@ Amis d’la poésie bonsoir !
La fourmi et la cigale
La fourmi ayant trimé,
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Plus un seul petit morceau
De chant ou de fabliau.
Elle alla toute chagrine
Chez la Cigale sa voisine,
La priant de lui jouer
Quelques notes pour l’égayer
Jusqu’à la saison nouvelle.
“Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. ” Lire la suite... »
Les vaches de Delhi – poètes révoltés
Le mufle embu, fleuri de papiers et d’ordures,
Leur sabot qui fourrage en quête de verdure,
Les vaches de Delhi paissent dans les poubelles,
Tranquilles, résignées, bossues, sacrées et belles.
Etendant à l’année leur droit de transhumance
Sur l’asphalte bouillant de cette ville immense,
Elles sèment des prés au milieu des voitures,
Le peu de cette paix que les klaxons torturent ;
Et puis vont, en beuglant dans les embouteillages,
Sillonner l’ineptie de ces appareillages
Qui pètent de la mort, qui la puent, qui la rotent,
Quand elles font la vie avecque chaque crotte !
Sur l’herbe des ronds points, elles posent la tête,
Insouciantes du cirque où les rickshaws s’entêtent
A brûler de l’azur sans jamais avancer
Et prennent ce faisant un moment pour penser…
A quoi ? D’où vient l’éclat dans leur regard paisible ?
Que rumine leur front aux lignes invisibles ?
S’affaissant, elles n’ont qu’un simple commentaire,
Le plus parlant de tous : c’est celui de se taire.
Mais la nuit, en tombant, réveillera les phares
De la circulation, distraite en sa fanfare,
Qui peindra sur les murs l’ombre cornue des vaches
Hardies, dodelinant loin des coups de cravache.
Qui a compris la métaphore ??? Qui peut donner une explication de texte détaillée de ce poème ?! 10 Nabolo-points à ce héron des temps modernes !
The Jabberwocky – traduction française

Merci Walt, t'as vraiment fait du beau boulot sur ce coup-là.
J’y aurai passé des mois, des semaines, des jours (le temps, le temps, qu’est-ce que le temps ?!), mais je suis enfin en mesure de vous présenter ma traduction du célèbre poème de Lewis Caroll : « The Jabberwocky » (cf : « De l’autre côté du miroir ») que vous ne m’avez pas réclamée hier
Vous noterez que ma version se démarque des interprétations classiques (surtout la première strophe), pour la simple raison que je ne me fie pas aux connaissances d’Humpty Dumpty, personnage peu crédible, que Lewis Caroll n’utilise que pour détourner la véritable signification de son poème, un peu trop défavorable au mariage et aux femmes, en général.
J’ai par ailleurs fait de gros efforts pour respecter le forme originale (pieds, rimes, rythme), ce que ne font pas les autres traductions.
Ma version se veut donc moins soucieuse de dissimuler le VRAI message du poème et sa parenté avec la légende de Méduse… Mais voyez plutôt (la version originale est à la suite) :
Le Barigouany
Il fouazouillait, les comboniles
Gyraient et pageaient sur l’alaire ;
Tous les bazmèss étaient scouiviles,
Et la mom rait d’olère.
« Gare au Barigouany, mon fils !
Le croc qui mord, l’ongle qui trape !
Gare à l’oiseau Paftap, et fuis
Le frumeux Bontagrape ! »
Il prit l’épée d’orpale en main :
Longtemps il chercha l’hainemie –
Jusqu’à trouver l’arbre Tomtomté,
Où s’arposer un pi.
Comme il poissonnait dans ses rêves,
Le Barigouany, l’œil en flashs,
Vint rensiflant du bois touffrèye,
En piplotant sa marche !
Un, deux ! Un, deux ! Et d’outre en outre
L’épée d’orpale fit frencas !
La tête au mort, il prit du corps
Et chez lui galompha.
« T’l’as tué le Barigouany ?
Viens sur mon coeur, enfant binoi !
Ô frabieux jour ! Délu ! Délien ! »
Il s’extourziait de joie.
Il fouazouillait, les comboniles
Gyraient et pageaient sur l’alaire ;
Tous les bazmèss étaient scouiviles,
Et la mom rait d’ilère.

