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Les mauvaises langues vont finir par croire que j’aime montrer mes fesses. Mais pas aux mauvaises langues, justement!

Les plus excellents d’entre vous vont s’en apercevoir tout de suite: il s’agit là d’une reprise d’un de mes articles de voyage. Je l’ai retravaillé avec le personnage de Jéroméo pour le Fluide.G de l’été, que vous pouvez dores et déjà aller acheter en kiosque et plus vite que ça merci ! :D (pensez à donner mon nom au type du kiosque)

Jéroméo, l’amoureux de l’Aventure
dans

SURFIN’ M.P.C.

(Mexico’s pacific coast)

On m’avait prévenu : « Mexico city, c’est le far-west, tu vas te faire braquer, racketter, dépouiller… ». Et ça ne rate pas : dès mon arrivée à l’aéroport, ces salauds me soutirent trois pesos pour m’autoriser à monter dans un bus. Et puis plus rien. L’Aventure n’est pas là, petite, toujours aussi insaisissable qu’une femme qui refuse de coucher pour de l’argent. Aussi décidé-je de m’aventurer (j’aime bien m’aventurer) dans les rues piétonnes de la ville : la dangereuse Mexico City.

A tous les coins de rues, des Mexicains se kidnappent la langue ou se rackettent la bouche à mains désarmées: les seuls délits dont je suis témoin. Car l’autre truc qu’on trouve aux coins des rues ce sont des grappes de policiers, tous équipés de gilets pare-balles, malgré la chaleur, et armés jusqu’aux dents. Plus efficaces encore, dans ce pays très chrétien : Sainte Marie et la bande à Jésus dont les effigies sont positionnées un peu partout afin de réduire la saleté et la violence, les malfrats hésitant à malfrater sous les yeux de Dieu (mais quand Dieu regarde pas c’est bon). Rien d’étonnant que l’Aventure ait quitté l’endroit, toujours allergique à la sécurité.

Foin des clichés sur les guérilleros, les Mexicains sont donc un peuple pacifique, qui plus est sur la côte ouest où je décide de me rendre après quatre jours malheureusement tranquilles à me promener dans la capitale et les pyramides pas pointues d’à côté.

L’idée m’est venue grâce à des gens aux noms bizarre (j’aime bien les gens aux noms bizarre: ils en ont pris plein la gueule au collège et ça les a rendus moins cons). Le premier s’appelle Yiorgos; c’est un anglo-grec fan de treks en montagne; la deuxième Farhané, une irano-allemande fan de surf en océan. J’ai fait leur connaissance à l’auberge et chacun partant pour une destination distincte il me fallut trancher le nœud gordien… Mais les deux m’étaient également sympathiques, alors qui suivre? La nazi-terroriste ou le rozbif-pédé ? J’opte pour l’option surf finalement, plus prometteuse en découvertes pour moi qui n’en ai jamais fait…

…ou presque, parce que j’ai déjà eu la chance de boire la tasse à Carrie-le-rouet et je sais que le surf n’est pas un sport de fillettes contrairement à ce que j’ai longtemps cru, et que pagayer à la main pour faire avancer sa planche n’est pas sans faire chier.

Arrivé au paradis (ce qui signifie, dans le petit monde des backpackers: « une plage avec des cocotiers ») je prends ma planche sous le bras et je cours vers le grand bleu… Plus exactement je prends ma planche sous les deux bras (on m’a refilé une planche pour débutant qui fait deux fois ma taille) et je trébuche jusque dans l’eau. Puis je pagaie, pagaie, pagaie… Jusqu’à rejoindre Farhané et mes autres frères de lames, ces surfers qui attendent en groupe à une distance raisonnable de la plage, assis sur leurs planches, que l’océan se déchaîne.

Je dois reconnaître petite (même si ça irrite ma modestie naturelle), que je surfe pas mal pour une vraie première fois. Mais je n’ai aucun mérite, le surf et le métier de figurant (cf : les épisodes précédents) ayant pour principe commun d’attendre qu’il se passe quelque chose.

