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La porte de Brandebourg (en fait c'est les colonnes du milieu au fond là-bas) pendant les dix minutes du séjour où il n'a pas plu.

La porte de Brandebourg (en fait c’est les colonnes du milieu au fond là-bas) pendant les dix minutes du séjour où il n’a pas plu.

Avant de vous raconter mon aventure berlinoise je tiens à vous dire que j’en ai chié pour choisir le titre de cet article, tant j’ai hésité entre « Berlin goth », « Berlingot » et « To Berlin go, or not to Berlin go ».

Ensuite je voulais ajouter : nazis, juifs, nazis, juifs, nazis, juifs, nazis, juifs parce que c’est pesant de séjourner dans une ville à ce point marquée par l’histoire, au point que t’as un vrai besoin de lâcher les mots interdits quand t’en sors, en application du mécanisme si bien illustré par le conte de « La sorcière du placard au balais. » (cf: les contes de la rue Broca)

Bien. Berlin, donc. A chaque fois que j’ai posé la pertinente-question-suivante à quelqu’un : « C’est bien Berlin ? » il m’a décliné sans faillir une liste d’adjectifs : « jeune », « verte », « dynamique », « européenne », « moderne », « alternative » et enfin « super ».

Un temple grec

Un temple grec

Il fallait donc que j’allasse voir chers lecteurs, et j’allasse voir. Eh bien Berlin m’a déçu, c’est triste à dire et j’entends déjà les « oooh ! » réprobateurs qui s’élèvent de vos rangs. On m’en a tellement dit du bien que j’ai du m’attendre à quelque chose de trop extraordinaire peut-être…

J’ai aimé l’aspect historique de la ville néanmoins. Première surprise : nous n’avons pas tout détruit pendant la guerre (je dis « nous » car mon grand-père était résistant) et il reste encore pas mal de bâtiments gréco-romains que les Allemands ont récupéré pour faire des musées et des trucs politiques d’où ils décident d’envoyer de l’argent en Grèce, justement, ce qui est bien normal comme dit mon ami Anestis Konstandinopoulos, vu que c’est à cause d’eux qu’y a eu la guerre (le grand-père d’Anestis était résistant).

Le VRAI mur de Berlin (pour de bon, c'est pas une blague! Il est tout skinny le pauvre...)

Le VRAI mur de Berlin (pour de bon, c’est pas une blague! Il est tout skinny le pauvre…)

Et puis il y a le fameux mur (même si en vrai Berlin n’a pas qu’un mur), bien sûr, dont des pans entiers ont miraculeusement survécu aux bombardements franco-américains (et un peu aussi des autres enfoirés qui ont brûlé Jeanne d’Arc), ce qui est surprenant tant le mur ne paie pas de mine. Franchement on dirait du contre-plaqué. Doit y avoir 30 cm d’épaisseur max… D’ailleurs je suis sûr qu’avec un bon coup de poing y’ait moyen que tu te casses le poing. C’est fou qu’il ait fallu des années aux Allemands pour en venir à bout ! C’est probablement dû à leur côté ultra-discipliné, que je ne critique pas car il a ses vertus… sauf que les Allemands de nos jours ont l’air vachement plus rebelles que ceux de l’époque du mur, et que n’ai-je pas été surpris de découvrir des tags partout, sur les murs des maisons et les murs de Berlin ! Ainsi que des punks, des clochards qui vendent des peintures ou qui jouent de la musique, des squatteurs qui squattent, des homosexuels des deux sexes qui s’homosexuent dans la rue, la totale quoi ! Mais que fait la police ?! C’est là que tu te dis que la guerre n’est pas tout à fait finie à Berlin. Et c’est vrai, d’ailleurs, que d’un point de vue urbain tu ressens qu’y a quelque chose de pas clair dans cette ville, avec des zones modernes, vieilles, ou en construction, qui bataillent avec discrétion au milieu des parcs et des jardins…

Un petit Berlinois brave le muret de Berlin dans un des nombreux parcs commémoratifs de la ville.

Un petit Berlinois brave le muret de Berlin dans un des nombreux parcs commémoratifs de la ville.

