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Ptit déj du matin (et non du soir) au bord du lac.

Ce matin je me suis levé avec une étrange sensation de crottes de nez séchées, tout autour du pif. J’en ai gratté une pour voir, et pour m’apercevoir qu’il s’agissait en fait d’une sorte de croute : j’avais toute une partie du visage couverte de ce liquide jaune-translucide où vivent les
plaquettes multi-bras d’ « il était une fois la vie » ! L’explication c’est que le soleil a tapé si fort la veille qu’il n’a même pas laissé le temps à ma peau de peler, il s’en est pris direct à la deuxième couche. Je rappelle que l’Inde est le pays le plus chaud au monde… Plus exactement : c’est au Rajasthan qu’on enregistre les plus hautes températures… Bon, c’est vrai que je ne suis pas au Rajasthan, que ma remarque revient donc à dire qu’on se pèle le cul au Kenya sous prétexte qu’il y a des neiges au sommet du Kilimandjaro, mais QUAND MÊME !
Je suis quasiment à vif et j’ai pris cinq siècles d’un coup : parfait pour jouer les Portugais du XVIème donc.

On (nous autres Portugais) est parti tous ensemble sur le lieu du tournage, comme la veille, dans notre voiture à huit places. Comme la veille on a traversé des paysages étourdissants de beauté, des vaches, des buffles, des Indiens tounus qui se baignaient dans la rivière, on a même traversé des Indiennes en saris qui transportaient des pots de lait sur leur tête, etc.

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Ce type est une méga-star! Mais l’Indien qui pose avec lui n’est pas mal connu non plus…

Sur les lieux du tournage on est passé par le camion-costume puis le camion-maquillage pour renfiler nos frusques. Petit déjeuner convivial avec la gigantesque équipe, et tout de suite après : grande partie de cache-cache avec le soleil. But du jeu ? Trouver une place à l’ombre. Je gueulais pour obtenir une crème solaire (je suis acteur, merde !) qui dépassât les 20 points-bidules de protection, la seule connue des Indiens. Les acteurs principaux ont tous des teneurs de  parasol privés mais moi, qui ne suis que figurant (modestie quand tu nous tiens !), j’ai du rester dans l’ombre du totem qui nous sert de décor, la seule place encore disponible pour ne pas finir en croque-monsieur (je voulais dire « toasté » mais mon patriotisme a pris le dessus). Au fur à mesure que la matinée avançait, l’ombre tournait autour du totem… Je m’étais toujours demandé qui avait inventé le premier cadran solaire : aujourd’hui je sais que c’était un figurant.

J’ai fait quelques scènes le matin, qui consistaient principalement à rater mes coups d’épées et me jeter par terre de douleur dès qu’un des héros faisait un geste dans ma direction. La chorégraphie (= tomber) m’avait été enseignée juste avant la scène, improvisée par deux cascadeurs professionnels, selon le rendu obtenu sur les écrans de contrôle du réalisateur. Ce dernier est hyper connu ! Son nom va vous parler tout de suite : il s’appelle Santosh Sivan ; quant aux acteurs principaux il s’agit de Pritviraj, Parvu Dewa et Genilia D’suza.

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Ca s’est le scénariste.

