(roman) Travaux sur INDIANA TOM
L’épisode des story-boards pour promouvoir la laïcité
Un nouveau passage de coupé! Quelques idées intéressantes mais franchement ça
ne servait pas le bouquin :p
Encore tremblant je suis allé voir le Ministre-Conseiller pour lui présenter mes story-boards de promotion de la
laïcité. Amusé, il m’a aimablement reçu dans son bureau.
Story-board
n°1:
On y voit, sur un fond de ciel étoilé, quatre personnages aux formes humanoïdes
indifférenciées danser et s’amuser sur un parterre d’herbe verte. La ligne d’horizon est courbée pour renforcer l’idée de rotondité, évoquer la planète. Les personnages s’amusent en riant,
jusqu’à tomber dans l’herbe, épuisés… Puis ils se relèvent, chacun à son tour, et la caméra les prend individuellement lorsqu’ils entrent en méditation et prient chacun dans une posture
correspondant à l’une des quatre grandes religions de notre temps
Finalement, les symboles des différentes religions apparaissent dans le ciel puis,
sous forme d’étoiles filantes, chacun d’eux va se lover dans la poitrine du personnage qui lui correspond. Il s’y fond en forme de cœur. Tous les personnages se relèvent, et la caméra nous les
montre reprenant ensemble leurs danses et leurs jeux.
Lemmel a tout d’abord été impressionné par ma planche. Enfin je dirais plutôt surpris,
de me voir produire quelque chose de sérieux. Mais presque immédiatement, il est entré dans le jeu :
« J’aime beaucoup l’idée » m’a-t-il dit, « mais il y a quelque chose
qui me dérange : c’est l’apparition des signes religieux dans le ciel, qui est un espace public, or, c’est le message contraire que nous voulons faire passer, n’est-ce
pas ? »
Il souriait avec malice, mais prenait visiblement l’exercice au sérieux. Je lui ai
fourni des idées de rechange à la scène qu’il avait critiquée et nous en avons débattu un moment. Puis je lui présentais mes deux autres story-boards.
Story-board
n°2 :
L’action commence dans un appartement dont la décoration évoque un intérieur
chrétien : il y a une croix au mur et pour que ce soit encore plus explicite, un poster de Jésus. Il y a aussi une bibliothèque contenant un exemplaire de la Bible, qui à la suite d’une
mystérieuse secousse, perd sa position verticale pour tomber, couché, sur l’étagère. L’occupant des lieux se lève alors de son bureau pour redresser le livre saint… Mais là, morphing : la
Bible se change en Véda, et c’est un hindou qui retourne à son siège, la croix a disparu du mur et Ganesh a remplacé Jésus sur le poster. Une nouvelle secousse et un nouveau morphing : le
Véda se change en Coran et pour éviter qu’il tombe de nouveau, c’est un Musulman, rapidement transformé en Juif qui cale la loi sur la laïcité pour empêcher la Torah de retomber.
Toujours des secousses mais les livres sacrés tiennent droit, et la caméra, en s’éloignant, révèle un immeuble, tranché en deux pour qu’en soit visibles les
appartements et leurs habitants de différentes confessions. Cet immeuble a pour nom « Laïcité » et il protège des tumultes de la rue.
Story-board
n°3 :
Plus simpliste, le dernier story-board met en scène un apprenti-sorcier se hasardant à
des mélanges de potions étiquetées au nom des religions dans un chaudron qui est sur le point d’exploser. Lorsque le Maître-sorcier s’en aperçoit, il évite la catastrophe en versant le contenu du
chaudron dans une bassine qui porte une inscription : « Laïcité ».
Reproduite en réunion de presse mon topo a eu un certain succès et Gégé, qui n’a l’air
d’avoir aucun grief contre moi, m’a demandé de lui en laisser des copies. Patrick n’arrivait pas à avaler, dans le story-board numéro 2, qu’un si petit texte de loi puisse empêcher la chute de
l’imposant recueil des Véda. Lemmel m’a proposé un slogan : « La laïcité. Un espace pour chacun. Une place pour tous. » Au début il avait proposé « vie » au lieu de
« place » mais je m’étais fait un plaisir de désapprouver. C’était bon de chambrer un supérieur.
L’épisode de l’expo d’art moderne
width="225" height="300">Encore un épisode qui saute! Ce passage part dans des considérations qui n’ont rien à voir
avec le thème du roman… Je coupe!
Ca n’avait pas été une mince affaire pour trouver l’endroit : une grande maison évidée
associée à un petit jardin. A l’entrée nous avions été accueillis par un gentleman efféminé avant de passer un regard de politesse sur les œuvres puis de chercher le buffet. Nous reviendrions à
l’art, oui, mais équipés d’une coupe de champagne, chaque chose en son temps. On allait pas en faire plus que le Ministre tout de même !
Le buffet, modeste, avait été dressé à l’extérieur dans une petite cour où poussait un
gazon épars. C’est là aussi que se trouvait Polly, radieuse, qui n’avait pas lésiné sur la coquetterie pour cette soirée dont elle était l’hôtesse. Elle nous accueille avec un enthousiasme
non-dissimulé et qui me surprend : compte tenu de nos deux dernières entrevues je ne m’attendais pas à autant de chaleur de sa part, elle est lunatique ou quoi ?
Nous plaisantons un moment tous les trois jusqu’à ce qu’elle « j’aurais bien
aimé rester discuter avec vous » mais qu’elle « je dois m’occuper des invités » et laisse donc notre viril binôme profiter de l’exposition. La visite peut
commencer.
- Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ?
- Ca s’appelle de l’art moderne Thomas.
Devant nous, la photo noire, blanche, et trouble d’un four à micro-ondes cintrée dans un
cadre super kitsch. Autour d’elle, tout aussi aberrantes, pendent dix de ses petites sœurs. ça n’a ni sens ni charme. Je ne comprends
pas.
- De nos jours c’est l’exposition qui fait la valeur de l’œuvre…
Aurélien essaie de justifier tant bien que mal le prix exorbitant de tous ces clichés
ratés puis encadrés qu’un fou avait imaginé d’accrocher aux murs, convaincant d’autres fous que c’était des œuvres d’art.
- Tu veux dire que l’ensemble de l’exposition est une œuvre ? Je veux bien avaler ça,
mais retirées de l’exposition, pourquoi les pièces qui la composent conserveraient-elles une valeur ? Qu’on achète toute l’œuvre d’accord, mais une partie seulement ça n’a pas de sens. C’est
comme s’éprendre d’une belle voiture et n’en acheter qu’un peuneu !
- Un quoi ?
- Un peuneu.
- Un « pneu » tu veux dire ? »
Je tombai des nues quand mon normalien m’assura qu’il n’y avait jamais eu de
« eu » avant le « n » de « pneu » mais faisais abstraction de mon émoi pour tenter de comprendre ce qu’il m’expliqua :
- C’est pas comme ça qu’il faut le voir Thomas. Imagine que cette belle voiture dont tu
parles, elle ait gagnée le « Paris-Dakar »…
- Je hais le « Paris-Dakar » et tous les enfoirés qui participent à cette course
de connards !
- Bon alors disons… Une autre course ! N’importe laquelle ! Bref : la
voiture a gagné, tu es bien d’accord qu’elle revêt une valeur particulière ?
- Mouais…
- Jusque-là j’étais d’accord, mais je prenais mes précautions parce que je sentais bien
que je n’allais pas être d’accord avec la suite.
- Et si tu pouvais avoir un pneu de cette voiture championne, tu ne serais pas prêt à
payer plus cher que le prix d’un pneu normal ?
