Aventures voiture américaine bleue à la havane

Published on décembre 23rd, 2010 | by Nabolo

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La Havane que je connais

rue la havane aventure

Des musiciens au repos.

La Havane que je connais se divise en deux quartiers: la « vieille havane », avec ses jolis bâtiments historiques et ses Cubains qui ont besoin d’argent, et la « havane centrale » avec ses bâtiments éternellement en cours de rénovation et ses Cubains contents.

Il y a un troisième quartier au-delà, dont j’ai oublié le nom (faites pas chier: googlemap -vous pourrez voir les rues sans même vous taper l’avion-), et tous trois sont cernés par une sorte de remblai qu’on appelle « Le Malecon » (la preuve qu’ici aussi le féminisme est en marche), tout le long de la mer.

Voilà le genre de repères géographiques que vous devrez retenir si vous allez un jour à La Havane, outre « le prado » et la « calle Obispo », deux des avenues principales de la ville.

Contrairement à ce qu’on pourrait légitimement penser, le chanteur français n’a qu’une rue à son nom alors qu’Hemingway (qui n’était même pas Français) voit son nom un peu partout… Ou verrait, plutôt, s’il avait encore des yeux (et s’il était à Cuba)(à moins qu’il ait perdu la vue).

En bas de la « calle Obispo » donc (quand je voyage j’ai pour habitude de n’emprunter que les rues avec des noms français: on est patriote ou on ne l’est pas, et la rue du « prado » sent son macaroni a plein nez si vous voyez ce que je veux dire…), je suis arrivé sur la mer. Le Malecon partait sur la gauche et, juste derrière, sur les rochers surplombant l’océan bleu et humide, immense et calme dans son agitation de titan sous le ciel de l’univers des étoiles que l’azur (muuuuuuuuuuuuses! Mais muuuuses! Ne me laisserez vous donc jamais en paix?!) une vieille se faisait baptiser par pigeon interposé.

Je doute que ça vous parle beaucoup alors j’entre dans les détails: sur les rochers mouillés par les vagues (muses?) il y avait une vieille femme qui se tenait debout, pieds nus, silencieuse. A ses côtés un jeune homme à casquette brandissait un pigeon (vivant) qu’il lui balançait de la tête aux épaules, un peu à la manière dont les Chrétiens se signent (mais en général ils font ça sans pigeon), et tout en débitant des paroles à toute vitesse, donc incompréhensibles de là où je me trouvais. La vieille ne bronchait pas; le pigeon non plus, sauf pour la tête qu’il tournait de droite à gauche, comme pour montrer son profile, en clignant de l’œil à chaque fois.

Je me suis assis sur le rebord pour regarder. Le pigeon n’était absolument pas maltraité et la cérémonie s’apparentait à un rite de purification, un peu comme chez les bouddhistes où il est d’usage de libérer un oiseau (c’est pour ça qu’ils en enferment plein) afin de se repositiver le karma.

Le « prêtre » a écarté les ailes du pigeon, comme pour le préparer à l’envol. C’est beau des ailes d’oiseau, la nature fait des merveilles me dis-je. Puis il les a ramenées dans le dos de l’animal pour ne plus les tenir qu’avec une seule main et s’est remis à baptiser la vieille en lui balançant le pigeon contre les épaules, pas vraiment doucement cette fois (un peu comme si c’était un sac), avant de lui arracher deux touffes de plumes. J’ai eu un mouvement vers eux mais cette partie du rituel était déjà finie et le prêtre présentait désormais l’oiseau à l’océan et l’horizon vers lequel le pacifique animal se serait envolé si le « prêtre » ne l’avait retenu au dernier moment pour lui arracher la tête.

C’est le genre de situation, très difficile, où mon respect des différences culturelles a du mal à s’accorder à ma sensibilité.

Le pigeon était mort, c’était trop tard pour intervenir, et aucun autre animal n’était en danger. J’ai utilisé le pouvoir absolu (= peu importe la vie, la mort, etc) pour lutter contre l’héritage sentimental de qui j’ai été dans un objectif pratique: observer, apprendre, et si possible comprendre, avoir une attitude constructive plutôt que destructive (jeter le type à l’eau ne l’aurait pas empêché de recommencer) (quoique, sur une bonne vague…).

C’est difficile à admettre mais cette scène n’était pas, en soi, une scène de cruauté envers un animal. C’était une scène religieuse. De la même manière que je tolère (au sens où je n’en ai jamais détruit) l’existence d’abattoirs, en France, qui tuent des milliers d’animaux chaque jour, mais pas qu’un maître batte son chien, j’ai pu trouver les ressources pour tolérer le geste rituel, bien que je n’eus pas toléré le crime.

