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Jéroméo parcourt le monde à la recherche de l’Aventure.
Il nous raconte les épisodes de son périple, tous véridiques…
Pour toi, petite !

Jéroméo, l’amoureux de l’Aventure
dans

SCOUTISME, TARTINES et PUBERTé

Aujourd’hui petite, en exclusivité pour tes beaux yeux, je lève un voile sur mon passé… Car contrairement à ce que croient les filles à ton âge, je n’ai pas toujours été ce baroudeur intrépide, noble et fier, à la chevelure dorée où danse la lumière, non : j’ai été gros, moche et même scout, avant.

Indiana Jones aussi a été scout et je n’ai pas honte (pour répondre à la question qui te turlubite) d’avoir porté un foulard tressé bicolore en chantant que Jésus est gentil autour d’un feu. Mais à vrai dire mon modèle de l’époque c’était « les Castors Juniors » : Riri, Foufou et Lili plutôt que le grand Indiana. Comme quoi j’ai su être humble, une fois.

J’avais treize ans, j’étais gras, boutonneux (ça arrive même aux meilleurs, petite !), à peu près partout le malvenu et nécessairement bien dans mes pompes quand, finissant mon Journal de Mickey (j’étais abonné : c’est te dire l’étendu de mon épanouissement social) je décidai de me lancer dans La Grande Aventure. Et c’est ainsi que le samedi suivant, ma-petite-maman-chérie emmenait sa créature dans une sorte de carrière désaffectée où les scouts du coin avaient dressé le camp.

C’est là que je fis la connaissance de mes futurs compagnons : une bande de collégiens délurés qui profitaient des week-ends loin de leurs babyboomers pour fumer du bout de bois et engluer leurs premiers magazines pornos tout en détruisant la campagne.

Et donc le scoutisme c’est sympa, bien que tout ne s’y passe pas comme dans le manuel des Castors Juniors, ça je te le garantie. Si tu t’y connais un peu, petite, tu n’es pas sans savoir que chaque scout qui fait sa « promesse » se voit attribuer un « totem ». Pour faire simple : on lui file un nom à la con s’il jure d’être un bon scout, et je n’ai pas attendu le mien plus longtemps que mon premier week-end.

Nous étions partis camper dans des grottes non loin de la ville, celles que squattent d’habitude les clodos locaux, absents ce jour-là, ce qui nous permit d’estampiller la sortie en « expédition nature » plutôt qu’en « aide aux démunis ». Nouveau venu dans la « Patrouille des Blaireaux » (dont le cri de ralliement était « Blaireaux, très combatifs ! »), flairant mon potentiel, on m’avait attribué le rôle de « trappeur », c’est à dire que j’étais chargé de peler des patates et de porter des cageots. Le premier cageot contenait les steaks du soir et manque de pot, parce que j’étais encore perfectible à l’époque, je l’ai laissé tomber par terre, dans la poussière de la grotte aux clochards. Ces ermithyliques y avaient laissé leurs miasmes que nous passâmes de longues heures à détacher des steaks, tous ensemble, solidaires. C’est aussi ça, l’aventure d’être scout.

On ne m’en a pas trop voulu pour le soir, moins que pour le matin. Levé après les autres, au milieu d’une quarantaine de sacs de couchages vides, réveillé par un appétit proportionnel au nombre de mes bourrelets, j’ai découvert avec émerveillement que des dizaines de tartines à la confiture de fraise étaient entreposées dans la grotte voisine.

Forcément j’avais la dalle, vu qu’on n’avait pas pu manger les steaks que j’avais pourris la veille, et j’ai englouti les tartines avec l’entrain d’un petit gros qui vient de se lancer en puberté. Les voir toutes étalées comme ça m’évoquait une sorte de « buffet-libre-service », et j’ai un peu oublié d’établir certains liens de cause à effet… sans compter, justement, que j’ai toujours été nul en math. J’ai donc mangé jusqu’à ce qu’on m’interrompe : pas toutes les tartines mais je me suis fait plaisir quand même.

Les scouts revenaient de la messe. Ils n’ont pas pu trop s’énerver vu qu’un prêtre du dimanche les avait fait chanter : « Jésus pardonne, pardonnons comme lui » pendant que je me sustentais. Alors, pour seule punition, ils m’ont rebaptisé « Tartine », ce qui était presque une promotion sociale pour moi qu’on surnommait normalement « Bouboule », « Gros » ou tout simplement « Carlos Junior ».

C’est aussi ce jour-là que j’ai appris une des bases de la vie en société, dont je me suis fait une règle d’or qu’à toi, petite, je transmets :

« Quand tu trouves par hasard des dizaines de tartines à la confiture de fraise, faut pas toutes les manger. »

Mais tout ça c’était il y a trèèès longtemps bien sûr, avant que je devienne l’aventurier que l’on sait…

D’ici que je te raconte, petite, rappelle-toi de toujours emprunter le chemin de l’Aventure. Et qui sait ? Il te mènera peut-être jusqu’à moi.

With love,

Jéroméo, l’amoureux de l’Aventure

Ps : si tu n’aimes pas marcher, mon numéro et mon adresse sont disponibles à la rédaction…

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