(roman) BONTA vs BRAKMAR
BONTA vs BRAKMAR: Chapitre 29ème

J’ai
repris l’écriture de BONTA vs BRAKMAR, la deuxième partie est quasiment finie. Pour la énième fois j’irai tenter ma chance auprès d’Ankama quand l’histoire sera complète. D’ici là je veux
vérifier que ça vous plait toujours et, si possible, collecter vos suffrages. Vous pouvez soutenir le projet en laissant un commentaire ici:
-> lire le premier chapitre ici
Astrub, la cité des mercenaires. Un chahut monumental, sans parler des odeurs. Ca sent le poisson, le sang et
l’odeur âcre du métal qui a trop vécu, soit qu’il sonne dans les bourses où qu’il tonne contre les boucliers. Malgré les brutes féroces qui peuplent l’endroit, Astrub compte aussi son lot de
bourgeois biens nourris et de jeunes filles proprettes. Non, astrub n’est pas le coupe-gorge que l’on pourrait croire, car elle jouit de la milice la plus efficace au monde : toute la ville
y participe. Si des querelleurs dégainaient l’épée, la pelle ou le marteau comme ça les démangent parfois, leurs voisins se proclameraient aussitôt gardiens de la paix publique, se jetteraient
sur eux et, les ayant mis en pièces, iraient toucher la prime qui pèse sur la tête de chaque fauteur de trouble, non sans avoir pris la peine de les dépouiller au passage : c’est ce que les
Astrubiens appellent « la prime de risque ».
Au-dessus du méandre des rues, du marchandage des équipements et des histoires plus ou moins inventées que des
héros improvisés racontent aux comptoirs des tavernes, une silhouette bondit de toits en toits. Anniki connaît sa ville par cœur. C’est là qu’elle a grandi et qu’elle a fait ses premières armes.
Astrub n’est pas très grande, mais Astrub est en mouvement, toujours, et comme un vieux loup de mer navigue à son aise sur l’océan des flots, Anniki navigue sur le tumulte des rues et ses marées
de grandes nouvelles, qu’elles proviennent du sud ou de l’ouest selon que les armées de Bonta et de Brakmar l’emportent l’une sur l’autre, ce qui promet de l’embauche pour les épées à vendre. Il
en va de même lorsqu’un aventurier prétend avoir trouvé la trace d’un dofus, ce qui concentre immédiatement jalousie et admiration à son endroit. Ce phénomène est toutefois plus récent.
Les dofus font beaucoup parler d’eux dernièrement, il s’agit d’œuf de dragons aux pouvoirs prodigieux, dit-on.
Rassembler les six permettrait de devenir l’égal d’un dieu ! La légende n’est pas neuve, elle date de la Création et passionne les idiots, les fous, les puissants ou les fanatiques… Tout ce
qu’Anniki n’est pas : la sram sait se contenter de butins plus modestes.
Agile comme un chacha de gouttière, s’accrochant aux cheminées pour ne pas le perdre de vue, Anniki poursuit sa
filature : celle d’un gros bourgeois qui risque de perdre du poids d’ici peu, en or, si Sram le veut. Quoiqu’il soit avalé de temps en temps par la foule, Anniki devine toujours quelle
ruelle finit par le recracher et, dans un dernier saut, s’accroche élégamment au rebord du balcon de l’immeuble dont il vient d’ouvrir la porte.
D’après son apparence, l’homme est un adorateur d’Enutrof, dieu des trésors et des ambitieux. Ceux de sa
confession sont connus pour leur avarice et les richesses que la bonne fortune leur permet d’amasser. Lorsqu’ils ont du bien au point d’en faire spectacle, c’est qu’ils méritent l’attention des
voleurs, et la bague que celui-ci porte au doigt confirme à Anniki que son homme fait partie de cette catégorie. Elle l’observe à travers la fenêtre, toujours suspendue au balcon qui ne laisse
dépasser que ses yeux. L’Enutrof porte la barbe longue, d’autant plus fournie qu’il est bon croyant. Avec la minutie d’un maniaque, il remet ses effets personnels à leur place, chapeau, cape,
puis vérifie qu’il n’y a personne sous le lit ni dans l’armoire. Anniki se réjouit de ce cérémoniel : voilà qui est très bon signe pour la suite des évènements ! Ses vérifications
faites, l’Enutrof s’adonne à un nouveau rituel, magique cette fois : l’air crépite et un coffre sur le plancher de la petite chambre. L’homme s’en approche et l’ouvre avec une étincelle dans
les yeux que le contenu du coffre lui renvoie en nimbant son front et ses joues d’une couleur dorée… Brusquement, l’Enutrof claque le couvercle et redresse la tête. Il a entendu du bruit. Dans
son impatience il a oublié de tirer les rideaux de la fenêtre, oubli fâcheux auquel il remédie immédiatement, tout soupçonneux à l’encontre de ses voisins qui, ce matin encore, lui ont adressé le
bonjour, probablement dans l’espoir d’obtenir une place sur la liste de ses héritiers, songe-t-il, liste vide, au demeurant, l’économe ayant prévu de conserver son trésor jusque dans la mort. Il
s’approche de la fenêtre, tire les rideaux d’un coup sec et s’empresse de faire demi-tour : ce geste lui sera fatal. Deux coups de couteau se succèdent tandis que l’invisibilité d’Anniki se
dissipe. L’Enutrof laisse échapper un gémissement de douleur mais fait volte-face en prononçant des formules magiques. Anniki bondit derrière l’armoire qui est aussitôt criblée de pièces d’or
auxquelles l’Enutrof donne, par magie, la célérité et le tranchant de la grêle. L’attaque est violente mais éphémère. La lame du couteau d’Anniki est empoisonnée. Sa victime est bientôt prise de
démangeaisons terribles qui la paralysent tout à fait. Anniki s’en approche. Elle débarrasse ses vêtements des éclats de bois que les pièces frappant l’armoire ont logé dedans et, avec la même
désinvolture, donne à sa victime le coup de grâce.
Anniki vide le coffre et disparaît par la fenêtre. Elle n’était pas obligée de le tuer. En d’autres temps elle se
serait contentée de neutraliser sa victime, mais ces autres temps appartiennent au passé, à l’époque révolue qui précède sa première implication dans les guerres Brâkmo-bontariennes et cette
mission aux monts Koalaks, pour les services secrets de Bonta, dont elle avait rapporté la fameuse clef que les deux camps se disputent en secret et qui a causé son malheur. Mais tout ça c’est
fini pour Anniki. Plus de Bonta, plus de Brâkmar mais Astrub, qu’elle est prête à aimer en comparaison, Astrub et ses ruelles puantes, et ses commerçants bruyants, Astrub et ses bars à vomi dont
les fenêtres servent moins d’aération que de crachoirs géants ouverts sur la rue. Elles permettent aussi aux plus sensibles de sortir la tête pour un moment de répit lorsque la pestilence
intérieure ne permet plus qu’ils la supportent, des têtes à l’exemple de celle qu’Anniki aperçoit à la fenêtre de la taverne d’Astrub, une tête étrangement familière d’ailleurs : la tête de
Pouille.
BONTA vs BRAKMAR: Chapitre 27ème

Toujours
pas de réponse d’ANKAMA au sujet de l’éventuelle publication du projet “B vs B”. Comme j’avais pris un peu d’avance sur la deuxième partie je vous la livre ici… N’hésitez pas à soutenir le
projet sur cette page. Et pour lire le début de l’histoire, cliquez ici ->
lire le premier chapitre ici
Les retrouvailles se déroulèrent comme Anyou les avait imaginées : on donna une grande fête en son honneur et ses
pères la couvrirent d’éloges. Le Clan avait pris en importance, de jeunes aventuriers fréquentaient désormais le rocher sacré : la population d’Amakna croissait rapidement ces temps-ci, avec
l’afflux de « chercheurs de dofus » venus du monde entier, et les habitants du sanctuaire accueillaient volontiers leurs frères Osamodas, de quelque origine qu’ils soient. Ainsi Anyou
put se faire admirer d’une foule de jeunes gens qu’elle ne connaissait pas mais dont elle accueillit les claquements de fouet et les sifflements avec le sourire aux lèvres et le nez
levé.
On devinait dans son regard doux, presque envieux parfois, que Madreselva était très fière de sa petite princesse.
Elle voyait bien qu’une nouvelle tranche de vie avait commencé pour sa fille, et non des plus ennuyeuses, d’après ses propres souvenirs.
Depuis qu’il était rentré, Zeurg ne quittait plus les pieds de sa maîtresse. Il crut mourir de plaisir lorsqu’elle lui
donna une tape pour le féliciter du travail accompli.
Au cours de la veillée, on laissa tout loisir à Anyou de raconter ses aventures. Elle même ne se fit pas prier. Et
pour conclure son histoire elle fit une démonstration de ses progrès en invoquant un bwork savant, petit, vert, au crâne dégarni, qui salua bien bas l’assemblée sous un tonnerre
d’applaudissements.
