Aventures mihintale sri lanka le monastère vu de haut et de côté

Published on avril 8th, 2014 | by Nabolo

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L’aventure de vivre dans un monastère bouddhiste

Hop, je suis de retour ! Assis à une table on ne peut plus classique cette fois, dans la cour du Monastère. Monastère sonne comme austère et cette assonance aura tôt fait de jouer sur votre imagination. Rien de tel qu’une grotte, ici, pourtant. Des grottes, il y en a 89 (?) dans les parages, que les moines n’habitent plus depuis lurette. Je ne sais pas à quoi ressemblent les leurs mais ma chambre est la plus confortable de tout mon périple, mieux que n’importe quel hôtel sri lankais : avec une fenêtre (ça mérite d’être précisé) trois lits simples, un lit double et deux ventilos. Spacieuse, et salle de bain refaite juste à côté. Le grand luxe ce monastère. Devant moi, dans la cour, des travailleurs construisent ce qui sera peut-être un poulailler ? Une basse-cour ? Mais je n’en verrais pas bien l’utilité étant donné que poules et canards rodent déjà partout autour. A quoi bon les enfermer ?

monastère bouddhiste mihintale entrée du dortoir

Voilà l’entrée de la cour qui mène à celle de mon « dortoir » (sur la gauche). C’est de là-bas que je vous écris ! =)

A part ça : je me suis acheté deux mangues, en bas de MA montagne, filant à travers les escaliers sacrés comme je le faisais à l’école dans MON école primaire, lorsque j’étais « responsable » des couloirs, cf : monsieur le directeur qui m’avait chargé de dénoncer tous ceux qui y passeraient entre midi et deux. C’était vraiment un job de collabo quand j’y repense, mais pour ma défense je dirais que c’était le côté « chasse » qui m’excitait, plutôt que le côté « dénonciation », parce que je m’étais reconnu le super pouvoir de descendre les escaliers plus vite que tout le monde : c’est ce qui arrive quand on regarde trop le club Dorothée.

Et donc, en descendant chercher mes mangues, je suis chez moi, bien que tout les Sri-lankais qui me regardent ne le sachent pas, me prenant toujours pour le touriste blanc que j’étais encore hier, le rigolo qui se vêt d’un sarong alors que la mode est aux jeans.

J’ai retrouvé la vendeuse d’hier et son monstre d’écureuil. Je lui ai demandé de m’expliquer en détails ce coup-ci, comment on découpe une mangue. J’avais presque juste… J’ai oublié de préciser qu’il fallait d’abord la peler et que, détail que je n’avais pas remarqué, pour lui donner son aspect de fleur ouverte, il faut découper de petites lames de mangues qu’on coince à la perpendiculaire des grandes lames, toujours fixées au noyau par la partie inférieure.

vivre en monastère bouddhiste, voilà ce qu'on y mange, la nourriture rice and curry style

Savoir découper une mange correctement n’est pas inutile quand l’alternative est de manger ce que vous voyez ci-dessus trois fois par jour… Ceci dit, quoique « un peu » épicé, c’est très bon, et c’est aussi en grande quantité !

Bref.

Je reprends mon récit de ce qui s’est passé hier.

Ecureuil-bedonnant m’a conduit au-delà de la pagode centrale dans la partie « résidence » du lieu. On est d’abord passé par une espèce de petite cahute sacrée où sont envitrinées des reliques. C’est tout doré. Je suppose que ça a un rapport avec Mahinda, disciple de Bouddha lui-même, qui importa le bouddhisme au Sri Lanka lorsqu’il s’établit à Mihintale. Ecureuil-bedonnant me confia ensuite à un moine, plus jeune et parlant peu l’anglais, qui me présenta la chambre que je vous ai décrite. Je pensais au début qu’on dormirait à plein là-dedans mais non, en fait c’était tout pour moi. Ecureuil-bedonnant m’ayant promis qu’on discuterait au soir, je suis parti explorer mon nouveau royaume.