Humpty Dumpty décrit les raths comme des cochons verts, à l'origine...
’Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.
“Beware the Jabberwock, my son!
The jaws that bite, the claws that catch!
Beware the Jubjub bird, and shun
The frumious Bandersnatch!”
He took his vorpal sword in hand:
Long time the manxome foe he sought—
So rested he by the Tumtum tree,
And stood awhile in thought.
And as in uffish thought he stood,
The Jabberwock, with eyes of flame,
Came whiffling through the tulgey wood,
And burbled as it came!
One, two! One, two! and through and through
The vorpal blade went snicker-snack!
He left it dead, and with its head
He went galumphing back.
“And hast thou slain the Jabberwock?
Come to my arms, my beamish boy!
O frabjous day! Callooh! Callay!”
He chortled in his joy.
’Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.
Briançon

On marchait à la lune...
On marchait à la lune, ignorant de l’effroi
Qui s’empare souvent de l’homme au crépuscule
Quand le vent joue du fouet, car on n’avait pas froid :
Les Alpes convoyaient ce couple minuscule.
Briançon rayonnait, brûlante, enchanteresse…
Cire dégoulinant d’une bougie fondue
Les montagnes portaient aux cieux la forteresse
Dont la flamme guidait le voyageur perdu.
Quand enfin la lueur nous offrit son foyer
De murs chaux, de sueur, de pavés ramollis,
Je restai ahuri de voir que louvoyait
Un ruisseau dans la rue qu’il avait pris pour lit.
On a frappé du pied jusque devant ta porte,
Dépassant le théâtre et la claire fontaine
Dorés par les halos que les ombres transportent
Lorsque leurs lumignons s’éclairent par centaines.
Et Briançon brûlait encore avec ardeur,
Nos mains l’une dans l’autre, emplies de connivences,
A ce point de l’amour où l’instant est fait d’heures,
Où l’eau dans les regards est une eau de jouvence.
Ton baiser sur ma joue descella notre union.
J’ai repris un chemin pour rentrer quelque part.
Enchanté que je t’aie été un compagnon ;
Eploré que j’aie du te rendre à tes remparts.
Après mûre réflexion je remplace “qui lui servait de lit” par “qu’il avait pris pour lit”, 3ème strophe, vers 4, incorrect mais plus joli : G.B. se l’est bien permis lui -> “La première fille qu’on a pris dans ses bras”
Ophélie, l’innocente stagiaire