Anyou était partagée. D’un côté elle se sentait vraiment chez elle au sanctuaire, en sécurité, chérie sans condition…
De l’autre, au-delà de ses projets amoureux avec le beau Vanthar, elle sentait que sa place était à Bonta, que là-bas on comptait sur elle alors qu’ici, au sein du Clan, on comptait avec elle. Il
ne passa pas une journée avant qu’elle selle à nouveau sa dragodinde. Aucun de ses parents ne s’en offusqua : ils étaient là pour elle et le seraient toujours comme en témoignaient leurs
vœux de réussite au moment du départ.
Avec l’appui d’Anyou, Zeurg obtint l’autorisation de rester au sanctuaire. Le cochon-chat en fit des galipettes de
joie, tout en remerciant la jeune fille, elle-même soulagée d’être débarrassée de lui. Anyou n’avait rien contre Zeurg, il fut même un temps où elle aurait admis y être attachée. Mais depuis
quelques mois elle se posait des questions sur la vraie nature de cette bestiole… Sans pour autant le théoriser de cette façon, elle avait développé une telle méfiance vis-à-vis des êtres à
queue, à cornes, et à ailes de chauve-souris, qu’elle se défiait instinctivement de son ancien ami. Elle était allée jusqu’à profiter de son passage au sanctuaire pour interroger sa mère sur les
origines et la fiabilité de celui qui passait pour son plus fidèle serviteur. Madreselva était restée très évasive. Le fait qu’elle consente à le garder auprès d’elle réglait le problème
toutefois, en ôtant Anyou d’un poids : aucune de ses accointances bontariennes ne voyait d’un bon œil qu’elle entretienne des relations avec une créature d’apparence démoniaque. Tout cela
explique qu’elle ne rendit pas son étreinte à Zeurg au moment des adieux :
- Vous allez me manquer fille de Cheffe ! Mais ne vous inquiétez pas, si votre mère le veut, je viendrai
régulièrement vous rendre visite… Sans compter que je n’ai pas dit au revoir à mes petits kanis.
Anyou ne voulut pas qu’on en fasse trop pour son départ, elle reviendrait souvent avait-elle promis. Ce n’est qu’une
fois en chemin qu’elle se rappela qu’au final, si le projet P.A.F. réussissait, elle ne reviendrait pas du tout. Anyou frémit. Comme à chaque fois qu’elle était touchée par le doute, elle pensa à
Vanthar, au fait que leur amour communiait dans leur dévouement à servir les forces du bien… Ca l’aidait à raffermir sa détermination, même si elle eut préféré que leur amour communie de manière
plus charnelle.
Sa dragodinde l’emportait vers Bonta au petit trot et Anyou était toute à ses pensées quand, longeant la rivière Kawaï
et passant auprès d’un moulin à vent, son regard fut ébloui par un scintillement sur le bord de la route. En y regardant à deux fois, Anyou s’aperçut que ce scintillement avait forme
humaine : c’était un soldat, tout de fer vêtu, avec une barbe blanche qui dépassait de son heaume. Anyou reconnut James Neutrh, le chevalier qui lui avait sauvé la vie. Ravi d’avoir une
dernière fois l’occasion de créer la surprise chez une de ses anciennes connaissances, elle bomba le torse et avança dans sa direction.
« Salut gamine ! » dit la voix du chevalier, rendu caverneuse sous son casque.
Anyou ne s’attendait pas à ça. Elle vérifia d’un coup d’œil que son pourpoint était suffisamment entrouvert pour que
le chevalier ne doutât pas qu’elle était entrée dans l’âge adulte. Le chevalier vit son mouvement de tête et s’exclama :
« Ca pousse dis-donc ! »
Ces deux interventions successives eurent tôt fait de réveiller, chez la damoiselle, l’enfant énervée qu’elle était
encore il y avait quelques mois.
- Et toi Papy ? Toujours vivant ? Ca va l’épaule ? ajouta-t-elle, railleuse, avant de se rappeler que
c’était en la secourant que Neutrh s’était blessée au bras, et d’en ressentir un certain embarras.
Heureusement, le chevalier ne laissa pas peser le silence :
- On fait aller. Et toi gamine ? Je vois que tu n’as pas suivi mes conseils.
Le chevalier désigna du doigt l’auréole qui venait d’apparaître au dessus de la tête d’Anyou suite aux contrariétés
que lui occasionnaient ses provocations. Anyou mésinterpréta le geste et crut qu’il lui faisait la leçon.
« Si, si, je les ai suivis.
J’ai écouté mon « ami » Zeurg et j’applique maintenant avec soin les recommandations du lieutenant bontarien qui me sert de mentor. J’écoute mes aînés si c’est ce que tu veux dire, et
si toi-même tu es assez sage pour entendre l’avis d’une cadette, en voici un : tiens-toi à l’écart des Bontariens. »
Alors qu’Anyou parlait, l’armure du chevalier trépida. Anyou entendit le cliquetis et se persuada que le chevalier
tremblait sous sa ferraille. Elle poursuivit avec d’autant plus d’assurance :
- Tu es connu à Bonta. Si certains t’y louent pour tes pieds-de-nez aux Brakmariens, d’autres t’y exècrent pour
l’humiliation que tu aurais récemment fait subir à une patrouille de nos soldats…
- L’humiliation ? s’étonna le chevalier, Ah ça ! Je jure d’avoir épargné leur honneur, mais du reste, je
n’ai laissé que les os.
Anyou eut un mouvement de recul, elle pâlit, incrédule.
- Mais… Si ce que tu dis est vrai… Tu es donc mon ennemi?
- Sans doute le chevalier la soutenait-il du regard par delà sa visière mais Anyou ne put le vérifier.
Je suis l’ennemi de tous ceux imposent leurs convictions.
- Si tu es l’ennemi de Bonta tu es l’ennemi du bien !
Le chevalier éclata de rire.
« Oui. Je suis l’ennemi du
bien. »
Anyou ne sachant plus quoi dire, elle tourna bride en toisant son interlocuteur et éperonna sa dragodinde qui partit
au grand galop.
« …et du mal.
» Ajouta le chevalier en
lui faisant un dernier geste d’au revoir, que la jeune fille ne lui rendit pas.
Lire le Chapitre suivant
ici
BONTA vs BRAKMAR : FIN DE LA PREMIERE PARTIE !

La saga
continue! Soutenez-la en laissant vos commentaires et en en parlant autour de vous! lire le
premier chapitre ici
Mazone
Quatre jours passèrent. Quand tout le monde fut complètement rétabli, Barbra, Anyou et Pouille se réunirent dans la
salle d’armes. Pouille confirma qu’il ne savait pas ce que l’impie était devenue, mais c’est Barbra qui aborda le sujet le plus délicat :
- Je sais que vous vous posez des questions depuis notre affrontement avec l’impie et ses sbires. Au sujet de choses qu’elle a évoquées durant le combat…
Pouille affirma que non, qu’il n’avait pas besoin d’explications, que sa vie était toute entière dédiée à Bonta. Anyou
l’imita. Ceci dit, il crevait les yeux que Pouille mourait d’envie d’en savoir plus sur ce qui était arrivé à Mastigrin. Barbra poursuivit, quoi qu’il en
fut :
- Vous vous rappelez sans doute qu’elle a parlé de « shushumanciens » ?
La curiosité l’emporta sur la belle résignation de Pouille. Il approuva avec la même énergie qu’Anyou.
- La « shushumancie » est une science occulte très particulière. Comme vous le savez, notre Monde compte
dix Dieux créateurs. Chacun d’eux apporta sa pièce à l’édifice, et une fois leur œuvre achevée, permit qu’un canal maintienne un flux entre son essence divine
et notre Monde où elle s’écoula et s’écoule toujours. C’est ce qui a permis la vie. C’est aussi ce qui permet la magie : lorsque nous nous connectons à ce flux, nous pouvons en détourner le
cours pour en faire un usage personnel. Il y a autant de flux qu’il y a de Dieux et plusieurs façons de s’y connecter. La prière en est une. La façon de se comporter en est une autre. Les braves
et les courageux auront tendance à baigner dans le flux de Iop, les ambitieux dans celui d’Enutrof, les condescendants dans celui d’Eniripsa, etc. Et personne ne peut, sa vie durant, se connecter
à plus d’un flux.
Anyou et Pouille observaient un silence religieux. Ils connaissaient plus ou moins ces concepts, mais leur savoir
était partiel. Barbra reprit :
- Ces flux conditionnent l’apparence de ceux qui y baignent. Plus quelqu’un
correspond à l’essence de son Dieu, plus son aspect se rapproche de la façon dont ce Dieu conceptualise ses fidèles… Bref, ces flux et notre relation à eux sont au cœur même de notre existence.
Or, il arrivât qu’un jour, ces flux soient coupés.
Anyou et Pouille étaient captivés à présent, attendant la suite.
- Pour comprendre, il faut savoir que, au moment où notre Monde fut créé, il existait une onzième entité. Cette entité
n’avait pas l’importance des autres, ni leurs pouvoirs créateurs. Cette entité était mauvaise, simplement et purement mauvaise… et jalouse ! Envieuse ! Rushu, que son nom soit maudit !
Barbra laissa poindre de la colère, mais elle se reprit.
