Archive pour janvier 2010
INDIANA Tom : tentative de narration originale
height="169">Salut à tous! Toujours moins d’articles en ce moment…
Par contre j’avance bien dans la réécriture de “Trompidouf”, désormais intitulé“INDIANA Tom” (lire ici). ![]()
Je me suis finalement décidé (merci Elsa) pour une narration partagée. Je n’en ai jamais
vu de semblables (ça me plait) et le texte d’origine se prête vraiment à cette adaptation. Il s’agit en fait d’utiliser un narrateur omniscient (ou quasi ) en narrateur principal, et un narrateur
secondaire qui donne un contrepoint à cette narration. Ci-dessous vous pourrez voir ce que ça donne dans un passage caractéristique ou narrateur omniscient et narrateur secondaire (incarné par le
personnage principal) commentent une même action. Les interventions du personnage principal de l’histoire sont soulignées en jaune.
Le
contexte: Thomas est stagiaire à l’ambassade de France en Inde. Dans ce pays où la nourriture est trop épicée pour lui, il souffre de la faim jusqu’à découvrir que les diplomates ont une
source secrète de produits français. Le narrateur principal s’emballe, souhaitant à tout prix donner à son héros un cachet “aventurier” tandis que le personnage principal s’exprime naturellement
(ce passage est tiré de la moitié du récit, la particularité de ce mode narratif a été introduite bien avant; par ailleurs il s’agit d’un épisode particulier où le narrateur omniscient prend des
libertés… Il est d’habitude plus neutre).
En pénétrant les murs sacrés du temple de Shiva…
« Le service de presse, au rez-de
chaussée… »
…notre héros rencontre une jeune indigène et son mentor…
« Sunita qui s’occupe des
traductions et l’autre j’ai oublié son nom. »
…qui, pour le remercier de les avoir aidés à
mener à bien leur fastidieux rituel sur l’autel du dieu…
« Galère leur
photocopieuse. »
…lui racontent une vieille légende hindoue dont seuls quelques érudits des environs
conservent encore le secret, et qui traite d’un trésor enfoui dans les bas fonds du temple par les « esprits du dessus ».
Ayant salué ses nouveaux amis, Indiana Tom se met en quête. Tout juste équipé de sa fidèle
cravate qu’il claque comme un fouet, et de la torche de son téléphone portable, il déambule dans la pénombre de couloirs tortueux jusqu’à une grande porte, imposante, dont la serrure demeure
irrémédiablement fermée. « Sésame ouvre-toi ! » tente vainement le courageux héros après avoir épuisé ses forces sur la poignée. Alors, las et fourbu, aventurier mâté par
l’aventure, Indiana Tom se laisse choir contre le mur, défait. Mais la dalle que rencontre son épaule s’enfonce dans le roc : en y regardant de plus près il peut y lire, gravé dans une
langue ancienne, mélange de celte et de latin, le mot « ouvre-porte ».
« Facile. »
Une note, vibrante, se fait entendre… La porte s’ouvre et la lumière se répand dans le
couloir. Au-delà, Indiana Tom découvre avec émerveillement une sorte de cour ornée de statues métalliques et longilignes, brillant sous le soleil…
« Je suis dans le
parking. »
…et, sur sa gauche, débordant d’une caverne immense, s’étendent sur le parterre toutes les
richesses promises.
« Crème de marron, petits lu,
yaourts à la fraise, cannellonis en boîte, pastis, carambars, camembert, confitures… Putain mais y a carrément une superette cachée dans l’ambassade ! »
Les portes de la caverne affichent un écriteau « La
Coop. ».
« J’y croise le Colonel Simonet,
tranquille, en train d’acheter son reblochon. Aucun Français de l’ambassade n’a jamais évoqué la Coop devant moi. Apparemment les quantités d’import, même pour l’ambassade de France en Inde, sont
limitées. Ça explique que le secret soit si jalousement gardés… Traîtres ! »
Voir
un autre application de la narration alternée en lisant le “Chapitre 1er, une exclusivité mondiale“
Un tour à Aix
Je referme la porte avec délicatesse
Et m’échappe des murs où la fête et l’alcool
m’ont entrouvert des draps légers en politesses
(pardon si certains soirs j’oublie le protocole).
