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Archive pour août 2010

La beauté du geste

labyrinthe mumbai
Un plan de la ville de Mumbai.

La Thaïlande propose sans doute ce qu’il y a de plus pratique comme système de « repérage urbain ». Les villes comptent de grandes artères (qu’on appelle « thanon ») auxquelles se rattachent de plus petites rues (appelées « soi »). C’est comme des rivières et leurs affluents, quand on veut se rendre quelque part on demande la « rivière A, affluent 12 » et tout le monde sait vous indiquer l’endroit.

L’Inde propose sans doute ce qu’il y a de plus compliqué. A Mumbai en tous cas, lorsque vous demandez une adresse on vous donne : 1 – le quartier ; 2- l’édifice connu le plus proche ; 3- le bâtiment opposé à celui que vous recherchez (la rue est donnée aussi mais personne ne la connaît : elles ne sont pas indiquées). Votre recherche se divise donc en plusieurs étapes : d’abord vous rendre dans le quartier ; une fois dans le quartier vous renseigner auprès des habitants du quartier pour trouver les bâtiments indiqués et enfin trouver l’endroit précis où vous voulez vous rendre, ce qui n’est pas gagné… un peu comme pour aller à un gouter d’anniversaire qui n’aurait pas de ballons à l’arrivée.

Par exemple, avant-hier, je cherchais les studios d’une agence de modèles dont le site-web envoie de la poudre aux yeux, et j’ai  terminé au troisième étage d’un immeuble délabré, dont les escaliers étaient colorés de crachats rouges (dus aux pans, cette friandise dont les Indiens raffolent), dans un appartement privé ou un couple terminait son thalie (différents types de garnitures servies sur un plateau à l’indienne)… Mais c’était vraiment là que j’avais rendez-vous !

Ils m’avaient contacté deux heures avant par téléphone, suite à l’un des milliers de mails que j’ai envoyé cette semaine dans l’espoir de devenir une star à Bollywood… C’est autant de temps qu’il m’avait fallu pour me rendre dans leurs « studios » et m’entendre dire :
- Nous pouvons nous occuper de vous trouver du travail en tant qu’acteur, no problem : c’est 2.500 roupies pour vous inscrire chez nous.

Je suis reparti. Et le lendemain rebelote, même scénario !

Les personnes du « milieu » que j’ai rencontrées dans des soirées m’avaient déconseillé d’appliquer mon plan initial, qui était d’aller directement frapper aux portes des studios, mais plutôt d’utiliser internet : ca se finit en faux rendez-vous, mauvais plan.

Alors je suis reparti sur mon idée de base et je suis allé frapper aux portes.

A Mumbai il n’y a pas, ou du moins je ne l’ai pas encore trouvé, un quartier « Bollywood » à proprement parler. Mais dans ce qu’ils appellent des « mauls » il y a un peu de tout. Les mauls à l’indienne sont délabrés, certes, mais surtout, ils ont été construits exprès pour que s’y déplacer ne soit pas pratique. Peut-être que l’intention d’origine était de piéger les visiteurs dans des étroits couloirs sans moyens de trouver la sortie ? …afin de les pousser à l’achat ? Si c’est ça, c’est (à moitié) réussi. Il faut avoir le temps en tous cas.

Mais le plus pratique n’est pas toujours le plus beau.

Le monde occidental cherche à aller au moins compliqué, au plus rapide, pour engendrer plus d’argent en songeant que c’est l’argent qui apporte le confort. Ce n’est qu’une fois cet argent amassé que le mirage se révèle. Pour les riches comme pour les pauvres, les émotions qui animent le quotidien sont les mêmes : qu’on joue au tennis sur les rails qui traversent des bidonvilles ou sur un terrain en terre battue, la qualité de bonheur est la même ; qu’on aime, qu’on pleure ou qu’on rit, c’est pareil. Quant à la beauté évoquée plus haut, je ne prétends pas que la pauvreté y touche davantage que la richesse, je pense que c’est plutôt une question de nouveauté, d’habitudes brisées, et pour revenir au modo de ce blog : d’aventure. Le pauvre rêve de richesse, et il y a des milliers de riches sur les routes à la recherche d’expériences dénuées d’investissement financier. Tout ça pour dire que je value la pauvreté sans pour autant cracher sur la richesse : je la trouve très intéressante en tant que conquête et qu’aventure, mais pas en tant qu’état.

Bref, je reprends : j’ai frappé à toutes les portes qui portaient la mention « model », « actor », « production » et en général, j’ai été plutôt bien reçu. Parfois on a essayé de me faire payer une inscription, parfois on m’a garanti du travail dans les jours à venir, compte tenu de mon profil « rare ». Je me suis vu hériter des rôles de lieutenant nazi, arrogant, colonialiste de toute l’industrie ! Toutefois je n’ai pas trop de nouvelles de ces contacts là pour l’instant.

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Un bédouin dans le besoin (cf: la blague du même nom dans la section 'blagues' de ce blog).

Une porte était ouverte sur une sorte de studio, je suis entré. Il y avait trois dinosaures sur les sièges avec lesquels ils vivaient en symbiose. Ils m’ont demandé sans sourire ce que je venais faire chez eux ? Je leur ai dit que j’étais acteur, et ils m’ont demandé si j’étais acteur?

Tout le monde m’a fait le coup au début, j’arrivais dans une salle en disant :
- Namaskar, I am a french actor and I am looking for…
- Are you an actor?
- Yes, I am an actor.

Je ne devais pas être très convaincant au début mais à la fin ça passait beaucoup mieux.

Retour au tricératops en face de moi, le chef de la bande, qui a fini par me faire asseoir et me présenter le stégosaure à ma gauche et le ptéranodon à ma droite, les directeurs et producteurs ou je ne sais quoi,:je n’ai pas chercher à retenir ce qu’il m’a dit. Les trois gaillards auraient passé l’audition des « Tontons flingueurs » sans problème en tous cas. Le tricératops m’a scanné aux rayons X de son regard de machoman-qui-a-réussi. Comme je savais que, précisément, il était en train d’essayer de me jauger/m’impressionner ( façon Obi-wan Kenobi qui utilise la force pour influencer les esprits faibles) j’ai utilisé le pouvoir absolu (j’ai relu les vieux articles récemment alors j’en profite pour m’y référer) pour me glisser dans la peau d’un personnage imperméable au bluff, ce qui m’a permis de me battre les coudes de son petit cinéma. A partir de maintenant c’était moi le patron ! Mais le tricératops ne l’entendait pas de cette oreille. Il jouait du silence, qui, en terrain ami, lui profitait mieux qu’à moi. Rapport de force. Il me demanda mon portfolio et je lui passai mes photos de porteur de pneu que les  que les Indiens apprécient tant (hélas non : c’est faux car la pudeur m’avait conseillé d’ôter ces photos du lot que je distribue… Mais la beauté du geste aurait voulu qu’elles y soient, d’autant que les Indiens apprécient VRAIMENT ces photos). Le tricératops les fit passer au stégosaure et ils en prélevèrent une ou deux… Ils le passèrent ensuite au ptéranodon, plus frêle, qui perdait du terrain dans la bataille au charisme. Ce qui est sûr c’est que les quatre personnes assises sur ces chaises avaient bien l’intention d’être reconnues par les trois autres comme le maître du monde.

