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squelette

Ce squelette n’a l’air de rien vu comme ça mais c’est en fait un futur guerrier superbement dessiné. Une fois les bases posées il n’y a plus qu’à rajouter la chair dessus, les habits mais on le dessinateur sait déjà avec certitude la position que son personnage prendra dans l’espace… pour un auteur c’est pareil.

Souvent, quand je marche dans la rue, les gens m’arrêtent pour me dire : « Mais Nabolo, Nabolo… Bon sang comment faites-vous pour écrire de si jolies nouvelles ?!? Quel est le secret ????? Oh donnez-moi votre secret, mon héros, mon dieu, mon… » Bref, je m’arrête là, en entendant le plissement de sourcil des moins crédules d’entre vous… Mais je vais néanmoins répondre à la question.

Personnellement, pour écrire, comme pour dessiner, je travaille à partir d’un squelette.

Qu’est-ce qu’un squelette ? Comment le constituer ? C’est ce que vous découvrirez en lisant la prochaine phrase. Le squelette c’est l’architecture de votre histoire, sur laquelle vous allez poser le récit, il est constitué de trois osselets fondamentaux : une situation de départ, un événement perturbateur, une fin.

Avant de songer à écrire une nouvelle (ou un texte plus long), il vous faut une idée qui corresponde à l’un de ces trois osselets.

Exemple : vous avez envie de raconter l’histoire d’un marin qui devient super fort lorsqu’il mange des épinards… c’est une situation de départ.

Vous avez envie de raconter le naufrage d’un gros bateau qui a heurté un iceberg et les changements que ça implique pour les passagers… c’est un évènement perturbateur.

Vous avez envie de raconter qu’un couple vit heureux jusqu’à la fin des temps et qu’il a beaucoup d’enfants (original) c’est une situation de fin.

Bref, préalablement à votre écriture, vous avez une idée, suffisamment originale, pour que vous pensiez qu’elle vaille la peine d’être servie par une histoire, et cette idée correspond à l’un des trois osselets.

Une fois que vous avez le premier des trois osselets, il vous reste à trouver les deux autres, de manière à ce qu’ils s’emboîtent au mieux… et une fois que vous avez les trois, une grosse partie du travail est déjà fait. Vous êtes dores et déjà en mesure d’estimer l’intérêt que peut avoir votre histoire : il sera rehaussé ou amoindri par votre talent d’écriture mais une histoire de Toto, même écrite par Proust, reste une histoire de Toto.

homme epee postsquel

Eh voilà! Le squelette a été recouvert d’effets spéciaux, mais ça n’en demeure pas moins une évolution du premier dessin… Bon il se trouve qu’en l’occurence les deux dessins n’ont rien à voir c’était juste pour illustrer l’article (je m’en suis pas trop mal sorti, non?)

Pour la suite donc, une fois le squelette posé (la situation de départ, l’événement perturbateur et la fin choisis) il ne vous reste plus qu’à relier vos osselets, et expliquer comme on arrive de l’un à l’autre puis à l’autre. C’est comme dessiner un fémur au départ et un trait en guise de tronc, vous avez une vague idée de ce qui peut se passer et vous allez développer cette idée jusqu’à la rédiger : couvrir le fémur et le tronc d’organes, de muscles, de chair et d’autobronzant. Cette opération, quoique fastidieuse puisque la chair constituera (sans doute) l’essentiel du texte, l’est beaucoup moins que si vous vous passiez du squelette… Sans squelette vous prenez le risque de coucher sur papier un tas de bonnes choses pour vous apercevoir ensuite que vous avez traité plusieurs idées à la fois, que vous avez par exemple deux bons évènements perturbateurs mais pas de fin, etc.

De plus il est beaucoup plus reposant de se laisser porter entre deux osselets plutôt que d’être dans la recherche permanente d’une suite, d’avancer tout en cherchant où l’on va.

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