On lui donnerait le bon dieu sans confession!
Une fois n’est pas coutume, je me fends d’une petite explication au sujet de ce poème qui était à sa création (il y a plusieurs années) destiné à des amis à moi mais dont le thème est (je ne le souhaite pas !) peut-être suffisamment universel pour que je le poste ici.
Nous étions donc un groupe de stagiaires (= jeunes gens exploités par la génération du dessus) et de Volontaires Internationaux (dits « V.I. », à la différence des stagiaires ils sont rémunérés) expatriés à New Delhi, en Inde, et travaillant soit dans le milieu diplomatique, soit pour des entreprises françaises ou indiennes.
Bref, il arriva que le « supérieur » d’une amie à moi, qui était surtout son supérieur en âge, lui offre des chocolats ou lui glisse des petites phrases au sens pas très clair du style : « j’aime te parler sans entendre ta voix »…
Je n’ai toujours pas compris ce qu’il voulait dire par là, ou que trop bien, et c’est ce qui a donné naissance à ce poème, pour faire rire les copains. Je suis curieux d’avoir votre avis ! Vous me direz si, sorti de son contexte, le poème conserve un intérêt ou non.
Ps : j’ai bien entendu changé les noms, mon amie stagiaire s’appelle désormais « Ophélie » et son supérieur « Jean Pignolet »
Ophélie, l’innocente stagiaire
Oyez ! Oyez l’histoire d’Ophélie,
Innocente stagiaire habitant New Delhi Lire la suite... »
Ozymandias – version française
Après d’intenses recherches sur la toile internet qui m’ont pris plus de cinq minutes je me suis aperçu qu’il n’y avait pas d’adaptation française de ce magnifique poème de Percy Bysshe Shelley! N’ayant trouvé que des traductions (plus ou moins exactes d’ailleurs) je me suis mis à la tache et voici le résultat (suivi de l’original). Vous pouvez en savoir plus sur ce poème en lisant l’article de Wikipédia.
Ozymandias
(version française; Nabolo; 16/08/2010)
Jadis, un voyageur d’une contrée antique
Vint me dire : « Il y a, dans ces lieux désertiques
Deux jambes de granit dépossédées d’un buste;
A leurs pieds, les éclats d’un visage robuste
Montrent les sourcils forts, la lèvre autoritaire,
Que le sculpteur a su lier au caractère
Qui survit aujourd’hui dans ces vestiges froids
A la main et au cœur qui l’ont conçu deux fois.
Et sur le piédestal apparaissent ces mots :
« Je suis Ozymandias, Roi des Rois. Admirez
Mon œuvre, ô tout-puissants, et en désespérez ! »
Il ne reste plus rien au-delà des morceaux
Du colosse estropié que l’immensité nue
Du sable, à l’infini, qui s’étend sous les nues. »
(version originale; Percy Bisshe Shelley; 11/01/1818)
I met a traveller from an antique land
Who said: “Two vast and trunkless legs of stone
Stand in the desert. Near them on the sand,
Half sunk, a shattered visage lies, whose frown
And wrinkled lip and sneer of cold command
Tell that its sculptor well those passions read
Which yet survive, stamped on these lifeless things,
The hand that mocked them and the heart that fed.
And on the pedestal these words appear:
`My name is Ozymandias, King of Kings:
Look on my works, ye mighty, and despair!’
Nothing beside remains. Round the decay
Of that colossal wreck, boundless and bare,
The lone and level sands stretch far away”.
Un tour à Aix
Je referme la porte avec délicatesse
Et m’échappe des murs où la fête et l’alcool
m’ont entrouvert des draps légers en politesses
(pardon si certains soirs j’oublie le protocole).
La nuit, pleine au dehors, les rues abandonnées
Sont de mauvais augure… Et je peste, d’ailleurs,
En constatant perdue ma grasse matinée
(pardon si je n’ai pas l’âme du travailleur).
Lorsqu’on n’a pas d’amour pour lequel s’employer
On s’escrime aux passions. Mais Il faut reconnaître,
Feu la flamme, mes dieux, qu’il est loin le foyer !
Le jour, sur les maisons, n’est pas encore à naître.
Donc en compensation des draps et des coussins
Je prends un châle d’air tissé de courants chauds,
La marche d’un hôtel me fait un traversin
(que je n’ai pas de draps, après tout, peu me chaut),
Et les yeux vers le ciel découpé de ma ville,
Où l’étoile paresse à l’ombre des statues,
Je rêvasse, content, le sourire tranquille :
Le clocher a sonné par trois fois, puis s’est tu.
C’est alors que – aurais-je abusé du flacon? -
Je croise le regard d’un atlante de pierre
Qui tout à mes côtés soutient un lourd balcon…
Aussitôt le regard s’enfuit sous les paupières !
Je m’approche, curieux, du fabuleux colosse
pour inspecter son œil… Mais suis interrompu :
Une horde de chats poursuit un gros molosse
Dont la chaîne grinçante a juste été rompue.
De nouveau le néant impose son silence.
Appuyé contre un bac je demeure indécis,
éberlué, guettant, avecque vigilance
D’un spectre malicieux, une autre facétie.
Au lieu d’un revenant, il y a des revolvers
pétants, retentissants, qui annoncent cinq heures.
Le geste vif, précis, je vois des « hommes verts »,
pas des cow-boys martiens, mais de vrais éboueurs.
Ils s’en vont à présent tout comme ils sont venus.
je pousse un long soupir… C’est fini les surprises?
Ils laissent derrière eux la place toute nue.
Parfois l’imaginaire a sur moi trop d’emprise…
Pourtant le bassin tremble ! Il crache à ma figure
Une eau fraîche et limpide accourue des collines
Ma soif s’y épanche et ma bouche inaugure
Le flot neuf, le flot pur, le jour qui dégouline !
Comme pour annoncer le règne des fontaines,
Qu’on voit sur chaque place étendre la boisson
Des Muses et des Dieux, les oiseaux, par centaines,
Viennent en chahutant piailler à l’unisson.
***
Je vais devenir fou d’ivresse et de fatigue.
J’ai le nez romarin et mes yeux sont des figues.
qui se perdent parmi lavande et fruits séchés,
parasols et caissons : je suis sur le marché.
Il est venu à moi, tout seul, comme un ami.
Avec son lot de fleurs, de fruits, et de mamies,
et leurs cabas hutins qui poussent, qui bousculent
jusqu’à ce que, de peur, les camions reculent.
Midi, les collégiens déferlent hors des rangs
des étalages bleus, jaunes et odorants,
en traînant derrière eux leurs immenses cartables
qui vont parfois cogner les rebords d’une table.
Les dames aux cafés, d’ailleurs, ça les agace,
ces minots agités qui mâchent des fougasses
alors que, de tout temps, c’est conclu et c’est dit:
ce sont elles les Reines de l’après-midi.
Elles allongeront leurs longues jambes d’or
à l’abri de leur tasse, autel où les adorent
les messieurs pressés qui remontent le Cours :
à droite il y a la banque, à gauche les amours.
Et puis des musiciens viendront charmer les belles.
Des fleuristes de grand chemin, en ribambelle,
iront aux alentours tendre leurs embuscades,
harceler les amants de bouquets en cascade.
Le soir apportera sa fraîcheur aux platanes,
et de nouveaux bijoux aux belles Occitanes.
Enfin, les bacheliers, en processions furieuses,
animeront les bars de danses mystérieuses,
et au bout de la nuit, iront, sans protocole,
visiter la maison qui laisse entrer l’alcool.
***
Le lendemain, heureux, quoiqu’un peu chavirés,
ils s’assiéront au parc, écriront des poèmes.
Ils te diront ces jours, passés à t’admirer.
Aquae Sextiae, ils te diront qu’ils t’aiment.
La complainte du vétéran de l’amour