Le tricératops me demanda si je parlais hindi. Je lui dis que je débutais. Il me dit qu’il FALLAIT parler hindi pour jouer à Bollywood et me demanda quels mots je connaissais. C’était l’occasion ou jamais de raconter ma blague des trois chats sur le pont (apprise dans le train, cf l’article “Comment réussir à Bollywood”.) J’ai donc raconté ma blague (ce fut laborieux) mais avant même que je puisse dire « miaou miaou » (c’est la chute, cf, l’article déjà cité) le voilà qui s’esclaffait : « Is that really hindi ? »

Oh putain con l’en-cu-lé ! Il avait marqué un point. Mais je n’allais pas me laisser abattre si facilement : je lui demandai s’il connaissait une meilleure blague.

…en fait c’est faux, je n’y ai pas pensé : mais la beauté du geste aurait voulu que.

Deux fois que je m’y réfère, à cette « beauté du geste ». Voici en quelques sortes de quoi il s’agit : parfois il y a des choses qu’on trouverait « drôles », « ridicules », « cruelles », etc. Des choses qu’on se sent pousser à faire, bien qu’elles puissent avoir l’air totalement inutiles, mais parce qu’on a le sentiment qu’elles doivent être faites à ce moment là, qu’elles soient éphémères ou durables. Ces choses ne sont pas forcément belles en elles-mêmes, elles peuvent même parfois être dégradantes d’un certain point de vue, mais elles participent d’une beauté générale, elle révèle la beauté et la poésie qui sont cachés par l’inaction… Elles font que quelque chose de notable, de frappant, se passe, quelque chose qui touche et qui réveille des sentiments.

Par exemple : il faut parfois être con et égoïste pour permettre à quelqu’un de révéler sa générosité et sa sagesse. C’est dégradant d’un côté mais de l’autre, il y a quelque chose de magnifique qui se produit, qui accouche d’un certain héroïsme.

En tous cas, agir selon la beauté du geste s’accorde parfaitement bien avec la philosophie de l’aventure : agir pour qu’il y ait quelque chose de beau à raconter, de magnifique dans les émotions ou les actes, dans le sacrifice ou dans la cruauté, agir pour justifier le fait d’être vivant. Raconter la blague des trois chats en hindi était risqué, peut-être humiliant, mais c’était LA chose à faire pour que le moment vaille la peine d’être raconté. Plus on côtoie le ridicule, plus on rencontre l’échec, plus on repousse ses propres limites. L’échec et le ridicule sont les symptômes de la progression.

Je ne pense pas qu’on se serait beaucoup entendu Bouddha et moi…

don quichotte
Don Quichotte: un grand champion de la beauté du geste.

L’épisode de Jurassic Park s’est bien terminé, j’ai laissé mes coordonnées et je suis reparti.

Hier j’ai passé la deuxième étape de l’audition dont je vous ai déjà parlé. Cette fois une autre actrice me donnait la réplique. Ca a été une super expérience. Je n’entre pas trop dans les détails techniques du travail des personnages mais c’était vraiment intéressant de chercher comment réussir à exprimer telle ou telle émotion, apprendre à se placer et se déplacer pour donner du crédit à nos personnages… Je crois que j’adore jouer ! Notre prestation a été très bien reçue, mais je pense que c’est surtout du au protocole du milieu: quand on est entré dans la salle, le mec m’a dit :
- Come on Nabolo, don’t be afraid, you’re doing a great job!

Et la fille derrière a rajouté :
- Yes, make sure you enjoy the moment, everything is going to be alright .

J’aurais Presque trouvé ça inquiétant s’ils ne m’avaient plutôt rappelé la communauté des “Hare Krishna” que je suis allé rencontrer dans leur temple la semaine dernière. Je vous ai pas raconté ?

Ophélie, l’innocente stagiaire

stagiaire innocente

On lui donnerait le bon dieu sans confession!

Une fois n’est pas coutume, je me fends d’une petite explication au sujet de ce poème qui était à sa création (il y a plusieurs années) destiné à des amis à moi mais dont le thème est (je ne le souhaite pas !) peut-être suffisamment universel pour que je le poste ici.

Nous étions donc un groupe de stagiaires (= jeunes gens exploités par la génération du dessus) et de Volontaires Internationaux (dits « V.I. », à la différence des stagiaires ils sont rémunérés) expatriés à New Delhi, en Inde, et travaillant soit dans le milieu diplomatique, soit pour des entreprises françaises ou indiennes.

Bref, il arriva que le « supérieur » d’une amie à moi, qui était surtout son supérieur en âge, lui offre des chocolats ou lui glisse des petites phrases au sens pas très clair du style : « j’aime te parler sans entendre ta voix »…

Je n’ai toujours pas compris ce qu’il voulait dire par là, ou que trop bien, et c’est ce qui a donné naissance à ce poème, pour faire rire les copains. Je suis curieux d’avoir votre avis ! Vous me direz si, sorti de son contexte, le poème conserve un intérêt ou non.

Ps : j’ai bien entendu changé les noms, mon amie stagiaire s’appelle désormais « Ophélie » et son supérieur « Jean Pignolet »


Ophélie, l’innocente stagiaire

Oyez ! Oyez l’histoire d’Ophélie,
Innocente stagiaire habitant New Delhi Lire la suite... »

Le coup de la propagande

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La faucille et le marteau ne sont pas ne sont pas que les armes du tueur de la ‘Cité de la peur’.

Moscou, 1951. La guerre froide bat son plein. Les espions du KGB rodent partout tandis que l’URSS cherche à étendre son influence. Un chapeau de fer s’est abattu sur l’Union soviétique, dirigée par un homme de fer et séparée de l’ouest par un rideau de fer. C’est l’enfer. Néanmoins un homme a décidé de se trouver là, volontairement.

Il a voyagé partout, il a connu toutes les femmes du monde et il n’en attend plus rien. Seulement il y a quelques mois, un alcoolique marin lui a vanté les prouesses charnelles des moscovites et le Don Juan s’est alors aperçu que ces jeunes femmes manquaient à son palmarès ! Il a donc décidé d’aller vérifier par lui-même ce qu’elles pouvaient bien avoir de si exceptionnel.

« Grâce » à l’extrême indigence du moment, quelques billets verts ont tôt fait de lui obtenir les faveurs d’une très grande, très slave et très belle blonde. Mais l’homme la prévient tout de suite…
- Je te préviens…

…qu’il attend d’elle des services exceptionnels.

- …j’attends de toi des services exceptionnels. En un mot : je veux que tu me surprennes. J’ai essayé tout ce qui se fait déjà, alors montre-moi quelque chose de vraiment nouveau si tu veux avoir ton argent.