- Mais qu’est-ce que tu veux que ça me foute d’avoir un peuneu puisque c’est la voiture
qui a gagné ?
Aurélien reprend une longue gorgée de champagne tout en me fixant de son œil, bleu, que ne
cache pas son verre. J’attendais son prochain argument. Le voilà qui finissait sa coupe.
- Ouais, t’as raison en fait, c’est complètement con. Mais y a des gens à qui ça plait.
Can I have some more ? demande-t-il à la serveuse. Je tends ma flûte pour l’accompagner et continue ma rhétorique :
- C’est la voiture qui a gagné, c’est elle qui a une valeur particulière parce que c’est
elle qui a acquis une valeur particulière du fait de sa victoire ! Pas chacun de ses composants ! Son peuneu, tout seul, il est rien !
- Hm hm, acquiesce Aurélien dont les joues commencent à se colorer.
Cette conversation me rappelait cette fois où, tout jeune, j’avais présenté un superbe
dessin à ma mère, à qui j’avais décidé de l’offrir avant de songer, compte tenu de ma réussite et des compliments que j’en obtenais, que je pourrais aussi bien le vendre, et lui avais demandé si
par hasard j’étais susceptible d’en tirer le prix d’un « Picasso ». J’avais sept ans, nous venions de passer à table.
Ma mère m’affirma que même si ce que j’avais dessiné était très joli, ça n’aurait jamais
la valeur d’un « Picasso » et qu’un simple gribouillis de l’artiste vaudrait toujours plus que n’importe lequel de mes beaux dessins… Absurde !
- Mais si mon dessin est le plus joli, avais-je insisté, pourquoi est-ce qu’il ne vaut pas
aussi cher ?
- Parce qu’il y a plus de gens qui veulent acheter les dessins de Picasso, et plus il y a
de gens qui veulent acheter la même chose, plus cette chose est rare et plus ça lui donne de la valeur, tu comprends ?
- Oui je comprends…
- Tant mieux ! interrompit mon père, on va peut-être pouvoir déjeuner
tranquillement.
Je n’avais pas terminé :
« Mais pourquoi y aurait-il plus de gens qui
voudraient acheter un dessin de Picasso si c’est le miens le plus joli ? »
Je commençais à suspecter ma mère de me raconter des fadaises pour pouvoir garder
égoïstement le dessin pour elle : j’avais bien vu qu’elle tirait la gueule depuis que je le lui avais repris des mains et que je parlais de le vendre aux enchères.
« En plus, ajoutai-je, certain de l’amener à admettre que j’avais raison, mes dessins
sont plus rares que ceux de Picasso. »
C’est mon père qui mit fin à la conversation avec une de ses nouvelles énigmes qui me
réduisit au silence :
« Thomas : tout ce qui est rare est cher. Socrate a un âne boiteux. Les ânes
boiteux sont rares, est-ce que l’âne boiteux de Socrate est cher ? »
Il me faudrait le temps de nombreux repas pour comprendre la question et encore davantage
pour y répondre.
Des années ont passé depuis ces évènements et j’ai appris entre temps que cette question
de mon père, célèbre en fait, avait pour réponse qu’un âne boiteux a peu de valeur marchande… Quand bien même il aurait appartenu à Socrate, un des plus grands philosophes de tous les
temps !
Ma mère m’avait roulé. De même, cet artiste avec ses photos troubles roulait son public en
le convaincant qu’il vendait des œuvres d’arts. Le public, crédule, marchait dans la combine, et c’est ainsi que le commerce du laid proliférait, un peu comme si j’arrivais à convaincre le monde
entier que le bois que je touche vaut de l’or : ça paraît complètement débile, pourtant ça a déjà été fait, et c’est refait tous les jours avec des t-shirt, par exemple, qu’on enlaidit d’un
gros « NIKE » et qui triplent de valeur. C’est la victoire de Midas car cette fois ce sont ses sujets qui se cassent les dents sur son or.
- Tu l’avais comprise toi la légende du Roi Midas ? demandai-je à Aurélien, Je crois
que la morale vient de me sauter au cerveau.
- Moi je crois que mon cerveau vient de sauter tout court.
Et nous trinquâmes pour la quatrième fois.
L’épisode du temple de Kali
Comme pour les autres épisodes que
j’ai déjà eu l’occasion de publier sur ce blog, l’épisode du “temple de Kali” ne trouve plus sa place dans “Indiana Tom” (mon futur roman que vous allez -sans doute- acheter nombreux). Je
l’extrais donc du manuscrit et je vous le livre ici en pâture pour que vous le déchiriez comme des chiens avec vos crocs de critiques aiguisés. Merciiiiiiiiiiii!
Polly insiste pour que je la précède… Pour la première fois, enfin, je vais entrer dans un
temple hindou. Ce n’est pas un événement sans importance pour moi qui me fais l’avocat du retour aux religions polythéistes antiques dont l’hindouisme est le plus proche parent survivant à l’ère
moderne.
Je n’ai pas de religion. C’est à dire que je ne me soumets à aucune loi édictée par des
hommes au nom du divin. Néanmoins je suis, comme la grande majorité de mes congénères, un être spirituel doté de croyances qui fleurissent en moi spontanément au sujet de la « chance »,
du « hasard », du « destin » ou du « divin ». J’ai simplement l’avantage de me sentir bien sans recourir aux services d’un guide de la foi.
Si tel n’était pas le cas, il me serait toutefois impossible de me tourner vers les
monothéismes dont la doctrine, d’emblée, me dérange : est-il vraiment possible aux hommes de vénérer une seule et même déité ? D’en partager la même exacte conception ? Il me
semble que s’ils disséquaient leur foi dans les moindres détails, et pourvu que leur vocabulaire le permît, beaucoup de croyants en viendraient à cette conclusion générale, qui est aussi la
mienne, qu’aucun humain et même qu’aucune chose n’est exactement semblable à une autre, que ce qui en émane obéit aussi à cette règle et que, par conséquent, en admettant pour la démonstration
qu’il existe bien un Dieu unique, il n’est de toute façon pas en notre pouvoir de l’adorer en une seule foi*. Les monothéismes ne sont plus dès lors, que des
polythéismes déguisés ou des générateurs de schismes.
En fait, j’ai toujours songé que l’homme était pluriel et que l’univers l’était aussi.
Pourquoi réduire le divin à l’image d’un seul ? Cet engouement pour l’unique, si soudain à l’échelle de l’histoire, me paraît bien artificiel, alors que la spontanéité naturelle des
croyances humaines l’avait toujours amené à révérer le multiple.
Il m’est par ailleurs impossible de détacher le monothéisme des extrémités vers lesquelles
cette théorie a conduit et conduit encore et qui sont responsables de cruautés et de massacres inégalés dans l’histoire de l’humanité. Si aujourd’hui c’est du rabâché, si l’Eglise montre patte
blanche, moi je n’oublie pas. Je redouterai toujours les monothéismes pour leur capacité à se lier au pouvoir dont il est si difficile de les arracher ensuite.
Il résulte de tout cela que je me représente de manière idéale l’antithèse du monothéisme,
alias le polythéisme antique, sans prophète ni parole sainte qui ne saurait être contestés, comme le garant d’une tolérance religieuse absolue : dès lors qu’on admet l’existence de plus d’un
dieu, on peut en admettre une infinité. C’est ainsi que fut édifié, à Rome, un temple dédié au « Dieu inconnu » qui invitait chaque nouvelle croyance à se mêler aux autres. A l’époque,
les Dieux étaient des exemples, pas des tyrans, dont les aventures rappelaient aux hommes leurs devoirs et les faiblesses inhérentes à leur race. Ces leçons étaient accessibles au prix d’un peu
de sagesse que chacun payait volontiers. Le monothéisme judéo-christiano-islamique a fait de ces leçons des commandements dont l’origine s’est perdue dans la mémoire de créatures devenues bêtes
apeurées et rapidement soumises à un clergé autoritaire… Il n’y avait pas de clergé dans le polythéisme grec.
