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Nabolo tend un paquet emballé de kinokos achetés à Buenos Aires en Argentine

Tout frais cueillis, mes kinokos !

On m’avait répété à tire-larigot que Buenos Aires est une ville très européenne, et c’est vrai qu’à Buenos Aires on n’a pas du tout le sentiment d’être en bas à gauche du monde. Pour autant c’est une ville aux rues perpendiculaires, à l’américaine, mais ses voitures (principalement Renault, Peugeot, Chevrolet) et ses habitants pourraient effectivement bien être européens (tout ceci est passionnant).

Ma première aventure sur place fut de cueillir des kinokos, des espèces de mandarines ovalo-allongées qui poussent aux Carrefours.

Car il y a des Carrefours en Argentine (je parle des grandes surfaces). Je m’en suis senti d’autant moins dépaysé qu’entre Carrefour et moi il y a comme un lien de famille puisque ma mère a travaillé pour eux lorsqu’elle était étudiante : elle conduisait une des neuf voitures publicitaires qui soutenaient les lettres géantes formant le mot « C-A-R-R-E-F-O-U-R »,  le « O » plus précisément. Or, comme elle avait sympathisé avec le conducteur du « A », il n’était pas rare qu’on lise « CRREFUR » lorsque passait la caravane à l’heure de l’apéro… Fin de l’anecdote : merci de votre attention et de votre clémence pour un type qui a entendu cette histoire durant toute son enfance, pendant trente ans.

Les kinokos vous disais-je, ont un goût très acide légèrement sucré sur la fin. Tandis que le pomélo, deuxième fruit que j’ai découvert ici et qui s’apparente au pamplemousse, aromatise les boissons tendances du coin. Autre fruit exotique qu’on retrouve dans les boissons : la manzana, que je ne saurais pas tellement vous décrire… Ca ressemble à de la pomme en plus exotique et plus aventureux.

Après mon passage obligé chez Carrefour, j’ai poursuivi ma visite de Buenos Aires, en quatre étapes, via Plaza de Mayo, La Boca et El Caminito, El Cementerio Recoleta et pour finir, Palermo.

Plaza de Mayo

Plaza de Mayo à Buenos Aires en Argentine

Surprise: la Plaza de Mayo est accessible au public en novembre.

Plaza de Mayo s’appelle comme ça parce que les Argentins célèbrent un truc en mai (rien à voir avec un grand hôtel en mayonnaise donc). Là tout de suite je dirais quil s’agit de leur l’indépendance mais j’ai un doute parce qu’il y a aussi pas mal de rues du « 9 juillet » et qu’ils ne sont devenus indépendants qu’une seule fois. Ou alors en mai c’est peut-être un truc lié aux Malvinas/aux Malwines ? Ça expliquerait pourquoi sur la place en question on trouve une sorte de campement de vétérans qui demandent des indemnités suite à la « guerre de l’Atlantique sud » comme ils disent, pour donner de l’importance à cet événement qui ne concerne finalement pas grand monde… Il y a donc une grande tente plantée là avec des mecs dedans, plus ou moins frais vu qu’ils sont en pleine grève de la faim. Il y a aussi des croix façon cimetière, qui réclament qu’on retrouve les morts disparus, mais je saurais dire s’il s’agit des morts de la guerre des Malwines comme le laissent supposer les slogans du lieu ou d’un des nombreux coups d’Etat qui a agité le pays comme l’indiquent les guides de voyage (j’écarte la piste du kidnapping ou de la fugue). En tous cas sur le fronton de l’imposant bâtiment d’à côté (et en fait sur tous les supports possibles) le message est clair, au cas où l’on en douterait encore : « Les Malwines sont argentines ! », « Souveraineté pour toujours, Malvinas », etc. Imaginez que les Brésiliens s’emparent un jour de l’île d’Oléron et qu’on nous en parle partout et tout le temps pendant des siècles, avec des banderoles géantes tombant de la tour Effel : « L’île d’Oléron est française ! », « Oléron : la souveraineté ou la mort », etc. Voilà, on doit s’approcher de ce que peut ressentir un Argentin (au départ je disais ça pour rigoler mais plus j’y pense plus ça me ferait chier de perdre Oléron… connards de Brésiliens !!!).

