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Je suis descendu de ce que j’appelle « l’index de la main de Bouddha », en référence à ma description du sanctuaire de Mihintale, pour rejoindre Petit Ours Bien à l’endroit convenu, le jeune moine bouddhiste ayant accepté de répondre à mes questions une fois la nuit tombée.

Et la nuit était tombée, justement, accompagnée de la chaude lumière orange de l’éclairage électrique (mais tout ça je l’ai déjà dit dans mon précédent article).

Petit Ours Bien m’attendait sur l’escalier de la pagode-de-la-paume, celle élevée à l’endroit où se rencontrèrent Mahinda, disciple de Bouddha, et le roi Thevanambiya Thissa dont la conversion allait entraîner celle de tout le Sri Lanka.

La robe du moine bouddhiste semblait jaune sous l’omniprésente lumière orange, et nous étions obligés de gueuler pour nous entendre, à cause des psaumes, mantras, prières ou allez savoir quoi que buzzaient les haut-parleurs : en fait une longue bénédiction nocturne et quotidienne, m’expliqua le moine, ce qui nous permit d’aborder le sujet, ainsi qu’une série d’autres questions que je traite les unes à la suite des autres plutôt que de relater la conversation en entier… laquelle se prolongea pendant environ quatre heures.

Pourquoi les moines bouddhistes donnent-ils des bénédictions ?

De son propre aveu, Petit Ours Bien reconnaît que la plupart des Sri-lankais ne comprennent rien au bouddhisme. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’une religion. Comme ils le feraient pour un ou des dieux, ces bouddhistes auto-proclamés font des offrandes et demandent des faveurs à Bouddha. Ils suivent également des interdits dont ils ne questionnent pas les fondements (un peu comme ma « suédoise » de la veille).

Alors quel sens les moines peuvent-ils bien donner à tout cela quand ils prétendent que le bouddhisme dépasse les superstitions et encourage à ne croire qu’en ce que l’on voit ou dont on a fait l’expérience ?

Pour répondre, Petit Ours Bien m’explique qu’il ne connaît que deux types de personnes dont l’amour soit inconditionnel : une mère, qui porte un amour inconditionnel à son enfant, qui est la première à lui adresser ses bénédictions…

[NOTA : je profite de l’usage du mot bénédiction – utilisé par le moine bouddhiste – pour préciser que notre échange s’est fait dans un anglais très approximatif et que, loin de vouloir corrompre sa pensée, je l’ai néanmoins largement complétée par mes explications-logiques personnelles]

…et le moine, même si c’est dans une moindre mesure. Si des gens fréquentent le temple, selon lui, ce serait dans l’objectif de recevoir des moines une bénédiction, de l’amour ou de l’énergie positive (faites votre choix) comme ils pourraient le faire auprès de leur mère. Les offrandes ou les dons sont le remerciement qu’ils leur adressent en retour : si les gens sont heureux, ils donnent, et ils sont alors heureux de donner.

En gros, pour faire simple, bref, etc. Je crois pouvoir m’avancer à résumer la pensée du moine de cette manière : échanger des bénédictions et des offrandes étant une occupation génératrice d’énergie positive, de confiance en soi et d’amour, Petit Ours Bien n’y voit aucun inconvénient. Et si pour sa part, il adresse lui aussi des offrandes à Bouddha, lui ne le fait pas comme à un dieu, mais pour honorer un héros : l’équivalent pour nous du soldat inconnu ? Un philosophe de légende, un incroyable aventurier de l’esprit qui a montré la voie à tant d’autres : voilà ce qu’est Gautama-Bouddha à ses yeux.

[Petite aparté : je ne trouve pas négatif d’honorer un philosophe plutôt qu’un soldat – d’un côté un type qui a baroudé aux frontières de la connaissance, qui a passé toute une vie à réfléchir et explorer de nouveaux sentiers de l’esprit ; de l’autre un brave type qui est allé se faire tuer sans réfléchir pour l’intérêt des puissants. Apprécions : lequel de ces deux personnages nos sociétés cherchent-elles à ériger en modèle absolu ? Ai-je tort de voir en Jésus crucifié et le soldat inconnu deux encouragements au sacrifice ? Quand bouddha serait un encouragement à la réflexion et la sagesse ? Votre avis m’intéresse !]