« Le Royaume des cieux » ou « Comme un singe dans la paume de Bouddha »

Le voilà ce royaume : nous nous trouvons en haut d’un gros rocher-montagne qui serait creux en son centre, et tout plat sur un cercle de 100 mètres de diamètre, admettons, mais j’ai vraiment pas un compas dans l’œil. Autour de ce plateau s’élèvent trois hauteurs, un peu comme les doigts d’une main dont la paume serait le plateau. Au centre de la paume il y a une dagoba… une stupa ou une pagode, vu que je fais toujours pas la différence : un gros mamelon à pointe, quoi.

Sur le sommet du pouce, le plus petit sommet des trois, une énorme pagode blanche ; au sommet de l’auriculaire, de l’annulaire et de l’index, qui sont serrés les uns contre…

[Parenthèse]Oh butin excusez-moi là mais j’ai du mal : deux cailles viennent de s’allier contre une poule, y a grosse baston dans la cour du monastère, baston qui se prolonge autour de ma table. Ça piaille. Ou un autre verbe que je connais pas… euh… le « piaillement » (caillement ?) de caille c’est pas de la rigolade ! Plutôt indescriptible comme truc, mais chiant, ça c’est sûr. Midi, je bouffe un bol de riz agrémenté de trucs qui piquent et me voilà de retour pour achever ma description top littéraire de la main de Bouddha… [Fin de la parenthèse]

Les trois doigts sont donc collés les uns aux autres vous disais-je, formant une paroi au sommet de laquelle un grand Bouddha blanc se tient assis. Sur l’index, enfin, le plus haut des trois sommets, on grimpe par des encoches taillées dans la pierre tout en s’aidant d’une rampe en métal incrustée dans le roc. C’est depuis ce sommet-là que je vous écrivais ce matin…

monastère bouddhiste de mihintale vu de haut avec statue du bouddha et pagode

Vue sur la paume de la main et les trois doigts joints qui soutiennent un bouddha. La photo d’en-tête de l’article représente ce que j’appelle « l’index » du lieu… mais pour plus de photos et plus d’explications je vous recommande vraiment la page facebook ! :p

Au passage je me demande d’où peut bien venir l’expression « ma caille » pour désigner l’être aimé. L’animal est vraiment pas spécialement beau.

En haut de l’index il n’y a rien donc, que le paysage qui s’étend très loin de tous les côtés… On voit les rizières, les palmeraies, les champs, le Sri Lanka.

Je me suis promené un peu partout, toute la journée. La pagode-sur-le-pouce-de-Bouddha occupe quasi-toute la surface du pouce : en la contournant on marche au bord d’un précipice. J’ai eu l’image très nette de Piccolo, debout, marchant le long de la plate-forme du sanctuaire du Tout-puissant pour observer le monde… dans Dragon Ball. Beaucoup de choses ici rappellent l’épopée de Son Goku, dit le « roi des singes », le « singe pèlerin » ou le « singe de pierre », dont est tiré le manga (je compte vous en parler dans un prochain article). Et d’ailleurs, ce sanctuaire du Tout-puissant, ne ressemble-t-il pas beaucoup à une dagoba renversée ?

sanctuaire dragon ball tout puissant bouddhisme la légende du roi des singes

C’est désormais une image familière à l’envers comme à l’endroit ! =)

Retour à la réalité : derrière la dagoba du pouce, j’ai atterri sur de gros rochers tout noirs, en avançant prudemment dans les coins herbeux (le moine-francophone m’ayant mis en garde contre les serpents), et accompagné d’un couple de singes qui fut bientôt remplacé par une chienne. Une chienne sortie de nulle part, une chienne à tête de renard. Vue l’invraisemblance de mes retrouvailles avec Caméléon-myope, il en a pas fallu plus pour me convaincre que ce presque-renard était un guide spirituel que je me mis à suivre pas à pas tout en lui parlant. Le presque-renard m’obéissait au doigt et à l’œil, ce qui ne pouvait que confirmer ma précédente théorie, m’attendant ou avançant si je le lui demandais. Nous arrivâmes ainsi près d’un monument en ruine appelé « image house », parce qu’identifié comme un lieu où l’on entreposait jadis des représentations de Bouddha. De là des escaliers repartaient à travers la jungle (puisque c’est le nom de la forêt d’ici) le long d’un bassin d’eau de pluie jusque vers la paume… Ainsi j’avais parcouru des kilomètres pour finir comme un singe dans la paume de Bouddha* (*épisode hyper célèbre – en Asie – de la vie de Songoku, le roi des singes ; cf : « Le singe pèlerin » ou « Voyage vers l’occident »).