C’est Pritvi qui s’en est pris à moi le matin, tandis que je persistais à le manquer avec mon épée. Quand j’ai fini de rouler par terre, je suis allé me mettre à l’ombre sous la tente du metteur en scène, pour observer les écrans de contrôle. La qualité de l’image est phénoménale ! Ca donne tout de suite ce côté hyper pro qui manque, hélas, dans
« 5- Avarice » (le court-métrage dont je tiens le premier rôle). Jusqu’à trois caméras filment en même temps, dont une, ultra mobile, attachée à une grue et qui peut tourner à 360° dans toutes les directions : parfaite pour mettre en valeur des scènes de combat avec des prises mobiles en contre-plongées bancales. Plutôt que de me contenter d’attendre ma prochaine rouste, j’ai décidé de m’investir dans la réussite du film en donnant des conseils au metteur en scène, très ouvert d’esprit, puisque il ne m’a pas du tout jeté en m’expliquant pourquoi j’avais tort…
Et m’a demandé d’aller replacer les acteurs la fois où j’ai eu raison. Fort de ce succès je suis allé voir un type dont je ne connais pas l’intitulé de la fonction qui inclut la prise en charge des figurants : pour lui désigner toutes les incohérences que j’avais remarquées entre deux scènes… Le fou m’avait invité à le faire ! Il a trouvé ça très pertinent et m’a proposé de me trouver du travail au sein de « l’industrie », en tant que mec qui s’occupe des raccords (c’est-à-dire de vérifier qu’une scène est en accord avec la précédente). Comme quoi d’ouvrir sa gueule ça ouvre des opportunités… Il faut juste savoir la refermer à temps : c’est cette deuxième compétence que je ne maîtrise pas tout à fait.

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Ca c’est un joli couple. Ils vont bien ensemble, non?

Après le déjeuner, on s’est calé la tête sous un camion, les autres Portugais et moi-même, en attendant qu’on nous appelle pour nous casser la gueule. Pour l’instant c’était le tour des guerriers des îles Canaries qui avaient embarqué avec nous à la découverte de l’Inde. Nos adversaires n’étaient que trois pourtant, deux homme et une femme qui ne savait pas par quel bout tenir une épée, mais le scénariste était avec eux… Comme nous jouons les seuls Portugais du film et que pour l’instant on ne fait que rouler par terre sous des pluies de coups, j’ai bien l’impression que la victoire finale des Portugais tiendra en quatre lignes d’épilogue, du genre « malgré l’héroïque résistance indienne, les Portugais finirent par l’emporter » (chose que personne n’a l’air de vouloir montrer dans ce film)… J’ai encore eu le temps de voir un de mes camarades se faire découper en rondelles (mais non sans infliger une légère coupure au héros) avant d’être moi-même appelé par le destin, sur les coups de cinq heures du soir.

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Mon pote… que dis-je? Mon Meilleur Ami: Santosh Sivan réalisateur mégastar-truc-bidule!

Gopal, le responsable des cascades, m’a montré ce que je devais faire : il m’a fait une clef de bras, m’a chopé par le col, et m’a écrasé la tête contre le totem en carton-pâte renforcé (je confirme). Puis il m’a tiré vers lui pour m’attraper à la gorge et me plaquer finalement contre le totem en m’étranglant. Au début j’avais envie de le mettre à l’aise, de lui dire : « Surtout n’hésite pas à y aller franchement, j’ai fait douze ans de rugby », mais Gopal, soixante de rugby, ne doutait pas de ma solidité. On a refait la scène pour qu’il soit sûr que j’ai bien compris, et ainsi de suite histoire de revoir chaque mouvement. J’ai bien du me faire écraser la tête
une dizaine de fois. Je ne connaissais pas encore la suite…

La suite c’est que les alliés des héros, qui ont pris peur au début de la scène et se cachent depuis, reviennent à la charge, m’immobilisent et me martèlent de coups. C’est ce qui s’est passé lors de cette nouvelle répétition. Pour ma part, j’étais censé me libérer par la force au moment où un indigène me mordrait le bras… J’ai joué la scène à fond. A force de me prendre des coups j’étais bien chaud, et je me suis quelque peu laissé emporté par mon élan : une fois libre j’ai balancé un grand coup d’épée dans le bras d’un des figurants qui s’enfuyait. Ca m’a rappelé ma victoire au concours de Mister Playboy, St Jean de Monts 1999…

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Toutes les places à l’ombre sont prises! Heureusement que le soleil tourne autour de la terre, ce qui libère de nouvelles places… C’est une sorte de ‘jeu des chaises musicales solaires’.

