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Archive pour mai 2010

Le dur métier d’écrivain

plumeCa fait deux jours que je me démène avec sept lignes de texte tirées d’un passage d’Indiana Tom… Pas étonnant que le
Nabolo-blog reçoive moins de publications et que le nombre quotidien de lecteurs soit passé de deux millions à un million cinq.

Pour vous prouver que je ne chôme pas, voilà ce que j’ai
fait de mes deux derniers jours, j’ai transformé ça :

Cherchant un coin d’ombre sur la berge, le groupe évolue sur un sol sablonneux et
caillouteux à la fois, parsemé de rochers sur lesquels, tout autour d’eux, de joyeux baba-cools, sourires béats sur le visage, empilent des pierres en petit monticules ou bien, silencieux mais
toujours souriants, contemplent le paysage avec des yeux tellement ouverts que Thomas en distingue les pupilles cernées de blanc… Jusqu’à ce que, subitement, ils enfourchent leurs motos et
disparaissent, leurs longs cheveux sales et dreadlockés flottant dans le vent, en laissant derrière eux l’image impérissable de leurs fesses dépassant de leurs
pantalons.

… en ça :

Cherchant un coin d’ombre sur la berge, le groupe évolue entre sable et cailloux. De
joyeux baba-cools frayent aux alentours : sourires béats sur le visage, ils empilent des pierres en petits monticules ou bien, silencieux mais toujours ravis, contemplent l’invisible avec
des yeux si grands ouverts que Thomas en distingue les pupilles cernées de blanc. Soudain, comme par magie, les babas remuent leurs crasses jusqu’à une tribu de motocyclettes fauves qui les
emporte
vers l’horizon, ne laissant derrière eux que le souvenir, impérissable toutefois, de leurs fesses échappées de pantalons trop larges, preuve certaine
que les quatre amis ne sont pas victimes d’un songe.

…en passant par ça :

Soudain/Alors les baba-cools…

…agitent leurs dreadlocks jusqu’à une tribu de motocyclettes bariolées qui les emportent
au loin. Ils laissent derrière eux l’image de ces fesses vainqueurs de pantalons trop larges, comme la preuve irréfutable que Thomas et ses amis n’ont pas rêvé.

…s’enfuient vers leurs motocyclettes et disparaissent dans le lointain. Leurs longues
dreadlocks sales portées par le vent, ils laissent derrière eux l’image impérissable de fesses victorieuses de pantalons trop larges.

…enfourchent des motocyclettes et pétaradent vers l’horizon, leurs longues dreadlocks
sales portées par le vent, en laissant derrière eux l’image impérissable de ces fesses victorieuses de pantalons trop larges, preuve irréfutable que Thomas et ses amis n’ont pas
rêvé.

…enfourchent des motos et s’évaporent dans le lointain. Leurs dreadlocks sales portées par
le vent, ils laissent derrière eux l’image impérissable de fesses victorieuses de blue-jeans trop larges, preuve irréfutable que les quatre amis n’ont pas rêvé.

…sans oublier X heures à faire des recherches de synonymes et de vocabulaire, de
définition, à me renseigner sur le mouvement hippie, les dreadlocks et les motocyclettes, histoire de ne rien laisser au hasard. Maintenant j’ai des images de fesses de hippies dépassant de
pantalons qui me collent aux yeux toute la journée…

Mais ça valait la peine, non ?

Non… ?

Ah bon.

L’épisode des méchants africains cannibales

banania Je déblais, encore et toujours ! J’aime bien ce passage, mais je ne sais pas où l’insérer dans la nouvelle version d’Indiana Tom. Alors bye-bye!


A bord de sa jeep, Madhu le conducteur, quittait l’Ambassade pour aller à Jungpura.
C’était ma pause déjeuner et je lui demandai de me faire profiter du voyage. Il accepta à condition que j’obtienne d’abord l’autorisation des gendarmes.

Un coup de fil et quelques blagues plus tard, nous étions en route, bavardant de choses et
d’autres, et notamment de la mutation probable du Ministre Conseiller au Bénin…

- To Africa, me corrigea Madhu.

- Yes, but to Bénin.

