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premier chapitre ici
Amayiro avait le sentiment de jouer une partie d’échec dont il ne contrôlait pas les pièces. S’il était le général en titre de l’Armée bontarienne, Monseigner Danathor, l’intendant de la ville, avait le chic pour s’immiscer entre lui et ses subordonnées. De sorte que, les plaines de Cania étant sous contrôle, voilà que le gros de l’armée menait campagne au sud et que Danathor pressait l’exécution du projet P.A.F. Pris de court, Amayiro n’avait pas eu d’autre choix que de faire avec ce qui lui restait de moyens, augmentant le nombre de miliciens et concentrant leur vigilance à l’est, d’où seul, pensait-il, pouvait venir le danger.
Enfermé dans son cabinet, au sein de la milice, Amayiro ne dormait pas et mangeait peu. Un flux constant de messagers lui rapportait les succès du capitaine Fésastar qui continuait sa progression vers le midi. Fésastar venait de reprendre le versant sud des massifs de Cania aux Brâkmariens, que les Bontariens leur avait concédé en grande souffrance, il y avait de cela deux ans. S’il y avait lieu de s’en réjouir, Amayiro, qui voyait plus loin que ce simple succès, s’inquiétait du champs libre que les troupes mobilisées pour ces opérations laissaient aux forces ennemies du côté d’Amakna et d’Astrub. Il demandait aussi fréquemment des nouvelles du lieutenant Mazone dont il savait le départ imminent. S’il était défavorable au renouvellement d’une entreprise qui avait déjà échouée par le passé en coutant la vie d’un homme, il ne cherchait pas non plus à s’y opposer. Le projet P.A.F. était porteur d’espoirs trop immenses pour qu’il ose prendre cette responsabilité.
Au beau milieu de la nuit, alors que, pour la énième fois, il mettait à jour son atlas stratégique en fonction de ses informations les plus récentes, une tripotée de miliciens frappa à sa porte. Les gardes étaient en proie à une vive agitation et parlaient d’un phénomène inhabituel qui se serait produit à environ trois heures de marche, à l’est. Amayiro prit la tête d’une colonne et se rendit sur place.
A l’aube, il découvrit les lieux comme Zeurg et ses kanigrous les avaient laissés : Barbra était allongée près d’Anniki, Anyou restait silencieuse, assise, les yeux dans le vague. Il y avait aussi un matelas au milieu d’un cratère. Amayiro fit installer les trois femmes sur des civières. Il laissa les Xélors et les Ecaflips qui l’accompagnaient sur place, avec pour mission de reconstituer les évènements, s’ils le pouvaient, et de trouver d’autres survivants, s’il y en avait.
Cependant qu’Anyou et Barbra étaient rapatriées, une demi-douzaine d’Eniripsa s’affairaient autour d’elles, prononçant des mots soignants et des mots de régénération. C’était par la magie du verbe qu’opéraient les fidèles de la Grande Curatrice. Comme leur bienveillance, leur apparence rappelait celle des fées. Grâce à leur aide, Barbra ne tarda pas à ouvrir l’œil, Anyou à retrouver ses esprits. Amayiro qui marchait non loin s’en aperçut et vint aux nouvelles. Mais les convalescentes avaient plus de questions que de réponses à lui proposer.
- Où est la clef ? demanda Barbra.
- Où est Pouille ? demanda Anyou pour qui cette question était autrement plus importante.
- Nous n’avons trouvé ni l’un ni l’autre répondit calmement Amayiro qui n’en était pas moins inquiet. J’ai bien peur que ce projet fou n’ait tourné au fiasco.
Anyou avait du mal à croire ce qu’elle entendait. Des larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne connaissait Pouille que depuis quelques semaines, mais ces semaines lui avaient paru des années au sein de cet univers nouveau qu’était Bonta et dont elle s’était fait une patrie d’adoption. Barbra semblait sous le choc elle aussi, quoique ce ne fut pas pour les mêmes raisons.
« Alors je n’ai plus qu’à rejoindre la troupe de Vanthar et à mourir au combat », dit-elle simplement.
Vanthar ! Anyou pensa au beau crâ, à cet amour si spontané qu’elle avait conçu pour lui et qui l’avait conduite dans cette civière. Vanthar risquait sa vie lui aussi en ce moment, pour le même idéal qu’elle. Anyou puisa du réconfort dans cette conviction, et se réjouit des succès que le capitaine remportait et dont Amayiro les informait à présent.
Lorsque la colonne arriva à Bonta, Barbra et Anyou étaient de nouveau capables de marcher. Amayiro les congédia en recommandant à Barbra de prendre quelques jours de repos avant de partir pour le front si toujours elle s’y résignait. Anniki n’avait pas reçu de soin. Son état n’ayant pas été jugé critique, on l’avait directement jeté au cachot sous les injures d’Anyou qui trouvait encore l’énergie de la maudire et la menacer.
Les rues de Bonta étaient aussi animées qu’à l’accoutumé. Les citadins ignoraient tout du drame qui s’était produit
pendant la nuit et des répercussions qu’il pourrait avoir sur leur quotidien. Anyou suivit Barbra, jusqu’au P.A.F., sans échanger un mot. Lorsqu’elles arrivèrent, Barbra s’enferma dans la salle
des cartes pour s’instruire sur la topographie du sud de Bonta, faisant fi des recommandations d’Amayiro. Anyou monta dans sa chambre, abattue.
A peine entrée, elle poussa un hurlement.
Barbra laissa tomber ses cartes et gravit les escaliers d’un bond. Rejoignant Anyou elle la découvrit les larmes aux
yeux, qui tenait la « clef » dans sa main. Derrière elle, les vitres des fenêtres étaient brisées et l’un des deux matelas avait disparu. A sa place, Pouille dormait, nu comme un vers,
en position fœtale. Anyou expliqua à Barbra qu’en le trouvant ainsi elle s’était laissée tomber par terre de surprise et que la clef, qui, elle ne savait comment, se trouvait dans sa poche, lui
était rentrée dans les fesses.
Ses larmes de douleur étaient devenues des larmes de joie et Anyou riait désormais en pleurant tout à la fois.
Si tu est daccord,je peux aussi faire la saga de brakmar,car les brakmariens aussi sont les best :),tu as mon email si tu veux