Puisque mes contemporains ne peuvent pas se passer de religion, j’en viens à considérer
très favorablement l’idée que ces cultes renaissent et reprennent le terrain dont le christianisme les a chassé en diabolisant nos divinités originelles. Tel fut le cas de Pan, autrefois Dieu de
la forêt et des jardins, devenu le bouc émissaire de la chrétienté qui en fit son Satan, et au décès symbolique duquel Brassens a consacré l’une de ses chansons** les plus importantes à mes yeux, qui exprime parfaitement les raisons pour lesquelles je me réjouirais à l’idée de célébrer son culte et qui peuvent se résumer en ce que, du temps
que régnait le grand Pan, la poésie était partout, de même que les Dieux dont on n’avait pas à craindre le courroux mais simplement à apprécier la compagnie (de fait, les Grecs ne se battirent
pas pour imposer le patronyme de Zeus mais, pendant dix ans, pour l’amour d’une femme. Tant qu’à faire autant choisir un motif qui en valait la peine !).
Hélas l’idée qu’on puisse vénérer Zeus (ou Shiva) de nos jours fait éclater de rires les
occidentaux équilibrés, biens dans leur vingt et unième siècle, capables de me soutenir que Jésus est le messager et fils de Dieu, qu’il est né de mère vierge et qu’il a marché sur les
eaux.
Mais beaucoup de ceux qui l’affirment n’y réfléchissent pas plus que ça. Est-ce si dur
d’admettre humblement qu’on se sent bien dans son confort spirituel, à l’abri d’une mort biologique, ou qu’on a épousé les valeurs de sa tribu par habitude plutôt qu’adhésion ?
L’argument du miracle vient parfois contrecarrer les miens, lorsque mon interlocuteur s’est tiré de justesse d’une maladie fatale et qu’il y a vu un signe divin… Mais de quel dieu ? Je
rappelle que Zeus était farceur, qu’il n’aimait pas beaucoup les mortels, et que les aider à se persuader des croyances les plus folles ou les plus contraignantes, capables de plonger leur race
dans l’abîme de l’ignorance dont lui, Zeus, les avait tirés contre son gré (merci Prométhée !) et éventuellement de la conduire à sa perte aurait tout à fait été de son goût ! Et si
c’était lui, finalement, l’auteur de toutes ces farces ? Le débat est sans fin et fort heureusement, je n’ai pas besoin que tout le monde soit d’accord avec moi pour être à l’aise. Mais
je reste très curieux de voir ce que donne, dans la pratique, un semi-polythéisme tel que l’hindouisme.
L’épisode de l’éléphanteau
width="255" height="191">Toujours extrait d’Indiana Tom, un passage que je pense retirer. En compagnie d’une américaine avec qui il a sympathisé, Thomas, le personnage principal en voyage dans le
Rajasthan croise un éléphanteau sur le bord de la route… C’est une autre occasion pour vous de voir le style de narration (en jaune c’est le personnage principal qui s’exprime). A noter que je
vais devoir retravailler la manière dont Thomas parle en général, toujours trop proche de celle du narrateur omniscient.
Filant au travers des collines, le rickshaw se rapproche rapidement du Palais d’Ambre et du
Fort qui lui est voisin : les deux citadelles se partagent équitablement les sommets alentours et découpent le flanc des montagnes de dentelles de pierre où Thomas et Polly distinguent une
activité fébrile. Leur fascination n’est pas bien longtemps captive de ces immeubleries car, sur le bord de la route, accompagné des deux hommes qui le tiennent en laisse, ils viennent d’apercevoir
un éléphanteau. Ahmed coupe le moteur et à peine le rickshaw s’immobilise-t-il, qu’une trompe aux narines inquisitives s’engouffre à l’intérieur. Thomas la repousse délicatement pour pouvoir
sortir.
« Comme il est mignon cet
éléphanteau ! Comme il est trognon ! Miguignougnou le tout chou à son pépère ! Guili-guili ! »
Polly a sa propre version :
« Hello you ! Oooh look at you ! But look at you ! You are
soooooo (note ascendante) cuuuuuuute (note descendante) ! You’re a big boy, hmm ? Yes, you are a big boy !! »
Polly et Thomas prennent des photos-souvenirs et caressent longuement
l’éléphanteau.
« Dans les plis de sa trompe poussent de
gros poils noirs et piquants un peu comme dans le cou d’un adolescent atteint de puberté. »
Lorsqu’un de ses gardiens lui tire l’oreille, l’éléphanteau fait onduler sa trompe pour
lui donner des allures de serpent : il la remonte entre ses yeux et la replie sur elle-même, comme un cobra charmé par une flûte le ferait avec ses anneaux.
« Polly et moi sommes évidemment
« très enchantés » par cette rencontre. Cependant je nourris deux inquiétudes aux plus profond de mon être. La première est de savoir si cet éléphanteau et les éléphants en général sont
bien traités, ce qu’Ahmed m’assure en me révélant qu’en Inde, s’occuper d’un éléphant est un honneur qu’il faut mériter et que le gouvernement récompense avec générosité. Faire du mal à un
éléphant serait, selon lui, un sacrilège. Peut-être un peu naïvement, je me laisse convaincre par cette explication, à défaut d’en avoir d’autres. Reste cette deuxième inquiétude, plus
intime mais non moins légitime, qui concerne l’appareil génital des éléphants. Quand j’étais gosse, mon père faisait souvent référence à la taille gigantesque de leur membre dont il recommandait
fortement l’usage à quiconque introduisait le ballon dans les buts de l’Olympique de Marseille. J’avais déjà vu des éléphants au zoo mais n’ayant jamais aperçu ce qu’on me décrivait comme
immanquable, j’en étais arrivé à suspecter la trompe de double identité. Jugeant toutefois qu’il était singulier qu’un animal porte son sexe sur la tête, j’avais fini par exprimer mes doutes et
avais demandé à mon père une confirmation que toujours il esquiva, répondant invariablement : « Tu vérifieras par toi-même mon fils ! ».
Je déteste ça. Qu’on me refuse de partager un
savoir pour d’injustifiables raisons m’est absolument insupportable.
Je me rappelle très bien, qu’une fois, en
bagnole, mon père encore, avait refusé, durant tout le trajet, de m’expliquer pourquoi un kilo de plumes était aussi lourd qu’un kilo de plomb comme l’avait incongrûment prétendu ma mère un peu
plus tôt en allant me chercher à la maternelle. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui coûter de me répondre bordel !? Au lieu de me donner satisfaction il s’était contenté de dire :
« Tu vois Thomas, tu comprends vite, mais il faut t’expliquer longtemps. » Ces compliments n’adoucissaient pas ma rancœur, un peu plus renforcée à chaque fois que je lui posais la
question « Pourquoi ? » à laquelle il répliquait invariablement :
- La question « Pourquoi ? »
est une question métaphysique, donc stupide à laquelle je refuse de répondre.
- Mais pourquoi papa ??
insistais-je.
