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Un nouveau programme de télé-réalité ?

Au début ça devait être DSK le nouveau président de la République, mais sa zizette a tout foutu en l’air. Enfin pas directement, ce sont plutôt les médias qui ont décidé qu’il ne pourrait plus se présenter, après avoir décidé qu’il allait être élu (imaginez s’ils avaient traité l’affaire de manière tout à fait bénigne : tout le monde s’en serait foutu).

Alors il a fallu trouver un autre président et les gens ont commencé à se demander s’il fallait pas redonner sa chance à l’actuel, et sinon, qui était l’autre champion… Enfin quand je dis les gens, je veux dire les médias. Parce que les gens on sait pas ce qu’ils pensent, nous, les autres gens. Mais les médias savent ce que tout le monde pense alors on est bien forcé de les croire.

Perso je regardais ça d’un peu loin parce que, pour ma part, la société idéale c’est une société avec une seule règle : celle d’être poli avec tout le monde… le reste me paraissant contestable. Au pire je serais allé voter contre quelqu’un, mais ça aurait un peu dépendu de si j’avais quelque chose à foutre de mon dimanche.

Bref.

Et puis un jour on m’a dit « Tu devrais regarder ce candidat, il est très intéressant. » Je l’ai regardé, écouté, etc. Et c’est vrai qu’au fur et à mesure j’ai été de plus en plus convaincu qu’il était l’homme de la situation, sentiment encore renforcé par la philosophie de l’aventure : de mon point de vue c’est toujours plus intéressant de bouger que de stagner. Lui proposait de bouger, m’a-t-il semblé.

Et puis l’enthousiasme est monté encore et encore.

Et puis à une semaine de l’élection hop, je me suis dit : « Et si je militais ?! »

Je n’avais jamais fait ça avant. Ca m’est venu petit à petit : j’ai commencé par partager quelques vidéos marrantes sur facebook, et de plus en plus, jusqu’à ennuyer mes potes.

C’est d’autant plus problématique que j’ai des amis de tout bord, sans doute de l’extrême gauche à l’extrême droite. Moi ça ne me choque pas, après tout on veut tous la même chose : du bien pour notre pays… mais en préconisant des moyens différents. Ce n’est pas en se tapant dessus qu’on risque de convaincre les autres que notre solution est meilleure que la leur.

J’ai un peu senti que ça les gonflait, mes potes, que j’affiche une opinion politique… sauf ceux qui avaient la même. Avec eux c’est devenu carrément love, même s’ils sont restés discrets pour pas que leurs propres potes, avec des opinions différentes, soient pas contents…  Je veux dire : on aurait pu parler de football, d’une émission de TV réalité ou de n’importe qu’elle connerie et s’envoyer 10.000 liens de photos de chats qui louchent sur nos pages facebook tout se serait bien passé… Mais parler DU sujet qui nous concerne le plus : ouch, malaise.

J’ai flippé. Je me suis dit : « Merde, je vais me faire cataloguer et il va falloir que j’assume tout ce que mon candidat va raconter même si je suis pas d’accord avec tout… p’tain je suis mal ! » Mais la philosophie de l’aventure m’a poussé à aller au bout de l’expérience…

Le grand meeting

Je suis donc allé à son grand meeting politique (comme un adulte, wahou !). On a chanté des chansons et on a applaudi beaucoup, comme pour un match de foot. Sauf qu’à un match de foot c’est jamais toi qui gagnes, tandis que là t’as une chance de gagner, et le match dure vachement plus longtemps. C’est assez excitant.

Ceci dit on n’a vraiment chanté que deux chansons et on s’est pas roulé dans la boue pour faire l’amour contrairement à ce à quoi je m’attendais. J’ai bien attrapé une de nos aînées par l’épaule pour faire quelque pas de danse sur la fin mais ça n’a pas vraiment pris, quoi que je la sente plutôt émue : les jeunes comme moi (31 ans merci) étant plutôt rares dans ce genre de réunions.