Car il y a pas mal de nature et de coins verts à Berlin, ce qui est pratique pour que les guêpes viennent faire chier. J’en ai une qui s’est incrustée dans ma bouteille de pilser. Une autre m’avait déjà fait le coup avec mon ice-tea la veille, d’où il avait été facile de la déloger. Mais celle dans la pilser a fait un coma éthylique direct. Et pas moyen de la faire sortir ensuite. J’ai tenté de la verser au-dehors pour les sauver toutes les deux, ma bière et elle, mais la bière s’est mise à mousser. Du coup il a fallu la sacrifier toute entière et je suis même pas sûr que ça ait sauvé la guêpe… Elle est tombée dans les fourrés, ivre morte et les ailes empêtrées de mousse. Je l’aurais bien ranimée, mais s’il y a une chose que la vie m’a apprise c’est que les guêpes ne font aucune distinction entre la main qui veut les aider et celle qui veut les écraser (elles aiment pas les mains) et que donc l’homme doit parfois se retenir d’intervenir devant le spectacle cruel mais naturel de la nature… et quoi de plus naturel qu’une guêpe qui meurt noyée dans une bière à Berlin ?

Ceci dit j’ai fait d’autres trucs à Berlin. J’ai vu le musée sur la vie à l’époque de quand y avait le mur, j’ai vu des squatts, j’ai mangé turc, j’ai vu checkpoint Charly avec la photo de Charly, j’ai pris le métro, j’ai vu le musée de toute l’histoire allemande…

Mais où est Charlie?!

Mais où est Charlie?!

Mais je pense que ce qui donne sa « vibe » à la ville, ce sont avant tout les Berlinois. Le problème c’est qu’il n’y en a pas, ou peu. Berlin c’est surtout de grands espaces vides, des biergartens dépeuplés, des passages cloutés où les piétons se comptent sur les doigts d’une main. Y a personne. Si Berlin était un quartier de Bombay ce serait une zone d’entrepôts des marchandises, à 4h du matin.

C’est très (trop ?) tranquille. Sans compter que le peu de gens qui habitent là ont tendance à être gentils et polis bien qu’ils soient tous punks. Enfin pas tous : on croise tous les looks à Berlin, ce qui est fou vu le peu de gens. Et tout le monde se respecte. C’est cool. Pas de violence. Pas de problème. Qu’est-ce que c’est chiant… Ca doit être bien pour y vivre, parce que c’est pas stressant comme ville (bien qu’il y pleuve tout le temps : c’est pas une blague ! J’y étais cinq jours au mois d’août et il a plu tout le temps) mais niveau dynamisme je suis pas convaincu. Alors je suis sorti faire la fête pour voir, avec mes deux camarades de voyages, et le récit de cette sortie illustrera bien mon expérience berlinoise.

Tachless: un refuge de punks artistes

Tachless: un refuge de punks artistes

On s’est donné rendez-vous à Tacheless : un grand immeuble tagué de partout et squatté par des artistes alternatifs punks qui font de la sculpture et des collages avec du plastique et des bouts de fer (et d’autres trucs, je précise, pour pas que ça ait l’air réducteur). L’immeuble se trouve à deux pas de « l’île aux musées », là où y a tous les bâtiments grécos-romains que je vous disais tout à l’heure, qui elle-même se trouve à deux pas de l’Alexanderplatz où il y a une grande tour qui permet aux Allemands d’avoir la télé (pragmatiques, les Allemands se sont arrangés pour que ça ait l’air d’un monument, afin de booster leurs ventes de cartes postales). Bref, ensuite on est allé prendre un train, parce qu’à Berlin y a des trains, des métros, et des trams, tous propres, pratiques et à l’heure, sans jamais de contrôleurs dedans, et sans qu’on ait besoin de passer des bornes de sécurité (les Allemands sont honnêtes)(pas comme les Italiens)(d’ailleurs nous aussi à Paris si on avait pas tant de touristes Italiens…)(bref). Malgré leurs nombreuses qualités, les transports en commun berlinois ont un défaut de taille : la déco. C’est tellement moche à l’intérieur que personne ose taguer. L’imprimé sur les banquettes répète des motifs de tâches rouges, blanches et bleues. Partout sur les vitres il y a la porte de Brandebourg en imprimé blanc, à l’endroit et à l’envers… ridicule, un peu comme la porte de Brandebourg elle-même (d’ailleurs Napoléon ne s’y était pas trompé : il n’avait volé que le quadrige). Je reprends : donc on sort du train et on arrive de nuit dans un quartier désaffecté (Berlin quoi). La seule personne qu’on croise au bout de dix minutes de déambulation dans ce no man’s land c’est un jeune tibétain qui cherche son hôtel (je sais que ça n’a pas de sens mais c’est comme ça, je me contente de vous raconter ce qui s’est passé). Finalement on croise trois Allemands qui nous certifient qu’on est en plein cœur de Berlin, à proximité d’un de ses clubs les plus branchés, dont ils nous indiquent le chemin : tout droit au bout de la rue, puis le petit chemin de terre. On galère, puis on trouve. On passe le chemin de terre, on passe sous une voute, et là on arrive devant « La Boule » de Fort Boyard : un pas-si-petit chauve débordant de biceps, de triceps et de pectoreps, torse nu sous son maillot de corps, les bras croisés devant un panneau « XXX, men’s club ». J’ai vu ma vie défiler devant moi et j’ai compris que, comme mon grand-père, ça allait être mon tour de prouver que j’étais résistant. Mais non en fait, car La Boule, très poli, a fait de gros efforts pour expliquer à mes camarades (toutes deux de sexe féminin) et moi-même, en un français approximatif, que le club que nous recherchions n’était pas ici. Je l’ai cru tout de suite.