La Boca et El Caminito

El camineto dans La Boca à Buenos Aires en Argentine

Je dois reconnaître que les couleurs et les peintures murales qu’on trouve dans certains quartiers de Buenos Aires sont magnifiques, un vrai travail d’artiste qui donne du cachet à la ville ! Il y a peu de tags en contrepartie…

Après un détour par San Telmo, une espèce de marché couvert, je me suis offert un moment frisson en traversant La Boca, c’est-à-dire EL quartier dangeroso de Buenos Aires, mais un paradis de tranquillité comparé à Roubaix ou Marseille. La Boca était jadis le quartier des immigrés, là où est né le Tango. Il existe une équipe de foot du même nom dans laquelle a peut-être joué Maradona ? Tout ça est assez confus et j’ai pas pris le temps de me renseigner, sachant que les spécialistes s’en chargeraient en commentaire (au bas de cet article, n’est-ce pas ?). Un peu plus loin Le quartier devient carrément touristique, à l’entrée de ce qu’on appelle « El Caminito », ce qui doit probablement signifier « petite chemise » ou « petit chemin » (je penche pour le second). Dans El Caminito, c’est carnaval ! L’endroit rappelle une école maternelle géante, avec des couleurs primaires de partout, des statues en papier mâché et des danseurs de Tango. Il y a aussi un double vivant de Maradona qui se précipite vers moi pour me supplier de prendre une photo: il m’a reconnu, ne suis-je pas moi-même le double vivant d’Indiana Jones ? Non ? Ah bon. Le triple ou le quadruple alors ? Ok, ok. En tous cas ça fait plaisir d’être reconnu par ses pairs, partout dans le monde.
Pour conclure, El Caminito c’est plein de couleurs, de vie, de touristes, au milieu desquels coulent des rails, abandonné dans le tumulte comme les excréments bucoliques d’un train de campagn… MUUUUUUSES ! Mais muses !! Ne me laisserez-vous donc jamais en paix (bordel) ? Je ne le sais pas encore à ce moment du voyage, mais la destinée ferroviaire de l’Argentine est particulière. Apparemment le pays avait un bon système ferroviaire, jusqu’à ce que les cheminots entrent en grève, défiant la promesse des gouvernants que s’ils persistaient, ils ne travailleraient PLUS JAMAIS. Promesse tenue : il ne reste des trains argentins que les rails.

El cementerio Recoleta

Voie ferrée dans el camineto de la boca à Buenos Aires en Argentine

Des rails, au beau milieu de nulle part… Enfin je veux dire d’un point de vue de rails. Parce que quelque part c’est souvent nulle part pour des rails (et vice et versa).

El cementerio signifie cimetière : c’est pas difficile à comprendre, et pour peu que vous soyez nuls en orthographe vous écrivez peut-être vous-même en espagnol. L’intérêt du lieu est bien sûr la tombe d’Evita (cf: l’histoire de l’Argentine), cette fameuse leadeuse spirituelle argentine dont l’aura continue de brûler encore aujourd’hui, si tant est qu’une aura brûle.

D’après les guides touristiques la tombe vaut le coup d’œil… Hélas je tombais mal (justement) et tombais des nues (je ne me lasse jamais d’un bon jeu de mots) lorsque le gardien du lieu m’informa que le cimetière fermait et que je n’y pourrai pas zentrer. Il a néanmoins fini par me laisser passer, « au nom de la culture argentine », mon argument atomique de dernier recours, comme quoi j’avais traversé des océans et des nuages pour venir voir la tombe de Madon… de Evita.

Les guides touristiques disaient encore que pour trouver la bonne tombe dans ce dédale de tombeaux il suffisait de trouver la foule, immanquablement rassemblée pour honorer la défunte quelques soixante ans plus tard… Et il y avait foule, c’est vrai, mais c’était une foule de touristes qui avaient lu le même guide que moi et qui croyaient trouver la tombe en se joignant au groupe. Une belle brochette d’ignares quoi, qui tournaient en rond sous la pression du compte à rebours (la fermeture du cimetière), en entraînant les naïfs dans leur spirale infernale… Bon on a quand même fini par trouver la tombe d’Eva Peron, rebaptisée de son nom de jeune fille, Duarte, pour nous faire chier pour l’occasion.

