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Je n’écris quasiment jamais de poèmes libres, pour la bonne raison qu’il faut subir une vague d’inspiration surpuissante pour que ça ne se termine pas en lignes bidons à décorer une rame de métro. Les poèmes plus classiques, en alexandrins, tout ça, demandent aussi de l’inspiration mais s’il n’y en a pas c’est moins grave, on se rattache à la forme. J’ai écrit le poème qui suit d’une traite, sans y réfléchir, sans même avoir le sentiment que c’était moi qui l’écrivait tellement il est dissemblable à ce que je fais d’habitude. Il ne parle pas beaucoup toujours à ceux qui le lisent, mais moi il me fait sentir au chaud et me donne envie d’écrire de belles lettres, il me rappelle que le mot écriture est un mot qui crisse comme  une plume sur une table. Il m’inspire. Et vous ?

Au coin du feu – Roman
La bougie coule sur le pantalon.
Le papier, dru et râpeux, jaunit sous la flammelle,
Et ma plume griffonne comme une patte d’ours.
J’entends craquer le mot depuis la cheminée.
La table de bois lourd est massive comme un chêne.
Le parchemin s’y plait et jaunit, de plus belle.
J’inscris la date : en lettres de Roman.
Peut-être il pleut dehors?
Mais la peau de bête ne dit rien.
Alors j’attends.
La bougie est toute ratatinée,
Le papier s’est recroquevillé,
La table est tiède…
La peau de bête s’est rapproché du feu,

Et la plume a des marques de dents.

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Au passage je me suis aperçu que la forme de ce poème rappelait une bougie (de manière flagrante)… Les muses assurent, vraiment !

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