- Rushu donc, était le plus puissant des démons. Il l’est toujours malheureusement. Voyant que les Dieux refusaient de
le considérer comme un des leurs et qu’il n’avait pas voie au chapitre, il se jura de nuire au monde qu’ils venaient de créer, et jusqu’à ce qu’on reconsidérât sa candidature au statut de dieu.
Bien qu’un pacte de non-intervention existât entre les Dieux et lui, Rushu multiplia les manœuvres pour essayer de le contourner. Sa rage de nuire augmenta encore lorsque deux nouvelles divinités
rejoignirent les dix premières au panthéon : Sacrieur, née du désespoir et de la souffrance des Amaknéens par une période de grand froid, et Pandawa, que la foi des habitants de l’île de
Pandala avait suffit à diviniser. C’est d’ailleurs depuis ce temps qu’on appelle notre Monde le « Monde des Douze », plutôt que le « Monde des
Dix ».
La Iop fit une pause. Elle n’était pas habituée à parler aussi longtemps : la plupart des membres de sa
confession s’exprimaient par monosyllabes. Pouille et Anyou, quant à eux, l’écoutaient captivés.
- Par un malheureux concours de circonstance, auquel Rushu et Djaul, son fidèle serviteur, ne furent pas étrangers,
notre Monde connut un cataclysme. Ce que les sages ont depuis baptisé le « rayon cosmique », frappa notre planète à l’endroit où Brâkmar se dresse
aujourd’hui, dans le sud-ouest du continent. La croute terrestre y est morcelée et la lave y jaillit des entrailles de la terre. Djaul, qui avait droit de séjour sur le Monde des Douze grâce à
son titre de « Protecteur des mois » trouva que les circonstances et le lieu se prêtaient parfaitement à l’élévation d’une Cité en l’honneur de
Rushu…
Anyou leva la main, elle avait une question :
- C’est quoi « Protecteur des mois » ?
Pouille leva la main à son tour, en signe qu’il voulait répondre. Il régnait décidemment dans cette salle une
discipline exemplaire, sans doute due à l’intérêt que les deux apprentis portaient à cette phase de leur enseignement. Barbra fit signe à Pouille qu’il pouvait parler.
- C’est simple ma sœur, enchaina-t-il à l’intention d’Anyou, les protecteurs des mois, c’est les douze héros, choisis
par Xélor, qui veillent à ce que les saisons suivent le rythme de la Grande Horloge Cosmique dont découle le temps.
- Ah bon, et ils sont où alors ?
- Ben… Ils sont là et pas là, un peu partout à la fois quoi : comme ils sont hors de notre temps à nous, ils
n’évoluent pas pareil… C’est ça ?
Pouille qui n’était pas bien sûr demandait confirmation à Barbra. Elle approuva et compléta :
- Oui, il y en a douze autant qu’il y a de mois. Jiva pour javian, Silvosse pour flovor, Ménalt pour martalo, Silouate pour aperirel, Rosal pour maisial, Sumens pour juinssidor, Hecate pour joullier, Pouchecot pour fraouctor, Raval pour septange, Maimane pour octolliard, et Brumaire pour novamaire. La Grande Horloge de Xélor prévoyait onze mois à l’origine, mais Rushu a fait en sorte qu’il y en ait un douzième, glacial et noir :
« descendre », dont il confia la charge à Djaul. Lequel, depuis, s’escrime à faire durer son mois le plus longtemps possible. Il a été
jusqu’à corrompre Brumaire, le protecteur de novamaire, et assassiner Solar, le premier protecteur de javian. Descendre aurait alors pu durer éternellement si
Silvosse, le protecteur de flovor n’était pas intervenu…
Pouille levait fébrilement la main, signe qu’il connaissait la suite et qu’il voulait la raconter. Il était de nouveau
un petit garçon, loin du terrible combattant des nuits de Cania. Barbra le laissa raconter à sa camarade :
- Silvosse, il a choppé Djaul et l’a frappé avec son marteau. Djaul a paré avec sa réplique de… Ah ouais, parce qu’en
fait on t’a pas dit mais les protecteurs y zont tous une horloge miniature qui est connectée à la Grande Horloge Cosmique de Xélor, t’as vu, parce que sinon forcément ils sauraient pas quand
c’est le tour de leur mois… Enfin bref, donc Silvosse il a frappé l’horloge miniature de Djaul, sans faire exprès. Après Djaul il a fui et flovor a commencé, donc ça c’était bon, mais ce qui
était pas bon, c’est que la mini horloge, quand Silvosse, il l’a frappé, ç’a abimé la Grande Horloge…
Pouille commençait à se noyer et à chercher ses mots. Il préféra conclure rapidement, avec une assurance feinte :
« En tous cas je connais bien cette histoire parce que c’est celle de l’avènement de ma Déesse. » Il laissa le soin à Barbra de clarifier. Ce qu’elle fit, presqu’avec un
sourire :
- Comme l’a dit Pouille, c’est Silvosse qui mit fin à descendre et aux ambitions de Djaul. Jiva remplaça Solar en tant
que protectrice de Javian et les mois reprirent un cours normal… Mais descendre avait été long et rude, les Amaknéens souffraient du froid et c’est ainsi que naquit le culte de Sacrieur : il leur permit de puiser leur force dans leur douleur.
Pouille hocha la tête comme si c’était exactement ce qu’il avait dit.
- Par ailleurs, poursuivit le lieutenant, la Grande Horloge de Xélor avait souffert de la confrontation entre Djaul et
Silvosse. Cette horloge était dotée d’une mécanique hyper minutieuse qui avait pour objectif de… Hmm… Laissez-moi vous faire un dessin.
Barbra saisit d’une main le tableau noir qui avait tôt fait de transformer la salle d’armes en salle de classe. Avec
une force iopesque, elle le souleva et l’enfonça dans le mur, comme à son habitude. Puis elle saisit une craie et dessina trois
cercles concentriques.
- En fait, la Grande Horloge de Xélor, en plus de servir de point de repère aux protecteurs des mois dans leur mission
de gardien des saisons, sert aussi à régler la rotation des portes de chacun des plans. Je m’explique. Ici, c’est le Monde des Douze.
Barbra avait appuyé son doigt dans le plus petit des trois cercles, celui du milieu.
« Le Monde des Douze est au centre du « plan
matériel ». Au-delà de ce plan il y a… » son doigt glissa dans l’interstice entre la première et la deuxième ligne, au sein du deuxième cercle : « Le
« plan éthéré ». Ici. » Elle tapota le tableau. « Puis encore au-delà il y a le « plan
astral » et enfin le « plan divin ». » conclut-elle en achevant de faire glisser son doigt. « Mettons que le « plan
divin », où existent les Dieux, est une sorte de grand réservoir qui contient leur essence… Comme je vous l’ai dit plus tôt, les Dieux ont veillé à ce qu’elle s’écoule sur le monde par des
canaux. Mais ces canaux ne sont pas une bête rigole qui maintiendrait un flux en ligne droite, non ! L’essence des Dieux est bien trop volumineuse et puissante pour s’écouler en ligne droite
jusqu’à nous, voilà pourquoi il y a des plans : en guise de paliers, ils ralentissent l’écoulement du flux. Chacun de ces plans a une porte ouverte,
symbolisé par une étoile, et qui laisse passer le flux. Ces étoiles tournent autour du monde, en empêchant que l’essence des Dieux s’y déversent en flux
tendu, et la mécanique de l’Horloge de Xélor veille à ce que ces étoiles ne s’alignent jamais… Elles le furent cependant, à cause du déréglage que le coup du marteau de Silvosse sur l’horloge
miniature de Djaul avait causé à la Grande Horloge en s’y répercutant. Cela eut pour conséquence, lorsque le flux s’engagea dans le couloir que formaient les portes alignées des plans, de
condenser l’essence divine et de donner naissance à un phénomène, jamais répété depuis, que les mages de l’époque baptisèrent le « rayon cosmique ».
Anyou voyait des étoiles. Pouille tenta de lui réexpliquer la chose avec ses propres mots, ce qui ne l’avança pas
beaucoup.
- On va faire simple Anyou, poursuivit Barbra, retient simplement que le « rayon cosmique », c’est l’essence
des Dieux qui est arrivée jusqu’à nous en flux tendu, et qu’il a failli détruire le Monde des Douze. De plus, en traversant les différents plans, et en
particulier le plan éthéré où vivent les démons et dont il escamota les frontières, le rayon s’est chargé d’une énergie corruptrice qu’il a répandu chez nous, à l’endroit de l’impact. Voilà
pourquoi Djaul trouva le lieu si propice à la construction d’une ville en l’honneur de Rushu, et qu’il réussit l’exploit de l’édifier en une seule nuit. C’est de cet événement que sont nés la
plupart des maux que nous connaissons aujourd’hui, et qu’est née Brâkmar, bien évidemment.
- Euh… Et les « shushumanciens » ? s’enquit Anyou qui se rappelait que c’était censément le motif de
toutes ces explications.