Là, généralement, comme pour me narguer, il
ricanait, puis partait s’occuper ailleurs où je le suivais en répétant « Pourquoi ? » jusqu’à ce que j’obtienne finalement de lui un « Tu m’emmerdes Thomas, fous-moi la
paix. » qui marquait irrémédiablement la fin de notre conversation. Je dois dire que parfois c’était mieux qu’il ne réponde pas. Je regrette par exemple qu’il l’ai fait quand, en C.E.2,
j’étais rentré de l’école avec un devoir de français sur les surnoms puisque, à l’instar de mes camarades, Madame Monet m’avait chargé de répertorier ceux de Jean-Pierre Papin, LE joueur de foot
français de l’époque. J’avais alors demandé de l’aide à mon père qui m’avait répondu tout en allumant un havane dans le fauteuil qui lui était réservé, en face de la télévision :
« C’est vrai qu’on l’appelle
« J.P.P. », mais ça c’est un surnom que lui donnent ses supporters Thomas. »
Ayant décapité son cigare il en avait fait
tourner l’extrémité dans la flamme d’une grande allumette dont la longueur était prévue à cet effet et avait ajouté « Mais crois-moi, ses vrais amis, eux , l’appellent tous
« Jean-Pierre Tapin » avant de presser le bouton de la télécommande et de conclure « Bon maintenant fous-moi la paix, le match a commencé. » Lorsque, le lendemain, Mme
Monet m’avait questionné à l’oral, elle avait pouffé de surprise en entendant ma réponse, et s’était penchée vers moi pour me demander avec inquiétude, mais tact, qui m’avait raconté ça.
« C’est mon papa ! » avais-je fièrement répondu, tout heureux d’avoir déniché ce surnom qu’aucun de mes camarades, pourtant tous fans de foot, n’avait jamais entendu.
Mais je m’égare. Je ne nourris pas
d’obsession particulière sur le sexe des éléphants. Simplement, quand il m’arrive de croiser l’énorme créature, je repense parfois à ma frustration d’enfant et j’essaye éventuellement
d’apercevoir sa bite, ce à quoi je ne suis jamais parvenu… A moins que leur trompe… »
INDIANA Tom: Chapitre 1er (exclusivité mondiale)
En exclusivité intersidérale, et pour que vous puissiez vous faire une meilleure
idée encore du projet sur lequel je travaille, Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, je vous livre ici le premier chapitre (temporaire) d’INDIANA Tom, mon premier roman, si tout se passe bien.
J’espère que ça vous aider également à comprendre ce à quoi je faisais allusion quand je parlais de “narration alternée“.
Aujourd’hui j’attaque le chapitre 17, je pense avoir fait le plus dur, bonne lecture et, comme d’habitude, n’hésitez pas à laisser vos
commentaires!
février 2006
Une valise à roulettes cassées, un grand sac à dos, deux cartables et un énorme sac
poubelle où il a entassé tout ce qu’il peut pour éviter de payer la taxe sur l’excédent de poids à l’aéroport : Thomas a emporté des habits propres ayant surclassé ses jeans et t-shirts de douze
ans d’âge, un costume et une cravate avec le nœud déjà fait, sa trousse de toilette remplie de médocs achetés par une mère inquiète, son ordinateur portable et de gros bouquins, dont le
lourdissime « Mahabarata » qu’il maudit en traînant difficilement le dernier de ses baluchons. Songeait-il alors que ce sacrilège lui vaudrait le courroux
des Dieux ?
« Tant pis : advienne que pourra ! »
Sans s’attarder davantage, il grimpe dans un avion affrété par Jet Airways, ou ce
qu’il y a de plus moderne en termes de compagnies aériennes indiennes : les sièges sont un peu étroits, mais le personnel agréable et les films sur commande. Le vol durera moins longtemps que
celui qu’il avait pris naguère pour les Etats-Unis mais la destination est autrement plus exotique, d’autant qu’il est incapable de se la représenter.
Tandis que les réacteurs avalent les kilomètres, Thomas ressasse les différents
témoignages collectés avant son départ : l’Inde, mais comment c’est ?
« Oh c’est magnifique ! Tu vas vraiment te plaire là-bas ! C’est
vraiment-vraiment beau et tout le monde est si gentil ! Oh et puis tu vas faire du rickshaw c’est vraiment bien ! »
Comme ça me paraissait un peu confus j’ai demandé à Mme Husson, ma prof de
« hindi et civilisation indienne », de bien vouloir approfondir.
« Ah c’est difficile ! Je peux pas te dire, c’est tellement magique comme pays !
Ce qui est sûr c’est qu’on n’y reste pas indifférent. Mais tu vas aimer tu vas voir ! Oh, comme tu as de la chance ! » répondit-elle en trépignant d’excitation, ce qui fit sonner les miroirs
en plastique cousus à sa robe et les petites perles de ses colliers bruns.
« L’Inde ? C’est dur. »
Chantal aspira une grande bouffée de tabac en tirant sur sa cigarette, ce qui fit
lentement remonter l’extrémité intérieure de ses sourcils jusqu’au milieu de son front. La mère de Sophie, ma meilleure pote, elle fait toujours ça quand elle répond à nos
questions.
- Tu pars combien de temps ? Six mois ? demanda-t-elle en recrachant la
fumée. Six mois c’est dur. Tu as déjà voyagé dans un pays du sud ?
- Non. Mais pourquoi c’est si dur ?
- Mais parce que, sa voix passa soudainement du grave à l’aigu, les gens vivent
dans une misère totale là-bas, totale !
- Euh… C’est-à-dire ?
- Et bien c’est-à-dire que tu vois tous ces petits gosses qui jouent tout nus dans le
caniveau, les lépreux (oui, des lépreux !) qui viennent s’accrocher à toi pour te demander de l’argent, et puis juste à coté il y a ces grands hôtels où se rendent les riches Indiens en
enjambant parfois les corps dénudés des mourants qui gisent sur le trottoir… Dans l’indifférence la plus totale ! Ah non, moi ça me fout le cafard, c’est vraiment très dur.
- Tu y es allée souvent ?
- Jamais, mais Sylvain m’a raconté.
- Ah ! C’est toi qui pars en Inde bientôt ? La prof m’a prévenu, y a pas de
‘blème, assis toi. Qu’est-ce que tu voulais savoir ?
- Merci. Eh bien… Rien de particulier, je cherche seulement à me faire une idée avant
le départ.
- Alors en Inde y a un mot que tu dois savoir…
Son fauteuil à roulettes glissa jusqu’au bureau, elle piqua un stylo à son voisin en
rigolant (l’ambiance était plutôt détendue dans le bureau de l’institut de géographie de la fac de lettres) et sur un post-it elle écrivit « CHALE ! ».
“Ca veut dire « Casse-toi ! » tu vas t’en servir sans arrêt. Faut que tu saches
qu’en Inde, des Indiens, y en a partout, même quand tu les vois pas. Je me rappelle une fois au Kerala, je m’étais cachée derrière un buisson pour mouler un bronze et là, qui je vois qui
m’observe planqué dans les fourrés ? Un Indien, tranquille, qui se faisait plaise à me mater. Je te préviens au cas où. A part ça tu vas voir, les Indiens, ils prennent leur temps. Ah ça,
ils sont cools les Indiens ! Chaque jour a sa tâche mais pas plus : ils vont dou-ce-ment. Y a aussi un truc qui est sûr c’est que tu vas chopper la chiasse, ça c’est certain, personne n’en
réchappe. Alors bien entendu, bois pas l’eau du robinet… Putain ! Ca me rappelle une fois, j’étais vraiment limite : je suis sortie du bus comme une fusée, zooouuuuuuu ! J’ai poussé
tout le monde dans la queue pour les toilettes ! Ah non mais j’aurais tué hein, j’aurais tué !!”
- Bon ben Tom, bon voyage !