La jeune femme ne se démonte pas :
- Da tovaritch, da ! Tu as déjà essayé la « levrette finlandaise » ?
- Oui.
- La « brouette hongroise » ?
- Oui.
- La « tulipe hollandaise » ?
- Oui.
- La « tartiflette française »… ?
- Oui.
- La « vache ukrainienne » alors… ?
- Oui, oui et oui. C’est tout ce que tu peux me proposer ? s’indigne l’étranger, à la fois déçu et énervé (et con).

La jeune femme réfléchit un instant, hésite, puis propose :
- Et « le coup de la propagande », tu connais ?
- Ah ça, s’étonne l’homme, non, ma foi je ne connais pas.
- Alors c’est parti !

La jeune femme l’entraine dans son petit réduit où ils entrent rapidement en matière et enchaînent cabrioles sur cabrioles, toutes celles déjà évoquées et puis d’autres encore : une « chevauchée transsibérienne » suivie d’une « flûte afghane » directement fondue dans une « envolée ouzbèque », etc. Mais l’homme tient bon et même : il en redemande. Quand la jeune moscovite a épuisé tout son savoir, il en revient à la raison pour laquelle il est venu :

- C’est tout ce que tu sais faire ? Je connaissais déjà figure-toi. J’attends toujours que tu me montres ce fameux « coup de la propagande ».
- Tu en es sûr ? Tu veux vraiment voir le « coup de la propagande » ?
- Oh que oui !
- Bon très bien, s’incline-t-elle, alors je vais te montrer le « coup de la propagande ».

Sur ce elle enlève son œil de verre, le pose sur la table de chevet et lui dit :
- Vas-y maintenant, bourre-moi le crâne.

Encore une blague qui se passe sur une île déserte…

ile déserte
Décidément il s’en passe des choses sur les îles désertes…

Une fois n’est pas coutume un avion s’écrase et ô surprise, il y a trois survivants.

Bon d’accord, disons que c’est un bateau… ou alors une mobylette. Oui, mobylette ça ira très bien, c’est beaucoup moins classique et ça donnera un peu de cachet à notre histoire.

Je disais donc qu’une mobylette s’écrase quelque part dans l’océan indien et que, miracle, il y a trois survivants qui parviennent à gagner l’île voisine la plus proche, quelque part au beau milieu de l’océan pacifique.

L’île est déserte. Les trois rescapés comptent deux hommes et une femme. Ils se répartissent les tâches de manière à pouvoir survivre jusqu’à l’arrivée d’un secours potentiel : pêcher, chasser, cueillir, cuisiner, débarrasser la table et faire la vaisselle.

Bon an, mal an, ils pourvoient à leurs besoins les plus primaires (mise à part la télévision) non sans profiter d’un certain confort dans cette nature généreuse et sans danger.

Reste la question du sexe… Elle n’a pas encore été posée que déjà des tensions se font sentir entre les deux hommes.

Pour couper court à tout incident qui pourrait mettre à mal leur situation déjà précaire, la femme prend les devant. Elle réunit ses compagnons d’infortune et détermine ainsi les règles du jeu :

- Cette semaine je coucherai avec toi dit-elle en montrant le premier des deux, et la semaine d’après ce sera avec toi, conclut-elle en désignant le second.

La solution satisfait tout le monde en théorie, et bientôt en pratique.

Les semaines s’écoulent ainsi paisiblement, chacun ayant son comptant d’affection et de caresses (surtout la femme soit-dit en passant).

Mais tout bonheur est éphémère, hélas ! Le neuvième mois n’est pas achevé que la femme décède des suites de l’ingestion d’une noix de coco avariée (quoi d’autre sinon ?).

Voilà qui met tout le monde dans l’embarras, d’un point de vue sexuel. Deux semaines se passent dans la tristesse et la frustration. Puis, un beau soir, Jérémie (le premier mec s’appelle Jérémie, le deuxième Bob et la femme Natacha : je l’ai pas dit plus tôt parce qu’on s’en foutait mais là ça devient lourd pour la narration) vient trouver Bob :
- Ca va ? lui demande-t-il, timidement, tout va bien ?
- Bien sûr que tout va bien ! s’indigne Bob, qu’est-ce que tu insinues là ? Tu ne crois tout de même pas que je…
- Que tu… ?
- Non rien…
- Elle me manque Bob.
- Moi aussi Jérémie.
- Plus de caresse, plus de baisers, plus rien… Je me sens si seul désormais.
- Oui. C’est tout pareil pour moi.
-Vraiment ? Peut-être qu’on pourrait…
- Oui ?
- …continuer ensemble.
- C’est-à-dire ? Je ne suis pas sûr de comprendre comment tu vois les choses et où tu veux en venir un doute profond m’habite et je veux des explications car celle qui commence à poindre me remplit d’un effroi qui n’est pas exempt de curiosité.
- Ben, on pourrait utiliser le même système qu’avant… Une semaine sur deux quoi.
- Tope là !

Bref, nos deux héros étant tombés d’accord, ils retrouvent leur sexualité pour un temps mis en berne. La joie de vivre emplie de nouveau leurs cœurs, le temps s’écoule (à nouveau) paisiblement, ils sont heureux… Jusqu’à ce qu’un beau soir, Jérémie vienne trouver Bob.
- Bob, je…
- Qu’y a-t-il Jérémie ? Tu sais que tu peux tout me dire.
- Je me sens mal… Je trouve que ça n’est pas moral ce que nous faisons.
- …
- Je me sens sale. Je me dégoute…
- Tu es sûr ?
- Oui
- Alors qu’est-ce qu’on fait ?
- On l’enterre.

 

 

 

 

Bollywood Chewing-gum

figurant bollywood
Le chewing-gum qui rend vos dents green and fresh!

Trois semaines déjà que je « couchsurf », comme on dit, sur le lit-canapé de mon camarade Nicolas (alias l’Aurélien de l’excellent roman à paraître : « Indiana Tom et le rapport de stage perdu »). Parfois quand je le déplie, le canapé a plutôt l’air d’un radeau que d’une planche de surf fonçant à toute allure sur les vagues de la vie… Mais ça reste du solide. « Lentement mais sûrement comme disait la tortue » au lapin. A propos de ce canapé d’ailleurs, Nicolas m’a confié hier soir que ce serait bien que je dorme ailleurs, mais ce n’était pas pour me proposer sa chambre. J’ai immédiatement pris la décision de revoir tous les passages où son personnage apparaît de façon positive dans l’excellent roman à paraître : « Indiana Tom et le rapport de stage perdu » (l’ai-je mentionné plus tôt ?) et de lancer un appel à l’hébergement sur le Nabolo-blog. Connaissant le nombre d’Indiens et d’expatriés qui liront cet article ça ne devrait pas poser de problème.

Pourquoi « Bollywood chewing-gum » en titre de l’article d’aujourd’hui ? Parce que, décidément, Bollywood me colle à la peau… Mais aussi pour le référencement, hélas : quand le titre est trop original les moteurs de recherche ne fonctionnent pas et j’aimerais dépasser la barre des -15 euros de bénéfices pour célébrer le treizième mois de ce blog, à la fin août.

