Archive pour septembre 2010
Figurant Bollywood cinq jours de tournage dans la vie d’un (3/5)
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- Figurant Bollywood cinq jours de tournage dans la vie d’un (5/5)
Ce matin je me suis levé avec une étrange sensation de crottes de nez séchées, tout autour du pif. J’en ai gratté une pour voir, et pour m’apercevoir qu’il s’agissait en fait d’une sorte de croute : j’avais toute une partie du visage couverte de ce liquide jaune-translucide où vivent les
plaquettes multi-bras d’ « il était une fois la vie » ! L’explication c’est que le soleil a tapé si fort la veille qu’il n’a même pas laissé le temps à ma peau de peler, il s’en est pris direct à la deuxième couche. Je rappelle que l’Inde est le pays le plus chaud au monde… Plus exactement : c’est au Rajasthan qu’on enregistre les plus hautes températures… Bon, c’est vrai que je ne suis pas au Rajasthan, que ma remarque revient donc à dire qu’on se pèle le cul au Kenya sous prétexte qu’il y a des neiges au sommet du Kilimandjaro, mais QUAND MÊME !
Je suis quasiment à vif et j’ai pris cinq siècles d’un coup : parfait pour jouer les Portugais du XVIème.
On (nous autres Portugais) est parti tous ensemble sur le lieu du tournage, comme la veille, dans notre voiture à huit places. Comme la veille on a traversé des paysages étourdissants de beauté, des vaches, des buffles, des Indiens tounus qui se baignaient dans la rivière, on a même traversé des Indiennes en saris qui transportaient des pots de lait sur leur tête, etc.
Sur les lieux du tournage on est passé par le camion-costume puis le camion-maquillage pour renfiler nos frusques. Petit déjeuner convivial avec la gigantesque équipe, et tout de suite après : grande partie de cache-cache avec le soleil. But du jeu ? Trouver une place à l’ombre. Je gueulais pour obtenir une crème solaire (je suis acteur, merde !) qui dépassât les 20 points-bidules de protection, la seule connue des Indiens. Les acteurs principaux ont tous des teneurs de parasol privés mais moi, qui ne suis que figurant (modestie quand tu nous tiens !), j’ai du rester dans l’ombre du totem qui nous sert de décor, la seule place encore disponible pour ne pas finir en croque-monsieur (je voulais dire « toasté » mais mon patriotisme a pris le dessus). Au fur à mesure que la matinée avançait, l’ombre tournait autour du totem… Je m’étais toujours demandé qui avait inventé le premier cadran solaire : aujourd’hui je sais que c’était un figurant.
J’ai fait quelques scènes le matin, qui consistaient principalement à rater mes coups d’épées et me jeter par terre de douleur dès qu’un des héros faisait un geste dans ma direction. La chorégraphie (= tomber) m’avait été enseignée juste avant la scène, improvisée par deux cascadeurs professionnels, selon le rendu obtenu sur les écrans de contrôle du réalisateur. Ce dernier est hyper connu ! Son nom va vous parler tout de suite : il s’appelle Santosh Sivan ; quant aux acteurs principaux il s’agit de Pritviraj, Parvu Dewa et Genilia D’suza.
C’est Pritvi qui s’en est pris à moi le matin, tandis que je persistais à le manquer avec mon épée. Quand j’ai fini de rouler par terre, je suis allé me mettre à l’ombre sous la tente du metteur en scène, pour observer les écrans de contrôle. La qualité de l’image est phénoménale ! Ca donne tout de suite ce côté hyper pro qui manque, hélas, dans
« 5- Avarice » (le court-métrage dont je tiens le premier rôle). Jusqu’à trois caméras filment en même temps, dont une, ultra mobile, attachée à une grue et qui peut tourner à 360° dans toutes les directions : parfaite pour mettre en valeur des scènes de combat avec des prises mobiles en contre-plongées bancales. Plutôt que de me contenter d’attendre ma prochaine rouste, j’ai décidé de m’investir dans la réussite du film en donnant des conseils au metteur en scène, très ouvert d’esprit, puisque il ne m’a pas du tout jeté en m’expliquant pourquoi j’avais tort… Et m’a demandé d’aller replacer les acteurs la fois où j’ai eu raison. Fort de ce succès je suis allé voir un type dont je ne connais pas l’intitulé de la fonction qui inclut la prise en charge des figurants : pour lui désigner toutes les incohérences que j’avais remarquées entre deux scènes… Le fou m’avait invité à le faire ! Il a trouvé ça très pertinent et m’a proposé de me trouver du travail au sein de « l’industrie », en tant que mec qui s’occupe des raccords (c’est-à-dire de vérifier qu’une scène est en accord avec la précédente). Comme quoi d’ouvrir sa gueule ça ouvre des opportunités… Il faut juste savoir la refermer à temps : c’est cette deuxième compétence que je ne maîtrise pas tout à fait.
Après le déjeuner, on s’est calé la tête sous un camion, les autres Portugais et moi-même, en attendant qu’on nous appelle pour nous casser la gueule. Pour l’instant c’était le tour des guerriers des îles Canaries qui avaient embarqué avec nous à la découverte de l’Inde. Nos adversaires n’étaient que trois pourtant, deux homme et une femme qui ne savait pas par quel bout tenir une épée, mais le scénariste était avec eux… Comme nous jouons les seuls Portugais du film et que pour l’instant on ne fait que rouler par terre sous des pluies de coups, j’ai bien l’impression que la victoire finale des Portugais tiendra en quatre lignes d’épilogue, du genre « malgré l’héroïque résistance indienne, les Portugais finirent par l’emporter » (chose que personne n’a l’air de vouloir montrer dans ce film)… J’ai encore eu le temps de voir un de mes camarades se faire découper en rondelles (mais non sans infliger une légère coupure au héros) avant d’être moi-même appelé par le destin, sur les coups de cinq heures du soir.
Gopal, le responsable des cascades, m’a montré ce que je devais faire : il m’a fait une clef de bras, m’a chopé par le col, et m’a écrasé la tête contre le totem en carton-pâte renforcé (je confirme). Puis il m’a tiré vers lui pour m’attraper à la gorge et me plaquer finalement contre le totem en m’étranglant. Au début j’avais envie de le mettre à l’aise, de lui dire : « Surtout n’hésite pas à y aller franchement, j’ai fait douze ans de rugby », mais Gopal, soixante de rugby, ne doutait pas de ma solidité. On a refait la scène pour qu’il soit sûr que j’ai bien compris, et ainsi de suite histoire de revoir chaque mouvement. J’ai bien du me faire écraser la tête
une dizaine de fois. Je ne connaissais pas encore la suite…
La suite c’est que les alliés des héros, qui ont pris peur au début de la scène et se cachent depuis, reviennent à la charge, m’immobilisent et me martèlent de coups. C’est ce qui s’est passé lors de cette nouvelle répétition. Pour ma part, j’étais censé me libérer par la force au moment où un indigène me mordrait le bras… J’ai joué la scène à fond. A force de me prendre des coups j’étais bien chaud, et je me suis quelque peu laissé emporté par mon élan : une fois libre j’ai balancé un grand coup d’épée dans le bras d’un des figurants qui s’enfuyait. Ca m’a rappelé ma victoire au concours de Mister Playboy, St Jean de Monts 1999…
C’était en boîte de nuit, au prosper Club. On était sept candidats en string de bain devant un public en furie (constitué majoritairement d’amis à moi). Une des épreuves consistait à simuler un combat de gladiateurs, mais dès qu’ils m’ont mis un glaive en plastique entre les mais, j’ai défoncé tout ce qui bougeait… J’ai un vrai don pour le maniement des armes en plastiques.
Cette intéressante parenthèse mise à part, revenons au tournage : l’épée s’est brisée en deux sur le bras du type tandis qu’il hurlait en criant. Dommage que les caméras ne tournaient pas, c’était très réaliste. Il avait le bras tout rouge le pauvre, je suis immédiatement allé m’excuser… En revanche, à part le blessé, toute l’équipe se marrait : ma popularité montait en flèche !
Hélas ! A chaque chose bonheur est mal : dans la scène suivante où on me tenait les bras, c’est le blessé qu’on a chargé de me filer des coups… Il a bien pris sa revanche le salopard.
- Malgré la canicule, il faut reprendre les armes…
On a refait la scène plusieurs fois, et bien qu’on ne fasse que jouer, j’ai commencé à sentir des brûlures à la gorge et aux bras. La fin de l’acte voulait que je coure après les indigènes qui m’avaient molesté, et que je me fasse une fois de plus prendre à la gorge par l’un des héros, qui me mettrait KO d’un coup de garde de son sabre dans la tempe. Tout se passa bien : on m’écrasa la tête, m’étrangla, me tabassa, me morda, hop, je me libèra, je coura après les indigènes, je me fa choper à la gorge et paf ! Je tomba à terre… Une fois par terre le « coupez ! » libérateur tarda à venir, alors j’ai attendu. Chose qu’on ne m’avait pas annoncée : les indigènes se jetèrent sur moi et me roustonèrent à puissance max, coups de pied, morsures, coups de poings, etc. A ce compte là j’ai pensé que mieux valait rester couché. Le réalisateur m’a donné raison en criant « Coupez ! Elle est bonne » (parlait-il de moi ?!). Puis on a rangé le matériel, il commençait à pleuvoir.
C’est bon de se rouler sur le sol dans un endroit aussi magnifique, et de sentir cette odeur de terre et d’herbe me coller aux mains et aux vêtements… Le lac était devant moi, avec derrière lui des montagnes et encore derrière des colonnes de nuages comme autant d’haricots magiques qui s’élèveraient vers le ciel. Dommage qu’une sale odeur de pétrole s’escrime à garder le premier rôle de ce court métrage nasal. Franchement : ce tournage est en train de massacrer le site. On coupe les arbres qui nous gênent, on jette nos papiers partout… Les Indiens se servent très peu des poubelles, on ne les a pas sensibilisés à l’écologie… Un milliard de personnes, quand même !
Ce soir, dans le restaurant de l’hôtel, j’ai surpris une grosse sauterelle verte qui s’était malencontreusement prise au piège de la salle à manger. J’ai voulu l’aider à sortir mais un serveur Indien, croyant sans doute bien faire, s’est précipité à mon secours pour l’écraser… Vraiment, je sais pas quoi faire pour partager ma sensibilité vis-à-vis de la vie animale. Pour quelqu’un qui rêve de devenir un héros comme c’est mon cas, c’est évident qu’il faut défendre les animaux, les grands opprimés du monde moderne… Mais il ne peut pas y avoir que des héros, c’est vrai, voilà qui répond à ma question.
Je vais pas tarder à me coucher : mon personnage n’est pas encore mort je crois, j’aurai encore du boulot demain. Peut-être que je vais faire un come back et tout défoncer ? Si je pouvais au moins tuer ne serait-ce qu’un seul figurant je me sentirais moins misérable…
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A 6h00 du matin nous sommes remontés tous les huit en voiture (Xavier me demandant sans cesse pourquoi j’avais dormi dans le couloir, et moi de lui répondre que je n’arrive qu’à dormir seul), direction le lieu du tournage : magnifique. Un lac perdu au milieu de montagnes verdoyantes, plus souffle-coupant encore qu’Inle Lake, en Birmanie. Mon contact m’avait dit que je jouerais les soldats Anglais… Il avait une fois de plus raconté n’importe quoi : j’allais jouer un soldat Portugais ! Embarqué au service de Vasco de Gama ! Au XVIème siècle et non pas au 19ème comme il me l’avait laissé croire ! J’allais devoir recommencer ma préparation mentale depuis le début : mon jeu en pâtirait sûrement.