La zone animée de Berlin

La zone animée de Berlin

Nous sommes repartis donc, traversant de grosses zones sans personnes d’autres que des réverbères, et parfois des rues un peu éclairées avec quelques restos à moitié plein, et puis des squatts où des punks discutent poliment jusqu’à parvenir, au fond d’une rue toute noire, devant la porte d’un club « in » de la capitale allemande : « Le ping-pong bar ». Vu l’endroit, je m’attendais à y retrouver ce show classique mais toujours distrayant des bars populaires de Bangkok… Que nenni, c’était pire encore : car à l’intérieur, sous un lourd nuage de (fumée de) tabac, de jeunes gens s’adonnaient à une véritable tournante !!! Je déconne pas, une vraie tournante : la table au milieu, chacun sa raquette à la main qui tourne autour en essayant de renvoyer la balle. Le ping-pong bar était un ping-pong bar. Il n’y avait plus de raquettes et j’ai du jouer à la main, ce qui m’a attiré la sympathie de plusieurs joueurs, d’à peu près mon âge, bien qu’ils portassent la moustache, fussent Allemands ou Australiens et paraissoissent sortir directement d’un épisode de l’inspecteur Derrick.

Je suis rentré tout pensif vers mon auberge ce soir là… Berlin, Berlin go or not to Berlin go ? (NDLR: oui, on retrouve le jeu de mot du début). C’est sans doute mieux d’y vivre que d’y tourister, on peut alors profiter de la liberté d’entreprendre qu’offre cette « capitale en mouvement », vous dis-je en paraphrasant ceux à qui j’ai raconté mon expérience là-bas. Parce que perso je suis pas sûr d’avoir bien compris cette ville… Et à vrai dire je m’y suis bien fait chier… Mais en écrivant ces lignes je me rends compte qu’il y a aussi des choses à raconter. En vrai, je ne pense pas que Berlin soit une ville pour tous. Perso je l’ai trouvée trop froide, on n’a pas accroché tous les deux. Mais je suis content de l’avoir vue, surtout d’un point de vue historique. Ce qui m’a le plus étonné et enrichi à ce niveau là, je pense, c’est de voir à quel point, dans leurs musées, les Allemands lient leur histoire à celles des Français, lien que, d’un point de vu français, nous avons cherché à gommer au maximum. Pourtant, au muséee de l’histoire du peuple allemand, il apparaît clairement que les Français sont les cousins d’à côté, eux aussi descendants de Charlemagne, et dont l’histoire est indissociable de celle de leurs cousins Germains… J’ai jamais ressenti ça de toda mi vida en étudiant l’histoire de France en français, ou vite fait, avec la construction de l’Europe, et ça avait tout l’air d’un truc inventé pour faire style qu’on est ami… Alors que chez les Allemands ce sentiment a l’air plus fortement ancré. Vraiment intéressant. Je me sens vachement plus allemand maintenant. Ich bin ein Berliner.

A Berlin Ouest: un vestige vintage du capitalisme Berlinois... Heureusement que le mur est tombé.

A Berlin Ouest: un vestige vintage du capitalisme Berlinois… Heureusement que le mur est tombé.

Je suis sorti de mes pensées en découvrant pour la première fois, à Berlin, tant de personnes rassemblées au même endroit : dans le métro, autour d’un reggaeman-jamaïcain-francophone qui chantait ses adaptations de Bob Marley, telles que « No Deutschland no cry », les Berlinois reprenant en cœur, tous ensemble, en riant dans leur métro moche et propre. Un peu comme quand un gipsy accordéoniste déboule dans une rame parisienne (si belle mais si sale) avec sa boîte à musique, sauf qu’à Paris tout le monde l’ignore. A la fin, le reggaeman est passé entre les banquettes, le chapeau à la main en répétant : « Pff capitalistes, capitalistes… Alors, vous êtes capitalistes ou pas ?! », en s’énervant lorsqu’il ne recevait pas d’argent. C’est bien la preuve qu’à Berlin, le communisme n’est pas tout à fait mort.

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