori le même rôle que l’abstention, sans manquer de respect à tous ceux qui sont morts pour que nous ayons le droit de vote etc…

…mais a priori seulement, car le vote blanc comporte un défaut, le même que celui cité dans le dernier paragraphe : il permet de vous identifier en tant que « cible ». Une « cible » pas spécialement intéressante en l’occurrence puisque, de par sa neutralité choisie et affichée, elle ne menace pas de rejoindre le camp adverse. Elle est juste neutre, un fantôme, et traité comme tel dans l’analyse des résultats : le nombre de votes blancs indiffère l’opinion et les politiciens, contrairement à celui de l’abstention qui représente l’inconnu sauvage… Quel genre d’idées rodent dans les têtes de cette masse silencieuse ? Sont-ces des idées susceptibles de se rallier à celles du camp d’en face et de lui donner la victoire ? Comment faire pour éviter ça ? Comment rallier ces idées aux siennes ?

Ainsi commence la quête qui nous intéresse, celle de « A la recherche du désir du citoyen ! »

Notez que je dis cela sans avoir rien contre son alternative, la quête de « A la recherche de ce que nous croyons bon pour le citoyen ! », je le précise au passage.

Pourquoi voter – Conclusion

Comprenez-moi : je ne cherche aucunement à vous inciter à ne pas voter… mais à exprimer votre voix de citoyen de la manière la plus fidèle à vos aspirations, ce qui implique pour certains d’entre vous de ne pas voter ; pour d’autres de voter en se libérant de l’influence des sondages ou en s’informant sérieusement sur les candidatures ; et pour d’autres encore de continuer à voter comme ils l’ont toujours fait.

Voilà, j’espère vous avoir aidé à vous positionner sur la question du pourquoi voter ou du pourquoi ne pas voter, j’attends vos commentaires et vos arguments et vous souhaite, en attendant, mes chers concitoyens, de bonnes élections et une EXCELLENTE journée ! =)

Et idem à tous les autres !

PS : j’ai rédigé cet article en employant l’affirmative, parce que tout ce que je vous dis-là est ma conviction au moment de l’écrire. L’un d’entre vous aurait-il une conviction plus forte que la mienne, je ne demande qu’à entendre les arguments sur laquelle elle est construite.

PPS: ci-dessous, en super extra-bonus, les photos de ma participation au dépouillement des urnes pour les présidentielles de 2012. C’est une expérience accessible à tous les citoyens français : ils vous suffit pour cela de vous présenter à votre bureau électoral avec une pièce d’identité (vous serez probablement très bien accueillis !). Pour connaître plus de détails sur cette procédure, vous pouvez visiter cette page.

pourquoi voter ? pourquoi ne pas voter ? scrutateurs volontaires pour le dépouillement des buletins aux élections

Comme vous pouvez le voir, la passion de la démocratie illumine les yeux de ces jeunes scrutateurs. Quatre par table, c’est la règle.

pourquoi voter ? pourquoi ne pas voter ? feuille de dépouillement électoral

C’est ainsi que se présente la feuille de pointage ou de « coche » qu’il va donc falloir cocher, au moment du dépouillement. Je vous explique comment à la prochaine photo.

pourquoi voter ? pourquoi ne pas voter ? Nabolo en train de dépouiller les buletins e l'élection présidentielle de 2012

Alors voilà comme ça se passe: nous sommes quatre à table, les uns en face des autres en nous partageant trois rôle différents.
1- moi (le type sur la droite) j’ouvre l’enveloppe et je lis le nom qui est inscrit sur le bulletin, avant de le passer au type d’en face
2- le type d’en face lit aussi le buletin et dit à voix haute le nom qui est inscrit dessus puis classe les buletins les uns avec les autres… Si ce qu’il dit ne correspond pas à ce que j’ai lu j’ai le droit de sauter par dessus la table et de le déchirer avec les dents (au nom de la République)
3- lorsque les deux autres scrutateurs entendent le nom qui a été inscrit sur le buletin, ils cochent la case associée sur leur fiche (c’est à dire que, chacun de leur côté, ils font tous les deux la même chose)

pourquoi voter ? pourquoi ne pas voter ? feuilles de dépouillement électoral

4- Quand c’est fini, on compare les deux fiches, on recompte les buletins, et si c’est tout bon, on entre-valide tout ça !
5- Mais ça ne s’arrête pas là puisque, les bulletins ayant été conservés et classés, ils seront tous recomptés
CONCLUSION: comme vous le voyez, il n’est pas facile de tricher à ce moment là ! Voilà pourquoi les partis trichent plutôt avant (en faisant voter les morts, en votant plusieurs fois, etc.) ou après (en modifiant les résultats). Elle est pas belle la vie ?!

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