On s’est fait habiller puis maquiller. Quand ils ont vu débarquer Xavier, le guerrier Portugais repris de justice sanguinaire dont la silhouette et le teint rappelle les petites fleurs, tous les Indiens se sont fendu la mangue. Les maquilleurs lui ont bardé la gueule de cicatrices mais rien à faire : il gardait ses airs de jeune fille. Incroyable l’habileté des maquilleurs n’empêche, il leur faut deux secondes pour faire une cicatrice : ils tracent une ligne au vernis qu’ils creusent avec une épingle, pour lui donner du volume. Ils n’ont plus qu’à colorer le sillon et la cicatrice est parfaite. S’ils enfoncent l’épingle un peu plus, la cicatrice est parfaite aussi, mais elle prend dix ans à démaquiller. J’ai eu droit à la mienne : un peu en-dessous de l’œil.
- Une bande de Portugais s’apprête à se faire casser la gueule… (notez le ridicule et le mauvais goût du chapeau de celui de gauche!)
Quand on a récupéré nos chapeaux, on a compris pourquoi les Portugais n’avaient pas pu devenir une grande puissance coloniale : ces gens là n’avaient tout simplement aucun gout
vestimentaire.
Autant mes Indiens blonds n’étaient pas crédibles une seconde en tant que Britanniques, autant en tant que Portugais je trouvais même qu’ils en jetaient.
Pour notre première scène on nous a demandés d’entrer dans l’eau jusqu’à mi-couille et de nous dissimuler derrière des touffes de branches arrachées… genre camouflage. Un truc trop pas crédible mais ne sous-estimons pas la magie du cinéma. Derrière nous on avait des alliés autochtones où je ne sais pas quoi (on ne nous avait rien dit du scénario), qui eux aussi se les gelaient(1) en attendant que l’équipe termine les réglages de la caméra. Cela fait on a mis pied à terre(2) où l’on s’est fait prendre en embuscade par des Indiens(3), ce qui a déclenché la baston(4). Le tournage de ces quatre scènes a duré aussi longtemps que le jour, et ce soir j’en suis au moment où mon compatriote Portugais de droite (qui portait notre unique mousqueton) s’est fait déchiré la joue au couteau par un Indien-surpuissant-maître-en-arts-martiaux ; suite à quoi nous l’avons encerclé, avant que je fonce dessus comme un nigaud, l’épée devant, occasion qu’il a saisie pour m’attraper le poignet et me balancer dans les fourrés en me faisant faire deux tours sur moi-même.
A peine ai-je eu le temps de me relever que la journée de tournage était finie. Demain, je me le fais !
En rentrant ce soir dans notre petit nid d’amour, Xavier et moi, nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre que nous serions séparés : faute de chambre, on doit se répartir dans celle des autres… Pourquoi dormir à deux quand on peut dormir à trois ? Perso j’ai insisté pour dormir par terre, et j’écris ces lignes depuis mon matelas. Derrière moi, mes compagnons de chambre pètent sans complexe : en Inde il est bon d’expulser tout ce qui est impur, c’est le signe de la propreté. Voilà (peut-être ?) qui explique le phénomène… Mais pas comment je vais m’en tirer.
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Ceux qui ont suivi mes aventures savent que mon arme la plus dangereuse n'est pas dans ma main mais à mes pieds... Sinon, relisez cet article que je n'ai pas encore écrit (je mettrai un lien quand ce sera fait)
(Mais non le titre n’a pas été choisi pour faciliter le travail des moteurs de recherche!)
…et puis on m’a proposé de jouer dans un film « historique ». Six jours dans une station de montagne m’avait expliqué mon contact, classé 52ème chez les types les moins fiables du monde, à jouer le méchant soldat Anglais qui se fait tabasser par les gentils Indiens.
C’était du gros cette fois, du bon film qui dure trois heures, selon le format local, soit dix fois plus que le court métrage de trente minutes dont j’ai tenu le rôle principal.
Pour ceux qui prennent l’histoire en cours de route, vous êtes sur l’excellent Nabolo-blog, dans la rubrique « Carnet d’un Penseur Contempourien » où je relate mes expérimentations de la « Philosophie de l’Aventure », notamment à Bollywood. Pas de vidéo, pas d’émission télé, je n’ai pas de sponsor et je suis mal équipé : vous allez devoir LIRE, oui, lire, je n’ai pas peur d’utiliser ce terme tombé en désuétude puisque ce blog n’ait autre que le renouvau de la litérature française, ni plus ni moins, en toute maudestie.
J’ai dit au revoir à Mowglita et Baloota, mes deux hôtesses Indiennes, avec des larmes au fond des yeux (elles m’avaient rousté au scrabble trois fois d’affilé), bouclé mon sac-à-dos et je suis parti. Rendez-vous dans un quartier de Mumbai où une voiture et sept personnes m’attendaient. Quand j’ai vu leurs tronches, j’ai tout de suite pensé à fuir… Mais tout ça puait l’aventure à dessous de bras : je ne pouvais pas reculer.
Il y avait là trois blonds-au-henné de ceux qui, parce qu’ils n’ont pas les cheveux ni la peau tout à fait noirs, passent pour des Occidentaux… ou du moins comblent leur absence dans les publicités ou les séries télé (cf : cet article). L’un d’eux en particulier avait une tronchasse de cinéma (ça tombait bien) : imaginez vous Averell Dalton en vrai, le menton, le nez, le visage avec les mêmes proportions. Une gueule quoi. A part ces trois Indiens blonds il y avait encore deux moustachus : le chauffeur et le « responsable ». Un vrai blond venait en sixième : Ragnar, le Suédois, d’autant plus un homme du nord qu’il s’est scarifié des flocons partout sur la peau (entre les tatouages). Ca rend assez bien, sauf pour les essais ratés. La septième personne était une jeune femme répondant au doux nom de Xavier, Française de loin, Français de près.
Comme j’étais en retard on n’a pas tergiversé longtemps et on est tous parti séance tenante vers cette fameuse « station de montagne », le genre de lieu qu’affectionnent les Indiens pour y passer le week-end. J’étais assis à côté de Xavier qui en a profité pour partager avec moi son histoire et me confier son homosexualité (pas l’inverse).
Dans la voiture, l’ambiance n’était pas vraiment sympa : Averell fumait bien que je lui aie poliment demandé de s’abstenir (je me jurais de lui vomir dessus à la première occasion) ; le Suédois dormait ; les Indiens parlaient entre eux ; Xavier me parlait.
Nous nous sommes arrêtés dans un des restos du bord de la route au milieu de laquelle nous avions failli perdre la vie autant de fois que nous hélicoptères croisé de voitures. Une gentille petite chienne remuait la queue entre les tables du restaurant où nous étions assis (il y a des chiens partout en Inde : ce sont des chiens des rues, ils n’ont pas de maîtres)… Averell a mis le pied sur son dos. Au début j’ai cru que c’était affectueux, puis il a appuyé dessus pour la forcer à s’asseoir. La chienne s’est laissé faire, les yeux pleins d’amour, et Averell lui a donné un grand coup de pied dans le ventre en rigolant. La petite chienne est partie en couinant.
A cet instant précis je suis en Inde, loin de chez moi, sans amis, sans soutien, sans assurance vie, sans garantie que quelqu’un interviendra si je me lance dans une baston avec ce géant de deux mètres. Par ailleurs je n’ai pas de bouteille en plastique à portée de mains (pour ceux qui ne le savent pas encore, c’est mon arme de prédilection)… De plus le mal est fait, la chienne est partie, on ne peut pas revenir en arrière, et autres mauvaises excuses pour justifier que je n’ai pas mis mon poing dans la gueule de ce connard. Je me suis donc contenté de lui demander :
- Why the fuck did you do that ?! (notez la violence des termes employés, dont l’usage n’est pas exempt d’une certaine bravoure)
Il m’a répondu que ces chiens n’étaient que des parasites et des ordures. Je lui ai dit que rien ne justifiait l’usage de la violence contre moins fort que soi (j’ai lu tous les bouquins de Musclor), et il a eu cette phrase : « This is India my friend, everything is possible ». Je me suis juré de la lui ressortir plus tard au bon moment, pourquoi pas après avoir crevé les pneus de la bagnole, juste avant de leur faire faux bond ?
Je me fous pas de vous en parlant de paysage emeraude... Et je rappelle que ces photos sont prises avec un téléphone portable vieux de quatre ans, auquel il manque une touche et qui a survécu à la rivière (cf: les épisodes précédents)
En attendant (pas vraiment mais c’est pour faire une transition) on est reparti vers puis dans la montagne. On s’est soudainement retrouvé en altitude, dans des paysages émeraude. La mousson vient de finir et la nature a fait le plein de chlorophylle : on se serait cru dans des hectares et des hectares de vergers et de jardins sans jardiniers. Ce faisant je continuais d’écouter les généralités de Xavier sur la corruption des politiques et la paix dans le monde qui tardait à venir, ainsi que d’autres conneries que je n’ai pas retenues (sans pour autant que ça m’empêche d’alimenter le débat avec ma « philosophie de comptoir », comme dit mon père, qui est un baby-boomer : ne faites pas attention, il essaye juste de saper ma révolution). Une fois arrivés à l’hôtel, j’ai eu la bonne surprise de découvrir qu’on allait partager la chambre, et une fois dans la chambre, qu’on allait partager le lit : format double tirant sur le un et demi. J’espérai que Xavier avait compris que je m’intéressais surtout aux femmes, les trois quarts de 5000% du temps. J’ai eu un doute quand il a défait sa chemise pour se jeter, torse nu, en travers de notre lit ; doute qui a perduré lorsqu’on a regardé la télé et qu’il n’a pas eu le reflexe de se ranger sur le coté pour me faire de la place. A ce stade là, j’ai pris les choses en mains : j’ai téléphoné à une amie… pour qu’elle me rassure. J’avais peur. Même Musclor peut flancher, parfois. Mon amie m’a sagement rappelé que ce n’était pas parce que Xavier était « homo » qu’il allait se jeter sur moi. Chose que je savais déjà mais que j’avais besoin de réentendre. Ca m’est arrivé rarement de rencontrer des homos entreprenants (je veux dire de ceux que ça n’intéressent pas de savoir qu’ils ne m’intéressent pas) mais quand s’est arrivé c’était hyper chiant. En général j’ai un bon a priori envers les personnes qui assument leur sexualité (c’est le cas de beaucoup de ceux qui répondent au nom de « homosexuels »), parce que selon les situations il faut parfois beaucoup de courage pour faire cela, et que le courage est une qualité que j’estime. Je suis moins fan des j’ai-telle-sexualité-parce-que-c’est-la-mode (creux), ou des je-n’-assume-pas-ma-sexualité (lâches), même si encore une fois je respecte tout le monde (comprendre ces lignes à la lumière de l’article « les et la sexualité »), et j’exècre l’intolérance sexuelle, ce qui inclut les homosexuels qui ne respectent pas le fait que, bien qu’ouvert d’esprit et tolérant (et beau), je sois exclusivement attiré par les femelles femmes de sexe féminin… Assez conformiste, pas trop à la mode, mais on ne discute pas des gouts et des couleurs, et il faut respecter ce point de vue là aussi.
Pas pu photographier la culotte de Xavier, hélas... Alors je vous recolle une photo de paysage. Le point noir est un superbe oiseau que vous allez devoir imaginer.
Xavier m’a montré sa petite culotte rayée rose (véridique : ça aurait été trop cliché de l’inventer) quand il est allé prendre sa douche, puis il m’a rejoint dans notre grand lit simple. J’ai eu du mal à trouver le sommeil, mais pas les jambes et les bras de Xavier qui s’étendaient un peu partout. Ca sentait le coup fourré. J’ai voulu lui demander de me laisser un peu de place, en l’appelant par son prénom, dans la moiteur obscure de la pénombre de la chambe sombre :
- Xavier…? Xavier…?
