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Mon matatu, lors d'une pause-pipi-charge-de-cannes-à-sucre en plein voyage.

Dans le Matatu nous sommes 24 pour 16 places. Je suis le seul white, tandis que tous les autres sont noirs (NDN : j’ai bien conscience que dire publiquement que les blacks sont noirs frôle le néonazisme. Aussi, et pour compenser ce manque d’anglicisme, j’appelle les blancs des « white » de manières à apaiser les fous-les). Dans le ciel blue, pas un seul nuage white alors pourtant que c’est la mini-saison des pluies. D’après le site de l’ambassade de France je devrais être trempé jusqu’aux os… Ce qui en théorie n’est pas bien grave puisque je suis aussi censé être mort. D’ailleurs un nouveau danger se présente lorsque ma voisine (noire) me propose un bonbon probablement empoisonné que je saisis dans ma main (white). Le bonbon est white lui aussi avec un peu de blue. Comme elle mange le même je lui fais la faveur de lui accorder ma confiance, je dis bien la faveur : en découvrant qu’il s’agit d’un bonbon pour l’haleine. Après on essaye de parler (maintenant que ça lui est supportable) mais ça marche pas très bien vu que je parle mal swahili (à part hakuna matata) et que son anglais est un connard, comme tous les anglais (mais je m’égare).

Et donc je lui demande plutôt de m’apprendre une chanson qui, je le sais, me servira à briser toutes les barrières culturelles de mon périple et à me faire plein de nouveaux amis. En exclusivité pour vous chers EXCELLENTS lecteurs de l’EXCELLENT Nabolo-blog, je vous la livre, c’est mon legs, prenez en soin, même s’il n’est pas epilated (ohlala le jeu de mots façon international boy ! Je me gave et m’octroie 14 Nabolo-points !! +2 au premier qui comprend, tellement c’est compliqué) :

  • Jambo, jambo bwana habari ngani mzuri sana
  • Wageni mwakaribishwa kenya yetu hakuna matata
  • Kenya nchi yetu hakuna matata
  • Nchi yakupendeza hakuna matata

… ce qui bien entendu signifie:

  • Salut salut monsieur comment ça va très bien
  • Etranger tu es bienvenu dans notre kenya y a pas de problème
  • Ce pays notre monde où y a pas de problème
  • Ce pays de l’amour où y a pas de problème

L'intérieur d'un matatu à moitié vide.

Encouragé par mon enthousiasme (et mes facilités d’apprentissage, il faut bien l’admettre) la voilà qui prend l’initiative de m’enseigner une nouvelle chanson : une berceuse cette fois. Je la vois venir ! Elle essaye de déclencher les effets du bonbon, censé m’endormir, pour mieux me dépouiller !!! Je me concentre pour résister aux effets quand tout à coup le Matatu s’arrête, obéissant à l’injonction d’un policier noir sous son maillot yellow fluo. Le policier est furieux, il a la matraque au côté. Il fait le tour du Matatu. Je suis sûr qu’il m’a repéré (étant le seul white) et qu’il va me gratter un bakchich. Il faut vite que j’invente un bobard sur mes relations avec l’ambassade de France… Je me concentre pour essayer de me rappeler le nom d’une personnalité politique. Mais à mon grand étonnement c’est un autre que moi que le policier contraint à sortir. Il est toujours furieux et il a toujours sa matraque : mais à la main cette fois. Ils échangent quelques paroles. On sent que sa chauffe. La tension est palpable dans notre Matatu… Et puis tout le monde éclate de rire et notre compagnon de route remonte à bord, le policier faisant signe à notre chauffeur d’avancer.

J’ai rien compris.

Ma voisine m’explique et ce faisant me traduit le dialogue qui vient d’avoir lieu :

  • –          Pourquoi tu n’as pas attaché ta ceinture ? a demandé le policier.
  • –          Ben… parce qu’il n’y en a pas.
  • –          Alors excuse-toi !
  • –          Pardon.

Mon matatu au départ de Voi.