C‘était en boîte de nuit, au prosper Club. On était sept candidats en string de bain devant un public en furie (constitué majoritairement d’amis à moi). Une des épreuves consistait à simuler un combat de gladiateurs, mais dès qu’ils m’ont mis un glaive en plastique entre les mais, j’ai défoncé tout ce qui bougeait… J’ai un vrai don pour le maniement des armes en plastiques.

Cette intéressante parenthèse mise à part, revenons au tournage : l’épée s’est brisée en deux sur le bras du type tandis qu’il hurlait en criant. Dommage que les caméras ne tournaient pas, c’était très réaliste. Il avait le bras tout rouge le pauvre, je suis immédiatement allé m’excuser… En revanche, à part le blessé, toute l’équipe se marrait : ma popularité montait en flèche !

Hélas ! A chaque chose bonheur est mal : dans la scène suivante où on me tenait les bras, c’est le blessé qu’on a chargé de me filer des coups… Il a bien pris sa revanche le salopard.

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Malgré la canicule, il faut reprendre les armes…


On a refait la scène plusieurs fois, et bien qu’on ne fasse que jouer, j’ai commencé à sentir des brûlures à la gorge et aux bras. La fin de l’acte voulait que je coure après les indigènes qui m’avaient molesté, et que je me fasse une fois de plus prendre à la gorge par l’un des héros, qui me mettrait KO d’un coup de garde de son sabre dans la tempe. Tout se passa bien : on m’écrasa la tête, m’étrangla, me tabassa, me morda, hop, je me libèra, je coura après les indigènes, je me fa choper à la gorge et paf ! Je tomba à terre… Une fois par terre le « coupez ! » libérateur tarda à venir, alors j’ai attendu. Chose qu’on ne m’avait pas annoncée : les indigènes se jetèrent sur moi et me roustonèrent à puissance max, coups de pied, morsures, coups de poings, etc. A ce compte là j’ai pensé que mieux valait rester couché. Le réalisateur m’a donné raison en criant « Coupez ! Elle est bonne » (parlait-il de moi ?!). Puis on a rangé le matériel, il commençait à pleuvoir.

C’est bon de se rouler sur le sol dans un endroit aussi magnifique, et de sentir cette odeur de terre et d’herbe me coller aux mains et aux vêtements… Le lac était devant moi, avec derrière lui des montagnes et encore derrière des colonnes de nuages comme autant d’haricots magiques qui s’élèveraient vers le ciel. Dommage qu’une sale odeur de pétrole s’escrime à garder le premier rôle de ce court métrage nasal. Franchement : ce tournage est en train de massacrer le site. On coupe les arbres qui nous gênent, on jette nos papiers partout… Les Indiens se servent très peu des poubelles, on ne les a pas sensibilisés à l’écologie… Un milliard de personnes, quand même !

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Le tournage, vu de la tente du réalisateur.

Ce soir, dans le restaurant de l’hôtel, j’ai surpris une grosse sauterelle verte qui s’était malencontreusement prise au piège de la salle à manger. J’ai voulu l’aider à sortir mais un serveur Indien, croyant sans doute bien faire, s’est précipité à mon secours pour l’écraser… Vraiment, je sais pas quoi faire pour partager ma sensibilité vis-à-vis de la vie animale. Pour quelqu’un qui rêve de devenir un héros comme c’est mon cas, c’est évident qu’il faut défendre les animaux, les grands opprimés du monde moderne… Mais il ne peut pas y avoir que des héros, c’est vrai, voilà qui répond à ma question.

Je vais pas tarder à me coucher : mon personnage n’est pas encore mort je crois, j’aurai encore du boulot demain. Peut-être que je vais faire un come back et tout défoncer ? Si je pouvais au moins tuer ne serait-ce qu’un seul figurant je me sentirais moins misérable…

(Lire l’article suivant)

RAJOUT DE JUILLET 2012 : le film est sorti ! Cliquez ici pour voir un extrait où j’apparais.

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