Pourquoi cet article ? Mon « agent » qui est allé faire du tourisme culturel à Pattaya, Thailande, la semaine dernière, est de retour à Mumbai. Il m’a appelé hier pour me proposer un nouveau tournage en tant que figurant : rendez-vous ce matin, 8h30, à des milliards de kilomètres au nord de l’appartement qui contient le canapé que je squatte. Il était aussi probable qu’on soit à l’heure pour venir me chercher (comme il me l’avait promis) que les chances qu’on se décide enfin à considérer la construction d’une Europe politique en parallèle de l’Europe économique : pas impossible mais ça aurait demandé de gros efforts. Là où les Indiens m’ont surpris c’est qu’ils m’ont quand même appelé au moment où je partais (6h45) pour me prévenir qu’on n’aurait pas besoin de mes talents de marcheur dans le fond avant 14h. Ca fait plaisir de travailler avec des vrais pros. Donc je suis réveillé et je me fends de cet article pour vous raconter de menus histoires de ma nouvelle vie de star à Mumbai ou Bombay, comme vous voulez c’est pareil.

figurant bollywood
Mon appareil prend des photos pourries (celles des articles précédents ont été prises avec celui des autres) mais vous pouvez normalement distinguer une chèvre dans la bouche de laquelle je n’ai pas mis les doigts. Photo prise dans une des gares du train de Bombay qui sert de transport en commun.

Je suis content de faire ce que je fais, parce que j’avais dit que je le ferais et que c’est une grande satisfaction que de tenir ses engagements vis-à-vis de soi-même. En plus j’ai l’occasion de vivre comme un pirate de l’espace (mais sur Terre) en travaillant sans visa ce qui me permet de faire l’amour aux lois contre leur gré (j’aime pas dire « violer ») et d’expérimenter le « risque » en accord avec la philosophie de l’aventure longuement explicité dans les premiers articles de ce blog, catégorie : « carnet de bord d’un penseur contempourien ». C’est un peu fatigant mais c’est aussi très palpitant. Chaque journée est entière, je n’ai pas l’impression de perdre mon temps, sauf lorsque la mousson abat ses litres d’eau dans la rue et que la vie est ralentie. S’il n’y avait pas la pluie le soleil s’en chargerait.

Hier j’ai participé à ma première audition pour un rôle à texte, un rôle principal même dans un court métrage d’une trentaine de minutes. Je devais jouer le rôle d’un banquier qui a réussi, jeune, dynamique, arrogant et discourtois. Niveau physique, avec ma tête de connard-blond j’avais toutes mes chances, peut-être encore plus aux yeux d’un Indien. J’ai donc emprunté une chemise sale et un blazer moisi (véridique : à cause de l’humidité ! J’ai du virer les champignons avec un sopalin) à cet ingrat (mais pas sans utilité) de Nicolas, et je suis monté dans un taxi, direction : faites-confiance-au-chauffeur-quelque-part-au-milieu-de-la-plus-grande-ville-du-monde.

Il y a quelques jours j’avais visionné des conseils, sur youtube (Lori, if you read this article, thx a lot, I love you !), pour me préparer à une audition filmée. Voilà ce que j’en ai retenu :
- Habillez-vous comme votre personnage, soyez crédible
- Soyez votre personnage du début à la fin, ne les laissez pas vous surprendre « en train de jouer »
- Ne sympathisez pas avec les autres candidats, concentrez-vous sur la préparation
- Lors de l’audition ne vous excusez pas si vous faites une erreur, continuez dans votre prestation

Autant dire que j’ai été arrogant et désagréable au possible du début à la fin, conformément à mon personnage : j’espère que ça va marcher. Sur youtube Lori Wyman donnait d’autres conseils utiles sur la manière de s’adresser à la caméra, au public, et les questions à poser en arrivant, comme par exemple savoir quel genre de plan ferait la caméra pour savoir si je devrais me servir des mains en parlant ou plutôt accentuer les expressions du visage en cas de plan rapproché.

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Toujours à la gare, le classique cireur de chaussure et la populace.

Les studios étaient introuvables pour un chien de piste normalement constitué. Mais en demandant à un mec, puis à un mec, puis à un autre, j’ai fini par arriver. C’est souvent comme ça que ça se passe : trouver une adresse à Bombay est une quête de voisinages.

Nous nous garons et le chauffeur de taxi me réclame ses deux cents roupies. Le compteur affiche quatre-vingt. Pour ceux qui n’auraient pas lu les articles précédents (dans la même section) je rappelle que le système de compteur des taxis & rickshaws de Bombay est bien pratique pour éviter les arnaques (la preuve ci-dessous) puisqu’il permet de calculer ingénieusement le prix d’une course à partir d’un chiffre qui apparaît sur le compteur (Krishna seul sait à quoi il correspond) et qui sera ensuite comparé à un autre chiffre imprimé sur une feuille de papier quelconque. Dans le cas présent le compteur affichait 80, le papier affichait 142 et le chauffeur réclamait 200. Faites le calcul ! Quand je lui ai fait remarqué cette incohérence il m’a sourit de ce qui lui restait de dents en me regardant avec ses grands yeux d’enfants, ce qui, dans le langage des chauffeurs Indiens signifie : « oui, c’est vrai, j’ai essayé de t’entuber… Mais tu m’en veux pas dit ? ». Pour faire bonne mesure j’ai fini par le payer 150, ce qui est mal, car même si 8 roupies ne valent que 0 euros, j’aurais du mégoter pour lui faire comprendre que son attitude n’était pas schtroumpf. Peu importe, on s’en fout et ce n’est pas l’intérêt de mon article.

Les studios, étroits et bas de plafond, décorés en bois, comportaient une série de portes vitrées et insonorisées. Quelques candidats attendaient sur des chaises devant la petite salle où une demi-douzaine de personnes, derrière une table, des projecteurs et une mini-caméra, auditionnaient une jeune fille, quasiment au corps-à-corps compte tenu de l’étroitesse de la salle. J’ai donné mon nom et on m’a remis une feuille imprimée avec le descriptif de deux scènes différentes, inclus deux répliques de mon personnage qui était chaque fois décrit comme arrogant, méprisant, antipathique, etc. Une partie de plaisir. J’ai commencé par m’asseoir pour lire le texte en silence, comme les autres. Et puis je me suis dit que ce serait bien si je pouvais le répéter dans le couloir… mais j’avais honte à cette idée. Et puis je me suis encore dit que si j’avais honte à cette idée c’était complètement débile de s’être tapé une heure et demi de taxi pour rien. Alors je me suis installé dans le sas d’entrée insonorisé et j’ai commencé à répéter.

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Cliquez pour agrandir la photo et vous distinguerez peut-être des familles et des dizaines d’enfants qui jouent aux raquettes sur les rails entourés d’ordures. Sale, dangereux, mais tellement bon!