Il dormait, apparemment. J’ai donc entrepris de le poussoter vers le mur… Mais au moment où j’ai appuyé ma main sur son épaule, il a soupiré, a écarté un peu plus les bras et roulé à l’endroit où j’aurais du me trouver si je n’étais pas en train de tenter de récupérer de la place. Belle esquive par anticipation ! Je n’étais pas sorti d’affaire pour autant… C’est alors que, une fois de plus, la philosophie de l’aventure est venue à mon secours ! Mais peut-être pas de la manière que vous croyez… Car qu’est-ce que la philosophie de l’aventure sinon cette force qui me pousse à essayer sans cesse de nouvelles choses ? Et n’était-ce pas là l’occasion rêvée d’essayer une nouvelle chose ? J’ai hésité (ça, je peux vous le dire !), et puis ou bout d’un moment j’ai mis mes préjugés de côté et je me suis jeté à l’eau. Ca fait un peu mal, au début, mais on s’habitue très vite. Et pourtant c’était la première fois pour moi, que je dormais par terre dans un couloir (sans avoir bu). Par ailleurs ça n’a pas duré longtemps : je me suis rendu compte qu’il y avait un petit hall au bout, avec des canapés, et c’est là-bas que j’ai fini ma nuit…
T’es pas chiche de lire l’épisode suivant!
Photo prise juste après que j'aie découvert l'option photo panoramique... C'est là que nous avons tourné, le décor est en construction.
La mort ou la Tounga

- La tribu en action (ils n’hésitent jamais à employer leurs instruments).
Trois hommes avancent pas à pas dans la forêt vierge et dangereuse, impénétrable et farouche, timide mais coquine…
Sont-ils fous ? Courageux ? Téméraires ? Non : ils sont Belges. Pas Suisses, Français et Belges, mais tous Belges cette fois, sans quoi on va m’accuser de favoritisme (et tant pis pour les quotas).
Peut-être qu’ils viennent de survivre à un accident d’avion ? Ou qu’ils étaient partis se balader entre copains… ? Qu’importe, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils sont beaux et biens perdus, au point de se précipiter vers cette musique qu’ils apercécoutent au loin (du verbe apercécouter) : des tamtams ! Les tamtams de la terrible tribu des dont-on-ne-connait-pas-le-nom, personne n’ayant jamais survécu à une rencontre avec icelle (la présente histoire ne nous est connue que grâce aux concours des satellites de la NASA : Thanks Lucy, I’ll get back on touch later on).
Ni une, ni deux, ni trois, ni quatre, dès qu’ils les aperçoivent, les dont-on-ne-connait-pas-le-nom se jettent sur les étrangers, puis les jettent eux-mêmes en prison, où ils les laissent pourrir plusieurs jours sans nourriture ni eau, les contraignant à s’abaisser aux plus viles bassesses… (je voulais dire qu’ils ont du manger leur pipi et leur caca mais j’ai préféré censurer finalement : trop vulgaire).
Au bout d’une semaine, deux gardes viennent chercher le premier Belge à portée de main. Ils le sortent de sa cage et le trainent au milieu de la foule des leurs jusque sur un autel où le Shaman du village l’attend, en tenue de cérémonie. Le prisonnier est saucissonné sur une sorte de table de pierre et Le Shaman s’approche de lui :
- Prisonnier, déclare-t-il avec cette emphase propre aux gens de sa profession, pour avoir pénétré notre territoire sans permission, nous allons aujourd’hui t’administrer un châtiment… Que nous te laisserons choisir, alors choisis bien : entre la mort… OU LA TOUNGA !!!
Alors que le Shaman prononce ce dernier mot, ses pupilles se dilatent, sa bouche se couvre d’un rictus fou, et tous les guerriers de la tribu, massés autour de l’autel, se mettent à répéter furieusement : « LA TOUNGA ! LA TOUNGA !! ».
Le prisonnier est embarrassé : voilà qui n’est pas très encourageant ! Néanmoins il ne peut se décider à mourir, et c’est pour cela qu’il décide :
- Je choisis la Tounga.
- C’est votre dernier mot ?
- Oui.
S’étant assuré de la réponse, prononcée du bout des lèvres, le Shaman se tourne vers son peuple et de sa voix la plus puissante, proclame :
- Le prisonnier a choisi… LA TOUNGA !!!!!!
Une exclamation de joie jaillit depuis la foule, qui peut être entendue jusqu’aux cages où sont enfermés les autres prisonniers. Les indigènes se mettent à danser, à chanter… Ils forment une sorte de procession autour de l’autel sacrificiel… et les voilà qui mettent bas les pagnes : ils se précipitent sur l’Anglais attaché à la table de pierre et le violent abondamment (le Belge est devenu anglais parce qu’en fait j’aime bien les Belges).
Ce viol collectif durera toute la nuit. Tout ce qui est imaginable de faire subir comme sévices sexuels à un homme, cet Anglais le subira. A l’aube, lorsque les indigènes auront assouvi cet appétit lubrique absolument démentiel qui caractérise leur petite tribu, l’Anglais sera détaché de la table de pierre, couverte de miasmes en tous genres, et rendu à sa liberté. C’est là que nous le retrouverons (nous nous étions éloignés par pudeur) marchant en canard, le dos courbé jusqu’aux genoux. Il est dans un tel état qu’il n’entend même pas les appels de ses ex-codétenus qui l’implorent de raconter ce qui vient de lui arriver : le supplicié ne s’attarde pas une seconde de plus dans ce lieu maudit et retourne en boitillant vers la civilisation.
Le lendemain, de nouveau, les gardes extirpent un autre Anglais de sa cage et, comme la veille pour son compatriote, le trainent jusqu’à l’autel où attend le Shaman.
- Nous allons te punir, lui dit-il, mais pas sans te laisser le choix de ton châtiment. Alors choisis bien, entre la mort… OU LA TOUNGA !!
Inutile de vous répéter qu’à ce simple mot, c’est le frétillement général dans l’assemblée. Tous les guerriers ont les yeux rivés sur le prisonnier dont ils attendent la réponse avec impatience et envie.
Le prisonnier pèse le pour et le contre. Il a vu que, même si ce n’était pas sans mal, son ami était parvenu à sauver sa peau. Aussi se prend-il a espérer en même temps qu’il prend sa décision :
- Je choisis la Tounga.
Entendant cela, le Shaman se tourne vers son peuple et de sa voix la plus puissante, proclame :
- Le prisonnier a choisi… LA TOUNGA !!!!!!
Ce cri trouve un écho partout parmi la foule ! Les indigènes chantent, dansent, sacrifient des poules ou entrent en transe. Ils démarrent une longue procession qui s’achève au sommet de l’autel, juste derrière le prisonnier… Alors toute la tribu fait sauter son pagne et c’est à partir de là que s’applique la censure.
Il n’en reste pas moins que notre Anglais prend cher. Au matin, c’est un homme brisé qui rampe devant la cage où désespère le dernier des trois prisonniers… Celui-là sait que le lendemain, ce sera son tour.
En effet, le soleil est à peine levé qu’on le sort de sa cage, à l’aube du matin suivant. Comme ses compatriotes avant lui, il est trainé parmi la foule et attaché à la table de pierre ou le Shaman lui pose sa terrible question :
- …la mort… OU LA TOUNGA !!
Les réactions de la tribu sont les mêmes que précédemment : ces gens sont décidément insatiables ! Pire, ils sont encore plus excités, comme si leurs deux précédents forfaits ne comptaient que pour du président (j’essaye de décrocher un sponsor).
Le prisonnier hésite. Hésite. Hésite. Finalement il redresse la tête en direction du Shaman et déclare :
- Je pense qu’il faut savoir partir au bon moment… Mieux vaut mourir que souffrir, je choisis donc la mort !
- C’est votre dernier mot ?
- Absolument.
Devant l’inébranlable résolution du prisonnier, le Shaman ne peut que s’incliner. Il se tourne vers son peuple et de sa voix la plus puissante, proclame :
- Le prisonnier a choisi la mort… PAR LA TOUNGA !!!!!!
Quotidiendien
Il y a tellement de choses à raconter sur la vie de tous les jours en Inde… De quoi remplir un excellent livre (à paraître bientôt) et même plus puisque tout n’a pas été dit dans mon excellent roman (à paraître bientôt).
J’habite toujours chez Mowglita et Baloota. On passe notre temps à discuter ou à jouer au scrabble, sur plateau, sur facebook, ou sur cd : tous les trois assis sur le lit double que mère et fille se partagent, en faisant des rotations selon de qui c’est le tour de jouer. Moi je dors sur le tapis, dans le salon, d’où je me précipite vers la chambre lorsque Baloota m’appelle, ivre de joie, parce qu’elle vient de placer un « bingo » (= scrabble, sept lettres d’un coup).
Son ambition est d’obtenir un score de 700pts en une seule partie. A mon avis c’est impossible, mais sa détermination est inébranlable.
Lorsqu’elle ne donne pas de cours et ne joue pas au scrabble, Baloota écrit des poèmes, des scripts pour des projets de séries télé, de films ou des pièces de théâtre, sans compter qu’elle prépare le lancement de son magazine… Un « magazine » à l’indienne : pas avec une couverture plastifiée, ni qui sera en vente dans tous les kiosques à journaux, mais imprimé sur papier, pour tous ceux qui s’intéressent à la poésie : le thème de ce trimestriel. Je trouve fantastique qu’elle prenne des initiatives pareilles… L’inde me paraît si vivante en comparaison de la France. Qui achèterait un magazine de poésie, en France, à moins qu’il soit « validé » par les publicateurs officiels ? Baloota ambitionne d’en tirer 500 exemplaires, rien que pour le premier numéro. Bravo !
De son côté Mowglita passe des auditions et écrit, elle aussi, et moi pareil.
J’ai passé une audition pour jouer une scène avec Shahid Kapoor, une superstar indienne, dans un vrai film de Bollywood, blockbuster, tout ça. J’ai été retenu, mais le tournage est sans cesse reporté. J’espère qu’il aura lieu bientôt (il va me falloir quitter Mumbai : mon visa arrive à son terme et je dois encore faire « model » au Japon et « vendeur de crêpes » aux Etats-Unis), j’aurai vraiment réussi mon pari si je participe à ça. Je connais déjà le contenu de la scène : l’action se passe en Ecosse, dans une boîte de nuit. Shahid et Soman Kapoor (une autre grande star) y jouent un couple innocent… Ils dansent ensemble quand un Ecossais fin-saoul vient malaxer les fesses de la jeune fille. Devinez qui jouera l’Ecossais ? Bon, il n’y a pas écrit « malaxer » dans le script, juste « toucher », mais je suis un professionnel : je compte jouer le rôle à fond. Après ça, l’Ecossais se fait casser la gueule par Shahid qui est un gentil Indien super plus fort que le méchant Occidental (un classique des films de Bollywood)… Mais en vrai il fera juste « semblant » de me casser la gueule, alors que je vais vraiment me faire payer pour toucher les fesses de sa copine : acteur, quel beau métier.
En attendant je joue au scrabble… Jusqu’à l’indigestion parfois : j’ai des lettres et des grilles sous les paupières avant de m’endormir.
Quand des amis Indiens me donnent rendez-vous dans le sud de la ville, je prends le train et je me fais racketter 250 roupies par un contrôleur anonyme parce que je suis dans le wagon pour handicapés, 250 roupies qu’il glisse aussitôt dans sa poche. C’est vrai qu’il n’y avait que des handicapés dans ce wagon, mais je n’avais pas fait le lien… Surtout quand les aveugles sont montés en trombe pour aller s’approprier les places du fond ! Et puis les handicapés on en voit tellement souvent… Je suis blindé depuis mon expérience à Delhi il y a quatre ans mais on voit de tout : poliomyélites, lépreux, amputés, d’autres qui n’ont pas de nom générique (des misérables ?) etc. Je ne m’attarderai pas là-dessus, je le fais déjà dans mon roman. Mais en gros c’est gonflant d’avoir des petits garçons et des petites filles qui vous courent autour en criant « Argent ! Argent ! » sous l’œil complice de leurs parents.