- Merci pour tout So ! Donc c’est bon t’es sûre que ça te dérange pas de t’occuper de
Lebowski (le chat du voisin que je suspecte de malnutrition) ?
- J’irai pas jusqu’à dire que ça me fait plaisiiir, dit-elle en faisant siffler la
salive sur le coin de ses lèvres et tout en relâchant son étreinte, mais bon, je fais ça pour toi hein ! Tu donnes des nouvelles, tu nous reviens entier ! Sylvain, mon frère, il y a passé trois
mois et il a fait une dépression qui en a duré six à son retour.
- Sérieux ?!
- Oui, il vomissait à la simple vue d’un supermarché. Mais bon, lui était infirmier
dans une ONG humanitaire au Cachemire, pas stagiaire à l’ambassade de France ! Non mais t’inquiète pas, tu vas voir, tout va bien se passer.
***
La tête appuyée contre le hublot, Thomas met ses heures de vol à profit pour lire un
bout du « Mahabarata ». Il s’agit d’un texte sacré de l’hindouisme, une sorte d’Iliade indienne racontant les déboires de deux familles ennemies tout en posant des dogmes religieux. Le
récit est si long que quiconque en achève la lecture dans sa version originale est promis à la libération, au Nirvana, au paradis final.
« Ça s’est de l’argument marketing ! »
L’écran vidéo incrusté dans le siège de devant tire Thomas de sa lecture. Il s’y joue
des « bollywoods » dont l’histoire, toujours la même, est celle de deux amoureux et des obstacles qu’ils finissent par surmonter au bout de cent quatre vingt minutes de danses
traditionnelles et de chansons.
« Je pourrais appuyer sur pause à n’importe quel moment et figer l’action sur une
image semblable aux immondes posters bariolés de ma sœur. Beurk. Je préfère de loin piquer un somme. »
Pour s’endormir, Thomas révise ses leçons de hindi : efficacité garantie. Ses
rêves l’emmènent quelques mois en arrière, lorsqu’il avait consenti à intégrer le « Master de Négociation Internationale » de la faculté de lettres, faute de mieux. Il s’y était pris
tard pour les inscriptions et s’était accommodé de la seule option encore disponible : « spécialité : aire indienne ». S’étaient ensuivies des semaines de cours
magistraux et autres travaux dirigés lors desquels il avait appris que les « Indiens » ne sont pas tous des « hindous », qu’il existe en Inde un système de castes divisant la
société en strates héréditaires, que le Taj Mahal n’est pas un palais mais un tombeau, que New Delhi est la capitale de l’Inde et qu’elle est accolée à Delhi-tout-court…
« Pour l’hindouisme, je savais déjà que les vaches sont sacrées et qu’elles se
promènent librement dans les rues, mais rien sur le « Brahman », la force universelle dont nous faisons tous partie, et le « Samsara », le cycle infini des réincarnations dont
le « Nirvana » est la porte de sortie… »
Cette formation achevée, il manquait à Thomas un stage pour valider son diplôme :
c’est alors que le Ministère des Affaire Etrangères se manifesta, répondant positivement à la candidature hasardeuse de Monsieur Thomas Rougon dont il avait un besoin urgent à l’ambassade de
France en Inde, dans le cadre de la préparation de la visite officielle de Monsieur le Président de la République française.
***
Quand Thomas débarque à l’aéroport de Bombay, il a l’estomac gonflé d’un cocktail
confus d’appréhensions et d’excitations que remue une grande cuillère de curiosité. Tout bien considéré, c’est la première fois qu’il voyage vraiment seul… En Inde, et dans l’énigmatique objectif
« d’accueillir le Président de la République », en plus… Mais Thomas est résolu, il est prêt à en découdre depuis des mois. Il a le sentiment qu’il va gagner ses galons d’aventurier
avec ce voyage, voire de héros national si son stage se passe bien. A quand sa première épreuve ?
« C’est quand l’hôtesse d’accueil m’annonce que mes billets n’autorisent pas le
transit pour Delhi… Une autre hôtesse m’a retiré le bon billet lors de mon étape à Londres ! Je suis à deux doigts d’exploser. Bref, je rachète un billet alors que mes bagages, eux,
continuent de voyager sans moi grâce à celui que j’ai « égaré » (selon la qualification officielle, mais je soupçonne une arnaque organisée). »
Parfois le papier est plus fort que la logique. A peine Thomas a-t-il son nouveau
billet en main que l’hôtesse d’accueil, dénuée de toute empathie, lui annonce que l’avion décolle dans quelques minutes de l’aéroport national, « the other one » donc, où elle doute qu’il
puisse se rendre à temps.
« Etrangler quelqu’un prend deux à trois minutes… Je n’en ai plus une
seule. »
Flanqué d’un pousseur de chariot qu’il n’a pas sollicité et dont l’insistance est
aussi lourde que la charge, Thomas court d’une extrémité de l’aéroport à l’autre en passant par les étapes « changer de devise », « acheter le ticket prépayé du taxi »,
« trouver le taxi ».
Une fois installé dans le taxi dont l’immatriculation correspond à son ticket prépayé,
et tout en reprenant son souffle perdu lors de sa course folle, Thomas accède à ce qu’il estime être un niveau raisonnable de sérénité bouddhique : le chauffeur, appuyé contre sa voiture,
les yeux mi-clos comme au sortir du réveil, analyse longuement le papier que son passager lui tend et sur lequel est inscrit la destination vers laquelle il souhaite se rendre DE TOUTE
URGENCE.
« Ayant accepté l’idée que je vais rater l’avion, un rire nerveux de désespoir me
monte aux lèvres : on m’a tellement prévenu de m’attendre à ce genre de difficultés que je me trouve naïf d’avoir été si pressé. »
Le chauffeur se laisse le temps de la réflexion, puis, en traînant les pieds, s’en va
trouver un groupe de ses collègues qui discute à deux places de parking, vraisemblablement pour leur demander la direction. C’est le groupe entier qui revient vers la voiture. Ils bavardent en
hindi, Thomas est capable d’identifier la langue sans la comprendre. Plus loin, un bonhomme se promène à pas contenus, il est hélé par l’assemblée de ces gentils accompagnateurs. Le bonhomme les
rejoint pour échanger quelques blagues, et à la grande surprise de Thomas, s’installe finalement à la place du conducteur.
Alors qu’ils commencent leur course au ralenti dans le taxi jaune, noir et vert dont
c’est miracle que les portes aient survécu au démarrage, Thomas regarde autour de lui : des vieillards à la peau mâte et burinée, fournis de barbes blanches dont les plus longues
touffes leur descendent aux genoux sont allongés en désordre sur les trottoirs, à l’ombre des arbres. Le matin n’est guère avancé mais il fait déjà très chaud, et
Thomas a écrasé avec inquiétude son premier moustique à la sortie de l’avion, sur le tarmac, évitant de justesse la contamination au paludisme.
« La conduite de mon chauffeur est ce qu’il y a de plus brut, de plus pur. Le
code de la route s’écrit sous mes yeux : à l’encre klaxonne. D’ailleurs c’est simple, il n’y a même pas de signalisation ! Les conducteurs klaxonnent quand ils démarrent, quand ils
freinent, quand ils s’arrêtent… Souvent par mégarde ou lorsqu’ils ouvrent leur fenêtre… Ou encore quand ils sont contents, ou tristes. Peut-être aussi par inquiétude lorsqu’ils veulent vérifier
que leur klaxon fonctionne toujours ? »
Bref, ils klaxonnent tout le temps, et les piétons intrépides qui traversent la route
s’en remettent à l’ouïe plutôt qu’à d’autres. Parfois ils ne s’en sortent qu’au centimètre près mais toujours sans inquiétude, comme s’il était inenvisageable qu’un véhicule les
percutât.
