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Mais pourquoi tant de haine ?!

En cette semaine postélectorale j’ai pu constater que certains électeurs du Front National s’interrogent sur les forums, les blogs et les réseaux sociaux : « Pourquoi nous blâme-t-on de voter Front National ? Pourquoi le bon résultat de notre candidate inspire-t-il de la honte à toute une partie de la population ? ».

Je suis persuadé qu’un grand nombre d’entre vous, qui votez Front National, vous vous posez sincèrement la question. J’espère, par cet article, pouvoir vous apporter certains éléments de réponse.

Constat de départ

Vous en avez un peu marre de lire partout qu’il n’y a que des fachos au FN alors que Marine Le Pen prend publiquement la défense de tous les Français quelle que soit leur origine, dès lors qu’ils ont la nationalité française. Par ailleurs, comme elle le dit elle-même, vous aimez votre pays et vous voulez sauvegarder son identité en Europe et à travers le monde. De plus vous constatez que l’immigration est un problème dans la mesure où il n’y a pas de travail pour tout le monde en France (la preuve : le chômage), et où il faut bien avouer que ce sont souvent les magrébins qui causent des problèmes parce que, contrairement à d’autres immigrants, ils ont du mal à s’intégrer. Alors pourquoi tant de gens s’acharnent sur le FN alors que ce parti propose des solutions simples à des problèmes que, selon vous, personne ne peut avoir l’honnêteté intellectuelle de nier ?

Deux visions du monde

Au départ, entre les électeurs du FN et ses détracteurs, il y a deux visions du monde qui s’opposent : l’une consiste à…

1-       accepter que la société française puisse être divisée et hiérarchisée par catégories de membres qui la composent,

l’autre consiste à…

2-      refuser cette division/hiérarchisation.

Bien sûr, des divisions existent déjà dans notre société où le FN n’est pas au pouvoir, mais le FN est un courant politique qui cherche à les accentuer. En conséquence : plus le FN gagne en influence, plus l’idée que la société doive être divisée par catégories de membres qui la composent gagne elle aussi en influence.

Notez bien que j’ai parlé des « membres » qui constituent notre société française, laquelle n’est pas constituée exclusivement de citoyens français, loin s’en faut. Elle compte aussi des travailleurs étrangers, des étudiants ressortissants d’autres pays, des réfugiés politiques, des compagnies internationales, des immigrants légaux ou clandestins, des touristes, etc. Bref, plein de gens qui passent plus ou moins de temps sur le territoire français et qui participent à la vie de la société française.

On peut trouver normal ou anormal que ces personnes soient traitées de manières différentes. C’est en tous cas une des sources du conflit moderne (2012) entre électeurs et détracteurs du FN dont vous, qui votez Front National ressentez les tensions… Peut-être trouvez-vous la raison de ce conflit plutôt bénigne ? C’est l’idée que défend Marine Le Pen, parfois suivie dans cette démarche par certains médias et représentants politiques. Mais aux yeux de certains de vos compatriotes, qui invoquent des raisons historiques, cette raison n’est pas si bénigne que ça.

Vous noterez que, plus haut, j’ai souligné et mis en rouge le mot « départ » (je me gave en effets spéciaux ;) afin de pouvoir y revenir maintenant : qu’est-ce que ce point de « départ » ? Chacun peut le poser un peu où il veut sur la frise de l’histoire… Personnellement je le mettrais en 1945, après la deuxième guerre mondiale, quitte à l’intituler « nouveau départ », car c’est à cette période que, ayant fait l’expérience d’une société qui divise et hiérarchise à l’extrême les catégories de membres qui la composent, beaucoup de vos compatriotes (leurs pères ou leurs grand-pères) ont totalement rejeté ce modèle. L’expérience ne leur a pas plu.

Bien sûr, Marine Le Pen n’a pas l’intention déclarée (je ne dis pas qu’elle a secrètement cette intention non plus vu que je n’en sais rien) d’établir un régime fasciste. Néanmoins elle défend une vision qui, même en admettant qu’elle se trouve à des milliards de kilomètres de la vision fasciste, repose sur des bases similaires (la division) qui évoquent de très mauvais souvenirs à toute une partie de la population, que ce soient leurs propres souvenirs ou ceux qui leurs ont été transmis par leurs aïeux.

Cela peut paraître stupide, à première vue : il ne faut pas mélanger les deux, vous vous offusquez que certains comparent Marine Le Pen à une nazie.

Cependant on peut faire un deuxième constat : plus on donne de crédibilité à la vision du Front National, plus la condamnation d’un modèle de société basée sur des divisions perd en intensité. L’idée, qui n’était plus admissible au lendemain de la seconde guerre mondiale, que les membres d’une société puissent être classifiés, redevient admissible petit à petit. Car contrairement à ce qu’on pourrait retenir d’un film d’action sur la deuxième guerre mondiale, le développement d’idées extrémistes ne se fait pas d’un coup mais par étapes. Il s’agit de valeurs qui sont diffusées lentement au fur et à mesure des générations… En l’occurrence, l’idée que l’immigrant est un problème est une idée diffusée par le Front National.