- J’y arrive, repartit Barbra. Brâkmar créée, une menace pesait sur le Monde. Si Rushu, en vertu de son pacte avec les
Dieux, n’avait pas le droit de nous nuire directement, ses fidèles, que Djaul rassemblait dans Brâkmar et dont le chiffre était croissant, pouvaient le faire à loisir. Pour contrer les plans de
Djaul et la menace qu’ils faisaient peser sur le monde, Jiva, Pouchecot et Menalt -que leurs noms soient bénis- fondèrent notre Cité bien aimée: Bonta, la
blanche.
Barbra se recueillit brièvement.
- Comme nous l’avons déjà vu lors de votre formation, il y eut plusieurs grandes batailles entre Bonta et Brâkmar. En
voyant ce que leurs fidèles enduraient, les Dieux prirent une initiative que nous allions tous payer au prix fort : ils décidèrent de limiter l’arrivée de leur flux sur terre, et d’en priver
les Brâkmariens…
- Oh oui ! bondit Anyou, Je me souviens ! Zeurg m’a déjà raconté ! Même que les démons décidèrent de
créer leur propre magie pour se défendre mais que comme ils sont pas des Dieux, ils n’ont fait qu’une imitation qui était incontrôlable, grotesque… et… destructrice…
Anyou, dont l’intervention avait tout d’abord été portée par l’enthousiasme de montrer qu’elle « savait »,
se termina dans un silence confus, lorsque la petite Osamodas s’aperçut que la description qu’elle faisait de l’invention des démons ressemblait très fortement à celle qu’elle aurait pu faire de
ses propres pouvoirs. Pouille gardait la bouche ouverte, abasourdi par ce que racontait Anyou, mais aussi parce qu’elle savait quelque chose que lui ignorait
tout à fait.
- C’est ça, annonça Barbra, la « Shushumancie ».
Silence. Pouille et Anyou nageaient en plein désarroi. Leurs regards imploraient qu’on leur dise s’ils avaient fait
quelque chose de mal. Barbra voulut abréger les explications :
- Les Shushus étaient des démons dépêchés par Rushu dans notre monde pour
soutenir les Brâkmariens. Devant l’embargo sur la magie imposé par les Dieux à leurs alliés mortels, les Shushus développèrent pour eux une nouvelle essence magique, sur le modèle de celle des
Dieux, mais dont les effets étaient… monstrueux. Les Brâkmariens qui l’utilisèrent détruisirent tout sur leur passage, amis comme ennemis. Les effectifs humains de Brâkmar en prirent un sacré
coup, mais les démons ne regardent pas à la dépense dans ce domaine, et les Bontariens périssaient tout autant. Finalement, les Dieux cédèrent au chantage qu’on leur imposait avec cette
arme destructrice : ils rétablirent leur flux. De leur côté, les Brâkmariens interdirent la pratique de la Shushumancie, et elle fut
oubliée… »
Barbra devinât la question qui se dessinait sur les lèvres de ses disciples.
- Les Shushus furent ensuite battus. Comme ils étaient immortels, leurs vainqueurs décidèrent de les briser en
milliers de particules: on retrouve aujourd’hui un grand nombre de ces particules dans les objets magiques auxquelles elles confèrent des vertus spéciales. On
suppose qu’il est possible que ces particules aient aussi affecté des êtres vivants…
- On suppose …? Bredouillèrent Anyou et Pouille.
- On en est sûr, admit Barbra en appuyant son regard vers eux, ce qui ne laissait plus de place au
doute.
- Mais… Mais alors… ? Ca veut dire que nous sommes impurs ?! Corrompus ! gémit Pouille qui examinait
ses mains avec dégout.
- Et moi qui pensais que j’avais des superpouvoirs !! pleura Anyou en songeant à ce qu’elle avait dit à
Zeurg à ce sujet, et comme elle était fière alors de ce qui, aujourd’hui, la dégoutait tout à fait tant elle était emprunte de cette conviction bontarienne
que tout ce qui touche à Brâkmar et aux démons était purement et simplement mauvais.
- Calmez-vous, calmez-vous ! ordonna Barbra avec sévérité. Son côté Iop rejaillissait dans ces moments là :
elle ne supportait pas la faiblesse et les apitoiements. Ce que vous avez est un don, une chance si vous parvenez à le maîtriser. Je ne vous ai jamais menti,
vous êtes bien ces héros dont Bonta à besoin, car cette essence démoniaque qui vous imprègne n’existe que chez les démons, et c’est celle qui vous permettra d’utiliser la « clef ».
Barbra sortit de sous son surcot la fourche miniature qu’elle s’était rattachée
au cou, avec une chaîne de fer cette fois, pour éviter qu’on la tranchât.
- Vous voyez cette rune rouge qui brille à la base de la pointe ? Elle est gavée d’énergie magique, comme l’a
raconté l’impie. Il s’agit de l’énergie d’Uk Not Allag, un démon très puissant, ce qui ne permet pas qu’un mortel la libère. Seul un démon
pourrait…
- Pourtant l’impie était mortelle, et elle nous a menacé de le faire ! objecta Anyou qui se souvenait de son face
à face avec Pouille.
- Mais l’impie faisait erreur : il y a démon et démon. Répliqua Barbra, Cette idiote a toujours cru que le surnom
de « démon », dont on affuble les Brâkmariens, implique qu’ils ont la qualité nécessaire pour faire usage de la clef. C’est pour ça qu’elle a voulu devenir brâkmarienne, à l’époque où
la clef était toujours en sa possession.
- Mais, comment ça ? demanda Pouille, ça signifie que cette clef était à elle, à
l’origine ?
- Non, pas plus à elle qu’à moi en tous cas : elle lui fut confié par notre père.
Anyou avala ses larmes de travers. Pouille laissa échapper un son inarticulé qui ressemblait à :
« Hein ? »
- Eh bien oui, l’impie est ma sœur cadette, confirma Barbra en ajoutant plus bas, comme pour elle-même, C’est
bien connu que les histoires les plus tordues sont toujours des histoires de famille.
Anyou se demanda comment Barbra et l’impie pouvaient être sœurs, elles qui, physiquement, étaient tellement
dissemblables. Puis elle se rappela l’histoire sur les apparences qu’avait racontée la Iop. Anyou ayant grandi au sein d’un Clan dont les adeptes n’adoraient qu’une seule et même divinité, elle
avait cru que les traits communs aux siens s’expliquaient par leur appartenance à une même famille alors qu’ils étaient en fait la conséquence de l’appartenance à une même foi.
- L’impie a toujours été dévorée par l’ambition. Elle a pensé qu’en devenant capable de libérer la force destructrice
contenue dans la clef, elle pourrait faire chanter n’importe qui… au moins une fois.
- C’est à dire ? s’enquit Pouille dont l’intérêt pour la conversation redoublait encore.
- Une fois le pouvoir de la clef libéré, la clef disparaîtra, sans aucun doute… probablement avec son utilisateur et
tout ce qui se trouve à la ronde compte tenu de l’incroyable masse de puissance qu’elle contient.
Pouille tenta de lire dans les yeux du lieutenant.
- C’est cette partie de l’histoire qui explique la disparition de Mastigrin… ?
Barbra répondit sans détour :
- Oui Pouille. On suppose que Mastigrin a voulu faire usage de la clef mais qu’il a été détruit avant d’y parvenir.
Silence.
- Mais… ? invita Pouille.
- Il n’y a pas de « mais ». Mastigrin était un guerrier d’élite, même
avant que je lui apporte mon aide dans la maîtrise de ses pouvoirs de shushumancien. Il avait refusé d’être accompagné pour cette mission. Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé :
il est probable que l’énergie de la clef ait consumé Mastigrin avant qu’il ait pu la libérer complètement. Nous n’avons retrouvé que la clef en tous cas…
- Où ça ?
- Au Mont Koalak. Notre prochaine destination. Il n’y a que de là-haut, le point
culminant de notre continent, que l’œil peut embrasser d’un coup toute l’étendue de la ville de Brâkmar. Le capitaine Fésastar a été chargé par Danathor de nous ouvrir la voie qui était occupée par les Brâkmariens depuis notre précédente tentative.
- Mais qui a retrouvé la clef ? Comment savez-vous que Mastigrin est mort ? Comment ça se fait qu’on
apprenne tout ça que maintenant ?
A la surprise d’Anyou, Pouille s’était levé et donnait de très nets signes d’énervement. La jeune Osamodas subodora
que, au delà de son dévouement à Bonta, Pouille mettait quelque chose de très personnel dans son acharnement à accomplir la mission que Mastigrin, l’ami qu’il avait longtemps considéré comme sa
seule famille, avait laissé inachevée. Il était visiblement bouleversé d’apprendre les conditions de sa mort, qu’on lui avait jusque là toujours cachées. Du coup il en oubliait ses vœux pieux
habituels et son dévouement aveugle. Barbra s’énerva elle aussi. Elle lui répondit, un ton plus bas, ce qui ajoutait encore à la fermeté de ses paroles :
- Tiens ton rang Pouille. Tout ce que je viens de vous raconter est couvert par le plus grand secret. Si je ne faisais
pas une entière confiance à votre abnégation pour notre cause, je ne vous en aurais pas dit la moitié. Mais si tu veux savoir qui a retrouvé la clef, eh bien,
vous la connaissez : c’est Anniki.
