Aventures gestuelle de dans indienne hindou

Published on août 28th, 2010 | by Nabolo

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La beauté du geste

labyrinthe mumbai

Un plan de la ville de Mumbai.

La Thaïlande propose sans doute ce qu’il y a de plus pratique comme système de « repérage urbain ». Les villes comptent de grandes artères (qu’on appelle « thanon ») auxquelles se rattachent de plus petites rues (appelées « soi »). C’est comme des rivières et leurs affluents, quand on veut se rendre quelque part on demande la « rivière A, affluent 12 » et tout le monde sait vous indiquer l’endroit.

L’Inde propose sans doute ce qu’il y a de plus compliqué. A Mumbai en tous cas, lorsque vous demandez une adresse on vous donne : 1 – le quartier ; 2- l’édifice connu le plus proche ; 3- le bâtiment opposé à celui que vous recherchez (la rue est donnée aussi mais personne ne la connaît : elles ne sont pas indiquées). Votre recherche se divise donc en plusieurs étapes : d’abord vous rendre dans le quartier ; une fois dans le quartier vous renseigner auprès des habitants du quartier pour trouver les bâtiments indiqués et enfin trouver l’endroit précis où vous voulez vous rendre, ce qui n’est pas gagné… un peu comme pour aller à un gouter d’anniversaire qui n’aurait pas de ballons à l’arrivée.

Par exemple, avant-hier, je cherchais les studios d’une agence de modèles dont le site-web envoie de la poudre aux yeux, et j’ai  terminé au troisième étage d’un immeuble délabré, dont les escaliers étaient colorés de crachats rouges (dus aux pans, cette friandise dont les Indiens raffolent), dans un appartement privé ou un couple terminait son thalie (différents types de garnitures servies sur un plateau à l’indienne)… Mais c’était vraiment là que j’avais rendez-vous !

Ils m’avaient contacté deux heures avant par téléphone, suite à l’un des milliers de mails que j’ai envoyé cette semaine dans l’espoir de devenir une star à Bollywood… C’est autant de temps qu’il m’avait fallu pour me rendre dans leurs « studios » et m’entendre dire :
– Nous pouvons nous occuper de vous trouver du travail en tant qu’acteur, no problem : c’est 2.500 roupies pour vous inscrire chez nous.

Je suis reparti. Et le lendemain rebelote, même scénario !

Les personnes du « milieu » que j’ai rencontrées dans des soirées m’avaient déconseillé d’appliquer mon plan initial, qui était d’aller directement frapper aux portes des studios, mais plutôt d’utiliser internet : ca se finit en faux rendez-vous, mauvais plan.

Alors je suis reparti sur mon idée de base et je suis allé frapper aux portes.

A Mumbai il n’y a pas, ou du moins je ne l’ai pas encore trouvé, un quartier « Bollywood » à proprement parler. Mais dans ce qu’ils appellent des « mauls » il y a un peu de tout. Les mauls à l’indienne sont délabrés, certes, mais surtout, ils ont été construits exprès pour que s’y déplacer ne soit pas pratique. Peut-être que l’intention d’origine était de piéger les visiteurs dans des étroits couloirs sans moyens de trouver la sortie ? …afin de les pousser à l’achat ? Si c’est ça, c’est (à moitié) réussi. Il faut avoir le temps en tous cas.

Mais le plus pratique n’est pas toujours le plus beau.

Le monde occidental cherche à aller au moins compliqué, au plus rapide, pour engendrer plus d’argent en songeant que c’est l’argent qui apporte le confort. Ce n’est qu’une fois cet argent amassé que le mirage se révèle. Pour les riches comme pour les pauvres, les émotions qui animent le quotidien sont les mêmes : qu’on joue au tennis sur les rails qui traversent des bidonvilles ou sur un terrain en terre battue, la qualité de bonheur est la même ; qu’on aime, qu’on pleure ou qu’on rit, c’est pareil. Quant à la beauté évoquée plus haut, je ne prétends pas que la pauvreté y touche davantage que la richesse, je pense que c’est plutôt une question de nouveauté, d’habitudes brisées, et pour revenir au modo de ce blog : d’aventure. Le pauvre rêve de richesse, et il y a des milliers de riches sur les routes à la recherche d’expériences dénuées d’investissement financier. Tout ça pour dire que je value la pauvreté sans pour autant cracher sur la richesse : je la trouve très intéressante en tant que conquête et qu’aventure, mais pas en tant qu’état.

Bref, je reprends : j’ai frappé à toutes les portes qui portaient la mention « model », « actor », « production » et en général, j’ai été plutôt bien reçu. Parfois on a essayé de me faire payer une inscription, parfois on m’a garanti du travail dans les jours à venir, compte tenu de mon profil « rare ». Je me suis vu hériter des rôles de lieutenant nazi, arrogant, colonialiste de toute l’industrie ! Toutefois je n’ai pas trop de nouvelles de ces contacts là pour l’instant.

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Un bédouin dans le besoin (cf: la blague du même nom dans la section ‘blagues’ de ce blog).

Une porte était ouverte sur une sorte de studio, je suis entré. Il y avait trois dinosaures sur les sièges avec lesquels ils vivaient en symbiose. Ils m’ont demandé sans sourire ce que je venais faire chez eux ? Je leur ai dit que j’étais acteur, et ils m’ont demandé si j’étais acteur?

Tout le monde m’a fait le coup au début, j’arrivais dans une salle en disant :
– Namaskar, I am a french actor and I am looking for…
– Are you an actor?
– Yes, I am an actor.

Je ne devais pas être très convaincant au début mais à la fin ça passait beaucoup mieux.