« Nous traversons des bidonvilles. Les gens y ont l’air heureux (en particulier
les enfants) quoiqu’évidemment pauvres. Ils vont pieds nus ou mal habillés mais il fait chaud, beau, certains jouent à des jeux de société, d’autres font la sieste… A aucun moment je ne me
surprends à les plaindre, non, vraiment pas.
Par ailleurs je me suis fait à l’idée que je vais rater mon avion et, après tout, je
suis en Inde : doubler des ânes décharnés à un carrefour m’offre trop à rêver pour que je me soucie de quoi que ce soit d’autre. »
De temps en temps, le chauffeur de Thomas tourne la tête en le regardant d’un œil
malin et en souriant de toutes ses dents, qu’il a marron. Le jeune homme échange alors avec lui quelques mots en anglo-hindi, quelques. Aux feux rouges, il observe avec avidité les vieilles
voitures remplies à exploser, les hommes en costard-cravate à l’arrière de motos datant de l’avant guerre et les piétons nus pieds. Il y a de tout pour satisfaire sa soif de différences et de
nouveautés…
« Même des miracles : je n’ai pas raté l’avion ! »
***
Thomas passe les portes automatiques du « Domestic Airport » de Delhi quelques heures
plus tard. Madhu, un Indien d’une trentaine d’années auquel une fine moustache n’enlève pas ses airs d’enfant, l’attend avec une pancarte au milieu d’une foule compacte d’autochtones que des
barrières métalliques retiennent précautionneusement à quelques mètres de la sortie. Il accueille Thomas d’un grand « Bonjour ! » en sautant de la barrière sur laquelle il est perché et
l’invite, en anglais cette fois, à monter dans une luxueuse 4×4 tout en tripotant son portable dernière génération.
« Madhu est très sympa, nous tchatchons. Il travaille avec l’ambassade depuis
quelques années, et il m’apparaît comme quelqu’un de particulièrement malin. En outre il me prévient, qu’en Inde, une demande en mariage est le meilleur moyen d’arriver à ses fins avec une fille,
même si on est déjà marié. Je lui demande si la polygamie est autorisée ? Il me répond en souriant que non, mais que la ruse fonctionne. »
Thomas prend également son temps pour observer la nouvelle faune de conducteurs qui
les entoure. Elle est très différente de celle de Bombay, et majoritairement composée de voitures modèle « Ambassadeur » et de rickshaws.
« Des sortes de mobylettes à trois roues sur le châssis desquelles sont aménagés
de petits abris de tôle et de toile légalement capables d’accueillir jusqu’à trois personnes en plus du conducteur et, en pratique, capables d’en accueillir le double. »
De la voiture de devant qui roule au ralenti, comme toutes les autres d’ailleurs, un
jet de vomi vient éclabousser le trottoir, dans l’anonymat du bruit ininterrompu des klaxons… A la droite de Thomas, sur le siège du conducteur, Madhu se masque aussitôt les
yeux.
« Un sujet récurent de mes lectures sur l’Inde était celui des castes : des
divisions sociales dont les commandements, stricts, sont décrits comme omniprésents et extrêmes, allant parfois jusqu`à condamner l’individu qui mêlerait son ombre à celle de son voisin, pour peu
qu’il appartienne à une caste différente de la sienne. Et je m’interroge : la vue du vomi issu de la bouche d’un membre d’une caste inférieure risque-t-elle de salir l’âme de mon hindou de
chauffeur ? A quelle inquiétude spirituelle le spectacle du dégueuli routier auquel nous venons d’assister le met-il donc en proie ? »
Madhu a tôt fait de dissiper ces doutes :
« Yuk ! It’s disgusting ! I dont wont to see zat or I am
going to vomit az well ! »
***
Madhu et Thomas arrivent finalement dans un quartier surpeuplé de chiens errants,
comme tous les autres quartiers, Thomas va le découvrir bientôt. A sa grande excitation, ils croisent une vache efflanquée qui balance mollement ses hanches osseuses sur un trottoir, entre
deux poubelles où elle espère trouver sa pitance.
« Comme sur les images de mon livre de hindi ! Mais les poubelles rendent
mieux en aquarelle… »
Dans un immeuble gris, donnant sur une ruelle sale, mais dont les murs sont couverts
de guirlandes d’œillets, Thomas est accueilli par Laurent, attaché à la mission militaire de l’ambassade de France, tandis que Madhu prend congé de lui d’un officiel « Goodbye Mister
Thomas ».
L’intérieur de l’appartement que lui fait découvrir Laurent parait digne d’un palais :
sol de marbre, lits hauts et à baldaquins, salon avec mini-sofas à même le sol. Dans les toilettes, le jet d’eau est incorporé à la cuvette.
« Une sorte de chiotte-bidet en somme, que j’ignorerais s’il ne manquait du
papier. A part ça, Laurent est un bonhomme d’une extrême gentillesse. De prime abord j’ai été surpris de l’entendre parler français car ses origines tamoules me l’ont fait passer pour un Indien.
C’est parce que ses amis lui ont demandé de louer leur appartement en leur absence qu’il m’y reçoit, le temps que je sache où m’établir de manière définitive. Il m’offre une rapide visite du
quartier dont les trucs qui sont pas pareils que chez moi abondent à chaque coin de rue mais me surprennent sans me choquer : pas de cadavres ni de lépreux en vue. Nous parlons de sa mission
du moment, une étude au sujet des « think-tank », c’est-à-dire des conférences de spécialistes et d’experts dans des domaines divers et variés dont le gouvernement indien semble attendre
beaucoup ; mais aussi de son projet d’import d’ouvre-bouteilles « fashion », dont il attend beaucoup lui-même compte tenu du développement rapide de l’économie du pays :
« Avec l’émergence d’une classe moyenne en Inde et l’accès aux alcools… Crois-moi, c’est là dedans qu’il faut investir », martèle-t-il.
Puis Laurent s’en retourne vers sa petite famille avant de prévenir : « La
femme de ménage viendra te préparer le petit déjeuner demain matin. »
Finalement statique, couché dans un lit qu’il ne connaît pas, dans une chambre
traversée de bruits qu’il ne connaît pas, un peu comme une balle lancée très loin qui s’arrête enfin de rebondir, Thomas songe qu’il arrivera bientôt au début de son voyage. Il lui reste encore à
rouler toute une nuit de sommeil pour pouvoir découvrir, à l’aube, à quoi ressembleront plus ou moins les six prochains mois de sa vie.
L’épisode du raciste
Encore un passage que je
retire car il ne sert pas directement l’histoire…
La soirée « French-in-India » portait vraiment mal son
nom : autour de moi des Suisses, des Allemands… Je savoure une bouffée de houka à l’orange quand l’un d’entre eux me pose cette question, abrupte : « Et vous en France, c’est avec
les Algériens que vous avez des problèmes, c’est ça ? » J’ouvre de grands yeux étonnés et lui réponds avec calme que nous
n’avons pas de problèmes avec les Algériens, puisque la plupart d’entre eux vivent en Algérie, de l’autre côté de la Méditerranée, mais que les délinquants auquel il était manifestement fait
référence sont Français, quelle que soit l’origine de leur grand-père.