Stupéfaction chez les disciples.
- Anniki a travaillé pour nous dans le passé. Peu après l’échec de Mastigrin, l’accès au Mont Koalak est de nouveau
passé sous contrôle brâkmarien. Seule une voleuse de son envergure pouvait tromper la vigilance de l’ennemi, et nous n’avons pas hésité à faire appel à
ses services, pour Bonta, au nom des Dieux et du bien absolu, précisa Barbra, comme pour justifier un procédé qu’on eut pu juger contestable.
En songeant à l’intrigante beauté qu’il avait surprise, quelques nuits plus tôt, dans cette maison, Pouille ne put
s’empêcher de soupirer :
- Quel dommage qu’elle soit morte…
- Hélas elle ne l’est pas. réagit vivement Anyou, le général l’a mit au cachot, à la milice. Ca fait quatre jours…
Pouille sursauta. Il paraissait bien agité tout à coup. Il remercia Barbra pour toutes ces informations, et de manière
très formelle, pour son enseignement, tout en renouvelant son désir de mourir pour la patrie. Barbra acquiesça et Pouille bondit hors de la maison. Anyou
regarda Barbra avec des yeux ronds. Elle fronçait les sourcils. Anyou demanda :
« Mais qu’est-ce qui lui prend ? » puis « Et quand est-ce que nous
repartons ? »
***Epilogue***
Les jours passèrent, des nouvelles inquiétantes arrivaient du sud, toujours avec un léger décalage sur les évènements,
compte tenu de la distance qui séparait le front de la cité blanche.
Les Brâkmariens avaient repris le territoire perdu et l’accès au Mont Koalak était de nouveau fermé. La mission de
Barbra, Pouille et Anyou fut donc reportée à un prochain succès militaire. Pendant ce temps, les apprentis continuaient leur formation.
Quant à Anniki, elle parvint à s’échapper peu de temps après sa capture. Son geôlier n’a jamais su comment il avait
atterri à sa place, dans sa cellule, alors qu’elle prenait la poudre d’escampette…
FIN
De la première partie…
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BONTA vs BRAKMAR : Chapitre 24ème

La saga
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premier chapitre ici
Amayiro avait le sentiment de jouer une partie d’échec dont il ne contrôlait pas
les pièces. S’il était le général en titre de l’Armée bontarienne, Monseigner Danathor, l’intendant de la ville, avait le chic pour s’immiscer entre lui et
ses subordonnées. De sorte que, les plaines de Cania étant sous contrôle, voilà que le gros de l’armée menait campagne au sud et que Danathor pressait
l’exécution du projet P.A.F. Pris de court, Amayiro n’avait pas eu d’autre choix que de faire avec ce qui lui restait de moyens, augmentant le nombre de miliciens et concentrant leur vigilance à
l’est, d’où seul, pensait-il, pouvait venir le danger.
Enfermé dans son cabinet, au sein de la milice, Amayiro ne dormait pas et
mangeait peu. Un flux constant de messagers lui rapportait les succès du capitaine Fésastar qui continuait sa progression vers le midi. Fésastar venait de
reprendre le versant sud des massifs de Cania aux Brâkmariens, que les Bontariens leur avait concédé en grande souffrance, il y avait de cela deux ans. S’il y
avait lieu de s’en réjouir, Amayiro, qui voyait plus loin que ce simple succès, s’inquiétait du champs libre que les troupes mobilisées pour ces opérations laissaient aux forces ennemies du côté
d’Amakna et d’Astrub. Il demandait aussi fréquemment des nouvelles du lieutenant Mazone dont il savait le départ imminent. S’il était défavorable au renouvellement d’une entreprise qui avait déjà échouée par le passé en coutant la vie d’un homme, il
ne cherchait pas non plus à s’y opposer. Le projet P.A.F. était porteur d’espoirs trop immenses pour qu’il ose prendre cette responsabilité.
Au beau milieu de la nuit, alors que, pour la énième fois, il mettait à jour son atlas stratégique en fonction de ses
informations les plus récentes, une tripotée de miliciens frappa à sa porte. Les gardes étaient en proie à une vive agitation et parlaient d’un phénomène inhabituel qui se serait produit à
environ trois heures de marche, à l’est. Amayiro prit la tête d’une colonne et se rendit sur place.
A l’aube, il découvrit les lieux comme Zeurg et ses kanigrous les avaient laissés : Barbra était allongée près d’Anniki, Anyou restait silencieuse, assise, les yeux dans le vague. Il y avait aussi un matelas au milieu
d’un cratère. Amayiro fit installer les trois femmes sur des civières. Il laissa les Xélors et les Ecaflips qui l’accompagnaient sur place, avec pour mission de reconstituer les évènements, s’ils
le pouvaient, et de trouver d’autres survivants, s’il y en avait.
Cependant qu’Anyou et Barbra étaient rapatriées, une demi-douzaine d’Eniripsa
s’affairaient autour d’elles, prononçant des mots soignants et des mots de régénération. C’était par la magie du verbe qu’opéraient les fidèles de la Grande
Curatrice. Comme leur bienveillance, leur apparence rappelait celle des fées. Grâce à leur aide, Barbra ne tarda pas à ouvrir l’œil, Anyou à retrouver ses esprits. Amayiro qui marchait non loin
s’en aperçut et vint aux nouvelles. Mais les convalescentes avaient plus de questions que de réponses à lui proposer.
- Où est la clef ? demanda Barbra.
- Où est Pouille ? demanda Anyou pour qui cette question était autrement plus importante.
- Nous n’avons trouvé ni l’un ni l’autre répondit calmement Amayiro qui n’en était pas moins inquiet. J’ai bien peur
que ce projet fou n’ait tourné au fiasco.
Anyou avait du mal à croire ce qu’elle entendait. Des larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne connaissait Pouille que
depuis quelques semaines, mais ces semaines lui avaient paru des années au sein de cet univers nouveau qu’était Bonta et dont elle s’était fait une patrie d’adoption. Barbra semblait sous le choc
elle aussi, quoique ce ne fut pas pour les mêmes raisons.
« Alors je n’ai plus qu’à rejoindre la troupe de Vanthar et à mourir au combat », dit-elle
simplement.
Vanthar ! Anyou pensa au beau crâ, à cet amour si spontané qu’elle avait conçu pour lui et qui l’avait conduite
dans cette civière. Vanthar risquait sa vie lui aussi en ce moment, pour le même idéal qu’elle. Anyou puisa du réconfort dans cette conviction, et se réjouit
des succès que le capitaine remportait et dont Amayiro les informait à présent.
Lorsque la colonne arriva à Bonta, Barbra et Anyou étaient de nouveau capables de marcher. Amayiro les congédia en
recommandant à Barbra de prendre quelques jours de repos avant de partir pour le front si toujours elle s’y résignait. Anniki n’avait pas reçu de soin. Son état n’ayant pas été jugé critique, on
l’avait directement jeté au cachot sous les injures d’Anyou qui trouvait encore l’énergie de la maudire et la menacer.
Les rues de Bonta étaient aussi animées qu’à l’accoutumé. Les citadins ignoraient tout du drame qui s’était produit
pendant la nuit et des répercussions qu’il pourrait avoir sur leur quotidien. Anyou suivit Barbra, jusqu’au P.A.F., sans échanger un mot. Lorsqu’elles arrivèrent, Barbra s’enferma dans la salle
des cartes pour s’instruire sur la topographie du sud de Bonta, faisant fi des recommandations d’Amayiro. Anyou monta dans sa chambre, abattue.
A peine entrée, elle poussa un hurlement.
Barbra laissa tomber ses cartes et gravit les escaliers d’un bond. Rejoignant Anyou elle la découvrit les larmes aux
yeux, qui tenait la « clef » dans sa main. Derrière elle, les vitres des fenêtres étaient brisées et l’un des deux matelas avait disparu. A sa place, Pouille dormait, nu comme un vers,
en position fœtale. Anyou expliqua à Barbra qu’en le trouvant ainsi elle s’était laissée tomber par terre de surprise et que la clef, qui, elle ne savait comment, se trouvait dans sa poche, lui
était rentrée dans les fesses.
Ses larmes de douleur étaient devenues des larmes de joie et Anyou riait désormais en pleurant tout à la
fois.
Lire le DERNIER CHAPITRE de la 1ère partie!
BONTA vs BRAKMAR : Chapitre 23ème

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Zeurg grognait et aboyait ses ordres. Après qu’il eut renseigné
Anyou quant à la direction qu’avaient prise les voleurs et fait passer l’ordre à la faune qu’on signale leur piste à travers la plaine, il avait réuni
toute une escouade de kanigrous et l’avait conduite sur les traces de la « fille de Cheffe ». Au plus fort du combat, ces traces étaient
devenues une explosion tonitruante. Zeurg et ses kanigrous s’étaient mis à couvert. Ils se précipitèrent en avant une fois le danger
écarté.