Dans la première scène où mon personnage devait s’adresser de manière méprisante à son secrétaire, ma réplique était :
« Tommy boy, what took you so long to haul your ass here ? »

Ce qu’on pourrait traduire par:
« Petit, tu peux me dire ce qui t’a pris si longtemps pour ramener ton cul ? »

…ou approchant. Je me suis attaché à définir une gestuelle et aussi, surtout, conformément aux conseils pêchés sur youtube, un ton pour ma voix, qui devait guider le reste. Par exemple pour dire « Tommy boy » j’ai trouvé que monter la voix permettait de transcrire une certaine surprise de voir arriver mon secrétaire, doublé d’un certain enthousiasme qui allait bien en contradiction avec l’agressivité que je mettrais dans la seconde partie de la phrase. Par ailleurs je me suis résolu à remplacer « haul » par « get » parce que je ne savais pas ce que voulait dire « haul » ni comment le prononcer. Quant à la gestuelle je me décidais à remonter un bras sur la hanche et à écarter le deuxième du corps en milieu de réplique, au même moment que je jaugeais mon interlocuteur de pied en cap puis le quittait des yeux pour lui faire ressentir mon mépris : lui parler sans le regarder.

Il n’y avait pas de miroir, rien que le reflet sur la vitre insonorisée à travers laquelle j’ai surpris certaines personnes en train de me regarder en riant… Je me suis automatiquement forcé à croire que c’est parce que je les impressionnais : ce n’était pas le moment de douter ! En plus j’étais un jeune président de banque arrogant qui a réussi alors fallait pas me faire chier.

Ma deuxième réplique devait illustrer la réaction de mon personnage, confronté à la police venue le chercher jusque dans son bureau pour le punir à coups de fouet (le thème du film : comment l’avidité personnelle peut conduire au malheur de tous, sur la crise des subprimes… Je sens que je vais me faire aimer si je suis pris) :
« You… you… you can’t do that. Im the chairman of the bank. You can’t just pop into my office, on the thirteen floor and tell me you’re gonna give me 500 lashes with some goddam whip. My position and my achievement warrant me some respect!

Ce qu’on pourrait traduire par:
« Vous… vous… vous ne pouvez pas faire ça. Je suis le président de cette banque. Vous ne pouvez pas débarquer comme ça, dans mon bureau, au treizième étage, et dire que vous allez me filer 500 coups avec votre putain de fouet. Ma position, ce que j’ai accompli, tout ça me garantit le respect ! »

…ou approchant.

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Au premier plan: les rails et les ordures; au second plan les enfants et les vaches; au troisième plan la bidonville… J’ai à peu près tout là. Il ne me manque qu’un bon appareil photo. :(

La grosse difficulté avec ce texte était bien sûr (enfin perso j’ai trouvé) les 3x you du début. Comment les prononcer ? Trouver la réponse à cette question m’a permis de poser tout le reste, et les 3x you se sont en fin de compte révélés très utiles. Dans un premier temps j’ai pensé à faire le mec qui bégaye, genre : « you… you… you… » puis comme c’était un peu basique j’ai essayé de pousser plus loin pour voir s’il n’y avait pas mieux. Finalement je suis tombé d’accord avec Moi-même (on s’entend bien tous les deux) pour dire le premier « you » en pointant le doigt en avant, de façon mi-énervée, puis laisser retomber ma main et la remonter à nouveau pour dire le deuxième « you » quasiment en riant façon « ce qui arrive en ce moment est ridicule je n’y crois pas » puis répéter l’opération une troisième fois, mais de manière plus résolue, pour affirmer, enfin, que « you can’t do that » puis commencer mes explications. Entre chaque « you » je prenais bien mon temps, autre conseil « youtubesque » (Ah Lori Wyman ! Kiss & love) : ne pas se presser.

Au bout d’un quart d’heure j’avais toute une chorégraphie de prête pour ma deuxième réplique. Les 3xyou du début ; la main sur la poitrine pour « je suis le président » ; un claquement de doigt pour le « you can’t just pop up » juste au moment de dire « pop up » ; lever la main en parlant du treizième étage (comme si je décrivais un immeuble) etc.

Une petite heure de traduction (j’ai confondu « lash » et « lakh » ; « coup de fouet » et une unité de compte équivalente à 10.000 pour parler des roupies) a fait que je mimais des petites coupures avec la main en parlant de fouet, ce qui donnait une touche très personnelle à cette chorégraphie qui se finissait par un index pointé vers mon interlocuteur et ma grande spécialité : le regard qui tue (je le travaille depuis que j’ai quatre ans, y a pas de souci, je gère).

Je connaissais mon texte par cœur, la chorégraphie aussi, et je suis retourné dans la salle d’attente pour protester contre le fait qu’on me pique ma place sans arrêt. Une fille passait l’audition en ce moment, elle avait l’air de beaucoup rire et discuter avec les auditeurs.

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Adil, le jeune acteur dont je vous parlais dans mon article sur le portfolio. A quatorze ans il porte déjà la moustache! Il n’y a pas encore de mode universelle, ouf!

Ca a été mon tour. J’avais le cœur qui battait en entrant… Ah ! L’adrénaline ! N’es-ce pas ce que je recherchais de toute façon ? Dans le sport, l’aventure ou Dofus-Arena ? Pas de quoi paniquer donc, juste en profiter. J’ai serré la main à tout le monde, le boss s’est présenté (j’ai aussitôt oublié son nom et même son visage). J’étais tendu et concentré, me répétant sans cesse que j’étais un président de banque, pas de la merde quoi, alors que ces gens là n’étaient que de petits intermittents même pas foutu de faire un long métrage. Le mec de l’accueil m’a bien aidé sur ce coup là, en m’apportant le verre d’eau que je lui avais réclamé plus tôt juste au moment où j’aurais du être prêt. J’ai bu tranquillement mon verre d’eau devant les 14 pupilles qui me regardaient. C’est même moi qui ai dit « Bien, je suis prêt. Nous pouvons commencer maintenant. » Très président de banque arrogant, non ?

Ils m’ont demandé de me présenter à la caméra tout d’abord et de parler un peu de mon background. J’ai essayé de faire court non sans omettre de dire que j’étais là parce que j’adorais l’Inde, ce qui ne manque jamais de dessiner des sourires de satisfaction sur les visages Indiens (comme ce serait le cas chez des Français).

Ensuite j’ai demandé quel genre de plan ferait la caméra (ce qui n’a pas manqué de me donner un air pro) et j’ai attendu qu’on me donne le signal pour lancer mon « Tommy boy ».

Pas satisfaisant, m’ont-ils dit. Je devais parler à Tommy comme si c’était la dernière des merdes. Ce qui m’embêtait c’est que comme Tommy n’était représenté que par une lentille de trois centimètres de diamètre, j’avais du mal à me contraindre à regarder ailleurs pour lui montrer à quel point je le méprisais. Du coup j’ai juste fait le mec un peu plus énervé. Pas terrible mais ils ont eu l’air satisfaits de voir que je savais me donner l’air méchant. Peut-être que j’étais suffisamment méprisant au naturel finalement ? Apparemment j’ai une tête qui donne cette idée-là… Je croyais que c’était lié à une ressemblance de coupe de cheveux avec Jean Sarkozy mais je doute que les Indiens s’intéressent aux hautes sphères de la politique française dans lesquelles gravite le jeune dauphin, il doit y avoir autre chose malheureusement.