Les commentaires

Tout au long de la semaine suivante je suis allé argumenter avec mes compatriotes, sur internet, à propos de qui c’était le meilleur et pourquoi. A part certains messages désagréables c’est assez bonnard : on sent tout le monde un peu tendu comme s’il y avait la cagnotte du loto à gagner à la fin. Il y a de l’adrénaline, c’est cool. Ce qui n’est pas cool, ce sont les médias. Les commentaires qui suivent leurs articles sont souvent pertinents, mais les articles eux-mêmes c’est niveau tige-pâquerette : pas très haut. Le pire c’est qu’eux sont ravis qu’on vienne leur dire qu’ils font de la merde parce que ça fait gonfler le nombre de visites et de commentaires, et qu’à la fin ils peuvent dire au boss : « R’gardez  comme c’est intéressant c’que j’ai zécrit. »

A beaucoup d’entre eux il semble impossible de rappeler qu’ils ont une vraie mission, vraiment importante : celle d’informer leurs concitoyens. Objectivement, ou clairement subjectivement s’ils souhaitent vraiment donner leur point de vue…

Leur pouvoir est vraiment immense, la plupart de nos avis sur le monde (= tout ce qui va au-delà de ce dont nous sommes directement témoins) sont construits sur leurs témoignages qui sont systématiquement partiales et/ou partiels.

Coller des affiches

Quand je n’ai plus trouvé d’article à contre-commenter sur le net, j’ai osé contacter des « militants », pour savoir comment je pouvais mettre la patte à la pâte. Et j’ai appris plein de chose. Pour commencer : que les militants ne voient pas les choses avec les mêmes yeux que les autres. Ils ont la tête dans leurs batailles intestines et se trimballent l’historique des rancœurs du parti qu’ils défendent. C’est normal: pour vous, peut-être, un parti est associé à une idée; un symbole; voire un candidat à la présidentielle… Mais pour les militants il peut être associé à une foule d’autres militants qui font rien que les embêter, et qui sont méchants avec des sales gueules.
De fait, les militants perdent de vue les raisons (souvent extrêmement futiles) pour lesquelles leurs compatriotes peuvent choisir de voter finalement pour tel candidat plutôt que pour tel autre : j’ai pas envie de tomber dans le « nous sommes tous des moutons » mais il faut bien se rendre compte que nous avons très peu d’occasions d’exprimer notre voix et nous avons tendance à ne pas consacrer le temps qu’il conviendrait à ces occasions, telles que l’élection présidentielle… peut-on légitimement se plaindre de ce qui arrive ensuite ?

Les militants m’ont appris plein de chose sur l’histoire des partis et leurs relations entre eux pendant que nous préparions nos affiches. Ca m’a donné l’occasion de faire un truc dont je rêvais depuis toujours : coller des affiches en mettant de la colle dessous ET dessus ! J’ai du voir ça dans un dessin animé de Donald quand j’étais petit et j’ai jamais pu m’expliquer l’intérêt qu’il pouvait y avoir à mettre de la colle dessus… (j’avoue que je comprends toujours pas mais qu’est-ce que c’est fun !).

Plus en détails : les affiches ne se collent pas directement sur les murs mais sur des cartons, ramassés ça et là, qu’on coupe aux dimensions de l’affiche et qu’on accrochera plus tard, oui, le plus tard possible : pour pas qu’ils soient retirés par de méchants militants opposants qui auraient la même idée que nous (et dont nous aurions, au préalable, retiré les affiches).

Faire du porte à porte :

Après, on est allé faire du porte à porte. Mes potes militants m’ont expliqué que quand on distribue des tracts dans la rue, on convainc 1 personne pour 500 tracts de distribués, mais que le ratio tombe à 1/30 quand on va distribuer les tracts directement chez eux. Donc on a choisi un immeuble et on est allé sonner à toutes les portes, comme quand j’étais petit, mais sans partir en hurlant dès que la porte s’ouvre… Au contraire : il fallait parler aux gens, le plus dur étant de ne pas leur faire peur : vu qu’on était quand même cinq inconnus sur le pas de leur porte.

Perso, à moins de tomber sur des gens vraiment reclus et abandonnés du monde qui pourraient nous prendre pour leurs seuls amis au prétexte qu’on leur a adressé la parole, la tactique ne m’a pas paru super efficace.