Je profite encore de ce paragraphe relatif aux moines pour signaler que lors d’une discussion informelle avec Ecureuil-bien-bâti (le moine bouddhiste en chef) j’ai appris que les moines bouddhistes sri-lankais fonctionnaient de manière plus ou moins comparable à celle des prêtres chrétiens : il y a des moines en chef par chef-lieu, un conseil national et un conseil international avec son président. Je ne sais pas jusqu’où peut aller la comparaison… l’organisation bouddhiste ne produit pas du tout chez moi la défiance que je peux avoir envers l’organisation catholique en tous cas. A tort ? A raison ? Le vœu de pauvreté a l’air autrement respecté bien que les monastères aint leurs âcres de terrain, que les moines ne manquent pas de riz ni de rondeurs ; qu’ils aient ajouté le téléphone portable à la courte liste de leurs possessions, en plus de la robe et des sandales, et pour finir : que j’ai croisé l’un d’entre eux qui achetait un billet de loterie en pleine rue !

Mais tout cela trouve sa justification dans le fait que devenir moine bouddhiste est un engagement envers soi-même, et pas envers un dieu.

Qu’est-ce que le bouddhisme en réalité ?

Puisque donc le bouddhisme n’est pas une religion, qu’est-ce, en réalité ? me demande Petit Ours Bien, et je sens tout de suite que ça pue la question piège. Je tente ma chance en répondant qu’il s’agit d’une philosophie ? Dont Bouddha serait le premier philosophe mais que, à son exemple, chacun doit découvrir par lui-même ? Tout en s’aidant des conseils du sage à grandes oreilles… ? Euh… ?

Je bafouille. Petit Ours Bien me rassure, lui non plus n’a pas trouvé la réponse tout seul, et c’est un chauffeur de rickshaw qui la lui a donnée ! On en rit tous les deux. C’est dur de rendre par écrit ce moment là mais on a ri, beaucoup, de ce détail… Comme un supporter de foot rirait de voir un penalty manqué, ou comme un acteur rirait de cafouiller son texte : nous avons ri que Petit Ours Bien, qui dédie tant de son temps à la réflexion et à la méditation ait eu besoin de l’intervention d’un touk-touk driver pour comprendre la nature même de ses préoccupations…

Et en riant de tout ça, j’ai éprouvé une sorte de ravissement à l’idée de rire pour quelque chose de moins futile que d’habitude.

Petit Ours Bien, discutant avec un touk-touk driver, lui avait donc demandé ce que c’était pour lui que le bouddhisme ? Et le touk-touk driver de répondre : « C’est une doctrine ».

Le moine y avait réfléchi longtemps. Oui, le bouddhisme est bien une doctrine, avait-il conclu, et je donnerais cher pour savoir ce qu’il entend exactement par « doctrine » en globishlankais ! C’est-à-dire une loi ? Ainsi que l’étude de cette loi : la loi de la nature, ai-je compris.

Quiconque étudie cette loi est donc un bouddhiste.

Et je l’étais moi-même, m’apprit mon interlocuteur, puisque je cherchais moi aussi un sens à la vie (je venais de lui expliquer la « philosophie de l’aventure » quelques minutes auparavant).

Celui qui comprend cette loi, il atteint l’éveil, et de bouddhiste devient bouddha.

C’est alors que le malentendu m’apparut, tout con, tout simple.

Le « bouddhisme », ce n’est rien d’autre que la « philosophie », et le « bouddha » (« l’éclairé » en sanskrit), n’est lui aussi rien d’autre que le « sage », un philosophe ayant trouvé la réponse à ses questions. Le bouddhisme n’est pas la religion ou la doctrine de Bouddha comme le christianisme peut-être celle du Christ ; le bouddhisme précède Bouddha. Il n’y a d’ailleurs pas un mais plusieurs bouddhas : autant de philosophes ayant trouvé les réponses à leur questions, et même au-delà : car là où le philosophe s’arrête à la découverte des réponses, un bouddha en fait l’expérience, de tout son être.