Et je surfe comme ça, pendant des heures, parfois assis à califourchon sur ma planche, parfois couché dessus (les deux figures que je maîtrise le mieux) en attendant une vague.

Le soleil commence à décliner dans le ciel. Bientôt il fera nuit, mais il fait toujours bon. L’eau est chaude quoique de moins en moins claire, à l’instar du ciel où gambadent des mouettes bizarroïdes, avec une sorte de poche sous le bec et d’autres, toutes noires, beaucoup plus grande que les mouettes normales de Carrie-le-rouet. Autour de ma planche et moi, de petits poissons se mettent à sauter hors de l’eau pour que les mouettes à poche les attrapent. Ils font un clapotis de dingue et je leur reproche (sans hésiter) d’effrayer les vagues. Rien à foutre, ils s’en battent l’écaille et je passe un petit moment à les observer.

Ces poissons volants n’ont pas d’ailes (ce sont des poissons sautant) et je les soupçonne de chercher à attraper les insectes que le soir pousse au ras des flots, là où les mouettes pas normales iront les pêcher… Tout va donc pour le mieux (toujours pas de vague) jusqu’à ce que le soleil précipite sa course vers l’horizon… Et là, paf ! C’est l’accident ! L’imprudent se coupe sur une lame qui vient d’acérer la surface de l’eau… Il fout du sang partout ! Du rouge vif dans le ciel et dans la mer dont la robe prend la couleur du deuil (noir). La vague assassine ne se contente pas de ce premier crime, elle grossit encore pour venir me menacer, moi : tuer le père ne suffit pas, elle en veut aussi à son fils aux cheveux d’or (je parle de moi)… VITE! Je bondis sur ma planche (par chance j’étais dans un coin où j’avais pied) et j’attends. La vague explose en une myriade de chevaux blancs qui balancent leurs crinières d’écume à l’assaut du continent central-américain. Et donc je suis sur ma planche quand les coursiers de la mer m’invitent de force à les chevaucher. Ils propulsent ma planche avec une force qui la fait glisser sur l’eau comme sur le pavé mouillé (si, ça glisse bien le pavé mouillé) ce qui lui donne suffisamment de stabilité pour me permettre de me dresser dessus, comme un drapeau de conquête, comme un mât qui triomphe de la mer, comme la verge de Léopold Sédar Senghor je surfe petite, je suuuuuuurf-ais! PLOUF!! (ou « SPLASH! » Si tu es anglophone).

Et voilà petite ! C’est fait ! Je peux ajouter une nouvelle ligne à la longue liste de mes aventures : « Surfin’ MPC ». Surtout, je vais enfin pouvoir répondre « oui » à cette question qu’on me pose systématiquement: « Tu fais du surf toi, non? » sous prétexte que j’ai des poils jaunes qui me poussent sur la tête.

Ca le fait d’être surfer ! En plus, quand tu ramènes ta planche dans ta case, personne sait si tu surfes bien : si t’es blond et mouillé avec un planche à la main t’es super crédible… et j’ai la plus grosse planche de la plage, quasi deux fois la taille des autres, trop la classe!

Epilogue: La nuit est couverte d’étoiles. Dans ce petit bout du monde qu’est Puerto Escondido, il y a peu de lumières jaillissant de la terre. Celles du ciel n’y parviennent que mieux et la fraîcheur poétique de la nuit m’invite à pêcher la moule… Mais ça, c’est encore une autre histoire !

D’ici que je te raconte, petite, rappelle-toi de toujours emprunter le chemin de l’Aventure. Et qui sait ? Il te mènera peut-être jusqu’à moi.

With love,

Jéroméo, l’amoureux de l’Aventure

Ps : si tu n’aimes pas marcher, mon numéro et mon adresse sont disponibles à la rédaction…

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