Le prêtre s’est servi de l’oiseau décapité comme d’une gourde dont il a versé le sang sur un petit monticule de sa fabrication, positionné aux pieds de la vieille peau. Il a arraché des plumes et les a portées à ses lèvres, puis à celle du fossile qui venait de se purifier en s’aspergeant de la mort d’un être pur. Ensuite le prêtre a ramassé le monticule et l’a mis dans un sac plastique qu’il a filé à la vieille, pour qu’elle le ramène chez elle et qu’elle se le mette dans le … ou que sais-je, de toute façon je l’ai tellement bardé de malédictions que ça m’étonnerait qu’elle s’en tire (je lui donne pas vingt ans).

santeria

J’ai tapé santeria sur google et je suis tombé sur cette image. Ca fait drolement peur dis donc!

J’ai eu des explications sur ce curieux rituel à quelques rues de là, dans une ruelle toute peinte et dédiée, à ce que j’ai compris, à la « Santeria ». Comme je n’ai pas d’accès internet au moment où j’écris ces lignes vous irez lire ailleurs pour en savoir plus. De ce que j’ai compris il s’agit de cultes nigérians associés au christianisme, sur l’île de Cuba, et distincts du vaudou.

La ruelle en elle-même était plus intéressante que les réponses du type auquel je posais mes questions, en particulier pour ses illustrations murales (notamment dédiées au Petit Prince) et ses citations. J’en ai retenu deux, la deuxième (la première je vous la livre en fin de cet article: ici):

– Abuela, cual es la libertad? (Grand-mère, c’est quoi la liberté?)
– Es la felicidad. (La félicité)
– Y la felicidad? (Et la félicité?)
– La paz (La paix)

Je trouve la citation intéressante même si mon avis, contrairement au support, n’est pas encore mur sur la question.

En retournant vers la vieille Havane, je suis tombé sur une partie de ping-pong, en pleine rue et sans table: un homme défiait des minots dans une sorte de tournoi à cinq points. En guise de table, un rectangle avait été tracé à la craie sur le goudron nid-de-poulé de la route. Ils m’ont invité à jouer et j’ai perdu 5 à 3 à cause des faux rebonds et de la température de l’air (moi qui ai joué avec les plus grands! cf: Jacques Secrétain que j’ai eu la chance d’affronter lorsqu’il est venu faire une démo à ANKAMA, je vous le dis uniquement dans le but de me la jouer).

Puis le type m’a invité à manger chez lui, ou qu’on aille au bar, ou qu’on se prenne un café et qu’il me montre sa maison ou bien des musées, etc. En fait, au bout de quelques jours ici je m’aperçois que les Cubains sont le peuple le plus facile de contact que j’ai jamais rencontré… Mais c’est parce qu’ils sont tous plus ou moins friands d’obtenir les CUC évoqués dans le précédent article. Le trouble ne vient pas de là, je suis habitué à ce qu’on essaye de me tirer des sous; le trouble vient de ce que je pourrais avoir une conversation intéressante avec n’importe quel Cubain.

poteaux canons aventure cuba

Quand les panneaux ne suffisent pas pour faire comprendre qu’un sens est interdit, les Cubains plantent des canons dans le sol. Joli.

Je m’explique: c’est assez facile « d’ignorer » quelqu’un lorsque vous n’avez rien en commun, qu’il y a une barrière au niveau de l’échange intellectuel par exemple. En Inde, je me convaincs facilement que les mendiants ont une destinée différente de la mienne, en empruntant leur propre philosophie (Dharma and co, QUE-WA?! Vous n’avez pas encore lu INDIANA TOM ?!?!?!?!?!? !?!?!??!?!?!?!?!?! ?!?!??!?!?!?!?!?!?!?!??!?!? !?!?!?!?!?!??!?!?!? !?!?!?!?!?? !?!?!?!?!?!?!?!? ?!?!?!?!?!?!?!?!??!?!?!?!?!?!). A Cuba, les personnes qui vous demandent de l’aide pourraient toutes être des amis ou des voisins, trouve-je (plus facile à écrire qu’à lire ça), et vous savez pourquoi? Vous savez pourquoi? (suspense) Non? (re-suspense) Eh ben c’est ça le truc: c’est que les Cubains ont tous (je suis plus à une généralisation près sur ce blog) un niveau intellectuel super élevé. J’enchaine avec d’autres généralisation, puisqu’on y est: en France il y a des gens plus ou moins éduqués et différentes classes sociales qu’il peut être difficile de mélanger: elles n’auront pas forcément grand chose à se dire. A Cuba il n’y a qu’une seule classe sociale, et son niveau d’éducation est très élevé. C’est assez étonnant en fait, quand on y pense… Pour faire (très) simple, c’est comme si je vous disais que « A Cuba, tout le monde est intelligent ». Tous les Cubains que j’ai rencontrés, en tous cas, s’y connaissent en politique et en histoire, ce qui n’est pas le cas de nombre de mes proches amis Français. Pour parler stats, 99,8% de la population est alphabétisée, ce qui est l’un des taux les plus élevés au monde (Cuba est classée 6ème; la France est 40ème avec un petit 99%). Il s’agit là d’acquis concrets de la révolution, je trouve ça assez impressionnant.

