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1erazer big

L’arène d’Erazer

Pour les amateurs de DOFUS-Arena, voici une courte nouvelle répondant aux exigences du concours Roleplay auquel je participe (les résultats sont prévus pour février 2009)(ajout postérieur: c’est ce texte qui a gagné XD). Le texte ne parlera probablement pas aux non-joueurs que j’invite à découvrir le jeu (une sorte de jeu d’échec fantaisy) en cliquant sur le lien suivant : DOFUS-Arena

Titre: Replay

Le soleil se lève sur l’arène d’Erazer. La faune s’est réveillée avant les premiers rayons. Les oiseaux chantent. Mes amis et moi-même avons attendu l’aube avec appréhension, car l’heure est maintenant venue de se battre.

Je donne mes dernières instructions et tous se mettent en place.

Je suis un de ces jeunes gens transportés contre leur gré dans l’Hormonde, un « coach » comme on dit ici. Un « coach » parce que la seule façon de survivre aux démons des heures, c’est de participer à leurs jeux barbares en engageant des guerriers pour qu’ils combattent dans des arènes flottantes où coulent la sueur et le sang.

A l’instar de mes concurrents j’ai, moi aussi, recruté une demi-douzaine de mercenaires que j’ai équipés et formés pour défendre ma cause. Il y a Doc’, l’Eniripsa, toujours aux petits soins ; Tonnerre le Féca au tempérament orageux ; Yesterday, le Xélor nostalgique ; Elvira, la petite Osamodas ; Chef, le Sacrieur, mon meneur d’équipe, et enfin l’Enutrof, « Papy » comme on l’appelle familièrement car, à force d’épreuves, nous sommes tous devenus bons amis.

L’arène d’Erazer est une sorte de forêt miniature perchée sur un rocher flottant au centre duquel trône une représentation de « Razielle », l’épée légendaire. Du haut de mon promontoire, j’en aperçois la plupart des recoins. J’aperçois plus particulièrement mon adversaire, en face de moi, grimpé sur son propre perchoir : c’est un vieux coach, petit par la taille mais grand par l’expérience.

Il ne dit pas mot ni n’adresse un regard à ses champions. Chacun d’eux a pris position au moment d’entrer dans l’arène, comme par réflexe. Je passe en revue mes propres troupes et croise des visages inquiets, alors, je mets mes mains en porte voix : « Eh, gros noob ! On va vous éclater tu vas rien comprendre ! »

Il faut parfois savoir invectiver l’adversaire pour redonner courage aux siens.

L’ennemi ne répond pas. De toute façon le combat vient de commencer.

« Chef ! Arrange-toi pour garder Tonnerre à couvert, ils ont un piège mortel en face, ne les laissez pas vous prendre ! Doc’, donne son stimulant à Tonnerre, qu’il multiplie ses attaques nuageuses, et tu me les colles aux fesses, on va avoir besoin de toi !! Papy tu restes en réserve, ta « pelle fantomatique » peut nous sauver sur une « trêve ». Yesterday, Elvira, partez devant ! »

Je leur gueule mes recommandations.

« T’es sûr de ton coup ? » m’interroge Chef.

Nous n’avons encore jamais procédé de cette façon, mais j’ai vu des coachs de renom utiliser cette stratégie, et je sais que ça peut marcher, alors j’acquiesce. Chef me fait un dernier signe en guise de salut puis transpose Tonnerre derrière un bosquet.

Rien. Il ne se passe rien. L’adversaire campe sur ses positions et mon équipe aussi… L’heure tourne. L’attente est insupportable. Je ne peux plus m’adresser à mes hommes sans que le coach adverse n’entende mes paroles, alors je me tais. Finalement Chef se transpose en retrait :

« Qu’est-ce qu’on fait Coach ? On dirait qu’ils veulent jouer la mort subite… »

Les démons des heures ne sont pas réputés pour leur patience. Lorsqu’un combat s’éternise, l’arène se décompose en emportant les concurrents dans le vide : c’est ce qu’on appelle la « mort subite ». En somme, il faut agir, maintenant.

« Dis à Elvira et Yesterday d’attaquer bon sang ! Qu’est-ce qu’ils foutent ?! Transpose-les de manière à ce qu’ils puissent frapper et rentrer à couvert, hit and run, hit and run ! Float like a butterfly, sting like a bee !! »

Chef ne se le fait pas répéter deux fois, il retourne auprès des autres et transmet les consignes. Un instant plus tard, l’assaut est donné. Mais l’ennemi reste caché derrière les arbres, tandis que mes hommes se sont imprudemment portés au devant, à découvert… Alors, finalement, l’adversaire réagit, pour mon malheur.