La nuit, pleine au dehors, les rues abandonnées
Sont de mauvais augure… Et je peste, d’ailleurs,
En constatant perdue ma grasse matinée
(pardon si je n’ai pas l’âme du travailleur).
Lorsqu’on n’a pas d’amour pour lequel s’employer
On s’escrime aux passions. Mais Il faut reconnaître,
Feu la flamme, mes dieux, qu’il est loin le foyer !
Le jour, sur les maisons, n’est pas encore à naître.
Donc en compensation des draps et des coussins
Je prends un châle d’air tissé de courants chauds,
La marche d’un hôtel me fait un traversin
(que je n’ai pas de draps, après tout, peu me chaut),
Et les yeux vers le ciel découpé de ma ville,
Où l’étoile paresse à l’ombre des statues,
Je rêvasse, content, le sourire tranquille :
Le clocher a sonné par trois fois, puis s’est tu.
C’est alors que – aurais-je abusé du flacon? -
Je croise le regard d’un atlante de pierre
Qui tout à mes côtés soutient un lourd balcon…
Aussitôt le regard s’enfuit sous les paupières !
Je m’approche, curieux, du fabuleux colosse
pour inspecter son œil… Mais suis interrompu :
Une horde de chats poursuit un gros molosse
Dont la chaîne grinçante a juste été rompue.
De nouveau le néant impose son silence.
Appuyé contre un bac je demeure indécis,
éberlué, guettant, avecque vigilance
D’un spectre malicieux, une autre facétie.
Au lieu d’un revenant, il y a des revolvers
pétants, retentissants, qui annoncent cinq heures.
Le geste vif, précis, je vois des « hommes verts »,
pas des cow-boys martiens, mais de vrais éboueurs.
Ils s’en vont à présent tout comme ils sont venus.
je pousse un long soupir… C’est fini les surprises?
Ils laissent derrière eux la place toute nue.
Parfois l’imaginaire a sur moi trop d’emprise…
Pourtant le bassin tremble ! Il crache à ma figure
Une eau fraîche et limpide accourue des collines
Ma soif s’y épanche et ma bouche inaugure
Le flot neuf, le flot pur, le jour qui dégouline !
Comme pour annoncer le règne des fontaines,
Qu’on voit sur chaque place étendre la boisson
Des Muses et des Dieux, les oiseaux, par centaines,
Viennent en chahutant piailler à l’unisson.
***
Je vais devenir fou d’ivresse et de fatigue.
J’ai le nez romarin et mes yeux sont des figues.
qui se perdent parmi lavande et fruits séchés,
parasols et caissons : je suis sur le marché.
Il est venu à moi, tout seul, comme un ami.
Avec son lot de fleurs, de fruits, et de mamies,
et leurs cabas hutins qui poussent, qui bousculent
jusqu’à ce que, de peur, les camions reculent.
Midi, les collégiens déferlent hors des rangs
des étalages bleus, jaunes et odorants,
en traînant derrière eux leurs immenses cartables
qui vont parfois cogner les rebords d’une table.
Les dames aux cafés, d’ailleurs, ça les agace,
ces minots agités qui mâchent des fougasses
alors que, de tout temps, c’est conclu et c’est dit:
ce sont elles les Reines de l’après-midi.
Elles allongeront leurs longues jambes d’or
à l’abri de leur tasse, autel où les adorent
les messieurs pressés qui remontent le Cours :
à droite il y a la banque, à gauche les amours.
Et puis des musiciens viendront charmer les belles.
Des fleuristes de grand chemin, en ribambelle,
iront aux alentours tendre leurs embuscades,
harceler les amants de bouquets en cascade.
Le soir apportera sa fraîcheur aux platanes,
et de nouveaux bijoux aux belles Occitanes.
Enfin, les bacheliers, en processions furieuses,
animeront les bars de danses mystérieuses,
et au bout de la nuit, iront, sans protocole,
visiter la maison qui laisse entrer l’alcool.
***
Le lendemain, heureux, quoiqu’un peu chavirés,
ils s’assiéront au parc, écriront des poèmes.