Il y a plusieurs niveaux de compréhension des choses : c’est une chose d’apprendre les dates de la bataille de Verdun et c’en est une autre d’y avoir participé ; c’est une chose de connaître la recette des carottes aux amandes et de l’avoir goûtée. De même, de bouddhiste, il devient Bouddha celui qui, sachant que tout n’est qu’illusion, que le désir est maître de l’esprit, et que s’en libérer c’est atteindre la sérénité absolu, réalise et ressent véritablement cette expérience.

[Paranthèse :] Petit Ours Bien vient de m’interrompre tandis que je retranscris notre conversation de la veille – celle que vous lisez en ce moment-même – pour me présenter Michel Robert, un sympathique retraité Lillois en voyage dans le sous-continent. Après quelques échanges sur la laïcité et la politique internationale nous nous donnons rendez-vous « Chez Momo » du côté de Wazemmes, d’ici à quelques mois.[Fin de la parenthèse, et salut Michel, si tu lis cet article ! XD]

lieu d'entretien avec le moine bouddhiste et lieu de rencontre entre Mahindra et le roi du sri lanka à mihintale

Le lieu de cet entretien marquant (pour moi en tous cas)

Comment pratique-t-on le bouddhisme ?

Pour autant j’étais curieux de savoir comment lui, Petit Ours Bien, « pratique » le bouddhisme. Petit Ours Bien est moine depuis l’âge de onze ans. Ça fait quatorze ans qu’il habite au monastère de Mihintale. Pourtant il affirme connaître le monde (au sens de « mondain » pas celui de planète) ; il a voyagé en tous cas, au Sri Lanka, et il a des amis partout. Il m’en dit plus sur sa vie, sur sa routine. Parfois il ne sort pas de sa chambre pendant plusieurs mois… Parfois il se balade. Toujours, il réfléchit. L’objectif à atteindre, c’est la destruction du désir, la domination de son esprit, pour faire en sorte que « l’alaignée leste toujouls au centle de la toile, au méplis des insectes qui s’agitent à son extlémité » : ce qui me permet de mettre un grand « V » dans ma colonne des trucs à faire avant de mourir, juste en face de la ligne « entendre un proverbe chinois de la bouche d’un moine tibétain perché au sommet d’une montagne » (les conditions sont pas parfaitement remplies mais je coche quand même).

Le moine bouddhiste m’explique que l’esprit est rarement sous contrôle. En fait, il se balade en permanence, à part de rares moments de contemplation où, effectivement, devant, par exemple, le spectacle de la pleine lune, on peut oublier les signaux qu’émettent tous les autres sens : on ne sent plus, on n’entend plus, etc. La méditation est un exercice qui entraîne à contrôler son esprit pour faire en sorte qu’il soit là où se trouve le corps, ce qui permet de le soutirer à la domination constante du désir…

Alors d’un point de vue franchouillard, tout ça peut paraître un peu superstitiano-clownesque, mais comme me le répète Petit Ours Bien depuis le début, le bouddhisme est quelque chose de SIMP-LI-SSIME qu’il est très facile de comprendre en cinq secondes : il s’agit de prendre le temps de se calmer, souffler un coup et de réfléchir. La méditation, c’est la même chose que faire un break pour souffler et se poser les bonnes questions au milieu d’une éreintante journée de boulot, en appliquant des méthodes pour le faire efficacement en prime. C’est tout. Rien de bien compliqué, rien de magique. Ce qu’il y a de magique c’est la différence, au bout de quelques années, entre l’individu qui a et celui qui n’a pas régulièrement pris le temps de réfléchir au sens de la vie.

L’un s’enchaîne à des phénomènes extérieurs qui, à son échelle à lui, s’assimilent aux désirs (autrement dit des volontés dénuées de réflexion, des envies ou des peurs), tandis que l’autre agit dans le prolongement d’une volonté orientée par sa propre réflexion.

Vous vous demandiez à quoi servent l’art, l’histoire et la mythologie grecque ? Elles servent à nourrir cette réflexion, à orienter sa volonté avec plus de précision et de fait, à agir dans l’exacte direction. Il faut penser avant d’agir, ou bien on n’est que le matelot de son âme.