Souvent les Indiens me posent des lapins. Je ne sais pas à quel point on peut s’aventurer dans les généralités concernant les caractéristiques d’un peuple ou d’une nation, mais celle que j’ai remarqué dans toutes les couches de la société indienne, c’est le manque de fiabilité : on dit des choses et puis peu importe. Ce n’est pas mal intentionné, ni vicieux, c’est sincère au moment où s’est dit, mais les paroles s’envolent… Dans un prochain article je compte vous décrire la France et les Français de la manière dont je les décris à mes deux Indiennes. Vous me direz à quel point j’ai faux ou pas…
Ces jours-ci on a célébré l’anniversaire de Ganesha (le dieu à tête d’éléphant). Des statues de lui, de tailles variables (de petit à quatre mètres de haut) ont été posées dans chaque quartier pour y être vénérées. Il faut savoir que la statue d’un dieu, une fois le rituel effectué, devient le dieu lui-même : il y incarne une partie de son essence. L’anniversaire dure cinq jours, suite à quoi on immerge les statues dans l’océan, à coup de longues procession où les gens dansent et s’aspergent de couleur… Celles que j’ai croisées hier soir.
J’adore parler de religion avec les hindous. Je suis fan des polythéismes, plus tolérants que le monothéisme judéo-christiano-musulman et, de mon point de vue, plus poétiques. Ce que j’aime en particulier, c’est raconter aux hindous ce que j’ai appris au temple « hare krishna » : que Krishna est au-dessus de Vishnou, qui n’est qu’un de ses avatars, et de Shiva, qui n’est que son meilleur élève… Systématiquement mes amis hindous s’écrient :
- Quoi ?! Les hare krishna t’ont dit ça ? Ces gens sont devenus fous, ils racontent vraiment n’importe quoi…
Suite à cela ils enchainent par des considérations sur qui est dieu de quoi, les relations familiales qui les unissent et pourquoi Ganesh a une tête d’éléphant. Je trouve ce moment tellement comique, riche et poétique à la fois que je le répète le plus souvent possible (sans compter que j’apprends quelque chose de nouveau à chaque fois).
Autre chose : j’ai enfin découvert la raison pour laquelle les Indiens sont si tranquilles lorsqu’ils traversent une route, n’importe comment, et qu’une douzaine de véhicules les frôle à toute vitesse. Au début je pensais que c’était parce qu’ils s’en fichaient de la vie (ou n’y donnaient pas la même importance qu’en occident), mais s’il y a surement de ça, il y a surtout que la pénalité pour les conducteurs qui blesseraient un piéton est de taille : avantage piéton.
Une partie de scrabble m’attend alors je vous laisse, mais je reviendrai bientôt avec plusieurs articles : sur la salle de bain indienne, comment se comporter dans un temple hindou et la manière dont je décris la France et les Français aux Indiens…
J’ai tellement de choses à vous dire… Et je m’inquiète beaucoup pour nous, et notre culture qui flotte mollement sur son passé. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que nous ne produisons rien de nouveau, que la jeunesse n’a pas sa chance chez nous, et que la seule chose (c’est plus qu’une impression) qui permette à une œuvre d’être connue/appréciée désormais, c’est qu’elle vende.
Quand j’ai dit ça à Baloota, qu’en ce qui me concerne je ne pouvais pas être publié en France parce que le marché était saturé, etc., son visage a changé sous le coup de la stupeur. Elle était ahurie d’apprendre que l’éditeur lambda préfèrerait rerere-publier un classique qui vend plutôt que donner sa chance à un jeune auteur… Et que, domaine littéraire à part, la préférence irait toujours à l’argent. Alors elle s’est exclamée : « Il faut faire la révolution ! » et elle a marqué 12 pts..
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Vous en pensez quoi, vous ? Est-ce que vous avez un sentiment de frustration ? Je sais que l’excellent Nabolo-blog compte d’excellents jeunes lecteurs Français, est-ce que vous avez le sentiment que vous trouverez facilement la place de vos rêves dans votre société ? (répondez-moi en commentaire)
PS: en bonus dans cet article fourre-tout, une publicité indienne pour le port du préservatif -c’est une vraie pub-
Briançon

On marchait à la lune...
On marchait à la lune, ignorant de l’effroi
Qui s’empare souvent de l’homme au crépuscule
Quand le vent joue du fouet, car on n’avait pas froid :
Les Alpes convoyaient ce couple minuscule.
Briançon rayonnait, brûlante, enchanteresse…
Cire dégoulinant d’une bougie fondue
Les montagnes portaient aux cieux la forteresse
Dont la flamme guidait le voyageur perdu.
Quand enfin la lueur nous offrit son foyer
De murs chaux, de sueur, de pavés ramollis,
Je restai ahuri de voir que louvoyait
Un ruisseau dans la rue qu’il avait pris pour lit.
On a frappé du pied jusque devant ta porte,
Dépassant le théâtre et la claire fontaine
Dorés par les halos que les ombres transportent
Lorsque leurs lumignons s’éclairent par centaines.
Et Briançon brûlait encore avec ardeur,
Nos mains l’une dans l’autre, emplies de connivences,
A ce point de l’amour où l’instant est fait d’heures,
Où l’eau dans les regards est une eau de jouvence.
Ton baiser sur ma joue descella notre union.
J’ai repris un chemin pour rentrer quelque part.
Enchanté que je t’aie été un compagnon ;
Eploré que j’aie du te rendre à tes remparts.
Après mûre réflexion je remplace “qui lui servait de lit” par “qu’il avait pris pour lit”, 3ème strophe, vers 4, incorrect mais plus joli : G.B. se l’est bien permis lui -> “La première fille qu’on a pris dans ses bras”
Comment traire une buffle
A la surprise générale, cet article traite de la traie d’une buffle ou bufflette, peu importe le nom mais assurez-vous que le sujet soit féminin.
Pour traire une bufflette il vous faut :
- Une bufflette
- Des mains
- Du savoir-faire.
Aujourd’hui je me contente de vous livrer le savoir-faire. Pour ce qui est de la bufflette, vous en trouverez facilement dans une étable indienne, pas loin de chez vous. Elle sera probablement attachée : profitez-en pour vous approcher par derrière et accroupissez-vous à ses côtés, à une distance de bras de son gros nichon juteux. Oui, vous le remarquerez bientôt : la buflette est mono-nichoneuse, en dépit de quoi son appendice mammaire est pourvu de nombreux tétons qui rappellent un peu de grosses couilles pendinolantes. S’il n’y a que trois tétons, attention, vous êtes peut-être en présence d’un mâle ! (sinon c’est bon)
Vous savez tous comment donner un orgasme à une femme par simple mordillement des mamelles : trois tour de langues à droite, deux coups de lèvres à gauche, on remonte le long du cou avec la bouche et on malaxe à fond avec les doigts, je ne vous apprends rien. Traire une buflette n’a rien à voir. Malgré la position intra-jambesque de l’appendice mammaire, on ne procède pas non plus comme lors d’une masturbation standard : oubliez les chaînes et le lubrifiant, il est par ailleurs inutile de vous attacher une ceinture autour du cou… En fait c’est un art complètement à part.
CE QUE VOUS DEVEZ FAIRE C’EST : empoigner le téton. Mais pas n’importe comment ! Vous allez vous servir du pouce et de l’index. Avec le pouce vous maintenez la prise, avec l’index vous serrez le goulet pour faire gonfler l’extrémité du téton en y pressurisant le lait, comme avec une cornemuse, mais les cornemuses marchent à l’air, généralement. Une fois que vous tenez le haut du téton serré entre votre pouce et votre index et que son extrémité est gonflée de lait, formant ainsi une sorte de bouboule, vous vous servirez du majeur, de l’annulaire et du doigt dont tout le monde a oublié le nom pour presser cette boule tout en tirant sur le pis (allez-y franchement !). C’est alors qu’un ridicule petit filet de lait blanc viendra s’écraser sur vos chaussures… Pour deux raisons : la première c’est qu’il faut de l’entrainement pour que ça jute bien ; la seconde c’est que j’ai complètement oublié de vous dire qu’il fallait vous munir d’un seau ! (mais vous auriez du y penser vous-même)
A force de traie, vous constaterez que le mono-nichon perd du volume et que vos bras en gagne, au contraire. Vous ressentirez aussi une sorte de fatigue étrange envahir votre corps… Pas de panique : c’est l’effet travail. Prenez du repos, un bon verre de lait, et recommencez !
PS : pour que les bufflettes fassent du lait, il faut d’abord qu’elles aient eu un petit bufflon ! Voilà pourquoi il y a de grandes chances que vous en rencontriez un qui rode aux alentours quand vous irez lui racketter son lait. N’hésitez pas à lui mettre les doigts dans la bouche : il les sucera avec application, et c’est encore moins dangereux qu’avec des chèvres. 100% plaisir donc.
PPS : La semaine prochaine, « Comment traire la mère d’un copain ».
Monsieur N., professeur de français

- Mon avenir d’acteur pourrait ressembler a ca, soyons optimistes!
Je continue de courir d’auditions en auditions : à peine ai-je fini de jouer au football, au tennis et au golf sans ballon, ni raquette, ni club, que je me retrouve sur un bateau perdu en mer à désigner l’horizon à mon cap’taine, au nom d’une pub pour la tv sportive indienne d’abord, et pour une marque de poissons panés ensuite.
Trois quarts d’heure pour trouver l’endroit, une minute pour faire le zouave et je suis reparti vers l’audition suivante. Mumbai est une grande ville. C’est dans mes pérégrinations que j’ai rencontré Sumeer, désormais mon « coordinateur » officiel qui s’occupe de me décrocher des rôles, de manière à prélever une juteuse commission de 30%.
Quand je l’ai rencontré, Sumeer était accompagné de deux de ses poulains, à l’origine ethnique indéterminée. On aurait dit des Occidentaux mais quelque chose clochait au niveau de leurs cheveux teints au henné, sans parler de leurs vêtements et de leur façon de parler : en fait les Occidentaux sont tellement rares et demandés que ces deux Indiens profitent de leur peau claire pour les remplacer.
L’un de ces deux illusionnistes est venu me saluer et m’a demandé d’où je venais ? « France » ai-je fièrement répondu, la tête droite, le menton levé, sans parvenir à lui arracher cette expression pleine d’émerveillement des Indiens qui ne savent pas où c’est : il était trop impatient que je lui retourne la question. Je voyais ses pupilles trépider d’excitation à l’idée que j’allais lui demander d’où il venait lui-même, ce à quoi il allait pouvoir répondre « India », me causant ainsi la plus grosse surprise de ma vie.
C’est exactement ce qui s’est passé, sauf que je me suis offert le petit plaisir de
renchérir : « Oui je me doute, mais d’où en Inde ? ».
Boum. Cassé.
En fait j’étais de mauvaise humeur… Car dans la pub c’est pas pareil qu’au cinéma (vous sentez l’expérience du type qui parle ?) y a pas de respect, c’est de la prostitution ! On te demande ton nom (qu’on ne retient pas), ton profil (il faut dire « voici mon profil » à la caméra et se mettre de côté, nez vers la gauche, puis nez vers la droite : ne faites pas comme moi, ne déclinez pas votre CV) on t’ordonne de faire ceci, cela, et de dégager plus vite que ça. Bref, j’aime pas ça, et à vrai dire je ne le fais que pour la raison suivante : les pubs sont en général mises sur youtube à leur sortie, ce qui me permettra de vous les montrer. Si c’est pas l’esprit de sacrifice ça ! Pour me remercier, abonnez-vous GRATUITEMENT à la newsletter (colonne de droite) et pensez à aimer tout ce que je poste sur facebook (sauf mes résultats au scrabble, pour ça vous êtes dispensés).
Mais ce que le monde du cinéma indien ignore, c’est que je mène une double vie… Car quand je ne suis pas cet immense acteur qui vient illuminer les plateaux de tournage et multiplier les ventes de poissons panés par 4.45, je suis MONSIEUR Nabolo, professeur de français au très réputé Wilson College de Mumbai.
