Après quelques semaines d’expérience parisienne, j’ai découvert quelque chose
de très particulier, vraisemblablement propre à la capitale et qui lui vaut sans doute son titre de « Reine de la mode ».
Ici, les gens ne portent pas de vêtements pour lutter contre le froid (ils pourraient), ou pour lutter contre le ridicule (comme le préconise la bible) mais pour se parler. Si un Parisien ne vous répond pas, refuse de vous indiquer où se trouve la rue Tiquetonne, néglige les « bonjour », « au revoir » et « merci » au cas où vous auriez déjà eu le privilège d’interagir avec lui, c’est tout simplement parce que la majeure partie de sa communication s’effectue par l’entremise de ses vêtements. Eh oui. Ca coute plus cher que d’utiliser la bouche, mais du coup ça permet de parler simultanément (de soi) à tout son entourage, badauds, passants, chalands et autre synonymes du même mot.
Donc, quand vous débarquez quelque part, la première chose que
regardent les Parisiens ce sont vos chaussures, qui représentent votre personnalité. Pourquoi les chaussures ? Aucune idée, mais pourquoi pas, admettons, plutôt que de vous regarder dans les
yeux on vous regarde dans les pieds et on conclue : classe, cool, rétro, sexy, rasta, caille, hype, etc.
Les amis qui me servent de guides dans ce nouvel environnement culturel que représente pour moi la ville lumière, se sont empressés de me faire comprendre que le must du must, en ce moment, c’est d’être « hype ».
Que signifie « hype » ? Personne n’étant en mesure de répondre à cette question je google :
Nom commun : promotion exagérée, tromperie, adepte de stupéfiants, danse du hip-hop.
Verbe : stimuler, augmenter
Adjectif : génial, cool, de première classe
J’en conclus qu’être « hype » c’est se promouvoir soi-même,
de manière un peu exagérée, dans le but d’être génial, non sans s’adonner au hip-hop et à la consommation de stupéfiants. Ok. Rien n’est impossible. Quand on veut on peut.
Le problème, c’est qu’être « hype » n’est pas à la portée de tout le monde.
En fait ça coute très cher, car être « hype », c’est porter des vêtements hors de prix spécialement designés pour faire croire que vous venez de les trouver, roulés en boule, dans une
poubelle. Les jeans, par exemple, sont soigneusement déchirés et usés à des endroits stratégiques, localisés sur le pantalon par des ténors de la haute couture. Autant dire que si vous déchirez
vos jeans vous-même, en amateur, personne ne s’y trompera et vous connaîtrez cette expérience ô combien enrichissante que trop de monde a tendance à redouter : celle du ridicule (alors que,
comme ce qui ne tue pas rend plus fort, et que le ridicule ne tue pas, il s’agit d’un des premiers vecteurs de force auquel on puisse s’abreuver : « Le ridicule rend plus fort. »
Mais passons…)
Tous ces vêtements hors de prix, n’en sont pas moins de mauvaise qualité, ce qui importe peu puisque lorsqu’ils tomberont en loques (je veux dire vraiment, pas pour faire exprès) la mode sera passée, et il sera temps de devenir autre chose que « hype », un autre adjectif, anglophone, très probablement, à moins que la Chine ne devienne la première puissance culturelle d’ici là mais j’en doute car les échéances de la mode sont très très courtes.
Donc une fois devenu pauvre après avoir acheté vos vêtements de pauvre (mais qui sont en fait des vêtements de riche, c’est
juste que le pauvre est à la mode en ce moment), les Parisiens devineront que, récemment encore, vous étiez riche, mais que, comme eux, vous avez fait le sacrifice de vos économies pour pouvoir
leur parler, avec vos vêtements. A l’égal des gens normaux, les Parisiens apprécieront que vous ayez fait cet effort (même si vous ne le faites qu'avec vos habits) et, de gratitude, ils vous
regarderont. Comme vous leur parlez avec vos vêtements, des Parisiens qui vous regardent, c’est un peu comme des provinciaux qui feraient l’effort de vous écouter. La communication est
établie.
Je dois reconnaître que la plupart des conversations humaines ayant pour objectif, avoué ou inavoué, de permettre aux humains d’exprimer qui ils sont, le fait qu’ils y parviennent par la parole ou par habits interposés revient à peu près au même. C’est simplement qu’il faut s’habituer ( ?).
Les chaussures occupent une place de premier ordre dans l'importance de l'accoutrement. Tu trouveras en deuxième position la coiffure, puis les lunettes (si besoin), et pas la montre contrairement à ce que dit la pub. Après c'est plus compliqué car un fossé sépare la gente masculine et féminine. Si ceinture-maquillage-bijoux constitue les exigences suivantes, les hommes n'ont à soigner que... leur barbe. Tendance de fin de séjour lorsque j'étais dans la plus belle ville du monde (eurk eurk), toute forme de protège-tête importait de plus en plus (bah vi l'été arrivait).
Bref, pas mécontent que tout cela soit fini, et que que je n'aie qu'à porter un jean t-shirt pull ô combien classique mais préférable à mes yeux à chaussures croco jean troué ceinture de catch lunettes étoilées et chapeau haut de forme.
juste pour me marrer avec les réactions.
Et moi je regarde la totalité des vêtements. Tout simplement parce que quelques fois il y a de quoi rire. Le SDF avec des chaussures Nike, le bureaucrate en veste taillé et cravatte qui porte un jean bleu (oui derrière un bureau le pantalon se voit pas)...
Bontiv