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L’épisode de l’éléphanteau

rishi+parents 121 width="255" height="191">Toujours extrait d’Indiana Tom, un passage que je pense retirer. En compagnie d’une américaine avec qui il a sympathisé, Thomas, le personnage principal en voyage dans le
Rajasthan croise un éléphanteau sur le bord de la route… C’est une autre occasion pour vous de voir le style de narration (en jaune c’est le personnage principal qui s’exprime). A noter que je
vais devoir retravailler la manière dont Thomas parle en général, toujours trop proche de celle du narrateur omniscient.

 


Filant au travers des collines, le rickshaw se rapproche rapidement du Palais d’Ambre et du
Fort qui lui est voisin : les deux citadelles se partagent équitablement les sommets alentours et découpent le flanc des montagnes de dentelles de pierre où Thomas et Polly distinguent une
activité fébrile. Leur fascination n’est pas bien longtemps captive de ces immeubleries car, sur le bord de la route, accompagné des deux hommes qui le tiennent en laisse, ils viennent d’apercevoir
un éléphanteau. Ahmed coupe le moteur et à peine le rickshaw s’immobilise-t-il, qu’une trompe aux narines inquisitives s’engouffre à l’intérieur. Thomas la repousse délicatement pour pouvoir
sortir.

« Comme il est mignon cet
éléphanteau ! Comme il est trognon ! Miguignougnou le tout chou à son pépère !
Guili-guili ! »

Polly a sa propre version :

« Hello you ! Oooh look at you ! But look at you ! You are
soooooo (note ascendante) cuuuuuuute (note descendante) ! You’re a big boy, hmm ? Yes, you are a big boy !! »

Polly et Thomas prennent des photos-souvenirs et caressent longuement
l’éléphanteau.

« Dans les plis de sa trompe poussent de
gros poils noirs et piquants un peu comme dans le cou d’un adolescent atteint de puberté. »

Lorsqu’un de ses gardiens lui tire l’oreille, l’éléphanteau fait onduler sa trompe pour
lui donner des allures de serpent : il la remonte entre ses yeux et la replie sur elle-même, comme un cobra charmé par une flûte le ferait avec ses anneaux.

« Polly et moi sommes évidemment
« très enchantés » par cette rencontre. Cependant je nourris deux inquiétudes aux plus profond de mon être. La première est de savoir si cet éléphanteau et les éléphants en général sont
bien traités, ce qu’Ahmed m’assure en me révélant qu’en Inde, s’occuper d’un éléphant est un honneur qu’il faut mériter et que le gouvernement récompense avec générosité. Faire du mal à un
éléphant serait, selon lui,  un sacrilège. Peut-être un peu naïvement, je me laisse convaincre par cette explication, à défaut d’en avoir d’autres. Reste cette deuxième inquiétude, plus
intime mais non moins légitime, qui concerne l’appareil génital des éléphants. Quand j’étais gosse, mon père faisait souvent référence à la taille gigantesque de leur membre dont il recommandait
fortement l’usage à quiconque introduisait le ballon dans les buts de l’Olympique de Marseille. J’avais déjà vu des éléphants au zoo mais n’ayant jamais aperçu ce qu’on me décrivait comme
immanquable, j’en étais arrivé à suspecter la trompe de double identité. Jugeant toutefois qu’il était singulier qu’un animal porte son sexe sur la tête, j’avais fini par exprimer mes doutes et
avais demandé à mon père une confirmation que toujours il esquiva, répondant invariablement : « Tu vérifieras par toi-même mon fils ! ».

Je déteste ça. Qu’on me refuse de partager un
savoir pour d’injustifiables raisons m’est absolument insupportable.

Je me rappelle très bien, qu’une fois, en
bagnole, mon père encore, avait refusé, durant tout le trajet, de m’expliquer pourquoi un kilo de plumes était aussi lourd qu’un kilo de plomb comme l’avait incongrûment prétendu ma mère un peu
plus tôt en allant me chercher à la maternelle. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui coûter de me répondre bordel !? Au lieu de me donner satisfaction il s’était contenté de dire :
« Tu vois Thomas, tu comprends vite, mais il faut t’expliquer longtemps. » Ces compliments n’adoucissaient pas ma rancœur, un peu plus renforcée à chaque fois que je lui posais la
question « Pourquoi ? » à laquelle il répliquait invariablement :

- La question « Pourquoi ? »
est une question métaphysique, donc stupide à laquelle je refuse de répondre. 

- Mais pourquoi papa ?? 
insistais-je.

Là, généralement, comme pour me narguer, il
ricanait, puis partait s’occuper ailleurs où je le suivais en répétant « Pourquoi ? » jusqu’à ce que j’obtienne finalement de lui un « Tu m’emmerdes Thomas, fous-moi la
paix. » qui marquait irrémédiablement la fin de notre conversation. Je dois dire que parfois c’était mieux qu’il ne réponde pas. Je regrette par exemple qu’il l’ai fait quand, en C.E.2,
j’étais rentré de l’école avec un devoir de français sur les surnoms puisque, à l’instar de mes camarades, Madame Monet m’avait chargé de répertorier ceux de Jean-Pierre Papin, LE joueur de foot
français de l’époque. J’avais alors demandé de l’aide à mon père qui m’avait répondu tout en allumant un havane dans le fauteuil qui lui était réservé, en face de la télévision :

« C’est vrai qu’on l’appelle
« J.P.P. », mais ça c’est un surnom que lui donnent ses supporters Thomas. »

Ayant décapité son cigare il en avait fait
tourner l’extrémité dans la flamme d’une grande allumette dont la longueur était prévue à cet effet et avait ajouté « Mais crois-moi, ses vrais amis, eux , l’appellent tous
« Jean-Pierre Tapin » avant de presser le bouton de la télécommande et de conclure « Bon maintenant fous-moi la paix, le match a commencé. » Lorsque, le lendemain, Mme
Monet m’avait questionné à l’oral, elle avait pouffé de surprise en entendant ma réponse, et s’était penchée vers moi pour me demander avec inquiétude, mais tact, qui m’avait raconté ça.
« C’est mon papa ! » avais-je fièrement répondu, tout heureux d’avoir déniché ce surnom qu’aucun de mes camarades, pourtant tous fans de foot, n’avait jamais entendu.

Mais je m’égare. Je ne nourris pas
d’obsession particulière sur le sexe des éléphants. Simplement, quand il m’arrive de croiser l’énorme créature, je repense parfois à ma frustration d’enfant et j’essaye éventuellement
d’apercevoir sa bite, ce à quoi je ne suis jamais parvenu… A moins que leur trompe…
 »


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