Ils te diront ces jours, passés à t’admirer.
Aquae Sextiae, ils te diront qu’ils t’aiment.
L’épisode du moustique
Pour en savoir plus sur les raisons de cet article je vous invite à lire l’article original en cliquant su rle lien suivant: “Trompidouf” devient “Indiana
Tom”
J’aimais bien ce passage mais c’est vrai qu’en soit il
n’apporte rien du tout à l’histoire. Dans la version
originelle il se déroule alors que la saison chaude commence à Delhi.
(…) Bref, aujourd’hui je suis crevé car c’est la fin de semaine et puis surtout, je n’ai
quasiment pas dormi de la nuit : « Cyrano », un jeune moustique audacieux, m’a choisi pour victime de ses succions et pourfendu avec insistance pendant des heures. Ses ailes
vibraient dans mon oreille à chaque fois qu’il retirait son dard de ma chair… Alors je me levai, cherchai l’interrupteur dans un demi coma… Trop tard : il avait
disparu.
Je n’ai jamais compris pourquoi les moustiques pompent autant de sang, et pourquoi il ne
le pompent pas d’un seul coup ? Ils pourraient piquer et se casser tranquille, ni vus, ni connus, mais non, ils remettent ça, ils le font en plusieurs fois ! Alors ça nous fait X cloques et ils
finissent bien un jour par se faire éclater contre un mur à l’instar de Cyrano que j’ai fini par choper bien comme il faut. Son cadavre écrabouillé trône encore au dessus de mon lit en signe
d’avertissement à tous ses congénères.
Hélas, Cyrano avait un jeune frère du nom de Dracula. Ils avaient été séparés à l’enfance
et Dracula, que le souvenir impérissable de son aîné hantait nuit et nuit, avait traversé monts et vallées pour le retrouver au « 211 bis » Padme Street, de Jungpura. On imagine la
colère de Dracula quand il découvrit Cyrano éclaté comme un merde au dessus de mon lit. Et c’est ainsi qu’il jura solennellement de me casser les couilles.
Dracula était aussi malin que Cyrano, et j’étais faaaaaaaatiiiiiiiiiguééééééééééééééé. Je
me réveillai à son approche, allumai la lumière, et tapai aveuglément dans le vide de mes couvertures, en espérant sans trop y croire, terrasser mon adversaire. Je n’y parvins pas mais le
contraignis à un décollage forcé : en voyant sa silhouette se détacher lentement de la couverture brune, je sentis la haine, la fatigue, la rancune éternelle que je nourris contre les
moustiques depuis qu’ils m’ont pris mon chien, mort de la leishmaniose, se concentrer en une seule boule de rage, compacte, explosive… La poussière se souleva de la chambre. Le plâtre du plafond
se détacha par petites plaques qui s’effritèrent et fondirent avant d’atteindre le sol. Mes draps ondulaient sous la force des vagues d’énergie brute qui émanaient de mon corps tandis que mes
cheveux se dressaient sur ma tête en épis fluorescents et que je frappais en poussant le cri de guerre bien connu de tous les chasseurs de moustiques :
« MAIS TU VAS ME LAISSER DORMIR ENCULÉ?!?!!!! »
Dracula s’écroula, inerte. Il n’était pas mort, non, simplement étourdi : je pouvais
sentir son cœur battre entre mes doigts. Il eut assez de dignité pour ne pas me supplier, et moi, pour lui offrir une mort rapide. Mais bien que ce duel d’homme à moustique se fût déroulé selon
les règles, Muchacha, la cousine par alliance de Cyrano et Dracula, ne me pardonnerait jamais leur disparition, non plus que leurs parents, leurs enfants et le reste de leur nombreuse
famille.
« Trompidouf » devient « INDIANA Tom »
peut-être un jour, de ce que j’aurais écrit (c’est pas fait, loin s’en faut, gagner un centime ce sera déjà beau).