- No, no, he will move to Africa.

- Yes, but in which country Madhu ? It is to Bénin that he will
move.

J’en étais sûr car je l’avais appris de la bouche d’Iznogoud le matin
même.

- Aah…? s’interrogea Madhu, but Africa is not a country… ?

Il avait l’air gêné d’en douter mais je le mis tout de suite à l’aise et lui expliquai
simplement que c’était un continent divisé en pays. Madhu m’avoua que, de toutes façons, ça ne l’intéressait pas beaucoup car il n’aimait pas les Africains et les noirs en général. Je pouffais de
rire en lui demandant pourquoi ?

- I don’t know, I don’t like them, that’s all.

Je pouffais de nouveau. Ce genre de racisme, en fait de la xénophobie, ne se combat pas
par des insultes et du mépris, mais plutôt par des éclats de rires et une conversation amicale qui, en le dérobant à ses peurs, permettra au xénophobe de modérer sa pensée. Car après tout la
xénophobie n’a pour origine qu’un manque d’information, de réflexion ou d’expérience, et pas une longue étude sur l’évolution des espèces. Et puis il n’y a rien qui m’exaspère davantage que
l’extrémisme des anti-racistes.

- Come on Madhu, you must have a reason, no ?

Il réfléchit, pour finalement répondre :

- I do not like them because they are bad, and dangerous. I know one day an
african Ambassador has killed his driver. He has squizzed his throat between his hands and pushed him down the stairs…

J’é-cla-tai de rire !

Mais Madhu insista, les yeux fixés sur la route, comme s’il essayait d’ignorer ma
réaction : « And there is this rickshaw driver who had disappeared.
They found his body later, cut into pieces : it was in the fridge of
two African people in a posh area of Delhi… »

Comme j’étais plié en deux à l’écouter me raconter les méchants noirs
mangeurs de chauffeurs, avec son visage de gamin sous sa moustache fine et sa petite voix craintive, Madhu me répétait : « It’s not funny ! It’s not funny ! This story is famous all
over the city ! »

Mais il finit par céder et partagea mon hilarité quand je me moquai de l’air misérable
qu’il prenait pour me raconter ce genre d’histoires et leur peu de vraisemblance. Je savais que me lancer dans de longues tirades ou, pire, des réprimandes, n’aurait jamais changé l’avis de mon
camarade. J’espérais simplement que mon attitude avait suffisamment décrédibilisé ses histoires pour qu’il finisse par les remettre en cause.

De Bangkok à Hua Hin: love is money

hua hin map thai
Hua Hin, c’est là.

Hua Hin, Thailande. 4 am.

Je profite de la chaleur qui m’empêche de dormir pour vous donner des nouvelles, à vous, mes fans : papa, maman, et le compte fake que j’ai créé pour améliorer les stats de l’excellent Nabolo-blog.

En fait ce n’est pas vraiment la chaleur qui m’empêche de dormir, ne l’accusons pas à tort ! C’est plutôt la flaque de sueur dans laquelle je nage et qui prend la forme d’un intéressant petit point d’eau, au creux du vieux matelas de ma chambre, négociée à 300 bhats la nuit. Là, un cafard est venu s’abreuver tandis que, plus loin, un acarien paresseux profite de sa sieste à l’ombre d’un gros poil d’aisselle… Je reconnais que les Grecs, qui se sont vantés de tromper leur système fiscal, sur tous les campus universitaires d’Europe n’ont que ce qu’ils méritent mais il faut le leur pardonner ! Et vite svp parce que mes 300 bhats qui valaient 5 euros naguère en valent désormais 7,5 et que ça m’emmerderait d’avoir à chasser des chauves-souris pour financer le reste de mon voyage… Comprendra qui pourra ! (l’excellent Nabolo-blog se plait à tirer ses lecteurs vers le haut par des plaisanteries de haut vol (de chauve-souris)).