En arrivant sur les lieux, Zeurg découvrit un gigantesque cratère au
milieu duquel fumait une espèce de broche surmontée d’une rune rougeoyante. La broche était posée sur un matelas, fumant lui aussi, qui dégageait une forte odeur de renfermé, de sueur et d’urine.
Zeurg se pinça la truffe, qu’il avait sensible, ramassa la clef et, battant des ailes, il prit de la hauteur en même temps que les kanigrous se dispersaient pour chercher Anyou. Il trouvèrent la
petite fille, hébétée, couverte de blessures et de terre, à une centaine de mètres du lieu de l’explosion. Bien que Zeurg ne le leur ait pas demandé, les kanigrous, pensant bien faire, lui
rapportèrent deux autres corps inanimés. Celui d’Anniki et de Barbra. Toutes deux étaient mal en point mais
vivantes. Zeurg ne s’en préoccupa guère, son attention était pour Anyou.
« Vous m’entendez fille de Cheffe ? Fille de Cheffe ? »
Anyou n’entendait ni ne semblait voir. Elle ne réagissait à aucun stimulus. A l’est, un nouveau jour naissait. A
l’ouest, les kanigrous signalèrent la venue d’un détachement bontarien. Alertés par les évènements récents, des « anges » venaient voir de quoi il retournait. Le détachement était de taille, conduit par Amayiro lui-même, qui
jouissait d’une funèbre réputation au sein de la culture kanigrou. De sorte que, malgré ses imprécations, Zeurg ne parvint à en retenir aucun. Lui-même ne souhaitait pas rencontrer les
Bontariens. Il savait déjà que les bêtes à cornes étaient malvenues chez eux.
Zeurg hésita à abandonner Anyou. Mais elle était des leurs à présent. Il glissa la broche dans la poche de la jeune
fille et s’éloigna, jamais trop loin.
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BONTA vs BRAKMAR : Chapitre 22ème

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Les retournements de situation allaient bon train. Il y avait d’abord eu le vol de la « clef », une opération qui avait failli mal tourner pour les voleurs… Néanmoins, grâce aux capacités de l’un d’entre eux à contrôler le temps, ils purent
mettre les voiles sans crainte d’être retrouvés… Ce que leurs poursuivants réussirent à faire malgré tout, avec le soutien de Zeurg et de son ascendant
sur la faune locale : mulous et kanigrous leur avaient balisé la piste à grand renfort de hurlements nocturnes. Lorsque la bataille s’était engagée, la victoire avait changé de camp à
plusieurs reprises. A présent, Anniki et Barbra étaient hors de combat. Tandis qu’Anyou veillait leur mentor, Pouille faisait face à l’impie et Yesterday avec une détermination nouvelle. Le jeune Sacrieur émettait une aura étrange.
- Qu’attends-tu pour le neutraliser ?! questionna l’impie à l’intention de son complice.
- Mais j’essaye ! Seulement depuis le début il esquive tous mes sorts comme s’il les connaissait par cœur… A part
celui du « Raulebaque ».
- Eh bien voilà ! C’est tout simple ! Paralyse-le, je me charge de l’achever.
L’ennemi ignorait parfaitement Anyou. Pouille aussi. Il semblait avide de régler cette affaire tout seul. Yesterday
lui jeta son sortilège : chaque mouvement de Pouille régresserait désormais, à peine les esquisserait-il. Pouille n’essaya donc même pas de bouger. L’impie s’arma du bâton qu’elle dissimulait sous sa cape : de petites étincelles jaillirent de ses mains lorsqu’elle les posa sur le
manche. De toute évidence, elle savait se servir de cette arme-là. Elle en fit la démonstration en portant un premier coup à Pouille.
« Châtiment… » bredouilla-t-il en encaissant.
Ce mot n’était pas innocent. Il s’agissait d’une incantation dont les effets se déclenchèrent chez Pouille en même
temps que la douleur. Ses muscles se contractèrent et doublèrent de volume. Craignant qu’il s’agisse d’une contre-attaque, l’impie frappa de nouveau, par réflexe. Cela ne fit qu’augmenter les
effets de la mutation. Plus l’impie s’acharnait sur lui, plus l’enfant gagnait en volume… Pouille prenait désormais des proportions extravagantes, ses
muscles saillaient de toute part, de façon grotesque, tandis qu’il grandissait, grandissait pour dépasser la taille d’une maison ! Sa peau mâte prit une couleur noire, comme la nuit, comme
l’espace : elle était pailletée de constellations et d’étoiles filantes, on aurait dit que Pouille contenait un petit univers…
L’impie cessa de le frapper. Yesterday cria qu’il échappait complètement à son contrôle. Pouille, ou plutôt la chose
qu’il était devenue, grandissait toujours. Son corps aux proportions immenses, semblait partiellement immatériel. Un croissant de lune vint se fixer sur son front tandis que des milliers de
comètes striaient ses avant-bras.
Le sortilège du « châtiment » permet normalement aux Sacrieurs
de convertir leur douleur en force. Mais Anyou reconnut dans la pratique que Pouille en faisait toutes les caractéristiques de ce qui les classait, elle et lui, dans une catégorie à part :
une propension à libérer des effets magiques excessifs dont ils ne pouvaient assurer le contrôle. Chez Anyou, en tant que disciple d’Osamodas, ces caractéristiques se révélaient dans ses invocations. Mais Pouille, disciple de Sacrieur, était la propre
cible de ses enchantements. Anyou n’eut pas à attendre longtemps pour se convaincre que les conséquences en étaient d’autant plus terribles.
Un grondement d’outre-tombe résonna dans la plaine. Anyou y reconnut les syllabes qui formaient les mot
« at-ti-rance ». Des filaments de nuit jaillirent du corps de Pouille en direction de Yesterday et de L’impie. Cette dernière invoqua un
bouclier qui ne laissa pas prise aux tentacules. Yesterday, quant à lui, fut aspiré jusqu’à l’intérieur du corps cosmique de son adversaire. Anyou le vit disparaître au milieu des étoiles,
s’éloigner dans l’infini d’une autre dimension dont Pouille était devenu la porte… jusqu’à disparaître.
Ce qu’était devenu Pouille avança vers l’impie. La terre ne trembla pas sous ses pas : il était parfaitement
inconsistant.
- Arrête ! N’avance pas où je brise le sceau ! cria-t-elle en montrant la « clef ».
L’impie avait abandonné son bouclier, elle jouait quitte ou double par la menace de son artefact. Anyou trouva cette
stratégie peu pertinente. Pouille n’était plus Pouille. C’était une gigantesque forme mue par les dernières volontés de ce qu’il avait été, mais qui se décomposait peu à peu. Une nébuleuse se
dessina là où devait se trouver le torse, dont les contours n’étaient plus très nets.
Quelque chose de terrible se préparait. Anyou avait pris les devants et hissé Barbra sur sa dragodinde. Elle mit la monture au galop aussitôt qu’elle le put.
A peine avait-elle fait quelques mètres qu’un deuxième grondement résonna. Elle reconnut un mot, « punition », avant de perdre l’ouïe et de s’affaler au sol, projeté à bas de sa dragodinde qui elle-même tourbillonnait en l’air à trente pas devant
elle.
Aucun son ne parvint plus à Anyou. Elle contempla le reste des évènements comme s’il eut s’agit d’un spectacle
muet.
La nuit fondit sur elle-même à l’endroit où s’était tenu Pouille. Le ciel passa du noir au blanc, puis du blanc au
noir.
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BONTA vs BRAKMAR : Chapitre 21ème

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chapitre ici
L’impie brandissait la clef
devant Barbra. Les mouvements malhabiles de son corps chétif indiquaient qu’elle se remettait mal de son face à face avec cette lionne. Bien que la Iop
ne soit pas blessée à proprement parler, la pâleur qu’elle avait affiché au PPAF était revenue hanter son visage au teint d’ordinaire si
uni.
« Ah, tu la veux cette clef, pas vrai ? » L’impie rit d’un rire forcé. Sans doute cherchait-elle à se
donner confiance. Anyou distinguait mal l’objet qu’elle agitait en l’air : on aurait dit une sorte de fourche stylisée à peu près grande comme une
largeur de main. « Et tu as dit à tes petits shushumanciens ce que tu comptais en faire ? continua l’impie, J’en doute. »
De ce passage-là, Anyou n’avait rien compris. C’était à elle et à Pouille
que l’impie s’adressait à présent : « Alors les petits, vous qui êtes corps et âmes dévoués à votre maîtresse, avez-vous ne serait-ce que la moindre idée de ce que cette clef
représente ? » Barbra voulut interrompre l’impie mais elle s’affaissait bizarrement, comme si ses forces la quittaient. Pouille qui se tenait
tranquille pour éviter que Yesterday n’use de son sortilège contre lui protesta :
- On s’en fiche ! Nous sommes Bontariens et nous ferons tout pour protéger Bonta !
- Belle vocation de foi, minus. Tu serais moins rageux si tu savais que c’est cette clef qui a coûté la vie à ton ami
Mastigrin.