Mon triple « you » a été mieux reçu ! J’ai bégayé une ou deux fois et demandé qu’on la refasse, mais je crois que mon regard qui tue de la fin les a beaucoup impressionnés : il y en a même un qui a reculé de peur que je le frappe (il faut dire que je le montrais du doigt à bout portant). Le chef a demandé aux autres si je devais la refaire sur un ton plus enervé mais tout le monde a trouvé que c’était très bien comme ça. « Perfect » qu’ils ont dit. Alors on n’a pas discuté plus longtemps, on s’est serré les mains et ils m’ont félicité pour ma « very nice » prestation. J’espère qu’ils ne m’ont pas dit ça juste parce que je les ai fait flipper sur la fin. En tous cas j’attends de leurs nouvelles.

Je n’ai passé qu’une grosse demi-heure dans ces studios mais cette aventure m’a le-ssi-vé. J’ai viré le blazer et je me suis allongé dans le taxi qui peinait à trouver son chemin au cœur de la surpopulation mondiale, klaxonnant autant que faire se peut pour s’ouvrir un canal dans le flux des chalands (la voiture que nous doublons compte douze personnes à son bord: le conducteur, la mère et trois enfants devant, trois adultes et  quatre enfants derrière; il y a quatre personnes par moto). De la banquette arrière, j’observais les chauves-souris géantes qui volaient dans le ciel… C’est ce qui m’a mis le plus de bonne humeur : la veille, Nicolas et moi étions à une soirée d’expats organisée chez un membre du consulat d’Allemagne. Du superbe balcon de sa superbe demeure je lui avais juré avoir aperçu une mouette avec des ailes en parapluie. Il ne m’avait pas cru et je ne m’étais plus cru non plus ensuite. Ca paraissait trop beau, trop extraordinaire. Pourquoi pas une soucoupe volante et des martiens ? Pourquoi pas Zeus et les dieux de l’Olympe ? Pourquoi pas Ganesh, Shiva, Krishna et compagnie ? Pourquoi pas tant qu’on y est, se rappeler que le rêve vient souvent du vrai que la modernité dénie et copie à la fois. C’était bien des putains de chauve-souris géantes dans le ciel ! De la même envergure qu’un goéland, le corps couvert de poils roux sous leurs larges ailes noires… tintintintintintintin !*

 

*difficile de le rendre par écrit mais il s’agit là d’une référence au générique du début de batman, série TV des années 80… Bon, je vais mettre la vidéo, ce sera plus clair.


Monsieur Ours & Monsieur Lapin

foret des reves bleus
Aperçu de la forêt des rêves bleus… où tout le monde vit heureux!

Oooh comme il fait beau aujourd’hui dans la forêt des rêves bleus ! Beau comme la veille et l’avant-veille, beau comme il fait tous les jours ! Les oiseaux chantent, les abeilles butinent les jolies fleurs et, dans un coin de la forêt, Monsieur Ours discute avec Monsieur Lapin:
- Dis donc, demande Monsieur Ours, comment tu fais-toi, quand tu as… un gros besoin ?
- C’est-à-dire ? questionne Monsieur Lapin en dressant les oreilles.
- Ben, je veux dire, quand tu dois aller faire caca, tu fais comment ?
- Oh, c’est très simple réplique Monsieur Lapin en haussant les épaules, je trouve un buisson et en quelques secondes, l’affaire est réglée.
- Vraiment ? s’étonne Monsieur Ours, comme ça, à l’air libre ?
- Bien sûr ! Quoi de plus agréable ?
- Et le caca qui te colle à la fourrure, ça te fait rien ? insiste Monsieur Ours.
- Que nenni, réplique Monsieur Lapin, c’est la nature !

Alors Monsieur Ours l’attrape par les oreilles et finit de s’essuyer les fesses.

Portfolio Bollywoodien

figurant bollywood
Zoolander: un film culte pour tous ceux qui, comme moi, travaillent dans le milieu de la mode.

Aujourd’hui j’ai poursuivi ma carrière de star bollywoodienne en constituant mon premier « portfolio » comme ils disent ici. Je crois qu’on appelle ça un « book » en français (aussi étonnant que cela puisse paraître).

En tous cas l’endroit n’était pas facile à trouver. J’avais obtenu l’adresse sur internet : le prix était raisonnable et le texte chaleureux. J’ai pris le métro-tram-train de Bombay, celui avec les wagons qu’ils utilisent dans les documentaires d’Arte pour reconstituer les déportations de 1942 : avec grillage aux fenêtres et cargaison compacte. Il faut se battre pour monter, il faut se battre pour respirer à l’intérieur et devinez ce qu’il faut faire pour sortir ? En revanche tout le monde est solidaire de la situation, et à chaque fois que je monte, il y a toujours quelqu’un pour me tendre la main quand les autres m’expulsent involontairement au dehors (il n’y a pas de porte) ou pour m’indiquer à quelle station je dois descendre.

Ensuite il a fallu trouver le « building number 9 » de la rue/quartier « Amrut Nagar ». La rue/quartier n’était indiquée nulle part. Quant au building, c’est comme ça qu’ils appellent leurs « blocks » à l’américaine. Mais il y a tellement d’ordures, de draps tendus, d’échoppes qui débordent, de sons, de bruits, de tout qu’on s’y perd. J’ai sympathisé avec les pharmaciens du coup, à force de passer et de repasser devant chez eux, et eux de m’indiquer à chaque fois une nouvelle direction au fur et à mesure que mes allers-retours me permettaient de cerner plus distinctement l’adresse de ma destination finale.

Bon.

Mona, la photographe, m’attendait dehors. Elle me fit entrer dans son studio qui est aussi l’appartement familial. J’ai rapidement été présenté à toute la famille (sauf la fille), Ahmed, le père, extrêmement courtois ; Adil, le fils, sympathique et intelligent : lui (aussi) est acteur, sans compter qu’il est le plus jeune enfant à s’être jamais servi d’un ordinateur ! Il savait utiliser un clavier à l’âge de deux ans, témoins l’article de presse et la lettre du ministre. J’ai passé un bon moment avec eux, et au bout d’une heure, après avoir mangé mes biscuits et bu mon chai au gingembre-fait-maison, j’allais repartir en les saluant chaleureusement quand Mona a estimé qu’il était temps de commencer à prendre des photos.

Bon.

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Nabolo détrônera-t-il Hansel cette année?

On a fermé les volets de la chambre, tendu une grande toile blanche dans le fond et allumé trois projecteurs : le premier envoie la lumière, le deuxième empêche la réflexion, et le troisième remplit les coins d’ombre qui restent, m’a-t-on expliqué. Mona m’a passé un coup de fond de teint, elle a mis de l’ordre dans mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux, etc. Et puis la séance a commencé : je me suis mis debout entre le fond blanc et les projecteurs, Mona a armé son appareil, Ahmed était là pour me guider.

