Prince Charmant : Chapitre dernier !

Vous pouvez commencer par le début ici.
Chapitre
9ème
Cette scène se répéta pendant des semaines : Charmant marchait jusqu’à la mer qu’il traversait à la nage,
grimpait au balcon et embrassait la princesse avant de repartir au matin. C’était dur, mais chaque nuit valait son pesant de bonheur.
Pendant ce temps-là, au Royaume de Tendre, de l’autre côté de la Mer des Passions, le Prince Charmant
était entré dans la légende et toutes les damoiselles, plus ou moins en détresses, ne juraient désormais que par lui.
Mais Charmant ne viendrait pas pour elles car, à chaque nouveau crépuscule, il irait conquérir celle qu’il avait
reconnu pour sa promise.
Et ainsi fut-il des nuits et des nuits durant.
Un soir cependant, alors que Charmant achevait son ascension en se lamentant sur les courbatures que lui causaient
cette péripétie sans cesse renouvelée, il trouva sa princesse en pleurs. Charmant s’approcha d’elle pour la serrer tendrement dans ses bras et l’encourager à se confier à lui.
La Princesse ravala ses larmes :
« C’est la mer mon amour, la mer se retire ! Bientôt la marée n’atteindra plus le
château… »
Effectivement, en y songeant bien, Charmant se rappela qu’il était récemment arrivé jusqu’au château sans avoir à
mouiller ses chausses, ce qui ne s’était jamais produit avant.
« Allons, allons ! » la consola-t-il, « Il n’y a pas de quoi faire un gros chagrin… Hmm ?
Gouzi, gouzi, fais-moi ton plus beau sourire princesse ! »
La princesse lui lança un regard furieux, comme si elle avait affaire au dernier des imbéciles. Puis elle le tira par
le bras et l’entraîna jusqu’à la fenêtre :
« Mais regarde idiot ! Voilà ce que la mer charrie en se retirant, et qu’elle laisse sur le chemin que tu
empruntes désormais à pied sec, tu sais ce que c’est ? »
A la lumière de la lune, dans la direction que lui indiquait la Princesse, Charmant aperçut une
assiette.
Il poussa un long soupir tandis que la princesse s’effondrait sur son lit en pleurant.
Charmant revint la nuit suivante, et la nuit d’après encore. Mais chaque fois la mer se faisait plus lointaine, et de
nombreux couverts parsemaient désormais son chemin.
« Les dragons détestent les bruits de vaisselle cassée » lui rappela enfin la princesse. « Si tu restes, tu
mourras, alors va-t-en. »
Charmant était désemparé. Le Roi, son père ne l’avait jamais prévenu qu’il aurait à faire face à pareille situation…
Peut-être l’ignorait-il, tout simplement ?
C’est avec amertume que le Prince enfourcha Bonimpression ce matin-là, en constatant que la route jusqu’au château de
sa bien aimée était couverte de porcelaine. Charmant lui fit ses adieux d’un geste de la main puis il partit au grand galop, et galopa, galopa. Il galoperait jusqu’à ce que son cheval n’en puisse
plus, traversant l’île Amour d’une rive à l’autre de la Mer des Passions, prenant château sur château et trompant la vigilance des dragons de toute espèce, parfois ignoré des princesses, parfois
supplié par elles et toujours répandant sa légende et les espoirs qui l’accompagnent, chaque fois plus nombreux et plus impossibles à assouvir, sans jamais devenir Roi.
Exceptionnellement, néanmoins, il ceindra une couronne, et celle qui la lui offrira pourra dire que, pour un temps,
elle a rencontré le Prince Charmant.
FIN

Bien joué. Je crois que ce récit ne va pas apprendre beaucoup de choses à beaucoup de gens, mais c’est un joli exercice de style et une chouette façon de raconter les choses