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L’épisode du temple de Kali

kaliComme pour les autres épisodes que
j’ai déjà eu l’occasion de publier sur ce blog, l’épisode du “temple de Kali” ne trouve plus sa place dans “Indiana Tom” (mon futur roman que vous allez -sans doute- acheter nombreux). Je
l’extrais donc du manuscrit et je vous le livre ici en pâture pour que vous le déchiriez comme des chiens avec vos crocs de critiques aiguisés. Merciiiiiiiiiiii!

 


Polly insiste pour que je la précède… Pour la première fois, enfin, je vais entrer dans un
temple hindou. Ce n’est pas un événement sans importance pour moi qui me fais l’avocat du retour aux religions polythéistes antiques dont l’hindouisme est le plus proche parent survivant à l’ère
moderne.

 

Je n’ai pas de religion. C’est à dire que je ne me soumets à aucune loi édictée par des
hommes au nom du divin. Néanmoins je suis, comme la grande majorité de mes congénères, un être spirituel doté de croyances qui fleurissent en moi spontanément au sujet de la « chance »,
du « hasard », du « destin » ou du « divin ». J’ai simplement l’avantage de me sentir bien sans recourir aux services d’un guide de la foi.

Si tel n’était pas le cas, il me serait toutefois impossible de me tourner vers les
monothéismes dont la doctrine, d’emblée, me dérange : est-il vraiment possible aux hommes de vénérer une seule et même déité ? D’en partager la même exacte conception ? Il me
semble que s’ils disséquaient leur foi dans les moindres détails, et pourvu que leur vocabulaire le permît, beaucoup de croyants en viendraient à cette conclusion générale, qui est aussi la
mienne, qu’aucun humain et même qu’aucune chose n’est exactement semblable à une autre, que ce qui en émane obéit aussi à cette règle et que, par conséquent, en admettant pour la démonstration
qu’il existe bien un Dieu unique, il n’est de toute façon pas en notre pouvoir de l’adorer en une seule foi*. Les monothéismes ne sont plus dès lors, que des
polythéismes déguisés ou des générateurs de schismes.


En fait, j’ai toujours songé que l’homme était pluriel et que l’univers l’était aussi.
Pourquoi réduire le divin à l’image d’un seul ? Cet engouement pour l’unique, si soudain à l’échelle de l’histoire, me paraît bien artificiel, alors que la spontanéité naturelle des
croyances humaines l’avait toujours amené à révérer le multiple.

Il m’est par ailleurs impossible de détacher le monothéisme des extrémités vers lesquelles
cette théorie a conduit et conduit encore et qui sont responsables de cruautés et de massacres inégalés dans l’histoire de l’humanité. Si aujourd’hui c’est du rabâché, si l’Eglise montre patte
blanche, moi je n’oublie pas. Je redouterai toujours les monothéismes pour leur capacité à se lier au pouvoir dont il est si difficile de les arracher ensuite.

Il résulte de tout cela que je me représente de manière idéale l’antithèse du monothéisme,
alias le polythéisme antique, sans prophète ni parole sainte qui ne saurait être contestés, comme le garant d’une tolérance religieuse absolue : dès lors qu’on admet l’existence de plus d’un
dieu, on peut en admettre une infinité. C’est ainsi que fut édifié, à Rome, un temple dédié au « Dieu inconnu » qui invitait chaque nouvelle croyance à se mêler aux autres. A l’époque,
les Dieux étaient des exemples, pas des tyrans, dont les aventures rappelaient aux hommes leurs devoirs et les faiblesses inhérentes à leur race. Ces leçons étaient accessibles au prix d’un peu
de sagesse que chacun payait volontiers. Le monothéisme judéo-christiano-islamique a fait de ces leçons des commandements dont l’origine s’est perdue dans la mémoire de créatures devenues bêtes
apeurées et rapidement soumises à un clergé autoritaire… Il n’y avait pas de clergé dans le polythéisme grec.


Puisque mes contemporains ne peuvent pas se passer de religion, j’en viens à considérer
très favorablement l’idée que ces cultes renaissent et reprennent le terrain dont le christianisme les a chassé en diabolisant nos divinités originelles. Tel fut le cas de Pan, autrefois Dieu de
la forêt et des jardins, devenu le bouc émissaire de la chrétienté qui en fit son Satan, et au décès symbolique duquel Brassens a consacré l’une de ses chansons** les plus importantes à mes yeux, qui exprime parfaitement les raisons pour lesquelles je me réjouirais à l’idée de célébrer son culte et qui peuvent se résumer en ce que, du temps
que régnait le grand Pan, la poésie était partout, de même que les Dieux dont on n’avait pas à craindre le courroux mais simplement à apprécier la compagnie (de fait, les Grecs ne se battirent
pas pour imposer le patronyme de Zeus mais, pendant dix ans, pour l’amour d’une femme. Tant qu’à faire autant choisir un motif qui en valait la peine !).

Hélas l’idée qu’on puisse vénérer Zeus (ou Shiva) de nos jours fait éclater de rires les
occidentaux équilibrés, biens dans leur vingt et unième siècle, capables de me soutenir que Jésus est le messager et fils de Dieu, qu’il est né de mère vierge et qu’il a marché sur les
eaux.

Mais beaucoup de ceux qui l’affirment n’y réfléchissent pas plus que ça. Est-ce si dur
d’admettre humblement qu’on se sent bien dans son confort spirituel, à l’abri d’une mort biologique, ou qu’on a épousé les valeurs de sa tribu par habitude plutôt qu’adhésion ?
L’argument du miracle vient parfois contrecarrer les miens, lorsque mon interlocuteur s’est tiré de justesse d’une maladie fatale et qu’il y a vu un signe divin… Mais de quel dieu ? Je
rappelle que Zeus était farceur, qu’il n’aimait pas beaucoup les mortels, et que les aider à se persuader des croyances les plus folles ou les plus contraignantes, capables de plonger leur race
dans l’abîme de l’ignorance dont lui, Zeus, les avait tirés contre son gré (merci Prométhée !) et éventuellement de la conduire à sa perte aurait tout à fait été de son goût ! Et si
c’était lui, finalement, l’auteur de toutes ces farces ? Le débat est sans fin et fort heureusement, je n’ai pas besoin que tout le monde soit d’accord avec moi pour être à l’aise. Mais
je reste très curieux de voir ce que donne, dans la pratique, un semi-polythéisme tel que l’hindouisme.

 


*A ce sujet les hindous expliquent qu’il existe bien un Dieu unique, une sorte de grand tout, mais qu’il est au-delà de la perception des hommes, et que
ceux-ci doivent donc se contenter de prier les Dieux du monde des apparences.

**« Le Grand Pan »

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