La première chose à savoir m’a-t-il appris, c’est qu’il faut toujours baisser le menton, non pas comme ça, un peu moins exagéré ! Ahmed prétend que l’atout indispensable à un modèle ou un acteur, c’est une belle ligne de mâchoire, carrée aux extrémités pour distinguer clairement la tête et le cou. Il m’a conseillé de m’entrainer à dessiner la mienne… Gné ? Non j’avais bien compris : en faisant des exercices de cou ou des pompes. Pour l’heure je me suis contenté de serrer les molaires et de baisser le menton. Mona a pris des expressions que je devais imiter et plaçait sa main pour orienter mon regard.

Quand elle disait « smile », je souriais ; quand elle disait « frown », je fronçais ; quand elle disait « laugh » je riais… Mais quand elle a dit « romantic » je ne savais pas trop quoi faire. Elle avait l’air de suggérer que ce n’était certainement pas avec les yeux grands ouverts ! Alors j’ai pris mon air le plus romantique avec les yeux plissés. Mais je m’imaginais plutôt avec la tête du gamin satisfait d’avoir fait une connerie, je ne sais pas pourquoi. Ce n’est pas forcément évident de savoir, sans miroir, à quelle expression conduisent les contractions de vos muscles faciaux.

Ensuite Mona a sorti toute une collection de costumes. Elle m’a demandé comment étaient mes bras ? J’ai immédiatement dégainé mes biceps avantageux, dont le volume effraierait n’importe quel pongiste de niveau débutant. Mona a estimé que ça ferait l’affaire, et m’a refilé une chemise on ne peut plus cintrée dont les manches avaient été déchirées façon « bad boy », ce qui est aussi le nom de l’attitude qu’elle m’a demandé d’emprunter. J’ai pensé très fort au film « Zoolander » de Ben Stiller tout en jouant les méchants.

Après ça, blazer, chemise rouge et lunettes, j’ai joué les professeurs. Mona m’a aussi mis un crayon et un cahier en main, elle m’a dit d’utiliser la toile noire de fond (qui avait remplacé la blanche) comme je le ferais d’un tableau noir pour expliquer la vie à des étudiants.

Je suis impatient de voir le résultat, déjà parce que mordiller les branches de mes fausses lunettes du coin de la bouche ça doit me donner un air assez pervers, ensuite parce que j’ai très envie de découvrir le décor de classe que Mona compte rajouter via photoshop.

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Patrick Swayze: la mâchoire carrée de toute une génération.

Après j’ai eu droit à la chemise verte à carreaux canadiens, et au blouson en cuir avec chapeau noir trop petit pour moi. Adil venait de temps en temps me demander de lui apprendre comment on disait ceci ou cela en français, et le notait dans son petit cahier (quand nous avons parlé de jeux vidéos, je n’ai pas manqué de lui recommander Dofus : si un jour le jeu démarre en Inde et en Asie, ce sera grâce à moi).

Bref, pour les derniers clichés, Mona m’a aspergé d’eau : pour que j’aie l’air d’un « homme viril en sueur ». Vu la chaleur ce n’était pas vraiment nécessaire d’utiliser tous ces effets spéciaux.

Voilà, c’est tout pour l’instant ! J’attends le résultat de ces photos avec impatience : je vais en inonder le marché bollywoodien !

PS : Ce soir avec mon hôte on s’est maté « Rocky » ; un EXCELLENT film, j’aurais jamais cru ! J’en ai profité pour faire mes exercices de dessinage de menton-mâchoire (trouvés sur internet). Il faut :

  1. Appuyer avec le doigt sur le menton
  2. Ouvrir la bouche à moitié
  3. Enrober les dents avec les lèvres
  4. Attendre trente secondes et recommencer

Ca vous fait une mâchoire carrée à la Patrick Swayze: si je deviens pas une star après ça ! D’ailleurs, dans le milieu, je suis déjà un peu ghost…


Edit du 21/08/2010: pour voir les photos: http://www.facebook.com/album.php?aid=193032&id=502019542&l=a6515ab517

Pardon, on vient de me faire remarquer que le lien ci-dessus ne marche que pour mes contacts privés. Pour les autres ce sera donc: http://www.facebook.com/album.php?aid=201683&id=117651714946 ou en devenant fan de la page “Nabolo Nabolo-blog” sur facebook..

Canoë Kayak

canoe kayaks
Eté 1935: trois petits Kayaks s’amusent dans leur canoë en peau de Belge.

Avril 1935. Un avion long courrier survole la jungle amazonienne… Tout à coup, comme sorti de nulle part, un perroquet distrait le pilote qui perd le contrôle de l’appareil :
- CARAMBA ! s’écrit-il avec un fort accent sud-américain tandis que l’avion tournoie dans les airs pour finalement s’écraser au plus profond de la jungle…

L’accident a été fatal à la totalité des passagers. Des quarante-six Péruviens qui rentraient chez eux, des six Argentins en transit et des cinq touristes Brésiliens, pas un n’a survécu. Aussi peut-on s’étonner que trois personnes s’extirpent difficilement de la carlingue brûlante : il s’agit d’un Français, d’un Suisse, et d’un Belge (ne me demandez pas pourquoi mais c’est comme ça).

Les trois survivants s’enfoncent dans la forêt à la recherche d’une cabine téléphonique plutôt que de rester à côté de l’avion en attendant les secours, ce qui couperait court à cette histoire. Ils ont tôt fait de perdre leur chemin, et parmi les bruits inquiétants de la forêt tropicale, se réjouissent en entendant les sons d’une activité humaine : on joue du tam-tam !

Le Français, le Belge, et le Suisse se précipitent… Mais c’est vers leur trépas : car ils sont accueillis par la terrible tribu des Kayaks.

En effet les Kayaks ont une tradition bien ancrée, comme la corrida chez nous : un peu débile mais ils ont toujours fait comme ça. Cette tradition consiste à utiliser la peau des Français, des Belges et des Suisses qui survivent à des accidents d’avion pour s’en faire des canoës (c’est connu : leur peau flotte très bien).

Bref, le Français, le Belge et le Suisse se trouvent rapidement attachés à un poteau.

Je précise tout de suite, pour conserver le suspense, que ce n’est pas parce que je suis de nationalité française que ce sera forcément le Français qui aura le dernier mot (même si c’est vrai que le Belge et le Suisse partent avec un handicap -double handicap donc-).

En tous cas faut pas croire, les Kayaks ne sont pas des chiens : ils donnent à chacun de leurs trois otages une chance de s’en sortir : celle d’aller dans la jungle leur ramener une trentaine de fraises.

Le Suisse est le premier à tenter sa chance. Les Kayaks le détachent du totem de cérémonie (y a pas de totem chez les Indiens d’Amazonie… Mais peu importe de bafouer leurs cultures puisqu’ils ont tous été génocidés : on ne peut plus être accusé de racisme) et lui confie un grand couteau pour qu’il puisse accomplir sa cueillette.