« Je sais bien, » rétorque-t-il, « mais ce sont des Algériens, moi ma copine est Française et si elle se fait attaquer je vais pas dire qu’elle s’est fait attaquer par des
Français ! »
Je ne comprends pas l’intérêt qu’il y a à utiliser pour des délinquants, un qualificatif inaproprié. Je lui répète que ce qu’il raconte n’a aucun sens puisque les gens dont il parle sont Français,
mais…
– C’est débile ce que tu dis, continue-t-il avec cette même finesse dont il avait fait preuve jusqu’à présent, si tu dis, « je me suis fait attaquer par des Français » personne ne va
comprendre de qui tu parles !
- Et c’est bien pour ça, réponds-je, que je dirais plutôt que j’ai été
« attaqué par des voyous» qui est le qualificatif approprié à ce genre de personnes. Les appeler « Algériens » c’est tout d’abord faux car ils ne le sont pas, c’est ensuite ramener
le problème à une nationalité ou une origine ethnique qui n’en est pas la source.
- Tu dis que ça n’en est pas la source mais c’est bien parce que dans
leur culture, l’image de la femme est dénigrée que les Algériens se comportent comme ça envers elle.
J’essaie alors de lui expliquer que les viols, les meurtres et les
coups de couteau ont toujours existé et que la vraie culture des voyous dont il parle n’a rien à voir avec la culture algérienne mais avec celle de la rue, du béton de cités fortifiées dans
lesquelles la France a parqué une partie de sa population et que peu s’accordent à qualifier de « propres à un épanouissement complet ». Pour en finir, j’ajoute encore que la France,
contrairement à l’Allemagne, n’est pas, historiquement, un peuple de sang, mais un peuple d’idées qu’on pouvait rejoindre volontairement, et que c’était la raison pour laquelle l’Allemagne,
appliquait traditionnellement le droit du sang au don de sa nationalité, et la France celui du sol.
Il se tait enfin quand l’assistance se décide à corroborer mes dires et je lui tends le narguilé.
Ce mec n’est pas raciste. C’est juste comme la majorité des gens, quelqu’un qui n’a pas beaucoup réfléchi à des problèmes qu’il se plait hélas à commenter.
Des racistes en vérité, je
n’en ai pas rencontré beaucoup. Ce qu’on appelle à tort et à travers « racisme » c’est de la xénophobie. Il ne s’agit pas d’une théorie complexe et dangereuse sur l’évolution des espèces
mais d’un réflexe animal de protection et de crainte vis-à-vis de ce qui est nouveau ou étranger. L’antidote est donc très simple, il suffit de s’habituer pour faire de l’inconnu quelque chose de
connu. ça demande juste un peu de temps, patience et conversations font mieux que force ni que rage à ce propos.
Le reste de la soirée s’est écoulé doucement de ma mémoire au moment où le joint a remplacé le narguilé.
INDIANA Tom : tentative de narration originale
height="169">Salut à tous! Toujours moins d’articles en ce moment…
Par contre j’avance bien dans la réécriture de “Trompidouf”, désormais intitulé“INDIANA Tom” (lire ici). ![]()
Je me suis finalement décidé (merci Elsa) pour une narration partagée. Je n’en ai jamais
vu de semblables (ça me plait) et le texte d’origine se prête vraiment à cette adaptation. Il s’agit en fait d’utiliser un narrateur omniscient (ou quasi ) en narrateur principal, et un narrateur
secondaire qui donne un contrepoint à cette narration. Ci-dessous vous pourrez voir ce que ça donne dans un passage caractéristique ou narrateur omniscient et narrateur secondaire (incarné par le
personnage principal) commentent une même action. Les interventions du personnage principal de l’histoire sont soulignées en jaune.
Le
contexte: Thomas est stagiaire à l’ambassade de France en Inde. Dans ce pays où la nourriture est trop épicée pour lui, il souffre de la faim jusqu’à découvrir que les diplomates ont une
source secrète de produits français. Le narrateur principal s’emballe, souhaitant à tout prix donner à son héros un cachet “aventurier” tandis que le personnage principal s’exprime naturellement
(ce passage est tiré de la moitié du récit, la particularité de ce mode narratif a été introduite bien avant; par ailleurs il s’agit d’un épisode particulier où le narrateur omniscient prend des
libertés… Il est d’habitude plus neutre).
En pénétrant les murs sacrés du temple de Shiva…
« Le service de presse, au rez-de
chaussée… »
…notre héros rencontre une jeune indigène et son mentor…
« Sunita qui s’occupe des
traductions et l’autre j’ai oublié son nom. »
…qui, pour le remercier de les avoir aidés à
mener à bien leur fastidieux rituel sur l’autel du dieu…
« Galère leur
photocopieuse. »
…lui racontent une vieille légende hindoue dont seuls quelques érudits des environs
conservent encore le secret, et qui traite d’un trésor enfoui dans les bas fonds du temple par les « esprits du dessus ».
Ayant salué ses nouveaux amis, Indiana Tom se met en quête. Tout juste équipé de sa fidèle
cravate qu’il claque comme un fouet, et de la torche de son téléphone portable, il déambule dans la pénombre de couloirs tortueux jusqu’à une grande porte, imposante, dont la serrure demeure
irrémédiablement fermée. « Sésame ouvre-toi ! » tente vainement le courageux héros après avoir épuisé ses forces sur la poignée. Alors, las et fourbu, aventurier mâté par
l’aventure, Indiana Tom se laisse choir contre le mur, défait. Mais la dalle que rencontre son épaule s’enfonce dans le roc : en y regardant de plus près il peut y lire, gravé dans une
langue ancienne, mélange de celte et de latin, le mot « ouvre-porte ».
« Facile. »
Une note, vibrante, se fait entendre… La porte s’ouvre et la lumière se répand dans le
couloir. Au-delà, Indiana Tom découvre avec émerveillement une sorte de cour ornée de statues métalliques et longilignes, brillant sous le soleil…
« Je suis dans le
parking. »
…et, sur sa gauche, débordant d’une caverne immense, s’étendent sur le parterre toutes les
richesses promises.
« Crème de marron, petits lu,
yaourts à la fraise, cannellonis en boîte, pastis, carambars, camembert, confitures… Putain mais y a carrément une superette cachée dans l’ambassade ! »
Les portes de la caverne affichent un écriteau « La
Coop. ».
« J’y croise le Colonel Simonet,
tranquille, en train d’acheter son reblochon. Aucun Français de l’ambassade n’a jamais évoqué la Coop devant moi. Apparemment les quantités d’import, même pour l’ambassade de France en Inde, sont
limitées. Ça explique que le secret soit si jalousement gardés… Traîtres ! »
Voir
un autre application de la narration alternée en lisant le “Chapitre 1er, une exclusivité mondiale“
L’épisode du moustique
Pour en savoir plus sur les raisons de cet article je vous invite à lire l’article original en cliquant su rle lien suivant: “Trompidouf” devient “Indiana
Tom”
J’aimais bien ce passage mais c’est vrai qu’en soit il
n’apporte rien du tout à l’histoire. Dans la version
originelle il se déroule alors que la saison chaude commence à Delhi.
(…) Bref, aujourd’hui je suis crevé car c’est la fin de semaine et puis surtout, je n’ai
quasiment pas dormi de la nuit : « Cyrano », un jeune moustique audacieux, m’a choisi pour victime de ses succions et pourfendu avec insistance pendant des heures. Ses ailes
vibraient dans mon oreille à chaque fois qu’il retirait son dard de ma chair… Alors je me levai, cherchai l’interrupteur dans un demi coma… Trop tard : il avait
disparu.