A l’origine de cette ineptie il y a le premier roman sur lequel je me sois vraiment donné la peine de travailler
sur la durée et qui est très largement inspiré de mon expérience en tant que stagiaire à l’ambassade de France en Inde de février à juillet 2006. L’histoire de ce projet est la suivante: de
retour d’Inde avec une grosse quantité d’anecdotes et de récits plus ou moins rédigés dans mes correspondances (300 pages), je me suis mis en tête que ça ferait une bonne base pour un roman…
J’ai travaillé un an dessus avant de, à bout de souffle, présenter le résultat aux maisons d’éditions qui ont gentiment décliné ma proposition d’en faire le best-seller du XXIème siècle…
Bizarre, mais a posteriori compréhensible car le texte manquait clairement de maturité.
le texte et comme disait Boileau:
courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent
effacez.”
original.
Comme de temps en temps ça m’arrache la gueule de jeter à la poubelle des heures de travail, je me suis dit que, je pourrais, au moins, un peu comme un “teaser”, en publier
quelques morceaux sur l’excellent Nabolo-blog pour peu qu’il méritent d’être lus ou que ce soit trop douloureux pour moi de les jeter sans autre forme de procès… Disons que ce sera un coup de
pouce majeur dans ma “cure d’écrivain”, pour me permettre d’avancer.
Ces morceaux n’apparaîtront pas dans la version définitive, si je les publie ici c’est qu’ils sont justement jugés trop peu pertinents par rapport au fil de l’histoire ou pas assez “bons”. Mais
peut-être éveilleront-ils la curiosité de certains d’entre vous quant au futur roman ? Son ancien titre était “Trompidouf”, son nouveau titre provisoire est “INDIANA Tom”.
Pourquoi Trompidouf à l’origine? C’est expliqué dans le dialogue ci-dessous, tiré du manuscrit originel.
Vous trouverez d’autres extraits de la version avorté de “Trompidouf devient INDIANA Tom” dans la catégorie du même nom.
Bonne lecture!
Les mois ont passé. Thomas a avancé dans son projet. Cependant il lui manque un
titre. En voiture avec Raoul, son père, il s’en ouvre à ce dernier :
- Bon alors ne te moque pas, voilà à quoi j’ai pensé, va falloir trier dans le
tas : « Soyons diplomates », « Ambarassadeur de France en Inde »…
- Mouais.
- …« Cinquante roupies pour l’Ambassade », ou « Pipty roupies »,
tout court…
- Bof.
- …« La vie secrète de Jacques Chirac ». Celui là c’est pour si je veux
vendre.
- Hm hm.
- Mais le VRAI titre auquel j’ai pensé, c’est : « La Poignée de Mains,
rapports de stage à l’Ambassade de France en Inde ».
- C’est nul.
- Pourquoi ?!
- La question « pourquoi ? » est une question métaphysique, donc
puérile, à laquelle…
- Non mais comment ça c’est nul ? T’arrêtes pas d’être
critique…
- Eh oui je suis critique ! Oui je suis critique ! Si ça te plait
pas…
- Non mais tu peux pas justifier plutôt que de dire simplement « c’est nul »
là comme ça et me décourager ?!
- Mais je vais pas te dire que c’est bien alors que c’est nul ?! C’est nul :
« La poignée de mains » personne a envie de lire ça !
- Et le « s » ?
- Quoi ?
- T’as pas vu le « s » à « rapports » qui révèle que je parle des
rapports humains du stagiaire et non d’un quelconque « rapport de stage » ?
- Bof.
- Tu m’énerves. Je sais pas, tu pourrais au moins me donner des exemples ! C’est
quoi un bon titre ? « La grâce du porc-épic » c’est un bon titre pour toi ?
- Très bon. Excellent titre. Quand on voit « La grâce du porc-épic » on a
envie de prendre le bouquin, de le retourner et de lire le résumé pour savoir de quoi il peut bien s’agir.
- Ah bon alors c’est facile, il suffit d’attirer la
curiosité ?
- Oui. Forcément.
- Bon ben alors on s’en fout, j’ai qu’à l’appeler « Trompidouf » tant qu’à
faire…
- Très bien « Trompidouf ».
- Tu plaisantes ?
- Non non, « Trompidouf » c’est très bien.
- Haha ! Et le prochain je l’appellerai « Rumurum
Ragschripiruk » !