Ils sont quatre. Le premier, Luke, un Pandawa reconnaissable entre tous au foulard rouge-sang qu’il porte noué autour du cou, saisit son compère à bout de bras et le projette en avant : Joe, le Sram, atterrit comme une plume au milieu de mes guerriers… Son visage squelettique affiche un perpétuel rictus. D’un simple crochet il vient se poster devant Tonnerre, et le pire se produit : frappant le sol, il invoque un « piège mortel », un sortilège statique dont la morsure ne pardonne pas… A condition de tomber dedans ! Or Tonnerre a le pied sûr, et Jolly, la Sacrieuse adverse, est bien trop loin pour transposer Joe et attirer le Féca… A moins que… ? La terrible mécanique du « trap-trap machiavélic system », la technique favorite de mon adversaire, se met en marche sous mes yeux impuissants : Averell, le frère de Joe et quatrième de nos opposants chuchote quelque chose à l’oreille de Jolly. Sa voix d’outre-tombe fait naître la terreur chez qui l’entend. La panique s’empare de la Sacrieuse. La peur lui donne des ailes et la voilà qui file comme le vent ! Jolly est à portée de Joe maintenant : elle se transpose à sa place et attire Tonnerre dans le piège. Il est mort.

« Noooooooooon !! »

La manœuvre a été aussi rapide et précise que fatale. Le corps de Tonnerre vient d’être pulvérisé, sous nos yeux, dans une explosion de magie noire. C’est un sacré coup au moral. Nous venons de perdre un ami mais il est trop tôt pour pleurer. Il faut réagir, sans quoi nous y passerons tous ! A présent qu’elle a utilisé son atout principal, l’équipe adverse est vulnérable, en particulier Jolly qui s’est avancée.

« A l’attaque ! A L’ATTAQUE !! »

Ce cri de guerre improvisé ramène mes champions à la réalité de la lutte. Chef montre l’exemple : il frappe Jolly à l’aide du sort « assaut » qui lui permet d’échanger sa place avec la sienne. La voilà à la merci de Yesterday, Papy et des autres, la retraite coupée par Chef qui, de son côté, est confronté à Luke, Joe et Averell. Toutefois, suite à l’exécution de leur combo, l’équipe adverse est désarticulée : elle n’est pas prête pour une contre-attaque. La mienne, si.

« Aiguilles ! Aiguilles ! »

« J’invoque Belzébuth, le bouftou de combat ! A moi… Corbeau ! »

« Peeeeeeee-eeeeeeelle Fantomatique ! »

« Par Eniripsa… Euh… Coup de poing dans la gueule ! »

Les sortilèges explosent de toute part ! La fumée que dégage toute cette magie dissimule la scène à mes yeux pendant un court instant, puis se dissipe.

Je baisse ma garde (je l’avais montée par peur de recevoir une aiguille perdue) afin de jouir du spectacle de Jolly agonisante… Damned ! Elle est toujours vivante ! La Sacrieuse n’aurait pas résisté si Tonnerre avait été là pour l’achever d’une attaque nuageuse… Seulement voilà, il est mort, et la guerrière est protégée des coups par une coquille de dragœuf et une cape du Wa Wabbit. Et puis, c’est une disciple de la déesse Sacrieur, ça encaisse bien ces bêtes là. D’ailleurs Chef en fait lui aussi la démonstration lorsque Joe l’agrippe pour voler son énergie vitale : il encaisse le sortilège sans broncher. Averell et Luke sont trop loin pour intervenir, l’avantage semble vouloir changer de camp ! J’en veux pour preuve que le dieu Xélor se penche au-dessus de notre arène…

Difficile de savoir s’il nous regarde, ou même s’il nous voit. Difficile tout court de comprendre ce qu’est l’essence d’un dieu… En tous cas, celle de Xélor est présente dans l’arène, même si ce n’est que temporaire : aussitôt les combattants deviennent lourds, lourds… Mes mouvements me pèsent à moi aussi. Seul Yesterday n’est pas impacté, au contraire, et le voilà qui lance à nouveau ses aiguilles meurtrières !

Ce n’est pas pour autant que nos adverses baissent les bras. Petit à petit ils se rassemblent autour de mes hommes pour engager le corps-à-corps. Jolly se débat comme une furie en utilisant le sort du même nom tandis que Joe et Averell se régénèrent en drainant l’énergie des miens. Les bouftous invoqués par Elvira, notamment, ne font pas long feu. Leur intervention est, à vrai dire, plutôt encombrante car les Srams s’en servent comme d’un réservoir de vie dans lequel ils puisent allègrement… Hélas, je ne peux plus donner mes consignes, personne ne m’écouterait tant la bataille fait rage, tant les combattants ne pensent plus qu’à une chose : sauver leur peau. Soudain, mes yeux croisent celui du coach adverse.