C’est simple hein ? Pas de quoi ériger des milliers de statues au type qui a inventé ça, si ? On oublie que le théorème de Pythagore et l’incroyable découverte d’Archimède qui l’a passé à la postérité (pour rappel : tout truc qu’on plonge dans une baignoire fait monter le niveau de l’eau – lol), idées maîtrisées aujourd’hui par des gamins de douze ans (même si, sans me vanter, le coup de la baignoire j’avais compris dès l’âge de huit ans), étaient jadis des trésors de savoir vénérés et jalousement gardés.

Sa simplicité d’approche ne fait pas de la sagesse de Bouddha quelque chose d’accessible à tous, mais le chemin qui y mène est abordable pour beaucoup.

Et pour finir ce sous-chapitre, Petit Ours Bien me file son truc à lui pour garder « l’araignée au centre de la toile » : il se concentre sur la respiration, lorsqu’il médite, et sur le passage de ses inspirations et expirations à la base du nez.

J’essaye, pour voir et… franchement, une demi-seconde plus tard, mon esprit est soit ailleurs soit monstrueusement parasité par des pensées annexes. Question ouverte : que pourrais-je si mon esprit m’obéissait au doigt et à l’œil ?

Que signifient les gestes des mains de Bouddha ?

Petit Ours Bien m’explique la signification du geste que la statue de Bouddha effectue au-dessus de nos têtes, celui connu par le guide du routard sous le nom de « Vitarka » : index replié sur le pouce, les trois autres doigts dressés vers le ciel.

Le cercle que forment les doigts représente celui de la vie, des incarnations, et des désirs. C’est sans fin. J’ai du mal à donner beaucoup de foi au cercle des réincarnations mais il ne m’est pas difficile d’imaginer la surabondance de désirs comme quelque chose d’insatiable, de continuel et donc de circulaire.

Les trois règles qui découlent de ce constat sont :

  1. Que toute chose est impermanente : rien ne dure, tout doit mourir ou finir. De fait le désir ne peut jamais être satisfait pleinement, même s’il l’est parfois dans un premier temps. D’où il résulte que :

  2. Toute chose est donc déception et souffrance, à plus ou moins long terme, grande ou petite, du simple fait de son impermanence… CECI DIT : pendant que je tape le récit que vous lisez dans la cours du monastère, un moine vient de m’apporter un bol de cacahuètes FRAICHES (jamais vu ça avant) et c’est délicieux. Ça ressemble un peu à des fèves fraîches, mais ce sont des cacahuètes, fraîches.

  3. Pour se tirer de ce mauvais pas et s’éviter bien des déboires, il faut donc s’abstenir de désirer, et pour commencer, s’abstenir de posséder, car la possession entraîne bien des inquiétudes qui limitent la liberté de l’esprit, oh yeah.

Et par possession, Petit Ours Bien n’englobe pas seulement les objets du quotidien comme MA maison ou MA voiture. Mais aussi MA ville ; MON école primaire ; MA femme et même MON nom. Tous ces pronoms possessifs sont autant de ficelles qui sont dommageables à la sérénité de l’esprit. Parce qu’on cherche à défendre ses possessions et que MON école qui brûle devient une souffrance que ne m’infligerait pas L’école qui brûle. Remettre en cause des habitudes qui nous paraissent aussi naturelles pour remplacer MON nom par l’idée que « ON M’APPELLE » demande pas mal d’efforts. Pourtant ça semble le début nécessaire à l’arrêt de cette mentalité de collectionneur qui attache l’esprit aux objets et aux autres, la pire erreur qui soit pour Petit Ours Bien étant de donner naissance à un enfant. L’attachement à ce dernier serait alors tel qu’il annulerait toute possibilité d’atteindre la véritable liberté d’esprit.

Et le sexe dans tout ça ?

Et tandis que le moine bouddhiste me parlait les tares de l’humanité j’avais l’impression qu’il me décrivait une peuplade d’écureuils excessifs, le mot qui revenait le plus souvent étant celui de « collecte-collecte-collecte ». Les moines ne possédant normalement pas plus d’une robe ou deux, une aiguille à coudre, deux sandales et un couteau pour se raser la tête (ainsi qu’un bien pratique téléphone portable depuis le XXIème siècle), je comprends facilement sa vision des choses… Mais… et le cul dans tout ça ? Quand est-ce qu’on baise dans cette histoire ?
Ben la réponse c’est qu’on baise pas, justement, car cela n’apporte qu’une satisfaction provisoire et un désir constant ce que, j’ai peine à l’admettre et je n’aurais jamais pu écrire ça il y a dix ans mais « ce que », disais-je, j’entrevois.