Tout a commencé par l’intervention de Baloota, ma gentille hôtesse, championne de scrabble et de farmville, mère de mon amie et collègue Mowglita (faut suivre : ici et ici) qui est professeur de psychologie au Wilson Collège où les élèves attendent l’arrivée d’un professeur de français depuis deux mois… How shocking ! Comprenant que la propagation de la culture nationale était en péril, j’ai immédiatement revêtu ma tenue de professeur (c’est là qu’on peut se demander si les photos de mon portfolio ne sont pas prémonitoires… pour le coup du pneu j’espère pas) et j’ai suivi Baloota : dans son quotidien.
On a pris le train aux aurores : Baloota habite au nord de Mumbai, le collège se trouve au very sud et il faut compter de 40 minutes à 1h30 pour arriver à l’heure aux cours de 13h20. Baloota est montée dans le wagon pour dames, je me suis tassé avec les hommes histoires d’échanger quelques viriles bouffées d’aisselles bien chaudes et de nouveaux mots de hindi appris la veille. J’essayais autant que faire se peut de rester dans le wagon quand bien même la surpopulation mondiale me poussait vers l’extérieur, où d’autres passagers étaient déjà pendus : un poteau électrique est si vite arrivé ! Ceci dit ça m’a permis d’apprécier le paysage et ce spectacle harmonieux des gens qui font caca sur les rails.
Ne vous y trompez pas, je n’étais pas non plus tout à fait tranquille : je n’ai jamais donné de cours à d’autres élèves qu’à des copains et, d’après Baloota, c’est une classe de cent vingt lycéens qui m’attendait… On sait tous à quoi ressemble un lycéen : boutonneux, malpropre, puant, insolent, dispersé, insolent, provocateur, timide, méchant, insolent, etc. J’avais donc tout lieu d’être inquiet. D’un autre côté, ne suffit-il pas, pour être professeur, d’être borné, aigri, complexé, autoritaire, injuste et partial ? C’est donc à la portée de n’importe qui, je pouvais le faire aussi. Tandis que mes camarades de wagons me frottaient de leurs aisselles auxquelles ils mêlaient parfois d’innovantes senteurs d’haleines, j’élaborais insidieusement un plan de cours fantastique que je vais exclusivement publier sur ce génialement site rien
que pour voument :
Cours de Monsieur Nabolo Professeur de Français au Wilson College, Mumbai
1. Leur filer cinq mots absolument nécessaires pour briser la glace dans n’importe quel pays du monde : « bonjour » ; « au revoir » ; « s’il vous plait » ; « merci » ; « excusez-moi ».
+
b. leur apprendre à lire l’alphabet, puis les accents, puis les associations de lettres telles que « ai » ; « an » ; « ou » ; et ttes ces conneries.
+
III. de temps en temps inclure des mots d’exemple, de ceux qui sont les mêmes en français qu’en anglais (tous les mots qui se terminent en « et » ; « ion » ; « ic » ; en anglais sont similaires aux français, sauf exception, ou comment leur refourguer du vocabulaire pas cher).
J’ai retrouvé Baloota sur le quai et l’ai suivie jusqu’au Wilson College. Comme tout le monde vous vous rappelez de « la maison qui rend fou », du VIIIème des XII travaux d’Astérix, sans quoi vous n’êtes pas comme tout le monde et dans le cas présent vous avez bien tort. Le Wilson College est pareil, à l’instar-system de beaucoup d’établissements du même genre, j’imagine.
Je me suis fait arrêter à l’entrée par la sécurité et j’ai arrêté tous les regards en montant les escaliers jusqu’à la salle réservée aux profs de sciences humaines : j’étais le seul « blanc » du coin (mis à part les leucémides).
On m’a présenté à machin-chose et truc-bidule, on est allé me chercher un livre de français (date de parution : 1994) avec des illustrations telles que la tour Effel, un vigneron et Carole Bouquet qui fait la pub pour Channel n°5, etc. C’est ça la France !
Le stress a commencé à grimper dans la salle des profs. Baloota m’a fait servir un jus d’orange pressé et un sandwich au fromage pour me remonter, servis à domicile directement dans notre bureau (je suis diplômé, merde !). Quand l’heure est venue j’étais prêt. Je m’étais remémoré les treize premiers volumes de GTO pour pouvoir faire face, surtout les prises de catch ou comment il impose son autorité aux élèves à coups de katana.
J’ai marché jusqu’à la salle qu’on m’avait attribuée (à moi, le professeur de français). En passant dans les couloirs je drainais hors de leur classe les regards de tous les étudiants. J’étais le seul blanc, toujours… Ou peut-être admiraient-ils le courage de cet homme qui marchait volontairement au sacrifice ? Si c’est le cas ils se trompaient : j’allais écraser mes élèves comme des punaises, et, en plus, j’allais leur apprendre le français.
Un mec (le principal ou je sais pas qui) a rabattu les punaises vers ma salle de classe. Elles étaient abasourdies d’avoir cours de français (après deux mois de néant, on les comprend). Je les ai accueillies par un grand « bonjour » auquel elles n’ont rien répondu… Ooooh putain ! Quelle insolence !! Je m’y attendais mais quand même c’était une goutte à faire déborder le vase. Perso dans ce genre de cas je réfléchis pas, je réplique : je leur ai immédiatement inculqué le mot « bonjour », paf, en plein cortex cérébral ! J’ai répété « bonjour », ils ont répété « bonjour ». Ca y est : j’étais devenu professeur de français ! J’ai donc replié mes affaires pour partir mais le flot des nouveaux arrivants m’a contraint à rester… Encore 39 minutes à tenir (nb : les cours du College Wilson ne durent que 40 minutes). J’ai fait répéter « bonjour » à tout le monde encore et encore, et puis le drame est arrivé… Comme 120 d’entre eux me donnaient le bonjour pour la énième fois, j’ai malencontreusement lâché un « merci » réflexe. Ils ont tous répétés « merci ». A partir de là, va-z-y pour leur expliquer quand dire « merci » et quand dire « bonjour » ou quand dire « bonjour » ou « merci » à un « bonjour ». Je pense que c’est là-dessus que j’en ai perdu la première moitié, mais j’ai une bonne excuse : ce qu’il faut savoir c’est que ces mecs ne comprenaient rien à ce que je disais, rien de rien ! J’aurais pu écrire « couille-bite-couille » au tableau, personne n’aurait roulé par terre de rire (le mot couille est pourtant si drôle). Jamais vu autant d’ignorance et de bêtise rassemblées. Ils ne savaient même pas compter ! A presque dix-sept ans, dix-huit pour certains ! En fait il fallait vraiment tout leur apprendre depuis le début. J’ai donc écrit l’alphabet au tableau et passé en revu les différentes lettres. Ils ont géré le « A » et le « B », mais les « E », « U » et « Q » ont provoqué la panique générale, et il a fallu les répéter encore et encore… C’est assez bidonnant de faire répéter la prononciation de la lettre « Q » à cent-vingt jeunes qui ne comprennent pas ce qu’ils disent, et sans rire, en plus, surtout quand « pipi » et « caca » sont les bases fondamentales de votre sens de l’humour.
« Y » non plus ils n’ont pas accroché. Quand je leur ai fait travailler la prononciation de « c » qui sonne comme « k » ou comme « s » selon la voyelle qui le suit, ils ont parfaitement lu : [c + i = si] ; [c + a = ka] ; mais pour [c + y = ?] ils m’ont répondu [c + y = ci grec] ! HAHAHA ! LOL de chez MDR !! Vous imaginez le fou rire ! C’était quasiment impossible de ne pas se foutre de
leur gueule ! Dommage que j’étais tout seul, sur l’estrade.

GTO = Great Teacher Onizuka en train de donner son cours d'education civique... C'est un de mes plus grands modeles.
Pour que ces nigauds arrivent enfin à quelque chose dans la vie, j’ai décidé d’employer des moyens mnémotechnico-futuristico-pédagogiquement élaborés. Et pour qu’ils retiennent l’alphabet, je leur ai fait chanter la chanson suivante : « A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z ». Vous la connaissez tous, non ? C’est un classique. Vrai qu’elle ne rend pas très bien à l’écrit mais à l’oral non plus, alors on s’y retrouve. On a chanté comme ça pendant cinq minutes, ce qui a attiré pas mal d’autres élèves à l’extérieur de la classe, en plus de ceux que de multiples « bonjours » gueulés à tue-tête avaient déjà rassemblé. Pour le coup je n’exagère pas si je vous dis que j’ai joué les animateurs « Club med’ » en leur faisant répéter « bonjour » de plus en plus fort, comme si j’étais un comédien sur scène cherchant à faire participer son public. Je me suis même permis de placer un : « Plus fort ! J’ai rien entendu ! ». Mes élèves étaient à fond. EN PLUS je suis vraiment comédien maintenant (trop fou). Une fois que j’ai bien chauffé la salle et le couloir, je me suis lancé dans l’inculcation de plusieurs mots de vocabulaires utiles comme « xylophone », « ptéranodon », (très pratique s’ils doivent passer le p’tit bac à la fin de l’année) ou « yen », « xi » et « wu » (qui peuvent faire la différence au cours d’une partie de scrabble un peu tendue)… Ca n’a pas bien pris alors je suis retourné à des mots plus simples comme « table », ou bien je leur ai appris l’origine des mots, pour qu’ils s’en souviennent ; ex : « élève », qui sonne comme « elevation » en anglais, parce que les « élèves » sont des gens que leurs vénérables professeurs « élèvent ».
Comme ils avaient du mal (malgré notre entraînement intensif) avec la prononciation de « bonjour » (prononcé « bonzour ») je leur ai appris des variantes comme « salut » (prononcé « salaud ») et « coucou ».« Coucou » ils ont vachement aimé, peut-être parce que je me suis caché derrière la table pour illustrer le concept.
Après on est revenu à la prononciation de « cy », car je tenais à ce qu’ils sachent prononcer parfaitement les mots « Cynthia », « cycle », « cycliste » et « cylindre ».
A un moment donné, quelqu’un avait oublié son livre… J’ai cru que j’allais devenir fou ! J’étais prévenu mais je ne m’attendais pas à autant d’insolence. Bougre ! Et dire que j’avais le pouvoir de leur filer des devoirs et de leur coller des punitions.
Peu importe, on a bien ri pendant ces quarante minutes de folie pure absolument dingues, et quand la cloche a sonné j’ai surpris des larmes dans tous les yeux. Au lieu de quitter la classe en trombe comme le ferait n’importe quel élève normalement constitué, ils sont restés pour me demander mon prénom et mon nom de compte facebook. J’étais soulagé que ce soit fini car mon plan de cours arrivait à son terme et je ne savais plus trop quoi leur apprendre à part les gros mots (ils m’ont quand meme dit « salaud » en partant).
Les élèves ont fait de très bons retours sur mon cours et je suis revenu le lendemain. Un étudiant m’a arrêté dans le couloir pour me demander s’il pouvait remplacer son option « hindi » par l’option « français ». Ca fait partie des petites joies du métier. Les petites peines, quand on a des élèves aussi adorables que ceux-là, viennent de l’administration : pas pressée de m’offrir un statut, elle ne s’est même pas démerder pour me garantir une salle de classe à coup sûr. Pour mon dernier cours j’ai récupéré les élèves dans les escaliers et j’ai donné ma leçon dans le parking, une sorte de cours dialogue-échange-questions-réponses : 80% d’entre eux ont vite compris que ce n’était pas obligatoire d’y assister. Ceux qui sont restés, les plus courageux, étaient pourtant d’une timidité de porcelaine : impossible d’obtenir d’eux qu’ils me posent des questions originales sur le sexe ou sur la drogue, et même au sujet de la France, ils sont restés très conventionnels.
