Et voici la dernière des nouvelles qui compose le recueil "Transports en commun", à paraître bientôt ! Ne vous inquiétez pas
je vous donnerai toutes les infos nécesaires pour que vous puissiez le commander à sa sortie et l'offrir à parents, frères, soeurs, oncles, tantes, aïeux, etc. Même décédés, on sait jamais, ça
peut leur plaire !
Commencez par le début en cliquant ici !
Aujourd’hui j’ai vingt-huit ans. J’ai voyagé, j’ai vécu. J’ai connu de nouvelles amours, des bonheurs, des déceptions, des bonheurs encore. J’ai rempli mon armoire d’objets et de souvenirs. J’ai construit mon grand escalier. Récemment, j’ai décidé de lui appliquer une courbe : chaque jour je sais un peu mieux qui je suis et ce que je veux.
Les amours passent, ne se ressemblent pas, mais tous ont un début et une fin. Est-ce que l’amour est éternel ? Je ne crois pas. J’ai appris à rationnaliser tout ça, à accepter que les sentiments s’enflamment et s’estompent. J’ai proclamé partout que le couple était mort, que la belle au bois dormant était assommante et le prince charmant un éternel insatisfait.
Des rencontres se font aux deux bouts de la Terre. Je croise en Amérique des amis Européens, et en Asie, des amis d’Amérique. On se reconnaît par hasard dans les rues du monde : les liens perdurent, si l’on veut.
Aujourd’hui, on n’a plus besoin de mémoire, pas comme avant. Il y a un millier de moyens d’accélérer encore le temps et de triompher des espaces. Ecrire une lettre n’est plus utile puisqu’on peut passer un coup de fil, chatter ou cloner les e-mails. J’ai des amis d’antan dont je peux connaître la vie par cœur rien qu’en quelques cliques sur Internet.
Au hasard des cliques, je tombe sur toi. C’est amusant, tu as changé d’apparence. Je ne vois pas ta couleur sur tes photos, je ne ressens rien.
On s’écrit, tu me dis que les lettres que je t’ai envoyées jadis t’ont touchée, que tu les as gardées. Nous fixons un rendez-vous et c’est la rencontre.
Je ne sais pas qui tu es. Tu n’es pas une amie. C’est autre chose. Je te regarde : j’attends que tu sortes ton ruban de couleur. Mais rien, pour le moment. Nous parlons, nous buvons… Et puis le ruban se déploie. Il virevolte au-dessus de ta tête, tu as toujours la même couleur, et il y a quelque chose à moi dedans. Ou l’inverse.
Soudain je m’aperçois que je t’ai pris la main. Les souvenirs explosent à ce contact. Je me heurte à tes yeux. Le passé se mélange au présent, je me sens bien.
La soirée est belle, toi aussi. J’ai trop bu sans doute. J’ai complètement oublié les codes, même si l’alcool n’y est que pour moitié. J’ai déversé sur toi un flot de souvenirs, de sentiments passés, présents et potentiels comme un raz-de-marée sur un verre d’eau. Tu t’enfuis devant le danger, parce que je suis trop. Trop d’amour fait peur notamment ; peur de blesser, peur d’être aimé, peur de souffrir ; de la peur, toujours de la peur, encore de la peur !
Tu n’as pas tort, je réagirais sans doute pareil à ta place. Je sais aimer, mais sais-je l’être ?
Tu ne me rappelleras pas contrairement à tes dires. Tu écriras juste que nous ne devons pas nous revoir, que tu es trop importante pour moi.
J’ai défoncé ta porte, surpris l’ameublement, et affolé ce dragon de garde devant lequel je cours encore.