- Ah non, ça c’est nul.
- Désolé mais je vois pas la différence avec « Trompidouf ». Je voulais dire
« Trucbidule » mais ma langue a fourché, c’est juste du n’importe quoi.
- Non, « Trompidouf » c’est bien. ça sonne bien. On a l’impression que ça veut dire quelque chose… On cherche, on se demande, on a envie de retourner le bouquin. « Rumurum Ragschripiruk » c’est nul.
- Tu m’énerves.
Par la suite Thomas vécut heureux, sans avoir d’enfants, jusqu’à ce qu’il meure,
dans d’atroces souffrances, des suites de la pollution ou de la troisième guerre mondiale que la disparition des ressources naturelles allait engendrer.
Lire des articles du même thème en cliquant ici !
DOFUS-Arena : Participation au concours Roleplay
Pour les amateurs de DOFUS-Arena, voici une courte nouvelle répondant aux exigences du concours Roleplay auquel je participe (les résultats sont prévus pour février 2009)(ajout postérieur: c’est ce texte qui a gagné XD). Le texte ne parlera probablement pas aux non-joueurs que j’invite à découvrir le jeu (une sorte de jeu d’échec fantaisy) en cliquant sur le lien suivant : DOFUS-Arena
Titre: Replay
Le soleil se lève sur l’arène d’Erazer. La faune s’est réveillée avant les premiers rayons. Les oiseaux chantent. Mes amis et moi-même avons attendu l’aube avec appréhension, car l’heure est maintenant venue de se battre. Lire la suite... »
Méprise de risques : Chapitre 8ème & dernier
Et voici la dernière des nouvelles qui compose le recueil “Transports en commun”, à paraître bientôt ! Ne vous inquiétez pas
je vous donnerai toutes les infos nécesaires pour que vous puissiez le commander à sa sortie et l’offrir à parents, frères, soeurs, oncles, tantes, aïeux, etc. Même décédés, on sait jamais, ça
peut leur plaire !
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Aujourd’hui que nous avons passé la trentaine, c’est bientôt la fin : difficile
de respecter les codes lorsqu’on ne nous demande pas notre avis. Du haut de la dernière marche on aperçoit le précipice. Ça fait peur bien sûr, mais tomber c’est aussi s’envoler.
Tout autour de nous, les murs sont blancs, le lit est blanc, le sol, les gens. Ils
gesticulent comme des automates : je ne vois pas leurs couleurs derrière leurs masques. Je ne m’y attarde pas, il reste trop peu de temps.
La mort va venir. Elle se moque des conventions. Nous étions tous les deux prévenus.
On aurait pu se côtoyer à vingt ou à trente ans, on ne se côtoiera jamais finalement. On ne saura pas ce que ça aurait donné. La communication sera définitivement coupée. C’est terrible.
J’ai dans ma main la clef de ma grande armoire. Je l’ai chargée du souvenir de tous
les objets de ma collection. C’est comme une bibliothèque portative : grâce à elle j’ai tout mon passé à portée de mémoire depuis que la maison a brûlé en 2012, pratique !
L’un de nous est allongé sur ce lit d’hôpital. Si c’est toi qui pars, tu revivras
dans ma mémoire. Si c’est moi qui pars tu m’oublieras… Alors cette clef je te la donne. C’est ma dédicace.
Maintenant qu’il n’y a plus à avoir peur parce que la mort est là et que sous chacun
de ses pas les codes perdent leur emprise, tu t’apercevras peut-être qu’il était futile d’être trop raisonnable.
Méprise de risques : Chapitre 7ème
Et voici la dernière des nouvelles qui compose le recueil “Transports en commun”, à paraître bientôt ! Ne vous inquiétez pas
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« Ma vieille, c’est trop bête. » dis-je, mais j’ai du mal à hocher la tête.
Pour plusieurs raisons : parce que tu n’es pas qu’un vieux camarade de classe et parce que ta couleur m’a frappé, plus qu’une autre.
Si je t’appelle tu ne réponds pas, si je t’écris tu ne réponds pas. Tu ne me laisses
pas t’expliquer qui je suis. Je n’ai plus aucun moyen d’activer les codes… Ou plus qu’un seul : c’est de m’en aller.