Bref, je ne suis pas retourné au College Wilson depuis le cours du parking, j’attends que l’administration m’offre un statut plutôt que d’avoir à me taper trois heures d’aller-retour en cage pour rien quand ça lui chante. Mais très bonne expérience jusque là. Les étudiants Indiens sont exemplaires, ils sont volontaires pour étudier, on leur a appris très jeunes à respecter leurs professeurs, et ça les enfants, c’est très important !
Bombay Dangerous: les léopards attaquent !
- Cet homme a su garder une apparence juvénile et fashion grâce à l’aide de produits de beauté judicieusement choisis et parcimonieusement utilisés.
Souvent, je croise des Indiens avec des cheveux rouges, rouges-orangés vifs, comme s’ils s’étaient pris un pot de peinture sur la tête. Au début je croyais qu’ils s’étaient effectivement pris un pot de peinture vu que de nombreuses célébrations d’ici impliquent qu’on se jette des choses à la figure, mais récemment j’ai appris qu’il s’agit en fait d’une teinture, dont l’objectif est de cacher leurs cheveux blancs. C’est ce qu’on appelle combattre le mal par le mal.
Mais cet article ne parle pas de cheveux, quoique les cheveux teintés « orange » puissent rappeler (sous un certain angle et par l’entremise d’une imagination fertile) la fourrure du léopard. Ok, peut-être pas, mais j’ai réussi ma transition : l’article d’aujourd’hui parle de léopards et du danger que ces rongeurs représentent.
Tout a commencé parce que j’ai décidé de quitter le canapé de Nicolas pour qu’il puisse se balader à poils dans son salon… En fait c’est lui qui a décidé ; il m’a regardé droit dans les yeux et il a dit :
- J’ai envie de me balader à poils dans mon salon.
Le message était clair, menaçant surtout. J’ai donc re-re-re-fait mon sac-à-dos pour chercher un nouveau toit où me mettre à l’abri du danger. Or il se trouve que, les jours précédant, j’ai fait la connaissance de Mowglita (l’actrice qui me donne la réplique dans l’excellent film indien à paraître dont je tiens le premier rôle ; cf : voir les épisodes précédents) et de sa mère, que nous appellerons Baloota pour les besoins de cet article. Baloota est super cool. Elle est fan de scrabble sur internet parce que, dit-elle, il y a plus de challenge que dans farmville où elle a tous les cochons et les chevaux qu’elle veut, même qu’on lui file plein de cadeaux gratuits. Elle est aussi prof de psychologie dans le lycée le plus réputé de la ville. Elle m’a tout de suite pris en affection et m’a proposé de dormir sur le tapis, au-dessus duquel elle a installé une partie de son matelas (elle avait plusieurs couches, la coquine).
Je dors donc dans le salon de Baloota et Mowglita depuis plusieurs jours, en même temps que je suis acteur, que je cherche un appartement, et que je suis professeur de français (mais ça se sera l’objet d’un prochain article).
Voilà pour la situation de départ. C’est sur ces entrefaites, que Mowglita m’a proposé d’aller visiter Boriveli National Park.
Alors ce qu’il faut savoir sur Boriveli National Park, c’est que ce n’est pas un parc avec des bancs et des tourniquets, c’est la forêt qui se trouvait là avant que Mumbai prenne les proportions qu’on lui connait aujourd’hui. C’est donc une sorte de très très grand carré de forêt sauvage (aujourd’hui protégé) entouré par la ville. Un peu comme Central park en beaucoup plus grand, si on remplace les tours par des bidonvilles et qu’on rajoute des crocodiles, des serpents, des singes et des léopards un peu partout.
Nico me rapportait récemment un article de fait divers qui traitait de la mort d’un promeneur, attaqué par un crocodile dans Boriveli National Park. L’article énumérait :
- 16h27 la victime est attaquée par un crocodile.
- 16h32 la victime parvient à appeler des secours.
- 18h30 les secours arrivent sur place.
- 18h45 la victime meurt des suites de ses blessures.
La morale de cette histoire c’est qu’il vaut mieux appeler les secours de Mumbai sur rendez-vous. Mais comme c’est contraire à la philosophie de l’aventure, nous nous sommes abstenus de prévenir qui que ce soit avant d’aller nous promener : en direction des grottes qui abritent d’anciens monastères, au sommet d’une des collines qui gondolent le tapis de verdure verdoyant du parc vert (poésie quand tu nous tiens !). En chemin, sur la route mal bitumée qui traverse la jungle, nous avons croisé des bandes d’adolescents et des couples, tous venus faire des choses interdites. Il y avait aussi des « tribus », comme dit Mowglita, qui apparemment se distinguent du reste de la population locale, mais je ne sais pas comment. Peut-être aux peintures rupestres qu’elle m’a montrées sur le flanc de leurs maisons ? Mais on s’en fout, non ? Après une bonne demi-heure de marche nous sommes parvenus à un embranchement invisible. Devant nous la route qui menait aux grottes-monastères et à gauche la route invisible qui devait y mener aussi.
Mowglita est férue de treks et de balades en montagne, c’est notamment pour ça qu’elle aime ce parc, et qu’elle m’a proposé que nous prenions la route invisible plutôt que la route goudronnée, « si je préférais ».
Pour vous dire la vérité je ne préférais pas forcément mais, comme d’hab’, j’ai pensé que s’il m’arrivait une connerie je pourrais vous la raconter… A moins bien sûr que ce soit une trop grosse connerie pour mes épaules, dans ce cas là vous l’auriez vu dans la presse et à la télévision, voire au cinéma 3D dans les mois suivant. En tous cas je n’ai pas bondi d’enthousiasme, je me suis contenté de répondre que si elle me proposait deux voies, je choisirais toujours la plus difficile, et il n’y a pas de message caché là-dessous. Nous sommes donc partis vers la gauche, mon short, mes chaussures de marche, le sac à dos de Mowglita, ses lunettes de soleil, ses sandalettes, Mowglita et moi.
Au début c’était marrant, un peu comme de se balader dans les collines de Provence, en écartant de temps en temps la branche malicieuse d’un jeune pin qui déborderait sur le chemin, parfumé des senteurs sauvages du genêt, du thym et du romarin et du chèvrefeuille (Ah ! Muses ! Muses ! Ne me laisserez vous donc jamais en paix ?). Nous avons batifolé un moment dans la nature puis dans les moustiques, en approchant d’un ruisseau. La route invisible était devenue inimaginable, mais nous avions fait tant de chemin que nous avons continué d’avancer : un philosophe de l’aventure ne recule jamais sauf parfois.
On a craqué quelques branches (hélas !) et offert leur goûter aux moustiques. Mowglita a rapidement cessé de bondir de pierre en pierre pour plonger les deux pieds dans l’eau. Je l’ai suivi, prudemment, parce que j’avais peur de déranger les nombreuses araignées multicolores dont un mauvais coup de coude peut saccager la toile. Quelques étages de la colline plus haut, nous avons quitté la rivière et continué de nous enfoncer dans des branches, pas très touffues, mais quand même. Je me sentais à mon aise parce que c’était comme se balader dans les collines de Provence, quand la pinède vous caresse les papilles nasales avec du genêt, du thym, du romarin et du chèvrefeuille… Mowglita, de son côté, commençait à s’inquiéter. A demi-mot seulement… Mais son souci venait des statistiques effrayo-terrifiantes de Boriveli National Park : dix morts par an. La cause ? « Attaques de léopards ».
Mowglita avait évoqué les léopards, au début, mais en parlait désormais de plus en plus, ou de comment ils entraient parfois dans les maisons, à la lisière de la forêt, pour emporter les vieillards et les bébés. En amoureux de la nature, j’étais bien content que les léopards prospèrent, et je n’avais pas du tout fait le rapprochement avec le fait qu’on puisse en rencontrer. Il n’y a pas de léopards en Provence. Par contre plus on avançait plus je m’inquiétais des serpents qui, sans doute, se cachaient dans les hautes herbes que nous traversions.
Finalement, à force d’enjambages de branches et d’escaladages de trucs on est arrivé au milieu de nulle part. Mais comme je vous l’ai dit, Mowglita est une habituée des treks : je n’avais pas de raison de m’inquiéter. Ce postulat a toutefois été remis en question lorsqu’elle a déclaré :
Tu as voyagé dans trente-trois pays, je n’ai pas de raison de m’inquiéter…
S’en est suivi un long débat sur en quoi le fait d’avoir voyagé pourrait bien nous être utile dans un moment pareil, puis nous avons repris notre route, ou plutôt notre avancée. A partir de ce moment je ne surveillais plus que mes pieds, mais aussi les hautes branches, des fois qu’un léopard y soit perché. Par ailleurs j’orientai la discussion sur « comment aspirer le venin d’une plaie lorsqu’on a été mordu par un serpent », pour être sûr que Mowglita sache réagir au cas où ça devait arriver… Moi je savais : j’avais appris dans un épisode de « Max et compagnie » (mais qui se souviendra de cet épisode, qui ?!).
En contournant de gros blocs de roche mousseuse nous avons pu sortir de la couverture des arbres, non sans être trempés par une averse soudaine. La mousson perdure. Sur cette espèce de mini-plateau, en fait le sommet d’une première colline, il y avait des hautes-herbes, des cactus et des papillons. Pas de route par contre, ni de point de vue : nous avons continué à avancer.
Mowglita commençait à flipper sa mère à cause des léopards, maintenant qu’elle comprenait que nous étions vraiment paumés, 33 pays ou non. Mais en ce qui me concerne, j’aurais été plutôt content d’en croiser un, pour pouvoir vous le raconter.
Vous avez lu la dernière ligne et vous vous dites : « Quel courage ce Nabolo, quel aventurier ! » ? Vous n’avez presque pas tout à fait tort. En fait il y a une raison pour laquelle je ne redoutais pas les léopards, c’est que, aussi fou que ça puisse paraître, je les ai confondu avec des servals (des servaux ?). Je m’explique : je sais parfaitement à quoi ressemble un léopard d’habitude, mais pour une raison inconnue, peut-être de l’auto-défense imaginaire, peut-être parce qu’on parlait d’eux en anglais, je me suis dépeint les léopards comme des servals, à peine plus gros qu’un gros chat. Bizarre comme phénomène, mais c’est cette image qui m’accompagnait tandis que nous entamions une nouvelle escalade de rivière, puis de rocher ; à couvert, puis à découvert.
Mowglita a bien tenté de faire monter la pression en me désignant du doigt un « papillon-tigre » aux ailes oranges rayées de noir, insecte qui trahit la présence de grands félins dans les environs et l’imaginaire populaire indien. Mais je trouvai ça un peu gros…
Au sommet de notre deuxième colline, nous avons enfin aperçu les grottes-aux-monastères, deux collines plus loin. Quelques touristes y folâtraient, hors de portée de la voix. Qu’à cela ne tienne, il n’y avait qu’à filer droit : passer d’une colline à une autre en se frottant au thym, au romarin, au chèvrefeuille, au genêt, et hop ! L’affaire serait réglée.
Mais pas de thym, ni de romarin… (ni de genêt). Nous étions en Inde. Les collines n’y sont pas celles de Provence : des crevasses abruptes empêchaient le passage des unes aux autres. Nous avons tenté un détour par ci, un détour par là, mais rien n’y fit. Le soleil commençait à décliner en même temps que la raison de Mowglita qui, voyant la nuit s’approcher, a lentement glissé vers l’état de panique. Mowglita marchait trop vite, et dans n’importe quelle direction.
Quand vous lirez mon excellent roman à paraître (j’attends toujours qu’un éditeur vienne me supplier même si certains d’entre vous m’ont contacté avec de vraiment bonnes idées, merci à eux !) vous découvrirez ce phénomène « d’héroïsme dans la détresse » qui peut frapper certaines personnes quand c’est vraiment la [mot de Cambronne]. Quand c’est vraiment la [mot de Cambronne], donc, ces personnes se rappellent qu’Actarus sauvait la planète bleue quasiment tous les jours à bord de Goldorak, et que « la [mot de Cambronne] » n’est rien d’autre qu’une occasion unique de devenir un vrai héros.