Petit Ours Bien me pond alors l’analogie du feu : « Si je vois que tu te brûles en touchant le feu, moi je n’y mets pas la main. De même, j’ai connu un ami qui avait aimé une fille, et il a été très triste lorsqu’elle est partie. Je connais déjà la fin de cette expérience, et ça ne me dit rien… Tu crois qu’avoir une copine, ça te rendra heureux pour toute ta vie ? »

Je lui re-parlais alors de la philosophie de l’aventure (que vous DEVEZ consulter) pour conclure : « Ainsi, tu as raison, le fait d’avoir une copine ne me rendra pas heureux de manière permanente… Mais l’expérience d’avoir eu une copine est une richesse dont je tire en revanche des bienfaits permanents. »

Le moine ne s’en laissa pas compter. Il contre-attaqua avec l’analogie de l’ordinateur portable : « Ok, ok, mais si tu as un ordinateur portable, il te rend heureux n’est-ce pas ? Mais le jour où il tombe en panne, ça te cause de grosses déceptions, non ? »

Et effectivement dans ce cas-là ça pète les couilles.

Rien à redire. D’ailleurs il n’est pas difficile de comprendre qu’on soit plus libre de n’être attaché à rien… L’imaginer vraiment donne même un peu le tournis.

« Bouddha disait : « J’ai des ailes, comme un oiseau » conclut Petit Ours Bien. »

J’ai l’impression d’être capable de me figurer ce sentiment, pour l’avoir peut-être effleurément-aperçu quelque fois… et c’est vrai que c’est puissant.

La règle de l’action positive

Entre autres prescriptions, pour atteindre la sérénité, et une fois qu’on contrôle son esprit et maîtrise ses désirs, on peut se permettre de faire le choix de n’agir QUE de manière positive, c’est-à-dire sans jamais nuire aux autres.

Ce n’est pas rien.

Pour ma part j’ai raté, pas plus tard qu’hier, en commentant la publication d’un ami sur facebook. Mon commentaire n’était pas agréable, peut-être un peu provocateur mais pas méchant ou agressif en tous cas. écrit d’une certaine façon, dans le prolongement d’idées que je développe de mon côté, en ce moment… Ces deux derniers paramètres ne pouvant bien sûr être appréhendés par mon interlocuteur qui a très mal réagi, de manière moitié juste, moitié ultra-excessive. Je verrai comment a tourné l’échange à ma sortie du monastère. Mais je crains le pire, et pour l’heure l’idée m’habite comme une punition dans mon séjour ici, exa-cte-ment comme le prédisait Bouddha : l’action négative (la mienne n’avait clairement pas vocation a être agréable) entraîne la culpabilité et la souffrance. Mais comment éviter d’avoir JAMAIS un comportement négatif ? Comment ne jamais causer de déplaisir aux autres ? Et quid si priver une personne de son plaisir permet à beaucoup d’autres de ne pas subir un déplaisir ?

Petit Ours Bien a un avis tranché sur la question. Il m’explique en long et en large l’inutilité de l’interdiction et de la punition : « Bouddha n’a jamais interdit ou puni, mais il lui arrivait souvent de questionner les agissements des autres : « Pourquoi te comportes-tu ainsi ? » ou « Pourquoi es-tu violent envers cet animal ? Aimerais-tu que je sois violent envers toi ? » « 

Vue la taille des empreintes et des statues de Bouddha, la question a de quoi faire réfléchir… D’autant que le bonhomme était jadis un prince-guerrier avant de devenir un bon petit gros.

Cette leçon, c’est un peu la même que le « Lead by exemple » anglo-saxon : il faut inciter par l’exemple.