Je m’en vais. Je fais mes bagages. C’est ce que j’avais prévu de faire de toute
façon : partir en quête, ailleurs, notamment de ce que j’ai aperçu dans tes yeux. Ta rencontre m’a fait glisser le sac des épaules et je le réajuste. En embrassant la route qui me mène vers
l’avant j’entends ta musique dans le lointain.
La route m’entraîne au travers des frontières et des continents. Je quitte le palais
de verre occidental pour découvrir les vérités d’ailleurs. Mais quoi que je fasse, où que je sois, il y a un caillou coincé dans ma chaussure. J’irai en Inde et en Afrique, au Pérou et en Chine,
à Besançon aussi. Partout où je pourrai profiter du luxe qu’est la vie, et pour échapper à la ruée du temps qui précipite les années qui se ressemblent, pour que chaque marche de mon escalier
mérite ce nom et que j’échappe à l’abrutissement des jours qui sont les mêmes.
J’aurai de la joie, de la peine, des défis auxquels éprouver ma bravoure et savoir
mieux encore qui je suis. J’irai parfois puiser de la force dans mes souvenirs comme dans une galerie de portraits : le rire de Romain, l’amour de Céline, les colères d’Alix. Tout ce que je
connais voyage avec moi. J’ai mis dans mon sac un peu de l’aura de chacun comme autant de mousquetons pour me hisser vers l’avant.
Il y aura des moments où je penserai à toi aussi, et ils s’achèveront par des points
d’interrogation. Ils m’insuffleront amertume et inspiration. Je vivrai de nouvelles aventures, je ferai de nouvelles rencontres, mais s’il y a un jour sur trois cent soixante cinq qui reste vide,
il portera la marque de ton absence. Ce jour-là c’est à toi que je voudrai parler, mais je ne pourrai pas.
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Méprise de risques : Chapitre 6ème
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Aujourd’hui j’ai vingt-huit ans. J’ai voyagé, j’ai vécu. J’ai connu de nouvelles
amours, des bonheurs, des déceptions, des bonheurs encore. J’ai rempli mon armoire d’objets et de souvenirs. J’ai construit mon grand escalier. Récemment, j’ai décidé de lui appliquer une
courbe : chaque jour je sais un peu mieux qui je suis et ce que je veux.
Les amours passent, ne se ressemblent pas, mais tous ont un début et une fin. Est-ce
que l’amour est éternel ? Je ne crois pas. J’ai appris à rationnaliser tout ça, à accepter que les sentiments s’enflamment et s’estompent. J’ai proclamé partout que le
couple était mort, que la belle au bois dormant était assommante et le prince charmant un éternel insatisfait.
Des rencontres se font aux deux bouts de la Terre. Je croise en Amérique des amis
Européens, et en Asie, des amis d’Amérique. On se reconnaît par hasard dans les rues du monde : les liens perdurent, si l’on veut.
Aujourd’hui, on n’a plus besoin de mémoire, pas comme avant. Il y a un millier de
moyens d’accélérer encore le temps et de triompher des espaces. Ecrire une lettre n’est plus utile puisqu’on peut passer un coup de fil, chatter ou cloner les e-mails. J’ai des amis d’antan dont
je peux connaître la vie par cœur rien qu’en quelques cliques sur Internet.
Au hasard des cliques, je tombe sur toi. C’est amusant, tu as changé d’apparence. Je
ne vois pas ta couleur sur tes photos, je ne ressens rien.
On s’écrit, tu me dis que les lettres que je t’ai envoyées jadis t’ont touchée, que
tu les as gardées. Nous fixons un rendez-vous et c’est la rencontre.
Je ne sais pas qui tu es. Tu n’es pas une amie. C’est autre chose. Je te
regarde : j’attends que tu sortes ton ruban de couleur. Mais rien, pour le moment. Nous parlons, nous buvons… Et puis le ruban se déploie. Il virevolte au-dessus de ta tête, tu as toujours
la même couleur, et il y a quelque chose à moi dedans. Ou l’inverse.