Le soir venu on m’a servi à manger dans la « cantine ». Un rice & curry qui n’a rien à envier à ceux des restaurants… si ce n’est qu’on semble manger le même matin, midi et soir, pour ce que je peux en dire après une journée ici. La cantine étant moins vide que le drotoir, j’ai dîné en compagnie des autres résidents du monastère. Rien de bien convivial : les gens ne se parlant pas entre eux, et quittant la table aussitôt le repas fini, repas qu’ils prennent à des horaires pas vraiment fixes, un peu comme bon leur semble… Parmi les résidents avec qui je ferai plus amples connaissances dans les jours qui viennent, il y a le gardien du porte-chaussure de l’entrée du sanctuaire; le cuisinier et la cuisinière… peut-être son épouse ? Un ou deux guides officiels (les guides officieux ayant débarrassé le plancher au gros soulagement de tous et grâce aux efforts d’Ecureuil-bedonnant); et les « musiciens sacrés », comme je les appelle : trois types dont la mission est de jouer de la musique devant les bâtiments ou reliques sacrées du sanctuaire, trois fosi par jour. Ce n’est que lorsqu’ils ont fini du jouer de leurs drôles d’instrument (du tambourin et une espèce de corne ?) que le reste des résidents peut s’autoriser à manger. Les musiciens sacrés dorment au sanctuaire me semble-t-il, comme les autres, pourtant leur famille habite ailleurs, dans le pays. Il ya  aussi les moines que je croise au réfectoire, mais peu, je n’en compte pas plus d’une demi-douzaine qui rodent dans les parages, grand max… Et c’est tandis que je me défonçais les papilles à coup d’épices que je fis la connaissance de Petit Ours Bien, moine de vingt-cinq qui accepta de répondre à mes questions au sujet du bouddhisme. Il m’invita à le rejoindre dans la paume de Bouddha, après dîner, et j’en profitais pour escalader à nouveau l’index d’où j’avais déjà contemplé le soleil couchant un peu plus tôt, caressant la dagoba-du-pouce de lumière rose par le truchement des nuages…

Ok, cette description n’a pas vraiment d’intérêt mais j’aime bien utiliser le mot « truchement » comme ça, de temps en temps. Ca me fait plaise. Et faut se faire plaise.

monastère bouddhiste dagoba du pouce de mihintale

La dagoba du pouce, plongée dans le soir.

monastère bouddhiste mihintale au bord de la grosse dagoba blanche

Les bords de la pagode, ou la promenade favorite du Très Haut.

monastère bouddhiste promenade comme satan petit coeur au sanctuaire, le très haut et piccolo quand ils observent le monde d'en haut

Il m’a fallu en grimper des kilomètres de tour-Karine pour en arriver là…

Le bout de l’index, une fois la nuit tombée, offrait un autre spectacle qui s’appréciait à l’oreille cette fois : les bruits de la nature, de la forêt, et de la nuit. Les chants des oiseaux et des insectes, les cris des singes… Autant je le mentionne toujours lorsque je m’assoie quelque part pour faire mon beau, aventurier-style-qui-prend-la-pause, autant là je me suis vraiment senti ailleurs… En bas, la paume était dorée de lumières électriques qui en faisaient le foyer d’une bougie orange, la main s’étant transformée en flambeau. Et tout autour, l’obscurité débordait de vie. L’esprit curieux aurait pu passer des heures à quêter l’origine de tel ou tel chant, ou plutôt son cheminement à travers les ombres de la nuit, oh yeah.

monastère bouddhiste de Mihintale au sri lanka couché de soleil et lumière orange

En bas, la paume était dorée de lumières électriques qui en faisaient le foyer d’une bougie orange, la main s’étant transformée en flambeau. (vous voyez bien que je raconte pas que des conneries)

Ce ne fut pas mon cas : les haut-parleurs se mirent tout à coup à réciter des trucs religio-spirituels en cinghalais. Quelqu’un s’était lâché sur le volume, insupportable, et je pris ça comme le signal pour moi d’aller rejoindre Petit-ours-bien, pour ouïr ce qu’il avait à m’enseigner.




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