Néanmoins, les difficultés économiques du moment commencent à dessiner de nouvelles classes sociales, prétend mon guide. Je ne les ai pas constatées moi-même, donc je ne vous en parlerai pas, mais on s’imagine facilement que le niveau de vie n’est pas le même entre les Cubains ayant accès aux CUC et les autres. Je reviendrai là-dessus plus tard (j’espère que vous prenez des notes – j’en vois un qui mange ses crottes de nez dans le fond).

Toujours à La Havane, et me proladant par les rues, j’ai reçu un choc de 7 sur l’échelle de ma vie. Devinez qui j’ai vu? Moi! Ou plutôt l’un des personnages que j’ai incarnés (cf: Renardt, mon personnage idéal) pour la bonne raison que je venais de tomber sur la nana dont la photo m’avait servi d’avatar pour jouer l’entrée en scène du personnage de « Capitaine Renart », dans le jeu de rôle en ligne « Adept JDR »!

Ohlala, je sens que j’ai perdu la moitié d’entre vous sur ce coup-là! Je reuh-explique donc pour les deux qui n’ont pas compris:

  • il y a six ans
  • moi
  • jouer jeu de rôle sur internet
  • utiliser photo de vieille femme pour représenter mon personnage sur le forum en ligne
  • il y a deux jours
  • moi
  • rencontrer dans la rue vieille femme dont j’ai utilisé la photo
  • avoir un choc émotionnel entre 6 et 8 sur l’échelle de ma vie
cigare aventure vieille

Elle a quand même une sacrée tronche…

Maintenant que tout est clair vous comprenez mon émotion.

Ce fut facile de ne pas avoir de doute sur l’identité de la personne tant sa beauté est particulière, pour ne pas dire unique difficilement avec un physique pareil. Quelle ironie du sort! Je suis allé la voir pour lui dire qu’elle était célèbre, ce qui m’a permis de découvrir ce que ses photos ne montraient pas: sa capacité à bouger ses dents avec la langue. Etonnifiant. Ses copines, avec qui elle a au moins un important point commun, m’ont proposé de la prendre en photo, ce qui ne se ferait pas gratuitement: elle a fait de son physique une source de revenu. Au final elle gagne aussi bien sa vie que les Jinateras (Cubaines qui se prostituent plus que moins), mais sans avoir besoin de coucher. L’extrême laideur aussi a ses avantages, et l’âge ne fait que les améliorer.

Et puis j’ai encore parlé à d’autres Cubains et à d’autres encore! C’est tellement plus facile d’échanger avec les locaux d’ici qu’avec les locaux d’Asie, ce qui me pousse à conclure que les asiatiques sont beaucoup plus inhibés que les latinos-américains (à moins que le fait que je parle espagnol entre en compte? Qui sait…).

De discussions en discussions je suis tombé sur Joël, guide touristique qui, à la fin de la notre, a fini par admettre qu’il n’y a pas d’autre problème à Cuba que ce même problème qu’ont tous les hommes à travers le monde: ils veulent toujours plus.

Perso je ne blâme pas les hommes d’être comme ça, je trouve juste que ce serait plus cool qu’ils le reconnaissent. Je suis pour que tout le monde fasse tout ce qu’il veut à condition qu’il ne le prenne pas trop au sérieux… Voilà qui est, je trouve, un assez bon résumé de ce que sont la philosophie de l’aventure et le pouvoir absolu.

danse havane aventure

Le Prado me rappelle le Cours Mirabeau… Le retour approche!

Et à propos d’aventures justement, il y avait, sur le prado, une sorte de concours de danse, organisé par le conservatoire, qui rassemblait artistes (de moins de douze ans) et parents. De petites cubaines en uniformes colorés dansaient en formation, suivant la chorégraphie étudiée depuis des mois. C’est alors qu’une blondinette de cinq-six ans à peine s’est précipitée sur la piste pour les imiter, à distance suffisante pour ne pas les perturber. C’était génial de voir une petite blonde se mêler si spontanément à des petites brunes, puis se débattre contre sa mère venue la chercher de force, se libérant par deux fois pour retourner danser. Je lui envoyais mes bénédictions: « Va-z y petite, ne te laisse pas sacrifier comme un pigeon! Libère-toi de celle qui veut te décapiter et danse, vole, danse! » La mère a fini par l’emporter, mais pas avant la fin de la chanson, et je suis allé féliciter la blondinette pour éviter qu’elle reste sur ce sentiment de culpabilité qu’essayait de lui refiler sa vieille. La grande castratrice m’a souri, totalement inconsciente des chaînes qu’elle était en train d’apposer sur sa fille (et du fait que je suis le célèbre Nabolo). Tss! Quelle nonne! En espérant que j’ai pu sauver une aventurière: je ne suis pas sûr que les hommes soient tous frères, mais j’ai une sorte de sentiment spontané que les enfants sont tous nos enfants. Pas vous? Ah bon.

Ps: Olala, ça fait réfléchir Cuba!




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