Soudain je m’aperçois que je t’ai pris la main. Les souvenirs explosent à ce contact.
Je me heurte à tes yeux. Le passé se mélange au présent, je me sens bien.
La soirée est belle, toi aussi. J’ai trop bu sans doute. J’ai complètement oublié les
codes, même si l’alcool n’y est que pour moitié. J’ai déversé sur toi un flot de souvenirs, de sentiments passés, présents et potentiels comme un raz-de-marée sur un verre d’eau. Tu t’enfuis
devant le danger, parce que je suis trop. Trop d’amour fait peur notamment ; peur de blesser, peur d’être aimé, peur de souffrir ; de la peur, toujours de la peur, encore de la
peur !
Tu n’as pas tort, je réagirais sans doute pareil à ta place. Je sais aimer, mais
sais-je l’être ?
Tu ne me rappelleras pas contrairement à tes dires. Tu écriras juste que nous ne
devons pas nous revoir, que tu es trop importante pour moi.
J’ai défoncé ta porte, surpris l’ameublement, et affolé ce dragon de garde devant
lequel je cours encore.
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Méprise de risques : Chapitre 5ème
Et voici la dernière des nouvelles qui compose le recueil “Transports en commun”, à paraître bientôt ! Ne vous inquiétez pas
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C’était il y a douze ans. Je ne m’en souvenais pas, mais tout est revenu.
C’était à la gare, nous nous apprêtions à partir en colonie de vacances. Tu portais
un pull blanc à col roulé avec du marron et… Hmm… Une bande de noir ? Tes cheveux bruns avaient des mèches jaunes. Je t’avais trouvée jolie, de loin, mais c’est dans les escalators que ton
regard m’a frappé. Est-ce que j’avais déjà pu voir ta couleur à l’époque ? Je ne m’en souviens pas. Je me souviens que j’étais captivé. Oui, il y avait quelque chose qui scintillait dans le
noir, autour de toi, lorsque nous sommes arrivés de nuit et que j’ai prétexté de t’aider à porter tes bagages pour pouvoir m’approcher. Je n’avais que seize ans, mais il n’y a pas de
« que » qui tienne pour qui se souvient. Je suis à la fois autre et à la fois ma propre continuité. Je suis trait.
Arrivés au camp de vacances nous sommes mélangés avec des garçons et des filles de
toutes provenances. Je me souviens de tous, mais a fortiori de toi dont je suis tombé amoureux.
Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’on tombe amoureux ? Je ne sais pas. Est-ce
que ça sert vraiment à quelque chose de chercher à le savoir ? Je ne crois pas. On tombe et puis c’est tout.
Je n’ai pas peur de tomber, c’est une manière de s’envoler, alors je n’ai rien fait
pour l’empêcher. Mais ce n’était pas réciproque, ou du moins repoussas-tu la chute. Ne voyais-tu pas le ciel au fond du gouffre ? Tu avançais à tâtons, comme confrontée au danger.
Nous avons passé une après-midi à discuter en nous promenant. Sur le chemin du
retour, tu as bien voulu m’embrasser pour « voir ce que ça faisait » et à la condition que je te garantisse que ce serait sans conséquences. Tu étais prudente à l’époque déjà, mais je
dois reconnaître qu’il y a des baisers qui marquent, même pour qui se souvient. En voilà un.
Ce fut tout. Tu n’as plus voulu qu’on s’embrasse, plus rien. Jusqu’à ce que je me
désintéresse de toi. Ça t’a permis de décider de la suite : tu t’effraies de ne pas contrôler. Tu m’as de nouveau embrassé à la soirée du mardi. J’avais suivi le code, je t’avais fui.
Nous avons passé les deux semaines de vacances qui restaient à vivre notre amour en
amoureux. Je n’avais jamais partagé mes sentiments, avant. Ceux que je t’ai donnés étaient les plus naïfs que j’ai jamais pu exprimer. Ils étaient forgés sur le modèle de ces histoires où le
« prince charmant » s’éprend de la « belle au bois dormant ». Tous mes gestes pour toi étaient les premiers.