J’ai ri à mon tour (en retard mais bon…) vu que c’est très drôle, surtout quand on voit l’état des ceintures. La mienne est attachée et me donne le même sentiment de sécurité que si je portais des caleçons (NDN : cela n’est pas tout-à-fait exact, et ce pour deux raisons : la première c’est que je porte vraiment des caleçons, et la deuxième c’est qu’ils me donnent aussi un sentiment de sécurité).

Arrivé à la gare routière de Voi, ma prof de chant me protège des gratteurs, hyper actifs et nombreux dans les gares routières. Elle s’assoit sur un banc à côté de moi et attend. Je lui demande ce qu’elle fait : elle m’explique qu’elle attend que mon bus parte pour pas que je me fasse harceler.

Et c’est là cher lecteur que j’ai le courage de lui montrer ce que c’est qu’un homme, un vrai en lui donnant la permission de partir : je vais me débrouiller sans elle ! Je la raccompagne donc jusqu’à son touk-touk pour me retrouver finalement seul, face au danger.

Je me suis fait racketter mon guide du routard par ma copine d'étape ! Pas vraiment hélas : ça m'aurait évité des déconvenues niveau logistique, même si les pages cultures restent agréables à lire...

Mais il faut croire qu’il y aura toujours une femme pour veiller sur Jéroméo, l’amoureux de l’aventure puisqu’à peine partie la prof de chant, ne voilà-t-il pas que je me fais une petite amoureuse. Elle doit avoir quatre ans et c’est une danseuse (elle adore sautiller partout en tapant dans ses mains). C’est aussi une boxeuse lorsqu’il s’agit de mon sac. Ce qui l’intrigue le plus c’est ma couleur de peau white, ma crème solaire et mes cartes à jouer. On consacre d’ailleurs de longues minutes à la pratique du troc de cartes : je te donne des cartes, tu me donnes des cartes, je te donne des cartes, etc. en boucle à répétition. Mon matatu pour la Tanzanie ne partira pas avant d’être rempli, c’est la règle, alors on a le temps… quand tout à coup ma petite amie laisse tomber son jeu, écarte mon sac des deux mains et me met la main au paquet (pas celui de cartes, le vrai cette fois) et s’exclame : « Hakuna ! » ce qui fait beaucoup rire sa mère. Moi moins, mais je fais semblant de pas être bilingue swahili-francophone afin d’éviter d’avoir à me justifier (pour ceux qui n’auraient pas compris, dans l’expression « hakuna matata » qui signifie « aucun problème », c’est « matata » qui veut dire problème…).

Enfin, mon matatu est rempli ! J’embarque, direction la Tanzanie ! Au moment de partir le type de la compagnie me réclame 100 shillings (2€) de plus pour mon bagage. Je refuse. Il insiste. Je refuse sous les encouragements de mes nouveaux compagnons de voyage, sombres de couleur que-bla au teint mât et basané, comme d’habitude.

Moralité : les noirs ne sont pas tous méchants (et aucun n’a essayé de me manger, t’inquiète Pépé !)

Ps : petit débat de fin d’article ? Est-ce qu’il y a des blacks/noirs parmi vous qui trouvent inapproprié qu’on les désigne par le mot « noir » plutôt que « black », aujourd’hui plus courant ? Quels sont les termes qui vous paraissent appropriés en la matière et ceux qui ne le sont pas ? Est-ce qu’il y a des « blancs » parmi vous que ce terme incommode et qui préfèrent qu’on les désigne par d’autres termes (comme « caucasien » par exemple) ? Et les jaunes et rouges dans tout ça ? Quelqu’un ici présent se considère-t-il comme marron ? Quelles sont, d’après vous, vos couleurs et que représentent-elles à vos yeux ? J’ai écrit cet article avec en tête les remarques d’une pote qui se scandalise qu’on n’emploie pas le mot « noir » pour désigner des gens avec une couleur de peau noire (ce qui est son cas). Est-ce que tout le monde pense pareil ? Etc. Merci de votre participation ! =) (Et puisque rien n’est gratuit ci bas : j’octroie 4x Nabolo-points de récompense par participation)

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