Il a trois jours devant lui. S’il ne revient pas, menacent les Kayaks, ils tortureront le Belge et le Français.

Trois jours tapants plus tard, le Suisse est de retour. Il ramène une dizaine de groseilles ce qui est bien mais pas top : les Kayaks s’en saisissent, ils le dépècent et le transforment en canoë.

C’est au tour du Français d’être libéré. Les Kayaks lui confient le couteau et le laisse partir en expédition. A peine s’est-il éloigné du camp que le Français prend ses jambes à son cou ! Il détale dans l’intention de ne jamais revenir, se moquant éperdument de ce qu’il adviendra du Belge. Il est vite rattrapé par les Kayaks qui le dépècent et le transforment en canoë.

Quand, enfin, le Belge est libéré, il accepte le couteau avec dignité et le brandit au ciel. Puis il l’abat sur sa cuisse, son ventre, sur sa propre poitrine, et tout en se mutilant jusqu’à la mort il répète :
- Voilà ce que j’en fais de votre canoë !!

Ozymandias – version française

ozymandias-egypt

Ozymandias est l'autre nom du Pharaon Ramsès II.

Après d’intenses recherches sur la toile internet qui m’ont pris plus de cinq minutes je me suis aperçu qu’il n’y avait pas d’adaptation française de ce magnifique poème de Percy Bysshe Shelley! N’ayant trouvé que des traductions (plus ou moins exactes d’ailleurs) je me suis  mis à la tache et voici le résultat (suivi de l’original). Vous pouvez en savoir plus sur ce poème en lisant l’article de Wikipédia.


Ozymandias

(version française; Nabolo; 16/08/2010)

Jadis, un voyageur d’une contrée antique
Vint me dire : « Il y a, dans ces lieux désertiques
Deux jambes de granit dépossédées d’un buste;
A leurs pieds, les éclats d’un visage robuste

Montrent les sourcils forts, la lèvre autoritaire,
Que le sculpteur a su lier au caractère
Qui survit aujourd’hui dans ces vestiges froids
A la main et au cœur qui l’ont conçu deux fois.

Et sur le piédestal apparaissent ces mots :
« Je suis Ozymandias, Roi des Rois. Admirez
Mon œuvre, ô tout-puissants, et en désespérez ! »

Il ne reste plus rien au-delà des morceaux
Du colosse estropié que l’immensité nue
Du sable, à l’infini, qui s’étend sous les nues. »


Ozymandias

Ce poème est très célèbre dans la culture anglo-saxonne.

(version originale; Percy Bisshe Shelley; 11/01/1818)

I met a traveller from an antique land
Who said: “Two vast and trunkless legs of stone
Stand in the desert. Near them on the sand,
Half sunk, a shattered visage lies, whose frown

And wrinkled lip and sneer of cold command
Tell that its sculptor well those passions read
Which yet survive, stamped on these lifeless things,
The hand that mocked them and the heart that fed.

And on the pedestal these words appear:
`My name is Ozymandias, King of Kings:
Look on my works, ye mighty, and despair!’

Nothing beside remains. Round the decay
Of that colossal wreck, boundless and bare,
The lone and level sands stretch far away”.

Ballade en bidonville

Aventure 1896
Bienvenue au Plaza hôtel!

Dimanche. Je me lève vers quinze heures pour trouver un tailleur, histoire qu’il prenne mes mesures : mon « agent » doit les transmettre à la production pour le tournage du « bollywood » de début septembre, auquel je dois participer. Mission plus ou moins facilement accomplie, mais mon « agent » refuse que je lui envoie les mesures par mail, il veut que je lui transmette mes chiffres par texto : la taille de mon avant-bras, ma largeur d’épaule, la longueur extérieur et intérieur de mes jambes, etc. Avec son accent indien je ne comprends rien à ce qu’il me dit au téléphone, à part cette phrase : « A baby would understand what I am asking you to do ! ».

Oh putain ! Mais comment il ose parler à une star ce gros fou ?! Je lui ai tout de suite rappelé qui était le patron avant de concéder à lui donner ma taille de chausse. N’empêche qu’il m’a beaucoup énervé… Tout ce stress qui s’accumule quand on est acteur ! Bref, il était temps que je fasse un break dans ma fulgurante et sulfureuse ascension de comédien pour retourner à la réalité. Ca tombait bien puisque Nicolas (mon hôte et camarade) avait pris son gros appareil (photo) en main et se proposait pour une promenade.

Aventure 1900
Champ de sacs à patates.

Nous avons remonté Hill Road, l’une des artères de Bandhra, le quartier bobo (à l’indienne je précise) pour fouiller ses perpendiculaires. Il y a tellement de couleurs partout en Inde, sur les gens et sur les murs, que chaque coup d’œil vaudrait la peine d’être imprimé sur papier.

J’ai déjà eu l’occasion de dire que je déteste les photos zoomées : si c’est joli, ça ne rend pas bien compte de la réalité. Je publie dans cet article les quelques unes qui vous permettront de voir les lieux que nous avons traversés plus ou moins dans leur ensemble.

Aventure 1933
Friendly frenzy

En arrivant dans les bidonvilles (juste derrière chez nous : en Inde richesse et pauvreté se rencontrent partout), nous sommes accueillis par des enfants, avides d’être photographiés. Je n’avais pas d’appareil photo, moi, alors je vais essayer de rendre par écrit la joliesse de la scène : Nicolas, au bout d’un champ d’ordures, photographie (grâce à son zoom hyper-puissant) les enfants qui jouent à la balle et aux raquettes de l’autre côté, à une trentaine de mètres de là. Ils sont prévenus par leurs aînés et se précipitent en riant vers Nicolas pour regarder ses clichés… Puis ils repartent à leur place, de l’autre côté du champ où ils reprennent leurs jeux afin que Nico fasse de nouvelles photos. Je me suis un peu avancé et ils me bousculent en riant et en chahutant dans leurs habits multicolores, petits nuages jaunes, roses, verts et bleus lancés à pleine vitesse par un vent de bonne humeur. Après quelques allers-retours ils se concentrent aux pieds du photographe et pausent, en duo ou en groupe, tandis que le soir descend sur l’immeuble voisin : tout délabré.

Aventure 1983
Cette rue n’a pas de nom.

Dans les ruelles du bidonville aussi il y a des couleurs, des animaux, des gens… C’est pauvre mais ce n’est pas malheureux. Nicolas déclare :
- Ca c’est l’Inde que j’aime.
- L’Inde de la misère ? lui dis-je, non sans intention de le provoquer.
- L’Inde de gens qui sont heureux, qui n’ont rien et qui ne s’en plaignent pas. Pas comme chez nous.
- Alors d’accord pour la décroissance ?
- A fond.

A la sortie du bidonville il y a une chèvre attachée à une corde. J’en profite pour me faire sucer les doigts : les grands plaisirs sont souvent les plus simples.

Aventure 1995

Le plaisir que Lichen et Maliki me jalousent.