Retour au tricératops en face de moi, le chef de la bande, qui a fini par me faire asseoir et me présenter le stégosaure à ma gauche et le ptéranodon à ma droite, les directeurs et producteurs ou je ne sais quoi,:je n’ai pas chercher à retenir ce qu’il m’a dit. Les trois gaillards auraient passé l’audition des « Tontons flingueurs » sans problème en tous cas. Le tricératops m’a scanné aux rayons X de son regard de machoman-qui-a-réussi. Comme je savais que, précisément, il était en train d’essayer de me jauger/m’impressionner ( façon Obi-wan Kenobi qui utilise la force pour influencer les esprits faibles) j’ai utilisé le pouvoir absolu (j’ai relu les vieux articles récemment alors j’en profite pour m’y référer) pour me glisser dans la peau d’un personnage imperméable au bluff, ce qui m’a permis de me battre les coudes de son petit cinéma. A partir de maintenant c’était moi le patron ! Mais le tricératops ne l’entendait pas de cette oreille. Il jouait du silence, qui, en terrain ami, lui profitait mieux qu’à moi. Rapport de force. Il me demanda mon portfolio et je lui passai mes photos de porteur de pneu que les  que les Indiens apprécient tant (hélas non : c’est faux car la pudeur m’avait conseillé d’ôter ces photos du lot que je distribue… Mais la beauté du geste aurait voulu qu’elles y soient, d’autant que les Indiens apprécient VRAIMENT ces photos). Le tricératops les fit passer au stégosaure et ils en prélevèrent une ou deux… Ils le passèrent ensuite au ptéranodon, plus frêle, qui perdait du terrain dans la bataille au charisme. Ce qui est sûr c’est que les quatre personnes assises sur ces chaises avaient bien l’intention d’être reconnues par les trois autres comme le maître du monde.

Le tricératops me demanda si je parlais hindi. Je lui dis que je débutais. Il me dit qu’il FALLAIT parler hindi pour jouer à Bollywood et me demanda quels mots je connaissais. C’était l’occasion ou jamais de raconter ma blague des trois chats sur le pont (apprise dans le train, cf l’article « Comment réussir à Bollywood ».) J’ai donc raconté ma blague (ce fut laborieux) mais avant même que je puisse dire « miaou miaou » (c’est la chute, cf, l’article déjà cité) le voilà qui s’esclaffait : « Is that really hindi ? »

Oh putain con l’en-cu-lé ! Il avait marqué un point. Mais je n’allais pas me laisser abattre si facilement : je lui demandai s’il connaissait une meilleure blague.

…en fait c’est faux, je n’y ai pas pensé : mais la beauté du geste aurait voulu que.

Deux fois que je m’y réfère, à cette « beauté du geste ». Voici en quelques sortes de quoi il s’agit : parfois il y a des choses qu’on trouverait « drôles », « ridicules », « cruelles », etc. Des choses qu’on se sent pousser à faire, bien qu’elles puissent avoir l’air totalement inutiles, mais parce qu’on a le sentiment qu’elles doivent être faites à ce moment là, qu’elles soient éphémères ou durables. Ces choses ne sont pas forcément belles en elles-mêmes, elles peuvent même parfois être dégradantes d’un certain point de vue, mais elles participent d’une beauté générale, elle révèle la beauté et la poésie qui sont cachés par l’inaction… Elles font que quelque chose de notable, de frappant, se passe, quelque chose qui touche et qui réveille des sentiments.

Par exemple : il faut parfois être con et égoïste pour permettre à quelqu’un de révéler sa générosité et sa sagesse. C’est dégradant d’un côté mais de l’autre, il y a quelque chose de magnifique qui se produit, qui accouche d’un certain héroïsme.

En tous cas, agir selon la beauté du geste s’accorde parfaitement bien avec la philosophie de l’aventure : agir pour qu’il y ait quelque chose de beau à raconter, de magnifique dans les émotions ou les actes, dans le sacrifice ou dans la cruauté, agir pour justifier le fait d’être vivant. Raconter la blague des trois chats en hindi était risqué, peut-être humiliant, mais c’était LA chose à faire pour que le moment vaille la peine d’être raconté. Plus on côtoie le ridicule, plus on rencontre l’échec, plus on repousse ses propres limites. L’échec et le ridicule sont les symptômes de la progression.

Je ne pense pas qu’on se serait beaucoup entendu Bouddha et moi…

don quichotte

Don Quichotte: un grand champion de la beauté du geste.

L’épisode de Jurassic Park s’est bien terminé, j’ai laissé mes coordonnées et je suis reparti.

Hier j’ai passé la deuxième étape de l’audition dont je vous ai déjà parlé. Cette fois une autre actrice me donnait la réplique. Ca a été une super expérience. Je n’entre pas trop dans les détails techniques du travail des personnages mais c’était vraiment intéressant de chercher comment réussir à exprimer telle ou telle émotion, apprendre à se placer et se déplacer pour donner du crédit à nos personnages… Je crois que j’adore jouer ! Notre prestation a été très bien reçue, mais je pense que c’est surtout du au protocole du milieu: quand on est entré dans la salle, le mec m’a dit :
– Come on Nabolo, don’t be afraid, you’re doing a great job!

Et la fille derrière a rajouté :
– Yes, make sure you enjoy the moment, everything is going to be alright .

J’aurais Presque trouvé ça inquiétant s’ils ne m’avaient plutôt rappelé la communauté des “Hare Krishna” que je suis allé rencontrer dans leur temple la semaine dernière. Je vous ai pas raconté ?




2 Responses to La beauté du geste

  1. Nabolo says:

    Je le trouve vraiment pas génial cet article… Parfois y a le magic, parfois y a pas. :/

  2. Last-Duff says:

    Merde,j’ai rigolé en voyant la photo.

    Sinon je le trouve sympa l’article.

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