Revenons-en à la sueur : il ne faut pas l’accuser non plus. Le ventilateur est tout aussi responsable qui fait un bruit de camion au-dessus de ma tête… J’ai moins souffert de ces inconvénients lorsque j’étais à Bangkok. Et pour cause : l’amie que j’ai rejoint dans la capitale Thaï m’ayant proposé de partager sa chambre, je n’ai quasiment pas occupé celle du petit hôtel qui m’a servi d’hangar à sac à dos. J’y ai juste laissé mon sac pour tromper la vigilance du réceptionniste d’un 4 étoiles où j’ai passé chaque nuit, loin de la chaleur, des odeurs et de la guerre civile des rues de Bangkok (il en fallait du culot : encore et toujours l’esprit d’aventure !!).

Pas d’hôtel Ibis à Hua Hin, une station balnéaire du sud de Bangkok qui abrite la résidence du roi, mais tout autant d’odeurs et d’étalages de fruits inconnus que celle qu’on appelle « la grosse mangue ». Il y a aussi de nouveaux genres de créatures… Des filles qui m’interpellent dans la rue pour me proposer des massages et des babyboomers occidentaux, chacun avec sa petite infirmière Thaï qui s’efforce de lui faire croire qu’il n’a pas raté sa vie… Ou du moins qu’il n’est pas encore tout à fait pourri, quoique l’avenir qu’il laisse aux générations suivantes le soit bel et bien, lui. Bre f, quand je croise un de ces presque papy avec sa pathéticienne, ça me fait un peu bizarre mais je ne lui jetterai pas la pierre avant d’avoir eu soixante ans moi-même. En attendant tout le monde a l’air heureux comme ça, surtout Daddy.

Daddy c’est l’anglais qui vide des bières à l’accueil de mon hôtel. Il crie « hello ! » à chaque fois qu’il me voit. Après le troisième coup, en revenant des chiottes, il est venu appliquer sa grosse main humide sur mon épaule pour me demander d’où je viens. J’ai failli lui mettre un taquet direct, il a du bol de faire le double de mon poids. Dès  qu’il a su que j’étais français il m’a dit : « enc-hanté » « espèce de p-rune » « viens sucer ma b-ritannique » (par égard pour mes plus jeunes lecteurs, j’ai censuré le vocabulaire de Daddy, la première lettre de chaque mot exceptée). J’ai re-failli mettre mon poing dans la gueule de Daddy, mais il faisait toujours la même envergure, et ses trois potes tatoués aussi. J’ai alors compris que Daddy cherchait à sympathiser (dix ans de rugby, ça sert) en me révélant son vocabulaire français. Je l’ai chaleureusement félicité. Daddy, ne se sentant plus de joie, m’a expliqué toute l’ingéniosité de son système qui consiste à insulter les serveuses Thaï de l’hôtel en français, de telle sorte qu’elles n’y comprennent rien. Seul lui et moi comprendrions : ce serait notre petit secret. Il acheva cette explication par des « sale p-rune » et des « sal-sifi » susurrés à l’intention de la serveuse. Nous étions devenus amis ! Il m’a alors demandé si j’aimais le foot… Sentant la question-piège je me suis bien gardé de répondre par l’affirmative et me suis éclipsé dès que possible.

love is money
Je prendrai tout a dit l’épée. J’achèterai tout à dit l’or. Je suis pour le gagnant a dit le coeur.

Daddy a le profil d’un grand nombre de babyboomers que j’ai croisé ici : moche. Là d’où il vient, les filles n’attachaient sur Daddy qu’un regard superficiel, tout juste capable de leur révéler ses qualités les plus évidentes (gros et con). Les Thaïlandaise, elles, ont su trouver chez lui le portefeuille, avec de tels sourires qu’elles le laissent à peine deviner… Alors peut-on le blâmer de vouloir une part de ce bonheur factile? Triste enc-hanteur…

En direct de Bangkok: la mort en marche!

soldats thai
En thaïlandais, une-deux se dit avec des mots que l’auteur de ce blog ignore totalement.

Aujourd’hui le Nabolo-blog vous donne des nouvelles de Bangkok, la capitale thaïlandaise au bord de la guerre civile.