J’évoquais alors au moine de ces sujets qui m’émeuvent, comme par exemple l’état désastreux de la nature en Europe : elle est m-o-r-t-e. Je tentais de le lui faire comprendre en expliquant que les chiens n’ont pas le droit de vivre s’ils n’ont pas un code tatoué dans les oreilles et que la forêt (encore faut-il la chercher hors des villes) est d’un silence de mort en comparaison de la jungle, sauf le dimanche matin lorsque résonnent les coups de fusil.

Petit Ours Bien ne changea pas de position : « Laisse-les faire. Si tu t’opposes à eux, ils continueront de plus belle. Si tu les laisses faire, un jour ils se rendront compte, comme toi, que la nature est morte. Elle leur manquera, alors ils la protégeront. »

C’est tout ? Est-ce qu’il n’y a vraiment pas moyen d’être moins passif ? Il me manquait une bonne petite métaphore pour finir de me convaincre : « Dis-moi Nabolo, que fait la fleur pour te convaincre qu’elle sent bon ? Qu’elle est belle ? Elle est une fleur. Sois une fleur toi-même, tu convaincras les autres d’en faire autant. »

Putain. Ce que ce serait frustrant… et libérateur, tout à la fois.

« Un jour, poursuivit Petit Ours Bien, les moines du monastère dans lequel habitait Bouddha firent appel à son jugement. Certains pensaient que telle chose (l’objet du débat) était une bonne chose, d’autres non. Bouddha répondit que c’était leur désaccord en lui-même qui n’était pas une bonne chose et il quitta le monastère. Trois mois plus tard les moines vinrent le trouver en gémissant : plus personne ne fréquentait leur monastère, leur dispute leur ayant fait perdre tout crédit. »

Les implications de cet enseignement (si je le suivais) sont énormes pour moi : cela signifierait que je doive fermer ma gueule et me concentrer sur mon comportement. Est-ce possible au sein d’une société dénuée de spiritualité et qui donne souvent raison à celui qui a la plus grosse, voix ?

Pour sauver la planète, l’union fait la force en tous cas, mais l’union sans interdit ni punition, l’union sur la base d’un comportement commun qui serait volontairement adopté par chaque individu parce qu’étant le meilleur qui soit. Le bouddhisme universel, ou le philosophisme universel, une anarchie de paix où chacun cherche son chemin sans se confronter aux autres… est-ce que tout ça ne commence que par un changement de soi ? Comme le dit ce proverbe en vogue sur internet (et c’est tant mieux) « il faut changer en soi ce qu’on veut changer dans le monde ». Je me promets d’essayer…

– N’essaie pas. Fais-le. Ou ne le fais pas. Mais il n’y a pas d’essai.
– Yo… Yoda ?! Mais qu’est-ce que tu fous là ?!?
– Dagoba c’est chez moi je te rappelle, ici t’es sur MA planète mon p’tit bonhomme.
– Imposteur ! Tu vois ce rocher là-bas ? Il était là bien avant toi, alors se disputer pour savoir s’il appartient aux blancs ou aux indigènes…
– Damned ! Tu as vu Crocodile Dundee ! Aaargh !

Ma conversation avec le moine bouddhiste s’est achevée alors qu’il abordait des sujets tels que les vies antérieures ; les pouvoirs de Bouddha dus à l’entière maîtrise de son cerveau quand la nôtre est réduite à quelques % ; l’origine de l’humanité due à la consommation de terre, de bois et de champignons par l’esprit primordial ; et l’existence d’entités supérieures, en 18 dimensions quand nous n’en comptons que trois…

J’étais trop fatigué pour assimiler tout ça. Mais aujourd’hui (c’est-à-dire le lendemain de tout ce que je viens de vous raconter ici) le soleil vient de se coucher, et une nouvelle conversation m’attend, qui me permettra peut-être d’éclairer ces derniers points, lesquels ne semblent pas sans rapport avec « la théorie des cordes », envisagée par la science moderne ou comment mesurer l’impact sur notre quotidien des dimensions auxquelles nous n’avons pas naturellement accès, c’est-à-dire autres que la longueur, la largeur, la profondeur et le temps. Les possibilités sont énormes… rendez-vous compte ! Même si pour ma part j’admets que ce n’est pas tout à fait clair, voire que je pige que dalle… Mais je vais me renseigne ! Erf ! Il y a tellement à penser !! Je me demande bien quand je vais trouver le temps de travailler !!!

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