Or… est-ce absolument vrai ? L’immigrant est-il fondamentalement un problème pour une société ? L’histoire a montré que l’immigrant pouvait effectivement être un problème, mais aussi une force. Il y a de nombreux exemples, en Europe comme en Amérique comme ailleurs, desquels il ressort que les immigrants deviennent une force ou une faiblesse selon la manière dont on les intègre.

Le Front National va même plus loin puisqu’il a tendance à considérer l’immigration comme le problème numéro 1, ce qui est, pour beaucoup de gens, une cible/idée plus facile à viser/comprendre que les raisons pour lesquelles l’immigration est mal intégrée, et les problèmes que cela engendre… Et à ce titre, les problèmes d’intégration ne concernent pas tant les immigrés qu’un grand nombre de Français exclus de la société. Ceux-là sont nés en France de parents français, quelle que soit l’origine de leurs grands-parents. Agir sur l’immigration ne changera rien à leurs conditions de vie à eux, cela ne leur donnera pas l’amour de la patrie et de leurs compatriotes. Que faire vis-à-vis de nos compatriotes mal intégrés ? Ceux qui, par désœuvrement ou manque de repères, nuisent au bien commun ?

On peut les condamner ou leur tendre la main. Voilà encore un choix qui oppose électeurs et détracteurs du Front National. Sauf que cette fois ce choix ne concerne plus des immigrés mais bien des Français ! La division de la société par catégories de membres qui la composent franchit de la sorte un nouveau pallié, suffisamment banalisé pour qu’un président de la République se permette de suggérer que des citoyens français d’une certaine origine soient éventuellement déchus de leur nationalité, alors que les autres citoyens ne courent pas ce risque (ce qui va, au passage, à l’encontre de la constitution française dont il est censé être le garant). Dans ce cas-là il y a donc bien une hiérarchisation des Français.

La banalisation et la diffusion de ces idées peuvent éventuellement conduire à des résultats qui horrifient un grand nombre de vos concitoyens, et c’est pour cela qu’ils réagissent si vivement au soutien que vous apportez au Front National, parce qu’ils jugent ces idées néfastes et redoutent leur développement vers de nouveaux palliés, plus extrêmes.

Il faut dire aussi que votre vote n’est pas qu’un soutien au programme du Front National, c’est aussi l’élément qui permet de hisser certaines personnes vers le pouvoir, avec la possibilité qu’ils l’exercent en fin de compte.

Qui sont ces personnes ? Vous êtes vous intéressés à leur vie et à leurs valeurs ? C’est nécessaire lorsqu’on donne quelque chose d’aussi important que son vote à quelqu’un, c’est-à-dire, en somme : le droit de parler en votre nom. Ce n’est qu’après que vous devriez leur apporter votre soutien, en connaissance de cause (ci-joint deux liens vite faits que j’espère les moins partiaux possibles… le mieux étant de faire vos propres recherches vous-mêmes et de comparer les sources pour vous faire l’idée la plus complète).

Lorsque vous aidez ces personnes, par votre vote, à acquérir plus de pouvoir, vous normalisez leurs discours et leurs actions et vous incitez d’autres partis politiques à accepter, voire à défendre certains des projets du Front National. Bref, vous influez sur toute la société française… Vous avez le droit de le faire, grâce à l’idéal moral des héritiers de ceux qui jadis, ont combattu le fascisme, mais encore une fois, faites-le en connaissance de cause et comprenez qu’un mouvement politique qui :

–          Soutient le rétablissement de la peine de mort

–          S’oppose au remboursement de l’Interruption Volontaire de Grossesse

–          Stigmatise les homosexuels

–          Souhaite élargir les pouvoirs de la police et de l’armée

(entre autres)

…et dont le fondateur (et président d’honneur) a des liens avec, par exemple, Léon GaultierGilbert GillesLéon Degrelle n’est pas sans inquiéter ceux auprès de qui toutes ces idées ravivent de « mauvais souvenirs ».

Après, comme dit plus haut, vous pouvez bien sûr soutenir le Front National, mais faites-le en connaissance de cause (bis repetita). Sachez qui vous élisez et les conséquences pratiques de leur programme. Dans ce cas vous aurez tous les arguments du monde pour répondre à vos amis qui déclarent avoir honte que vous ayez voté pour Marine Le Pen et puisque, dans l’absolu, un système de valeur ne vaut pas mieux qu’un autre… Mais clamer que vous ne comprenez pas pourquoi certains s’indignent, c’est faire publiquement montre d’une bien grande ignorance.

Conclusion :

Voilà, chers compatriotes qui votez Front National, j’ai essayé d’être le plus impartial possible pour répondre à votre question. Ce n’est pas chose facile étant moi-même en désaccord avec la vision de notre société que vous défendez, aussi je me permets de finir cet article par un poème sur lequel je suis tombé ce matin en faisant mes recherches, puisse-t-il vous inciter à opter pour la deuxième des deux visions que j’ai exposées plus haut : l’union plutôt que l’exclusion.

Vive la solidarité, et VIVE LA FRANCE !

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

MARTIN NIEMÖLLER, DACHAU

…arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

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