Pouille resta interdit. Anyou ne savait que penser. Tout paraissait si clair jusqu’à présent : eux c’était Bonta,
les gentils, qui combattaient Brâkmar, les méchants. Mais l’impie et sa clique ne ressemblaient pas à ces
soldats féroces que l’on tue ou qui vous font tuer, c’était vraisemblablement de vieilles connaissances, qui en savaient bien plus long sur Bonta et ses secrets que des Bontariens en herbe. Et
les voilà qui se mettaient à discutailler maintenant, à révéler des secrets dont Anyou subodorait qu’ils allaient compliquer la
situation.
L’impie poursuivit, Barbra ne semblait plus en état de l’interrompre :
- Mastigrin était un shushumancien lui aussi. Comme vous, il avait hérité du pouvoir
des démons. Voilà pourquoi vos supérieurs le recrutèrent, parce qu’ils savaient que seul un démon pourraient utiliser cette clef…
L’impie leur montra ce qu’elle appelait la clef. L’objet était facilement visible dans l’obscurité parce qu’il s’était
mis à luire. C’était bien une sorte de fourche miniature, qui ressemblait à celles qu’utilisent les bergers
Féca pour conduire leurs troupeaux de bouftous. A la base de la pointe scintillait une rune de couleur rouge.
- Car cette clef, écoutez-moi bien les enfants, cette clef, c’est celle des fers d’Uk
Not Allag.
A ce nom, Anyou se rappela un de ses récents cours d’histoire : Uk Not Allag était un démon d’envergure qui avait
jadis soumis toute une province. Un berger du nom d’Allister avait mis fin à son entreprise, en lui présentant des offrandes dont le démon se gava,
puis en lui passant des fers magiques aux poignets et aux chevilles. Ces fers empêchaient la digestion : Uk Not Allag s’était retrouvé gonflé comme une baudruche et prisonnier de son propre
pouvoir.
- Qu’est-ce qu’on en a à faire ? gronda Pouille, Vous pouvez bien libérer Uk Not Allag. S’il a été vaincu par le
Roi Allister, il ne tiendra pas une seconde face à l’armée de Bonta !
Anyou n’avait pas jusque là compris le lien entre le berger de l’histoire et le Roi de son propre pays. Allister était
donc le héros de la légende ? Il remontait dans son estime. Cette pensée la ramena un instant vers les bois et le Clan du fouet d’Osamodas, toutes à ses ambitions, elles les avaient passagèrement oubliés. L’impie éclata de rire :
- Que m’importe, jeune sot, que nous libérions Uk Not Allag ? Il ne me manque rien de plus. Cette clef est le
sceau qui a retenu et contenu sa rage de s’évader pendant des années et des années ! A l’heure qu’il
est le démon mugit toujours, dans les caves de Brâkmar, en essayant vainement de se délivrer. Et s’il ne le peut pas c’est parce que ce ne sont pas de simples chaines de fer qui le retiennent,
mais ce sceau magique, d’une puissance rare, que j’ai maintenant en ma possession ! Chacun de ses efforts, chacun de ses gestes et de ses imprécations pour briser ses entraves là-bas est contenu ici par cette clef que tu vois là, qui se gave de son pouvoir et qui le stocke. Elle renferme désormais une énergie et une haine démoniaque telle qu’il suffirait de la libérer au bon endroit et au bon moment pour raser toute une cité…
A ces mots, Anyou et Pouille ouvrirent la bouche de frayeur en comprenant où l’impie voulait en venir. Son sourire
exprimait la folie à son plus haut degré.
- Quelle erreur d’avoir pensé que Mastigrin pourrait l’utiliser contre Brâkmar. Il était trop faible et inexpérimenté.
Mais moi, qui suis une vraie Brâkmarienne, et donc une démone, je saurai l’employer à mauvais escient… MUHAHAHAHA !
- Menteuse ! protesta Pouille, Mastigrin était plus fort que dix comme toi !
Dans un bruit sourd, Barbra tomba à terre comme vidée de ses forces. Pâle comme la mort, elle gémit un nom dans
un effort couteux : « Anniki… »
Pouille et Anyou regardèrent Barbra puis Anniki qui n’avait pas bougé : debout près du feu elle tenait toujours
sa cape entre les mains pour dissiper la fumée. Une telle passivité était d’ailleurs incongrue…
« Ton fouet ! » s’exclama Pouille. Anyou n’était pas sûre de comprendre mais elle réagit vite, presque
spontanément : c’était le résultat de son entraînement. Le fouet jaillit de sa main et claqua dans le visage d’Anniki qui disparut dans un nuage
de fumée, comme s’il eut s’agit d’une invocation.
« C’était un double ! cria Pouille, L’impie nous parlait pendant
qu’Anniki assassinait le lieutenant ! » Pouille peinait à contenir son désespoir devant le résultat de leur fatale inadvertance. « Occupe-toi d’elle » dit-il à Anyou en s’approchant de la
dragodinde sur laquelle l’Osamodas était assise. Puis il se retourna et transposa Barbra qui tomba au pied
de la monture d’Anyou. Pouille quant à lui, avait pris la place de la Iop et frappa dans le vide qui l’entourait. Anniki para mais perdit son invisibilité.
- MUAHAHA s’exclama l’impie devenue, avec ses acolyes, maître de la situation, il est trop tard pour résister à
présent. Rendez-vous !
Suivant la recommandation de Pouille, Anyou avait sauté à terre pour prendre soin de Barbra. La pauvre Iop était
livide, rongée de l’intérieur par un poison paralysant et mortel :
« Laisse pas… Pouille… perdre contrôle… » murmura-t-elle avant de s’évanouir.
Anyou releva immédiatement les yeux sur son compagnon. En face de lui, Anniki s’adonnait à cette danse envoutante
qu’Anyou l’avait déjà vu faire.
« Attention Pouille ! Elle invoque un piège de
masse ! » Pouille tourna la tête avec un demi-sourire « Je sais » put-elle lire sur ses lèvres. Il attendit encore un instant qu’Anniki achève son sortilège puis il
s’écria :
« Attirance ! »
Anyou avait déjà vu effectuer ce sortilège, le jour de sa première rencontre avec Vanthar : un des suiveurs du beau capitaine l’avait utilisé pour capturer leur adversaire. Mais, était-ce parce qu’il n’avait pas mentionné le nom de sa déesse avant d’utiliser ce sort, ce ne fut pas un faisceau de filaments rouges qui jaillit du corps de
Pouille, ce fut une véritable pieuvre de chair qui se saisit d’Anniki et la traina jusqu’au Sacrieur.
Sur la courte distance de son voyage forcé, Anniki déclencha tous les pièges qu’elle venait de poser. Elle en perdit
connaissance. Pouille la laissa tomber à ses pieds, vaincue. Il sembla à Anyou que les ailes blanches du jeune homme prenaient une nouvelle envergure.
Toujours est-il que, lorsqu’il se retourna pour faire face à l’impie et Yesterday, son regard avait changé.
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BONTA vs BRAKMAR : Chapitre 20ème

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« Muhahaha ! C’est bon, arrêtons-nous là pour bivouaquer, nous sommes sortis
d’affaire. »
Yesterday s’en remettait toujours à sa maîtresse, il obtempéra sans
rechigner. Anniki avait un avis différent.
- Nous ne devrions pas présumer de nos forces, l’impie.
- Je ne présume pas, répondit l’impie. Nous avons plusieurs heures d’avance, il fait nuit noire et nos éventuels poursuivants n’ont aucune idée de la direction que nous avons pu prendre. Au pire nous cherchent-ils au sud, vers Brâkmar… Mais certainement pas dans la direction d’Astrub. J’en profite pour rendre grâce à tes efforts Anniki, qui
permettront que nous soyons bien accueillis là-bas.
- Si nous y parvenons l’impie. Entends-tu ces mulous qui hurlent à la mort
et les kanigrous qui aboient ? La faune se réveille et s’agite depuis une heure… Ca ne me dit rien qui vaille.
Le visage de l’Impie se fendit d’un rictus moqueur.
- Allons Anniki ! Ce ne sont pas quelques cabots mal peignés qui vont te faire peur à toi, si ? Tu en as vus
d’autres. C’est pour ça que je t’ai engagée.
L’impie accompagna ses mots d’un frottement de son pouce à l’intérieur des quatre doigts de sa main tendue, ce qui
évoqua immédiatement à Anniki le montant qu’elle allait percevoir pour son implication dans les manigances brâkmariennes. Mais cette idée ne la fit pas
même sourire. L’impie avait quelque chose de malsain dans son visage maigre et sa petite voix fluette, quelque chose qui était profondément désagréable à Anniki. Si elle-même était la froideur
incarnée, c’est le démon qui habitait cette femme décharnée à la peau couverte de tatouages noirs, que laissait entrevoir une robe du plus pur style vampirique, pourtant recouverte dans le dos et
sur les flancs d’une cape de jute grossière à la capuche relevée. Anniki se trouvait en sa compagnie parce qu’elle voulait gagner de l’argent, pas pour mourir. L’impie, elle, était une
fanatique.