C’est exactement ce qui m’est arrivé lorsque nous nous sommes finalement résolus à rebrousser l’exact chemin que nous avions parcouru, mais sans en retrouver la trace. A partir de ce moment là je me suis transformé (cf les art. sur la philosophie de l’aventure et l’artifice la création de personnage) en Indianabolo, un super-aventurier qui gère toutes les situations et qui « protège la meuf ». Ce subterfuge m’a permis de prendre une décision à la con : celle de suivre la rivière pour retrouver la plaine.
Il y avait trop de végétation pour suivre la rivière par la berge, alors nous avons décidé de la survoler en sautant de cailloux en cailloux. Seulement ce n’était plus un ruisseau que cette rivière mais… une rivière, gonflée de plus en plus par les averses qui continuaient de tomber.
Comme j’étais Indianabolo je protégeais la meuf. C’est moi qui portait le sac et qui ouvrait le chemin. Mowglita me dépassait de temps en temps mais c’était par pure panique, elle ne se contrôlait plus. Si je lui disais de m’attendre elle répondait à peine. Je crois qu’elle se voyait déjà avec un léopard au cou… J’avais du mal à réaliser : pour un Européen le léopard est presque un animal mythologique… Mais à la tête qu’elle faisait je commençais à comprendre la réalité de la menace tachetée.
Alors que nous nous enfoncions encore un peu plus vers l’enfer, une créature hostile nous observait à notre insu. Nous ne l’avons pas vue, nous ne l’avons pas entendue.
Mes récits se veulent drôles d’habitude, mais pour vous raconter ce qui est arrivé ensuite, je reprends un peu de mon sérieux. Mowglita, pressée de rentrer, était une fois de plus passée devant. C’était lourd de lui répéter sans cesse de me céder le passage, alors je l’ai laissé faire… Sans quoi c’est moi qui aurait été à sa place.
Les choses se sont passées tellement vite que j’ai du mal à les décrire. En fait nous ne l’avons même pas vu bondir. En un instant, le fauve était sur elle, pendu à l’épaule gauche de ma camarade ! Mowglita a poussé un hurlement. Elle bougeait dans tous les sens pour se débarrasser de son emprise. Il m’a fallu plusieurs secondes pour réagir tellement j’étais éberlué. De son côté, le monstre tenait bon, ses griffes accrochées au foulard de sa victime. Quand j’ai retrouvé mes esprits, je me suis précipité au secours de mon amie (en dépit du danger). J’ai tiré sur le foulard pour la libérer de cette étreinte mortelle… Ca a marché, à mes dépends puisque je me suis du coup retrouvé de l’autre côté du foulard que le prédateur agrippait avec rage.
J’aurais pu lâcher le foulard me direz-vous… C’est con comme un chou-fleur mais sur le moment je n’y ai pas pensé. J’ai saisi le premier bâton qui trainait à portée de main et je l’ai glissé sous la gorge de l’animal, m’en servant de levier pour lui faire lâcher prise. Ca a marché, suite à quoi il a déguerpi sans demander son reste, décontenancé par l’échec de son attaque surprise… J’ai héroïquement ramené son foulard à Mowglita. Elle était encore sous le choc. On peut la comprendre. Moi-même je n’avais jamais vu de chenille aussi grosse : toute verte fluo avec une espèce de crochet géant, exotique et empoisonné à l’arrière du coccyx. Déjà qu’on avait sûrement choppé la malaria à cause des moustiques de la rivière, je n’imagine pas ce qu’une dose supplémentaire de poison aurait pu avoir comme conséquence, même dans un organisme exceptionnel comme le mien, abreuvé au kiri depuis l’enfance (vous ne le saviez pas ? Un kiri est l’équivalent d’un grand verre de lait. On peut aussi boire des kinders, c’est pareil).
Suite à cet affrontement, nous avons poursuivi notre route, au-dessus et dans la rivière : un prédateur encore plus redoutable.
J’avais déjà de l’eau jusqu’à la taille quand je suis tombé dans un trou et le sac avec moi. Le temps que je remonte à la surface, le sac en avait pris un coup, et les téléphones portables avec lui. Mowglita avait perdu ses lunettes de soleil dans une précédente chute et l’une de ses sandalettes était morte. La rivière descendait un étroit couloir rocheux dont les parois avaient été polies par l’eau. La végétation végétait bien au dessus de ces parois, ce qui montrait que la rivière était loin de déployer sa taille maximale… Mais à force d’averses, elle était en chemin. Le niveau de l’eau a commencé de monter, le soleil continuait de descendre et Mowglita était de plus en plus hagarde. Pour la détendre un peu je l’ai arrêté de force en lui demandant de me raconter une blague. Mais elle ne pensait plus qu’à l’heure qui tournait : les grottes-monastères fermeraient à 17h30 et la nuit tomberait peu après, avec, peut-être sur nous, ses léopards affamés. Donc pour la blague, elle s’est abstenue, et n’a même pas daigner écouter la mienne (dommage, j’en avais une bonne à propos de trois chats sur un pont)…
Il y a maintenant presqu’un an, j’ai eu la chance de faire du canyoning à la Réunion. J’ai rappelé à moi tout ce que j’avais appris alors pour continuer. Nous avons séché les portables, toujours fonctionnels mais inutiles pour absence de réseau. J’ai replongé, sans le sac, que Mowglita m’a lancé une fois que j’eu testé la route, et encore, et encore. Les trous n’étaient jamais très hauts, il y avait peu de chance que je me casse quelque chose en sautant. Glisser, par contre, serait dangereux, et je recommandais à Mowglita de ne plus se mettre debout : elle risquait de tomber sur la tête, ou autre, et si l’un de nous deux était KO ou dans l’impossibilité de marcher, l’affaire se corserait d’un coup.
Ce faisant, le soleil continuait de descendre, la rivière de gonfler et Mowglita de pâlir. Que je chante des chansons n’y fit rien. Je tentais de lui expliquer que la panique était notre seule vraie ennemie mais elle n’était déjà plus là. Je ne veux pas dire qu’elle courrait partout en criant, je veux dire que son esprit n’était plus obsédé que par une chose : « avancer vite », au point qu’elle était incapable d’interagir normalement avec moi et nous mettait parfois en danger (surtout moi !) en me poussant quand je n’allais pas assez vite…
La panique, ça se transmet. Au début j’étais Indianabolo, le sourire aux lèvres, heureux de saisir au vol une nouvelle aventure et content d’offrir l’exemple de ma puissante philosophie de vie et de courage à une jeune partenaire en détresse… Et puis je me suis peu à peu ratatiné pour ne plus être que Nabo. La rivière me faisait vraiment peur. Je ne pensais même pas aux léopards que le courant de l’eau, de plus en plus fort, avait totalement chassés de mon esprit. A cause des virages que prenait le boyau rocheux qui servait de lit au torrent, on ne voyait pas à plus de quatre mètres devant nous. On pouvait très bien être entraînés vers une chute d’eau en sautant dans un trou. La paroi était si glissante qu’il devenait difficile d’échapper au courant, surtout si Mowglita me poussait pour avancer. Il n’y avait rien pour s’agripper que de la roche lisse mouillée, et tomber dans l’eau au mauvais endroit s’était s’en remettre aux humeurs du courant quant à notre destination finale. Je me suis rendu à l’évidence : ce que nous faisions était hyper dangereux. Il fallait quitter le boyau rocheux au plus vite. Nous avons escaladé la paroi jusqu’à nous agripper tant bien que mal au flanc de la colline qui montait au-delà, disons à 295° (ou 65° si vous préférez mais c’est moins impressionnant). Il y avait peu de prises à part de petits trous de pierre mouillés par la pluie et des touffes d’herbes que nous attrapions à pleines mains, dans la douleur pour peu qu’un cactus s’y cachât. La rivière continuait son chemin de son côté, en une chute d’eau abrupte, dangereuse et mortelle dont je n’ai pas pu apprécier la hauteur de là où je me trouvais. En fait, on venait de l’échapper belle.
Nous étions en pleine ascension quand le téléphone portable de Mowglita s’est mis à sonner. Ô joie ! C’était Baloota. Mowglita lui a expliqué la situation à sa manière, en lui disant qu’on était perdu en forêt. De mon côté j’insistai pour qu’elle précise que nous étions en danger, ce que Mowglita traduisit en demandant à Baloota d’envoyer un hélicoptère. Je ne sais pas ce que Baloota a compris, la communication était assez mauvaise, mais elle a dit « J’arrive » et elle a raccroché. On voyait mal comment elle pourrait « arriver », et surtout où ? Nous ne le savions pas nous-mêmes. Mowglita avait repris du poil de la bête depuis le coup de fil, ce qui m’a permis de discuter avec elle du meilleur abri pour passer la nuit, sujet qui l’a rembruni quelque peu. Notre situation me rappelait celle de Blanchette, la chèvre de Monsieur Seguin qui avait quitté sa ferme pour la colline où elle aimait tant gambader dans le thym, le genêt et le chèvrefeuille (j’imagine). Elle en avait bien profité la coquine, jusqu’à l’arrivée du loup…
Mais pas de loup dans notre cas, ni de léopard : au sommet de la colline nous avons aperçu les monastères, nous étions sauvés ! Mowglita a rappelé sa mère pour annuler l’hélicoptère et nous avons rejoint les gardes qui tiraient des coups de sifflet en annonçant la fermeture du site. Nous étions trempés, peaux et vêtements déchirés (j’ai une micro-coupure au bras qui, j’espère, va me laisser une cicatrice de baroudeur), Mowglita n’avait plus de chaussures ni de lunettes.
Lorsque nous avons raconté notre aventure aux gardes, ils nous ont expliqués avec ce flegme indien si particulier que nous serions morts si nous n’étions pas arrivés avant la nuit et que le prix d’entrée du site était de 100 roupies pour moi et de 5 roupies pour Mowglita (les Indiens et les touristes payent des tarifs distincts sur la plupart des sites archéologiques). J’ai payé de mauvais gré les cent roupies que le garde a mis dans sa poche et nous sommes repartis par la grande route, celle qui est bien visible, plus rapide, mais tellement moins riche en émotions et en souvenirs (cette fois il y a peut-être un message caché là-dessous).
Mumbai Express
Non mais qu’est-ce que vous me faites pas faire ! Enième rendez-vous l’autre jour, pour une énième opportunité de future carrière de fou comme acteur de dingue dans Bollywood la crazy-maboule… A peine ai-je acheté mon billet de train que qu’est-ce que je m’aperçois-je ? Le train se fait la malle. C’est là que je me suis dit : « Essaie de le prendre en marche, s’il t’arrive une connerie ça les fera marrer… ». Voilà qui montre à quel point VOUS êtes les vrais moteurs de cet excellent Nabolo-blog, chers lecteurs, et cet article va une fois de plus démontrer que notre quatuor marche du feu de dieux puisque, les wagons s’éloignant sournoisement les uns après les autres, je m’élançai à leur poursuite comme une belette sur un serpent blessé…
Le train prit de la vitesse, mais moi aussi. Première étape : cibler un wagon. Ce fut assez facile, tous débordaient d’Indiens par leurs portes ouvertes, sauf l’avant-dernier qui ne comptait qu’un garçon : « C’est le bon ! » me dis-je en parlant du wagon. Je pris mon élan, et sautai.
J’ai jamais été trop bon en physique, sans quoi je ferais autre chose que tenir ce blog et ce serait bien triste. Tout ça c’est la faute au Père Noel qui n’a jamais voulu m’apporter cette « boite du petit chimiste » (commandée 14 fois) pour des raisons fallacieuses (je soupçonne un accord secret passé avec certaines personnes dont je tairai le nom)… Ce qui fait que je ne sais pas quelle vitesse j’aurais du adopter pour atterrir proprement dans le wagon, alors je me suis contenté du maximum que je pouvais pour pas tomber à côté de la porte.