Dès que je suis arrivé à l’aéroport, les conséquences de la sanglante révolution en cours se sont faites sentir : les chauffeurs de taxi ont essayé de m’arnaquer sur les prix, probablement à cause de la perturbation de l’économie (nota : on m’a aussi demandé mon passeport au moment de passer la douane. J’étais choqué.). A l’auberge ce fut pire : on m’a prié d’ôter mes chaussures à l’entrée. Une précaution à laquelle les Bangkokalais se sont accoutumés pour éviter de salir l’intérieur des maisons avec l’hémoglobine qui colle à leurs semelles lorsqu’ils enjambent les cadavres frais qui submergent les rues de leur immense ville, pourtant colorée et parfumée de ce que j’ai pu en voir (mais c’est sans doute une astuce pour tromper le touriste).

Néanmoins cela m’a, à tort, rassuré sur la situation, et j’ai jugé qu’il ne serait pas dangereux de me promener en ville tant que j’évitais le centre.

Un des malentendus auquel peut se heurter un Occidental, dans une ville non-occidentale, concerne la définition de ce qu’on appelle « centre-ville ». Pour moi le centre-ville c’est le centre historique, où il y a tous les monuments etc. Mais pour les Bangkokaliens c’est la grande rue qui rassemble les banques, « Thanon Silom », celle dans laquelle je me suis engagé le cœur léger et le sourire aux lèvres.

J’ai bien remarqué qu’il y avait des fils barbelés à l’entrée, enroulés de chaque côté de la rue, mais le couple de soldats en présence, qui profitait de sa pause-cigarette, ne m’a pas donné le sentiment d’être en danger. Je n’ai pas non plus aperçu de terreur dans le regard du millier de Thaï qui peuplait la rue, s’adonnant au shopping du condamné ou à une ultime consommation de mets divers, odorants et apétissants, de boissons sucrées, etc. Mais c’est vrai qu’il y avait de plus en plus de soldats. Souvent en couple, ils étaient armés de « fusils à pompe » (je n’y connais guère plus en armes à feu que ce que j’ai pu retenir de « Golden Eye » sur Nintendo 64). Il y avait de temps en temps des rouleaux de fils barbelés et, sur les marches d’un grand bâtiment, des boucliers de plexiglas posés en ordre.

manif bangkok
J’en vois un qui rigole, sous sa visière, en bas à gauche!

Chemin faisant j’étais toujours persuadé de ne pas être « au cœur de l’action ». Pas de chemise rouge en vue… De plus, les soldats ne ressemblaient pas à ceux des photos que j’avais visionnées avant mon départ où on les voyait, tout de noir vêtus et casqués jusqu’à la tête, qui repoussaient une masse de fous furieux à la seule force de leurs matraques.

Je m’imagine la scène, dans le bureau du rédac’ chef :
- Chef, on n’a pas de photos pour illustrer notre article sur les évènements de Bangkok : « La mort en marche »…
- Zut !
- …mais il nous reste des photos de l’an dernier, sur la manif’ en Corée, qu’on n’a pas encore utilisées…
- Parfait jeune homme ! Envoyez, envoyez !

Quand je suis rentré à l’auberge le soir, on m’a prévenu qu’une bombe avait sauté dans l’après-midi et que l’explosion était audible à des kilomètres à la ronde. Je n’ai rien vu, rien entendu… Ne faut-il croire que ce que l’on voit ?

Au revoir!

Après trois tentatives pour mettre à jour le SOMMAIRE de l’excellent Nabolo-blog et autant de plantages de firefox, je m’avoue temporairement vaincu.

Amis lecteurs, le moment est venu pour moi de partir à l’aventure, en application de la philosophie que j’ai tant vanté ici et conformément aux promesses que j’avais faites à mes collègues d’ANKAMA (eux les ont sans doute oubliées mais pas moi).

Vous me manquerez tous beaucoup… Mais je reviendrai! MUHAHAHAHA! JE REVIENDRAI!!!
(et si ça se trouve je vous donnerai même des nouvelles)

Je vous laisse avec le générique TV qui, dans mon enfance, a corrompu l’esprit alors jeune et maléable de votre blogueur préféré (c’est une tournure stylistique: en fait je parle de moi), et dont nous vivons aujourd’hui et ensemble les terribles conséquences :