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Massouda Yala Plisk Idhebark était un honnête bédouin, héritier des traditions ancestrales de son peuple dont il faisait un irréprochable garant. Nomade comme l’avait été son père et le père de son père avant lui, il était accoutumé aux duretés du désert et savait lire dans la dune ces traces invisibles qui, toujours, lui montraient le chemin.
Ainsi donc, le jour ou une tempête de sable éclata à l’improviste, il prit son mal en patience et, accompagné de son plus fidèle dromadaire, attendit que le souffle passât.
Au bout de quelques heures, le ciel reprenait son calme brûlant et Massouda remonta à dromadaire, cherchant la piste balayée par l’ouragan mais qu’il ne manquerait pas de retrouver bientôt, songea-il avec sa confiance habituelle.

Plus facile à dire qu’à faire, en vérité !

Massouda supportait aisément la faim comme la soif, il était rompu à cette vie rude qui font des hommes des sables un peuple taciturne. Mais il y avait une chose pourtant qui échappait totalement à la force de sa raison : c’était ces envies de baiser, violentes et subites, qui lui tordaient les dates de douleur à moins qu’il en tirât le jus.

Incapable de continuer sa chameauchée dans de pareilles conditions, Massouda mit pied à terre et comme il avait l’habitude de le faire dans ces moments de détresses, il s’adressa à son dromadaire :
– La virité ti ma bien cassé li couilles avec ta bosse : jvi ti casser li cul avec li miennes.

Les dromadaires ne parlent pas le langage des hommes. Celui-ci néanmoins, par la force de l’habitude, savait reconnaître un péril quand il s’en présentait un : au moment où Massouda, ayant ôté ses vêtements, s’apprêtait à le rudoyer, le dromadaire s’éloigna de quelques pas pour se placer hors de danger. Massouda essaya bien de le rejoindre mais le dromadaire, animal intelligent, ne s’en laissa pas compter : il allongea la distance.

Massouda était tenace cependant, et la course-poursuite se prolongea, rythmée par les imprécations du bédouin qui menaçait :
– Atta qui j’t’attrape !

Au bout d’un moment, l’étrange duo arriva dans un petit village des bords du Nil : le dromadaire en tête et Massouda à sa suite, arborant une virilité debout…

Par bonheur, les trois premières personnes que Massouda rencontra dans ce hameau bien connu des touristes étaient un trio de jeunes filles : des appareils photos pendaient sur leurs poitrines à peine voilées où se rejoignaient d’élégantes et sensuelles boucles blondes. C’étaient de jeunes Anglaises, en toute vraisemblance, qui ne se privèrent pas de commenter l’arrivée de Massouda, non sans une certaine admiration pour cette incroyable vigueur que le bédouin exposait à la vue de leurs charmants yeux bleus.
– Si ça ci pas la chance di ma vie ! pensa Massouda et il se dirigea immédiatement vers les trois jeunes femmes rougissantes, gloussantes mais pas vraiment effarouchées :
– Bijour midmoiselles, j’ai un sirvice à vous dimander… déclara-t-il sans la moindre hésitation, Vous pivez m’ider à tinir li dromadaire ?

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