Engagez-vous, rengagez-vous qu'y disaient!
Mon bagage grossit à chaque nouveau point
De ralliement. Je vois peser de l’embonpoint
Sur mes sentiments. Elle envie l’officier,
La foule des soldats fraîchement engagés
Sur les sentiers d’Amour, marche au pas, qui s’exalte ;
Elle court les chemins sans s’accorder de halte !
Mais le vieux lieutenant, qui a connu le feu,
Avance à pas menus et ouvre grands ses yeux :
Là-bas dans la pénombre, il voit les revenants
Des batailles passées qui l’ont fait vétéran.
Il s’émeut, il a peur, il hésite, il redoute…
J’avance mon amour, en dépit de mes doutes.
Mon barda est gonflé de ces anciennes guerres,
Mais moi je ne veux plus regarder en arrière :
Je rêve de poser mon fardeau à tes pieds
J’ai simplement besoin de ta main pour l’ôter.
Souches

Je suis pas convaincu par le titre, mais l'image est jolie...
Quand le temps, fossoyeur fort de sa grande pelle,
Enfouit les souvenirs sous la glèbe des ans,
Ils gémissent, ils ploient… Mais répondent présent
à ceux qui les rappellent.
Ta mémoire aurait pu triompher de l’âge et
Faire des décennies une simple vétille.
Or si, pour moi, « jadis » et « hier » s’entortillent
Peut-être as-tu changé ?
Entre deux postulats néanmoins je préfère
celui qui perpétue l’affection et l’amour ;
présumant qu’être amis c’est l’être pour toujours
sauf preuve du contraire.
Je sais ce que tu es car je l’ai déjà su,
J’ai senti et touché l’écorce de ton tronc,
Tes feuilles ont changé à force de saisons,
Oui, mais à ton insu,
Elles n’ont pas bougé d’un pouce nos racines :
Que ta branche s’éloigne en explorant les cieux,
Que ta cime, en croissant, se soustraie à mes yeux,
Tu restes ma voisine.
« Chat perché »

...
Lorsque chante l’obus et fleurit la mitraille,
Nous traversons gaiement la bruyante pagaille
La grenade qui saute, l’immeuble qui s’effondre,
Nous donnent le signal, à nous autres gamins
Qui partons aussitôt en riant nous confondre
Au décor immortel des vestiges humains.
Vers un fourgon crevé les uns se réfugient,
Sur un char éclaté d’autres ont leur vigie :
Nous grimpons dans les arbres ! Nous grimpons les rochers !
A nos yeux enfantins tout peut servir de branche,
Des amas de ferraille aux plus fragiles planches,
Pour narguer la Faucheuse en criant « Chat perché ! »









