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Z'ont fini par m'avoir...

Ca y est, j’ai enfin rencontré la saison des pluies à Karatu, à 1.000 mètres d’altitude et 17 km de distance de l’entrée du cratère géant du Ngorongoro où vivent en autarcie des ribambelles d’animaux sauvages coupés du reste du monde depuis la nuit des temps blablabla. Mais pour l’heure je vous écris de derrière les barreaux. Eh oui ! Apparemment j’ai fait deux conneries : être blanc de peau et me balader seul là où il faut pas. C’est ce qu’explique Agnès en tous cas :

–          Il a pas d’amis, pas de famille rien ! Il savait même pas où dormir ce soir : il arrive en Matatu de Mombasa, au Kenya, et il est en Afrique depuis avant-hier.

Sa sœur ne bronche pas. Je ne crois pas que ça l’intéresse beaucoup.

–          Tu sais qu’au début j’ai cru que tu me racontais une blague ?

Agnès s’adresse à moi. Elle dégage bienveillance, chaleur, humour et caractère. J’ai tout de suite pensé qu’il fallait qu’on devienne potes.

–          Bon, c’est bientôt fini me prévient-elle, on va pouvoir y aller.

J’ai rencontré Agnès dans mon dernier Matatu. Elle était voilée, habillée en musulmane pour accompagner sa mère à la mosquée (elle qui est en fait chrétienne, comme son père), mais pas assez pour dissimuler les rayons de soleil de sa personnalité (muses !). En cherchant de la place pour son postérieur conséquent elle a adressé la parole au moins une fois à chaque passager et quoi qui se soit dit, ça se finissait toujours par un éclat de rire. J’ai eu droit à ma remarque, parce que je savais pas quoi faire des peaux des bananes qui m’avaient servies de déjeuner. Puis Agnès a joué les interprètes lorsque j’ai voulu expliquer le fonctionnement de ma crème solaire à ma voisine Masaï totalement fascinée par l’usage que j’en faisais (elle m’a d’ailleurs réclamé le tube pour « devenir blanche comme moi » – on s’est finalement mis d’accord pour faire moite-moite, et de trouver un petit pot dans son sac pour qu’elle transporte le précieux onguent). C’est comme ça qu’Agnès m’a prise sous son aile, comme Richard et les autres avant elle. Il faut dire qu’Agnès ne fait rien pour me rassurer quant aux risques que j’encours. Lorsque nous sommes descendus du Matatu elle m’a dit :

–          Bon maintenant tu me suis, sinon tu vas te faire voler trois fois !

Nous sommes arrivés de nuit et Karatu n’avait rien de rassurant, surtout pas Agnès. Des types lui ont adressé la parole à plusieurs reprises tandis qu’elle m’emmenait jusqu’au magasin de sa sœur.

–          Tu sais ce qu’ils me disent ? demande Agnès, Ils me disent : « Hey sister ! Tu veux pas laisser le Mzungun marcher tout seul pour voir ? »

« Mzungun » ça veut dire « blanc ». Et je suis pas certain que ce soit toujours connoté positivement, même si Agnès prétend que c’est neutre.

La sœur d’Agnès vend du matériel pour motos : pneus, gonfle-pneus, etc. L’entrée de son magasin est séparée du comptoir par des barreaux en acier trempés de cinq bons centimètres d’épaisseur. On est juste entré le temps qu’Agnès me présente, annonce qu’elle était bien arrivée et que, m’ayant trouvé en chemin, il était de son devoir moral de s’assurer que je trouve un hôtel. On s’est donc enfoncé dans la partie de Karatu à gauche de la route, non sans être suivi par un type qui insistait pour que je le prenne pour guide plutôt qu’Agnès, en me mettant en garde contre la « Al Qaïda connexion ». Je pense qu’Agnès et moi avons du faire à peu près la même grimace réprobatrice en nous retournant sur cette remarque, ce qui l’a convaincu de nous lâcher ma grappe. Mais un autre m’avait suivi aussi qui entra dans l’hôtel juste à notre suite pour vérifier que c’était bien là que j’allais trouver refuge. Du coup me voilà poussé par Agnès et la tenancière (qu’elle appelle « sa sœur » aussi) à l’intérieur d’une des chambres où nous tenons un véritable conseil de guerre qui peut se résumer ainsi :

Effectivement, la chambre était nickel cette fois, même si je me suis quand même fait agresser par une gigantesque créature aux longues pattes vertes... (forcément, quand on est un aventurier)

–          Bon Nabolo, elle est très bien cette chambre regarde ! Alors voilà ce qu’on va faire, tu vas rester ici pendant les prochains jours, nous on s’arrangera pour t’apporter à manger. Et dès qu’une voiture de Mzungun passe sur la grande route on les prévient et tu montes avec eux pour aller voir le Ngorongoro : parce que c’est pas possible d’entrer dans le cratère sans jeep de toute façon. C’est d’accord ? Tu as bien compris ? Tiens regarde, tu as même la télé pour patienter.

C’était très gentil de leur part mais le plan comportait deux problèmes de taille :

1-      Grand 1 : mon vol-retour étant mardi je n’avais pas un jour à perdre.

2-      Petit b : la télé était positionnée à l’angle opposé de la prise murale, avec un fil trop court, et une prise à deux branches (à l’européenne) alors que les prises murales tanzaniennes ont trois trous (à l’anglaise).

–          Bon. On va trouver une autre solution annonça Agnès.

Et c’est comme ça que je me retrouve à vous écrire de derrière les barreaux du magasin de sa sœur, en attendant qu’Agnès finisse d’attacher des ajouts/rallonges de faux cheveux colorés à sa sœur (elle était coiffeuse au Kenya, avant, pays dont elle est originaire).

–          Fini ! déclare-t-elle enfin.

Ca tombe bien il y a justement une accalmie dehors et nous en profitons pour sortir, destination : un hôtel un peu luxueux du bord de la grande route. Nous avertissons le responsable de ma situation, pour qu’il appelle Agnès si d’aventure des Mzunguns venaient à passer, et bien que l’hôtelier affirme ne pas en avoir vu depuis au moins six mois… Il y en a, certes, mais ils ne s’arrêtent pas à Karatu, se contentant de traverser la ville dans des jeeps privées jusqu’à l’entrée du parc du Ngorongoro. Agnès et moi remercions et repartons. Je lui explique que je n’ai pas le choix de toute façon : il faut que j’accède au cratère dès demain. La seule solution, d’après elle, c’est qu’un taxi m’emmène tôt à l’entrée du parc (ça veut dire 5h) où je pourrai attendre que des Mzunguns acceptent de me prendre dans leur jeep. Nous nous séparons sous une pluie battante, alors que, toujours pour des raisons de timing, je décline l’invitation d’Agnès de l’accompagner demain ou après-demain dans son village. Dommage…

Mais entre Coolette, Richard et Agnès, qui ont tous été si accueillants avec moi, je ne peux m’empêcher de remarquer qu’il semble plus facile de créer des liens en Afrique qu’en Asie. Et même si, comme d’hab’, les généralités c’est pourri (quoique souvent utile).

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