C’était la première fois qu’une fille portait mon sweat-shirt. En mettant ce vêtement
tu as directement pénétré le passé dont il était chargé. Quand je le touche désormais, je tombe sur ton image, et celles de cet été ressurgissent avec elle : le camp de vacances, les délires
autour de ce film qui faisait fureur à l’époque ; la chorégraphie du spectacle d’adieu ; ces fois où tu jouais du piano, en compagnie de ta meilleure amie… Peu importe, ces souvenirs ne parlent à
personne puisque je suis le seul à les garder.
Les vacances écoulées, il a fallu se dire au revoir. Ce fut déchirant, tu te souviens
à quel point. On s’est revu, puis plus. La distance et le temps sont fatals aux amours de ceux qui oublient.
J’ai vécu ma vie tout en te conservant une partie de mes sentiments. Je t’ai écrit.
Tu m’as répondu parfois… Je ne me souviens pas. Il y a un trou. Il me manque un talisman, un objet qui me rappelle de tout. Mes souvenirs ont été enfouis sous des couches plus récentes de voyages
et de soirées, de journées trop chargées ou d’après-midi à la plage. C’était il y a douze ans.
Si je me souviens de ce qui a précédé pourtant, mieux que ce qui est venu ensuite,
c’est que tu es en face de moi, et que je te tiens la main.
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Méprise de risques : Chapitre 4ème
Et voici la dernière des nouvelles qui compose le recueil “Transports en commun”, à paraître bientôt ! Ne vous inquiétez pas
je vous donnerai toutes les infos nécesaires pour que vous puissiez le commander à sa sortie et l’offrir à parents, frères, soeurs, oncles, tantes, aïeux, etc. Même décédés, on sait jamais, ça
peut leur plaire !
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Si je revois quelqu’un que j’ai connu, je pars du principe que le lien de jadis est
conservé. Nous sommes, au fond, toujours les mêmes personnes, non ? Il ne s’habille peut-être pas pareil, n’a peut-être pas les mêmes centres d’intérêts qu’avant, mais il a la même nature,
la même couleur qui recèle toujours notre connivence passée… Du moins le croirai-je jusqu’à preuve du contraire. Mais lui ne comprend pas ma familiarité. Il me voit lui taper sur l’épaule comme
si nous nous étions vus la veille et s’interroge sur l’origine du terrible manque affectif dont j’ai souffert pour le conserver au rang de mes proches. Je n’ai pas essayé de le prendre comme un
inconnu avec qui j’aurais partagé de vagues épisodes d’un passé commun, je l’ai pris comme un ami de toujours, et sans le vouloir, j’utilise alors un code que cette personne a pris l’habitude de
lire comme un aveu de faiblesse. C’est comme si je tentais de parler sa langue mais que (quelle maladresse !) j’avais mélangé deux expressions : au lieu de lui dire
« Bienvenue. » je lui hurle « NE ME QUITTE PAS !!! ».
Je le vois bien : ne pas suivre le code nuit à mes relations. Mais je ne veux
pas fermer mes oreilles à la musique des gens. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a de vrai en eux, c’est leur aura de couleur que les codes ne permettent pas d’exprimer, ou au bout d’un temps
indéfini. Alors j’ignore les conventions. Ce serait trop facile, en les utilisant, de se faire aimer :
Courtoisie + Présentation = Connaissance
Connaissance + Fréquentation = Familiarité
Familiarité + Appui = Attachement amical / Familiarité + Flirt = Attachement
amoureux
Appuyez sur la touche #
Comme pour un digicode, la même série de chiffres conduit inévitablement à
l’ouverture ou la fermeture d’une porte. Je préfère défoncer la porte pour que celui qui vit derrière n’ait pas le temps de maquiller son ameublement, pour que je puisse surprendre la vérité de
sa couleur que j’ai aperçue de la rue.
Mes succès m’encouragent : avec Djamel, Antoine, Clémentine, Julien, Marina,
Luc… Tous ceux que j’ai trouvés ou retrouvés et dans les yeux desquels j’ai compris que je n’aurai jamais à me poser la question de notre attachement réciproque. En pensant à eux je me relève de
mes échecs. Mais il y a toi.
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