Je n’ai jamais compris pourquoi les moustiques pompent autant de sang, et pourquoi il ne
le pompent pas d’un seul coup ? Ils pourraient piquer et se casser tranquille, ni vus, ni connus, mais non, ils remettent ça, ils le font en plusieurs fois ! Alors ça nous fait X cloques et ils
finissent bien un jour par se faire éclater contre un mur à l’instar de Cyrano que j’ai fini par choper bien comme il faut. Son cadavre écrabouillé trône encore au dessus de mon lit en signe
d’avertissement à tous ses congénères.
Hélas, Cyrano avait un jeune frère du nom de Dracula. Ils avaient été séparés à l’enfance
et Dracula, que le souvenir impérissable de son aîné hantait nuit et nuit, avait traversé monts et vallées pour le retrouver au « 211 bis » Padme Street, de Jungpura. On imagine la
colère de Dracula quand il découvrit Cyrano éclaté comme un merde au dessus de mon lit. Et c’est ainsi qu’il jura solennellement de me casser les couilles.
Dracula était aussi malin que Cyrano, et j’étais faaaaaaaatiiiiiiiiiguééééééééééééééé. Je
me réveillai à son approche, allumai la lumière, et tapai aveuglément dans le vide de mes couvertures, en espérant sans trop y croire, terrasser mon adversaire. Je n’y parvins pas mais le
contraignis à un décollage forcé : en voyant sa silhouette se détacher lentement de la couverture brune, je sentis la haine, la fatigue, la rancune éternelle que je nourris contre les
moustiques depuis qu’ils m’ont pris mon chien, mort de la leishmaniose, se concentrer en une seule boule de rage, compacte, explosive… La poussière se souleva de la chambre. Le plâtre du plafond
se détacha par petites plaques qui s’effritèrent et fondirent avant d’atteindre le sol. Mes draps ondulaient sous la force des vagues d’énergie brute qui émanaient de mon corps tandis que mes
cheveux se dressaient sur ma tête en épis fluorescents et que je frappais en poussant le cri de guerre bien connu de tous les chasseurs de moustiques :
« MAIS TU VAS ME LAISSER DORMIR ENCULÉ?!?!!!! »
Dracula s’écroula, inerte. Il n’était pas mort, non, simplement étourdi : je pouvais
sentir son cœur battre entre mes doigts. Il eut assez de dignité pour ne pas me supplier, et moi, pour lui offrir une mort rapide. Mais bien que ce duel d’homme à moustique se fût déroulé selon
les règles, Muchacha, la cousine par alliance de Cyrano et Dracula, ne me pardonnerait jamais leur disparition, non plus que leurs parents, leurs enfants et le reste de leur nombreuse
famille.
« Trompidouf » devient « INDIANA Tom »
peut-être un jour, de ce que j’aurais écrit (c’est pas fait, loin s’en faut, gagner un centime ce sera déjà beau).
A l’origine de cette ineptie il y a le premier roman sur lequel je me sois vraiment donné la peine de travailler
sur la durée et qui est très largement inspiré de mon expérience en tant que stagiaire à l’ambassade de France en Inde de février à juillet 2006. L’histoire de ce projet est la suivante: de
retour d’Inde avec une grosse quantité d’anecdotes et de récits plus ou moins rédigés dans mes correspondances (300 pages), je me suis mis en tête que ça ferait une bonne base pour un roman…
J’ai travaillé un an dessus avant de, à bout de souffle, présenter le résultat aux maisons d’éditions qui ont gentiment décliné ma proposition d’en faire le best-seller du XXIème siècle…
Bizarre, mais a posteriori compréhensible car le texte manquait clairement de maturité.
le texte et comme disait Boileau:
courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent
effacez.”
original.
Comme de temps en temps ça m’arrache la gueule de jeter à la poubelle des heures de travail, je me suis dit que, je pourrais, au moins, un peu comme un “teaser”, en publier
quelques morceaux sur l’excellent Nabolo-blog pour peu qu’il méritent d’être lus ou que ce soit trop douloureux pour moi de les jeter sans autre forme de procès… Disons que ce sera un coup de
pouce majeur dans ma “cure d’écrivain”, pour me permettre d’avancer.
Ces morceaux n’apparaîtront pas dans la version définitive, si je les publie ici c’est qu’ils sont justement jugés trop peu pertinents par rapport au fil de l’histoire ou pas assez “bons”. Mais
peut-être éveilleront-ils la curiosité de certains d’entre vous quant au futur roman ? Son ancien titre était “Trompidouf”, son nouveau titre provisoire est “INDIANA Tom”.
Pourquoi Trompidouf à l’origine? C’est expliqué dans le dialogue ci-dessous, tiré du manuscrit originel.
Vous trouverez d’autres extraits de la version avorté de “Trompidouf devient INDIANA Tom” dans la catégorie du même nom.
Bonne lecture!
Les mois ont passé. Thomas a avancé dans son projet. Cependant il lui manque un
titre. En voiture avec Raoul, son père, il s’en ouvre à ce dernier :
- Bon alors ne te moque pas, voilà à quoi j’ai pensé, va falloir trier dans le
tas : « Soyons diplomates », « Ambarassadeur de France en Inde »…
- Mouais.
- …« Cinquante roupies pour l’Ambassade », ou « Pipty roupies »,
tout court…
- Bof.
- …« La vie secrète de Jacques Chirac ». Celui là c’est pour si je veux
vendre.
- Hm hm.
- Mais le VRAI titre auquel j’ai pensé, c’est : « La Poignée de Mains,
rapports de stage à l’Ambassade de France en Inde ».
- C’est nul.
- Pourquoi ?!
- La question « pourquoi ? » est une question métaphysique, donc
puérile, à laquelle…
- Non mais comment ça c’est nul ? T’arrêtes pas d’être
critique…
- Eh oui je suis critique ! Oui je suis critique ! Si ça te plait
pas…
- Non mais tu peux pas justifier plutôt que de dire simplement « c’est nul »
là comme ça et me décourager ?!
- Mais je vais pas te dire que c’est bien alors que c’est nul ?! C’est nul :
« La poignée de mains » personne a envie de lire ça !
- Et le « s » ?
- Quoi ?
- T’as pas vu le « s » à « rapports » qui révèle que je parle des
rapports humains du stagiaire et non d’un quelconque « rapport de stage » ?
- Bof.
- Tu m’énerves. Je sais pas, tu pourrais au moins me donner des exemples ! C’est
quoi un bon titre ? « La grâce du porc-épic » c’est un bon titre pour toi ?
- Très bon. Excellent titre. Quand on voit « La grâce du porc-épic » on a
envie de prendre le bouquin, de le retourner et de lire le résumé pour savoir de quoi il peut bien s’agir.
- Ah bon alors c’est facile, il suffit d’attirer la
curiosité ?
- Oui. Forcément.
- Bon ben alors on s’en fout, j’ai qu’à l’appeler « Trompidouf » tant qu’à
faire…
- Très bien « Trompidouf ».
- Tu plaisantes ?
- Non non, « Trompidouf » c’est très bien.
- Haha ! Et le prochain je l’appellerai « Rumurum
Ragschripiruk » !
- Ah non, ça c’est nul.
- Désolé mais je vois pas la différence avec « Trompidouf ». Je voulais dire
« Trucbidule » mais ma langue a fourché, c’est juste du n’importe quoi.
- Non, « Trompidouf » c’est bien. ça sonne bien. On a l’impression que ça veut dire quelque chose… On cherche, on se demande, on a envie de retourner le bouquin. « Rumurum Ragschripiruk » c’est nul.
- Tu m’énerves.
Par la suite Thomas vécut heureux, sans avoir d’enfants, jusqu’à ce qu’il meure,
dans d’atroces souffrances, des suites de la pollution ou de la troisième guerre mondiale que la disparition des ressources naturelles allait engendrer.
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