Ce qu’il y a de bien avec l’entrée des wagons de Mumbai, c’est cette grande barre de fer qui permet de s’y accrocher quand 33 millions de personnes vous compressent dans un sens ou dans l’autre, pour sortir ou pour entrer… Il n’y aurait pas tant de morts si cette barre de fer n’était pas là, mais si elle n’était pas là on ne pourrait pas s’y accrocher, et ce serait beaucoup plus difficile de résister aux courants humains causés par cette barre de fer. C’est le genre d’objet qui apporte la solution à son propre problème. Il y aurait presque un livre à écrire sur cette barre de fer, ou un sketch, à voir.
En tout cas je n’aurais jamais pu m’accrocher à cette barre de fer si elle n’avait pas été là, ce qui m’aurait aussi évité de me la prendre en pleine gueule. Heureusement que le wagon était vide… d’hommes. J’aurais préféré qu’il soit aussi vide de femmes. Les garçons, vous le savez comme moi, c’est deux fois plus la honte de se prendre une barre de fer dans la gueule devant des femmes que devant des hommes… Ou peut-être que vous ne le savez pas et dans ce cas allez-y, c’est gratuit, jouissez un bon coup de mon expérience.

Voila à quoi ressemblait la population du wagon féminin: je me suis bien sur dépêché de descendre pour réparer mon erreur!
J’étais donc en train de ressentir de la douleur quand des rires timides mais nombreux, discrets mais croissants, moqueurs mais pains au chocolat, me firent comprendre qu’il était l’heure ou jamais de s’offrir une contenance. Je me redressai donc de toute ma hauteur (22cm) et souriais à mon public que je découvris en même temps : des femmes, rien que des femmes, en saris de couleurs ! Certaines se voilant le sourire de leurs voiles (oui, on peut faire ça avec un voile), d’autres riant à pleine dents manquantes… des femmes partout ! C’aurait pu être le rêve de ma vie mais c’était en fait le wagon réservé au « sexe faible », comme on dit, sans doute parce qu’il est impossible de soulever des mini-altères en plastique avec un clitoris. Je me suis senti comme ces héros de film d’action qui atterrissent par erreur dans le harem du Sultan qu’ils sont venus combattre… Celui dont ils sortent à reculons en bégayant des excuses. Dans mon cas ce n’était pas possible, évidemment : j’ai sauté à la station suivante et réussi un formidable atterrissage en pas-chassés… Je sais que certains héros n’hésitent pas à plonger du dernier étage d’un immeuble pour atterrir en roulé-boulé sur le capot des voitures, mais croyez-moi, c’est du chiquet : les pas-chassés, y a que ça de vrai.
Ceci dit, cet article ne parle pas de trains, mais de réussite sociale (la mienne par exemple et pour changer). Pari tenu, je suis devenu acteur à Bombay… Pas vraiment acteur de Bollywood mais quand même. Je vous ai déjà parlé de l’audition à laquelle j’ai participé ? (il y a un point d’interrogation mais la réponse est oui, à lire ici) Eh bien j’ai été pris pour le premier rôle, celui de James, ce banquier con, arrogant, prétentieux, égoïste et égocentrique qui finit par être puni pour ses méfaits. Compte tenu des adjectifs employés pour qualifier le personnage, vous comprendrez que je ne doive ma réussite qu’à mon seul jeu d’acteur, ce qui est tout à mon honneur, je trouve.
J’ai eu la chance de passer mon audition avec une actrice indienne qui est désormais une amie et que nous appellerons Mowglita pour les besoins de cet article. On l’avait bossé dur notre audition dans l’heure qui a précédée notre bref passage sous le feu des projecteurs, ce qui a suffi à les convaincre. « Les » c’est une bande de dix amis dans la quarantaine qui sont passionnés de cinéma et réalisent aujourd’hui leur premier court-métrage de 30 minutes… Je sens bien que la légende s’effrite en admettant cela, mais je ne tourne pas avec le Steven Spielberg du pays (pas encore).
Je vous passe les deux jours de répétition ou nous avons cherché à comprendre nos personnages, Mowglita, Mowglito (son double masculin et troisième acteur principal) et moi. La « production » ne voulait pas nous donner l’ensemble des dialogues pour éviter que nous ne le vendions à la concurrence… Je comprends leurs craintes, j’ai moi-même mis sous protection judiciaire tous les jeux de société que j’ai inventés (aujourd’hui stockés dans un placard) mais franchement, il n’y avait pas de quoi avoir peur.
Bref, le tournage a commencé le dimanche. La présence de la star du film était requise à 8h30, le temps pour l’équipe technique de mettre en place les caméras et le décor. A 8h15 j’étais devant les locaux de la banque qui servirait de lieu de tournage. Personne. Sauf un garde qui m’interdit le passage. Les autres sont arrivés une demi-heure plus tard, et le garde a compris son erreur… Oui, je suis acteur.
Ce qui est bien avec un métier comme le mien (acteur, donc) c’est qu’il n’y a pas besoin d’être un bon acteur, ou d’être un acteur connu, ni d’avoir jamais joué dans quoi que ce soit pour s’attirer l’admiration du public. Il suffit de dire « Je suis acteur » et hop, c’est dans la poche : acteur = superstar. Ca marche aussi avec écrivain, notez bien. Bon, il y a toujours un ou deux esprits chagrins pour vous demander dans quoi vous avez joué ou ce que vous avez écrit, mais si vous ne vous attardez pas sur place comme un légume, ça passe largement et vous aurez droit à des regards plein d’admiration… ce qui est… waah… et qui sert à… rien.
La première chose que j’ai faite en arrivant sur les lieux du tournage, c’est de m’effondrer dans un canapé. Je devais me la jouer professionnel, et tous les grands acteurs, c’est bien connu, ont des caprices de princesse. Moi j’étais crevé et malade. Nez qui coule, toux… la grande classe. J’ai demandé qu’on m’apporte de l’eau chaude entre chaque prise et tout le monde était aux petits soins avec moi. Mais pour commencer j’ai dormi. Ensuite ils m’ont forcé à mettre mon costume : les chaussures du banquier, le pantalon du banquier, la chemise du banquier, la cravate du banquier, les épaulettes du banquier, le casque du banquier… J’étais prêt à sacrifier ma vie pour Athéna. Mais au lieu de ma belle déesse aux cheveux mauves, on est tous allé voir Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, qui avait été installé dans un coin de la salle. Petite séance de prières et d’offrandes au dieu de la chance avant de commencer le taff, ça ne pouvait faire que du bien.
Je suis passé au maquillage et puis, hop, en route, on m’a mis en situation. Un second rôle me donnait la réplique pour cette première scène que je ne peux malheureusement pas vous décrire à cause de mon contrat (notez le professionnalisme). La seule chose que je peux vous dire c’est que le second rôle jouait mieux que moi et que ça a suffi pour me réveiller. J’étais à deux doigts de perdre mon statut de star, plus question de déconner.
Miracle, malentendu ou fossé culturel ? Tout le monde a été très content de mes différentes prestations. Je crois que tous n’ont pas compris mon parcours, et certains doivent penser que je suis un vrai acteur… Je n’ai pourtant pas cherché à leur cacher la vérité. Mais ils ne m’ont quasiment jamais demandé de refaire une scène… C’est comme si j’avais toujours tout bon du premier coup.
La première partie du tournage a eu lieu dimanche avant-dernier, la seconde dimanche dernier, quant au dimanche avant-avant dernier, on n’a pas tourné du tout (je ne connaissais même pas l’équipe). Entre les deux journées de tournage nous avons regardé l’ensemble des scènes déjà prises, ce qui m’a permis de juger ma propre prestation : h-o-r-r-i-b-r-r-r-r-r-r-r-rrrrrrrrrrrrrrr.
Je sur-joue, c’est un truc de malade. J’étais à deux doigts de me prendre la tête entre les mains tellement je voulais plus voir ma tronche à l’écran, mais je me suis retenu pour ne pas désillusionner mes clients/employeurs. Le plus fou c’était leurs commentaires :
- Regardez Nabolo, ses expressions sont parfaites.
- Oui, il joue vraiment bien.
Le mec à côté de moi m’a glissé à l’oreille :
- Ca fait vraiment du bien au film d’avoir la participation d’un acteur professionnel…
- …
Mowglita m’a expliqué que si je sur-jouais par rapport à mes critères occidentaux, j’avais un jeu qui s’inspirait de ce que j’avais vu sur les écrans d’Europe et qui, par rapport aux critères Indiens, ne donnait pas du tout l’impression de sur-jouer.
Il suffit d’allumer la télé indienne pour la croire.
Il faut dire aussi que la prestation de l’acteur ne compte, au final, pas tant que ça dans le résultat : le caméraman, le responsable du son et le metteur en scène qui le guide ont une part énorme dans le processus de filmation. C’est eux qui feront que le film aura l’air professionnel ou pas. Pour ce qui est du mien ça a l’air mal parti, mais nous n’avons visionné que des scènes mises bout-à-bout, reste à voir ce que fera la magie du montage.
En tous cas il faut de la patience et de la mémoire pour être acteur. Il faut répéter une certaine gestuelle et un certain texte, encore et encore, jusqu’à ce que la prise soit bonne, ce qui dépend de soi d’abord, mais de six autres personnes ensuite, les responsables déjà nommés plus celui de la lumière, du maquillage, ou le gars dans le fond qui a malencontreusement éternué. Tant que tout n’est pas parfait il faut répéter la scène, comme un automate.
Bien jouer (pour autant que je puisse prétendre le savoir) n’est pas si dur avec une bonne préparation, quand on a eu le temps de revoir les gestes et les expressions… Mais bien jouer quand on n’a pas le temps de répéter, et qu’on n’a droit qu’à une prise parce qu’il y a du retard au planning, et xétéra, ça c’est une autre paire de manche.
Le premier dimanche nous n’avons tourné que six scènes mais plusieurs fois, sous différents angles. Hier la journée a été mieux remplie. J’ai fait du 7h30-23h30 sans compter les transports en commun (balèze la vie d’artiste !). Entre deux prises, le responsable du son venait m’apprendre des phrases en hindi pour que je fasse marrer la galerie. Comme mon personnage était impliqué dans quasiment toutes les scènes je n’ai pas eu à attendre beaucoup, mais même un peu, c’est dur : on doit rester à disposition, prêt à cracher le texte et la gestuelle dès qu’on nous l’ordonne… ACTION ! Au moment de donner la réplique à mes « collègues », je me rappelais cette phrase tirée du spectacle de « Les fils de… » (à voir et à revoir) où les personnages principaux se confrontent autour de la règle numéro 1 du veau de ville : « En faire des caisses, encore des caisses, et écraser son partenaire comme une merde ».
Très dur : le fait de tourner les scènes dans n’importe quel ordre, comme jouer la « scène A », puis la « scène B et C », puis de nouveau la « scène A » mais sous un angle de caméra différent. Il faut se rappeler où on était positionné et quelles étaient les expressions et émotions du personnage à ce moment là (sans parler dur texte et de la gestuelle).
Au bout de cette journée de tournage, j’ai eu une sensation bizarre, liée au personnage. Comme si, à force de prendre les airs arrogants et désagréables qui sont les siens, j’avais développé une seconde peau ; comme si à force de tourner (le lait), une sorte de crème s’était développée en surface : une mue, que je ne retirerais qu’à la fin, avec mon costume de banquier amidonné mais trempé de sueur (ce qui justifie sans doute l’image du lait tourné).
Bref, c’est une bonne expérience que celle-là, et je compte la pousser un peu plus loin, pour voir. Mais d’ici là il me reste encore à vous raconter comment j’ai survécu aux léopards, et comment je suis devenu prof de français dans le plus prestigieux lycée de Mumbai… A suivre bientôt, sur l’excellent Nabolo-blog.
Ajout du 02/10/2010: le trailer du film est disponible ici!
