Je préfère prévenir ceux qui, de passage à Buenos Aires, seraient eux aussi tentés par ce détour : la tombe d’Evita ressemble assez à une tombe. Le plus étonnant dans tout ça ce sont les cabines téléphoniques rouges à l’entrée du cimetière : surprenant pour un pays en guerre psychologique avec l’Angleterre… (à moins qu’il ne s’agisse d’otages ?)

Palermo

Le cimetière de la recoleta où se trouve la tombe d'Evita

« Ce type sait où se trouve le tombeau ! Tous derrière lui !!! »

Y a des trucs bien récurrents dans la culture argentine comme Evita, Maradonna, les Malwines, etc., mais aussi le « Maté », je vous en parlais dans l’article de départ, qui y occupe une position de choix.

J’ai bu mon premier Maté (non parce que le Maté est un truc qui se boit) à Palermo, le quartier branché de la capitale. Eh ben le Maté, c’est du thé vert en fait, sauf qu’au lieu de se faire chier à le foutre dans des sachets ou à utiliser des filtres à feuilles, les Argentins ont inventé des pailles qui font filtre. Donc plutôt que de retenir les feuilles hors de la tasse (ce qui est du gâchis), ou dans la tasse avec un filet (ce qui est compliqué), les Argentins ont eu l’idée de foutre une paille-filtre dans la mixture (je me répète un peu mais c’est quand même une putain d’idée). C’est comme de boire du thé à l’air libre pour ainsi dire : les feuilles flottent librement dans le pot, et tu peux tirer sur ta paille sans souci/inquiétude d’en aspirer. Relax quoi. Et après quand y a plus d’eau tu peux en rajouter. C’est nabolosement plus pratique que d’avoir à rajouter des herbes, vu que l’eau potable chaude est, à l’heure actuelle, plus facile à trouver : si le pragmatisme devait l’emporter un jour sur les traditions, pas de doute que le Maté se répandrait partout à la surface du globe.

Au passage, quand je dis que le Maté c’est du thé vert, c’est pas loin d’être vrai, sauf que c’est fait avec de l’herbe qui est pas du thé et que les Argentins s’en remplissent les coucourdes (récipient traditionnel de cette boisson) à tel point qu’il reste à peine la place pour foutre de l’eau. Autant vous dire que ça arrache la gueule au départ et qu’il faut pas en boire avant d’aller dormir. En attendant ce sera la boisson de mon voyage : j’aime pas forcément trop trop ça de prime abord mais je vais me forcer, pour que l’Argentine ait un goût dans mes souvenirs (putain, muses…) (ne me laisserez-vous donc jamais en paix ?!). C’est ce qu’on appelle un « ancrage » en PNL (« Programmation Neuro Linguistique », faut que je vous parle de ça à l’occasion).

De retour à l’auberge où la chambre que je devais occuper a été dévastée par…? Mes hôtes ont bien du mal à l’expliquer (mes prédécesseurs y auraient-ils fêté le week-end ? Et vomi ?). Je récupère mon barda et me mets en quête d’un nouveau toit (les aléas du voyage). C’est beaucoup de remue-ménage pour pas grand-chose car je dois me précipiter à l’aéroport quelques heures plus tard à peine pour m’envoler vers la Patagonie. Je m’envole d’ailleurs dès que j’ai posé les fesses dans le taxi, quand le chauffeur s’autorise un excès de vitesse de 101 km/h !! Record battu !!! (sur une route limitée à 20 km/h, j’avoue) Ça ne l’empêche pas d’accepter un billet de 200 pesos à l’arrivée : le type me dit « gracias », genre « le compte est bon » ! Et ma monnaie ?! Tss, tous des voleurs obsédés par l’argent ces Argentins (d’où le nom). Du coup j’ai dû retirer du cash, et c’est là qu’un gros type patibulaire mais presque me tape sur l’épaule. Deux mètres de haut pour deux mètres de large : autant vous dire que je ferme ma gueule lorsqu’il m’intime gentiment de récupérer la carte bleue que je viens d’oublier au distributeur. Tss, ces Argentins décidément, ils sont tous…euh… contrariants !!

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