Quant à Yesterday, c’était un jeune disciple de Xélor, d’une centaine
d’années à peine. De petite taille, vêtu d’une robe de mage, d’un chapeau pointu, et qui s’était évertué à allumer un feu pendant que les filles bavardaient. Elle ne lui en furent pas du tout
reconnaissantes :
- OMG et WTF ! Mais
qu’est-ce que tu fais imbécile ?! s’écria l’impie tandis qu’Anniki se précipitait pour étouffer le feu de sa cape et dissiper la fumée.
- Ben… J’allume un feu… C’est toi qui a dit qu’on allait bivouaquer… Un bivouac sans feu c’est pas un vrai
bivouac…
Yesterday avait du mal à s’exprimer car l’impie le secouait dans tous les sens. Elle s’arrêta en sentant la terre qui
tremblait sous ses pieds, comme pour vérifier que ce n’était pas de son fait… C’était celui d’une silhouette qui avait fendu l’air dans un bond prodigieux et qui venait d’atterrir à leur côté.
- Barbra ! hurla l’impie tant elle était surprise.
- L’impie ! rugit Barbra en reconnaissant son ennemie de longue date.
Aucun des protagonistes n’esquissa plus le moindre geste. Tous étaient sur leurs gardes. La scène en était là quand
deux dragodindes arrivèrent au galop. La première était montée par Pouille et Anyou, la deuxième, sans cavalier, suivait derrière. Les jeunes gens s’arrêtèrent aux abords du petit groupe. Leurs regards dévisagèrent chacun des personnages en
présence, et plus particulièrement Anniki que Pouille et Anyou avaient déjà rencontrée mais en différentes occasions. Anniki ne s’expliquait pas la présence d’Anyou. L’Osamodas ne chercha pas à
s’expliquer la sienne :
- C’est elle lieutenant ! C’est elle ! La Sram qui m’a attaquée
dans les bois d’Amakna !
- Décidément c’est la nuit des retrouvailles, conclut Barbra avec le plus grand sérieux. Tu remercieras bien ton ami
le cochon-chat pour son aide précieuse.
A ces mots, Barbra déploya dans son dos de grandes ailes blanches et
fluorescentes qui vinrent perturber l’obscurité de la nuit. Les pupilles de ses yeux disparurent tandis qu’une auréole circulaire se dessinait
lentement au-dessus de son front.
- Rend-moi la clef. Grinça-t-elle.
- Tu peux courir. Répliqua l’impie : une queue noire comme l’ombre claqua au niveau de ses jambes, des cornes se
dressèrent sur son front et une paire d’ailes rouge sang recouvrit ses épaules.
Anyou reconnut alors ce que les sentinelles de Bonta redoutaient tant et
qu’ils désignaient sous le nom de « démon ». Toute la vigilance de ses concitoyens qu’elle jugeait autrefois obtus, voire idiots, n’avait pas
suffi à empêcher que l’ennemi s’infiltrât jusque dans Bonta pour y commettre ses méfaits. Anyou comprit qu’il allait falloir se battre. Pour de bon cette fois-ci. Yesterday et Pouille s’étaient
fait la même remarque puisqu’ils avaient déployé leurs ailes respectives en avançant l’un vers l’autre. Même Anyou voyait les siennes briller du coin de l’œil, preuves qu’elle avait la
bénédiction de Bonta, que sa ville d’adoption chérie communiait avec elle. Seule Anniki restait à l’écart.
Comprenant que la Sram ne souhaitait pas se battre et bien qu’Anyou lui en voulût personnellement, elle jugeât plus
opportun de prêter main forte à l’un de ses amis. L’impie vit Anyou hésiter et Anniki qui n’intervenait pas, peut-être même songeait-elle à s’enfuir ? Elle préféra prendre les
devants :
- Je double ta solde Anniki et je ne minimiserai pas ton aide devant le seigneur
Mustam. Ca ne peut pas te laisser indifférente !
Voyant qu’elle y perdait à attendre, Barbra déclencha les hostilités :
- Epée destructrice !
L’impie réagit aussitôt:
- Armure incandescente !
Une explosion d’une violence rare souffla Anyou qui fut projetée dans les airs. Elle n’eut que le temps de voir
l’impie parer le coup de Barbra d’un bouclier d’énergie avant de retomber la tête la première dans les hautes herbes. Anyou faillit tourner de l’œil
mais se releva. Les coups que Barbra portaient à son ennemie jurée résonnaient dans la plaine comme ceux d’un marteau qui s’acharne sur une plaque de taule. Grâce à ses yeux perçants, Anyou
voyait les ailes des quatre combattants s’agiter dans le noir et s’éloigner du lieu initiale de la rencontre. Les dragondindes avaient fui. Anniki n’était plus là non plus… Elle avait
imprudemment laissé tomber sa cape dans les flammes et le feu commençait à prendre. Une large colonne de fumée blanche s’élevait dans le firmament, visible à une centaine de lieues.
« De toute façon c’est fichu pour la discrétion » commenta une voix juste à côté d’elle.
Anyou se retourna. La Sram jaugeait la scène et Anyou en son centre, un doigt sur le menton. Elle s’amusa de la
surprise qu’affichait la jeune fille.
« Tu ne croyais pas que j’allais rechigner devant un travail facile
et aussi bien payé ? » s‘amusa-t-elle. Anyou comprit qu’elle ne parlait rien de moins que de l’assassiner. Cette femme devait avoir un enfer
à la place du cœur ! Pourtant Anniki s’exprimait avec le froid et la distance qu’Anyou lui connaissait déjà. La jeune Osamodas était d’autant plus perplexe qu’Anniki n’arborait aucune sorte d’ailes.
« Pas pressée d’attaquer ? s’enquit Anniki. Peu importe, je vais t’attendre. »
Anyou ne savait pas ce que ça signifiait. La Sram était là devant elle, qui commençait une danse sensuelle et envoutante. Anniki faisait un pas puis deux, relevait le genou et étendait la main au ciel. Parfois, des filins
brillants apparaissaient au bout de ses doigts. Anyou pensa qu’elle cherchait peut-être à l’hypnotiser et décida d’agir :
« Par Osamodas le grand démiurge, j’invoque… Bouftou ! »
Un bouftou apparut dans une explosion de fumée. Il était de taille normale et Anyou n’eut aucun mal à se faire obéir.
Le bouftou gratta le sol et fonça sur Anniki. A peine avait-il fait quelque pas que la terre se souleva. Un millier de filins verts scintillèrent et
Anyou fut prise dans l’explosion.
A moitié ensevelie, elle parvint à s’extirper des décombres suffisamment vite pour ne pas donner à Anniki l’occasion
de l’achever. La Sram n’y avait même pas songé, elle n’avait pas bougé.
« Ca se présente mal pour toi, petite » s’amusa Anniki.
Anyou était aussi en colère qu’elle avait peur. Elle fit une deuxième tentative :
« Par Osamodas le grand démiurge, j’invoque… Tofu ! Tofu !
Tofu ! »
Trois tofus apparurent. Le premier ne fit pas un pas que les deux autres explosèrent, à son instar. Anyou ne subit pas
moins qu’eux les effets de ce nouveau piège.
« Ce sortilège s’appelle « Piège de masse » petite. Et tu es en
plein dans sa zone d’effet. » expliqua Anniki avec dédain.
Son ennemie bluffait-elle ? A sentir la douleur qui irradiait son corps, Anyou partit du principe que non. Elle
regarda autour d’elle pour voir si Barbra ou Pouille revenait. Elle ne vit que le feu qui prenait des airs d’incendie. Une colonne de flammes s’éleva puis vacilla. La lumière devint floue et
disparut. C’est alors qu’Anyou s’aperçut qu’elle était de nouveau à dos de dragodinde, juste derrière Pouille, dans l’exacte même position qu’au moment
où ils avaient rejoint l’impie, Barbra et les autres. Les deux femmes se faisaient face à nouveau. Pendant un instant, Anyou crut qu’elle revivait en
rêve son passé récent. Mais Pouille qui était devant elle bondit à terre et se rua sur Yesterday, chose qui n’était pas arrivée plus tôt.
« Sale petit démon ! Cesse de jouer avec le temps !! » exigea-t-il.
Yesterday prononça une formule et tendit les bras vers Pouille qui rebroussa ses trois derniers pas en reproduisant
chacun des mouvements qu’il venait de faire, mais en marche arrière, un peu à la manière d’un mime. La scène eut presque était comique, dans une autre
situation.
« Méfie-toi Pouille, l’avertit Barbra, il utilise le sortilège du « Raulebaque », le vingt et unième de sa confession, tu n’y es pas préparé. »
A la lueur de ces informations, Anyou comprit qu’il venaient tous de remonter le
temps : ils étaient revenus aux positions qu’ils occupaient cinq minutes avant le début du combat ! Le feu n’avait pas encore pris, Anniki tenait toujours sa cape. Quant à
l’impie et Yesterday, bien qu’ils aient bel et bien remonté le temps dans l’espace, leurs corps souffraient toujours des contusions de leur récente bataille : Yesterday était couvert de
plaies et de bosses, l’impie était sauve mais tremblait de tout son corps.
« C’est… c’est cette clef que tu veux, bourrique ? bégaya-t-elle
en exhibant le précieux trophée devant Barbra, et bien la voilà. »
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