J’ai aussi passé quarante minutes à discuter (ou plutôt à écouter) un de mes chers compatriotes m’expliquer son point de vue sur un tas de chose, sa vision et ses critiques sur la société, et en particulier sur l’immigration. C’était intéressant, même si on ne préconisait pas du tout les mêmes solutions aux mêmes problèmes. Il m’a invité à entrer chez lui pour me montrer la preuve irréfutable sur internet que mon candidat était corrompu. J’ai joué avec son perroquet d’Afrique et son chien pendant qu’il cherchait, puis on s’est dit au revoir lorsqu’il a déclaré qu’il « ne trouvait plus ».

Mais l’important était fait : j’avais échangé avec un de mes compatriotes, le débat avait eu lieu et je préfère ça 100 fois que de discuter avec des gens qui sont déjà d’accord (je suis grave un rebelle tavu).

Distribution de tract au marché/à la fac’

A l’étranger c’est plus facile de faire n’importe quoi que dans sa ville natale. Toujours avec la peur d’être catalogué, mais toujours motivé à l’idée de vivre cette expérience, je suis allé au marché ce matin pour distribuer des tracts. Les réactions ont été très variées. Certaines personnes m’ont ignoré, d’autres ont réagi très désagréablement mais j’ai aussi eu droit à mon lot de beaux sourires. Beaucoup m’ont supplié de ne plus leur parler de cette élection qui leur prend le chou. Certains n’avaient jamais entendu parler de mon candidat, seulement des deux ou trois les plus médiatisés. Et puis deux de mes concitoyens ont voulu me parler.

Ce qui est drôle c’est que ces deux-là m’ont d’abord ignoré et ne sont revenus vers moi qu’une minute après m’avoir dépassé, comme pour prendre le temps de murir la chose. Leurs propos étaient similaires : le désenchantement vis-à-vis du système. Mais leurs histoires étaient différentes et franchement touchantes pour l’un d’eux, quoi que cela dépende des sensibilités, j’imagine.

J’ai poursuivi ma distribution à la fac. Une prof ayant reconnu mon tract s’est exclamée : « Ah mais moi je vais voter pour vous ! ». Comme quoi, de simple militant, on passe facilement au devant de la scène : j’ai gagné ma première voix et je ne suis même pas candidat !

J’ai aussi discuté avec des étudiants et franchement, ce que j’aurai retenu de cette journée militante, c’est que personne n’a les mêmes raisons de voter. L’autre truc que j’ai découvert c’est que j’adoooooooooore parler aux gens dans la rue. Militer c’est donc un bon prétexte pour aller à leur rencontre, même si c’est pas cool lorsque quelqu’un a décidé de te reprocher à toi ce qu’il reproche à ton candidat.

(Au passage, quelque chose de marrant que j’ai remarqué : c’est souvent ceux qui ont le visage le plus fermé de prime abord et que j’avais le moins envie d’aborder qui m’ont accueilli le plus agréablement !)

La morale de cet article c’est que : nous devrions nous parler. Nous sommes tous dans le même bateau ! Nous sommes tous compatriotes (pour ceux qui sont compatriotes) !

A ce titre, la conscience aigüe qu’ont les Japonais de ce qu’ils doivent à leur voisin m’épate. Je doute qu’on arrive à ce niveau là, et peut-être n’est-ce pas souhaitable. Il me semble de toute manière que chaque peuple a des besoins différents. Nous verrons bien ce que nous déciderons qu’il nous faut ce dimanche mais si je puis me permettre une suggestion, faisons le en notre âme et conscience, en nous affranchissant le plus possible de l’influence des médias : ce sont des ogres à news, scandales, secrets, et autres futilités qui ne nous ménagent pas et pèsent sur notre raison, donc sur notre destin.

**deux films qu’on m’a recommandés et que je n’ai pas encore vus mais qui me semblent, avoir leur place ici :

Bande-annonce de « Les nouveaux chiens de garde »

http://www.youtube.com/watch?v=lszB9lFNcHI

(quelque part en suivant ce lien sous le titre « DSK, Hollande, etc. »

http://www.pierrecarles.org/

Et bonus, un super film : « Wag the dog » ou « Des hommes d’influence »

http://www.youtube.com/watch?v=jbhM7YRjysY

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