Il a lu la crainte dans mon regard et chercher à me donner une contenance maintenant ne servirait à rien. De toute manière, les jeux sont faits, dans un sens ou dans l’autre.

Au corps-à-corps, les choses se dégradent rapidement. Les Srams semblent invincibles à cause de ce fichu sortilège de « vol de vie » qui leur permet de se régénérer. Le plus inquiétant, c’est qu’ils distillent la peur dans mes rangs : mon équipe est complètement désorganisée ! Les sortilèges sont lancées à l’aveuglette et Jolly tient toujours debout alors qu’elle aurait du être achevée depuis longtemps.

C’est de pire en pire ! Bientôt, Elvira est acculée dans un coin où elle n’a plus l’espace nécessaire à ses sortilèges d’invocation. Chef veut l’en libérer et bouscule au passage Jolly qu’on croyait chancelante… Mais une lueur s’allume alors dans les yeux de la sacrieuse : prise de démence, elle frappe Chef avec une puissance surhumaine ! Un tourbillon de magie s’élève dans les cieux : Chef tombe pour ne plus se relever.

Yesterday et Papy en profitent pour s’éloigne, brisant le corps-à-corps ils dégagent leur ligne de vue et peuvent ainsi attaquer efficacement : Jolly s’écroule, inerte, ayant subi la douloureuse caresse d’une pelle fantomatique.

Ca me met un peu de baume au cœur de savoir Chef et Tonnerre vengés ! Pourtant la situation n’est pas bien positive : les Srams sont en pleine forme et Elvira est acculée. Tour à tour, Joe et Averell vont jouer à lui faire peur. Ils enchaînent les grimaces et les rires sordides ; sous chacun de leurs pas, les spectres jaillissent en masse dans des explosions de fumée noire. Paniquée, l’osamodas se cogne la tête contre les troncs d’arbre en voulant s’échapper… Mais les Srams la harcèlent jusqu’à ce que, dans sa fuite, elle percute une lourde branche. La violence du choc met instantanément fin à ses tourments.

Est-ce qu’il nous reste encore une chance de gagner ? Yesterday et Papy ont pris de la distance. Doc’ est avec eux qui s’occupe de leur santé. S’ils restent hors de portée des Srams, peut-être que… ? La question ne se pose pas longtemps car Luke, le Pandawa, fait un retour remarqué.

Il était jusqu’alors resté en dehors des combats. Usant de toute sa force, il projette Averell sur Yesterday. La suite ne m’apparaît alors que trop clairement : les Srams voleront la vie de mes guerriers restants jusqu’à ce que mort s’ensuive, je ne peux plus gagner…

« ARRETEZ ! J’abandonne. »

A ces mots le combat cesse. L’arène disparaît.

***

Me voici de nouveau dans le potager, là où les démons des heures m’ont téléporté. J’ai perdu. Je m’éloigne un peu plus de la délivrance, mon nom descend dans la liste de ceux qui seront libérés.

Zut ! Ces combats sanglants n’auront-ils jamais de fin ? Il va me falloir recruter de nouveaux guerriers pour remplacer Tonnerre, Chef et Elvira… D’autres amis que j’enverrai probablement aussi vers un sacrifice inutile. Les larmes me montent aux yeux. La cruauté des démons est-elle donc sans limite ?

Tout-à-coup je sens une main qui se pose sur mon épaule… Je me retourne brusquement et sèche prestement mes larmes car, en face de moi, se tient le coach que je viens d’affronter.

« GG ! A un moment j’ai bien cru que la victoire m’échappait… » dit-il avec un sourire. « Ne sois pas triste. Nous sommes tous coincés dans l’Hormonde, c’est comme ça, il faut l’accepter. » ajoute-t-il encore en découvrant mes yeux rougis. Je sèche la dernière des larmes qui m’a échappée pour protester : « Mais qui peut accepter de vivre de cette façon ? Nous ne sommes que des jouets dans la paume des démons… Il est impossible de gagner à chaque fois… »

« Ecoute bien, l’ami » repart mon adversaire « pour gagner ici, il faut aimer se battre. »

La phrase résonne dans ma tête tandis qu’il tourne les talons et s’éloigne après avoir conclu :

« A bientôt, dans l’arène. »

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