Prince Charmant : Chapitre 8ème

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Chapitre
8ème
En longeant l’Inclination, ce grand fleuve qui traverse le royaume de Tendre et auprès duquel il avait
si souvent joué petit, Charmant se rappela qu’il avait toujours voulu voir la mer. Il se fia donc, pour la trouver, au cours de la rivière et, toujours sur son fidèle Bonimpression, chevaucha
vers le nord, jusqu’à la Mer des Passions, aussi appelée « Mer Dangereuse » à cause du roulement constant de ses flots.
Quel spectacle ! Charmant sentit son cœur bondir devant le magnifique tableau. Peut-être la mer était-elle
dangereuse, mais le Prince la voyait comme un inépuisable réservoir de vie, sans cesse renouvelée par le flux et le reflux où sautaient les poissons et plongeaient les goélands.
Tout à sa contemplation, Charmant remarqua, au-delà de cet océan, la silhouette d’une terre inconnue d’où s’avançait,
jusque dans les eaux, une pointe ornée de ce qui semblait être un somptueux château. Son intuition lui dit que c’était là-bas qu’il devait aller.
Longeant la rive il rencontra un batelier qui le reconnut et accepta de lui faire traverser la mer, ainsi qu’à
son cheval, jusqu’à l’île qu’on appelait « Amour », lui apprit-il.
Le frêle esquif emporta Charmant dans le chahut des vagues qui, à s’y intéresser de plus près, grouillaient de
serpents, de poissons aux dents acérées et de monstres énormes… Mais le calme héros, courbé sur sa rapière, regardait le château et ne daignait rien voir.
Lorsqu’il débarqua, à proximité du château, Charmant s’aperçut que le chemin qui y menait était partiellement
recouvert par les flots : il le serait entièrement à marée montante. Quoi qu’il en fut, le Prince congédia le batelier. Il s’attacha le bouclier au dos et marcha droit devant lui, les pieds
dans l’eau, sachant qu’il devrait sans doute terminer le chemin à la nage, raison pour laquelle il avait laissé Bonimpression derrière lui.
Quand il arriva dans la cour du château, ses fontaines et son jardin ouvragés lui donnèrent un sentiment de déjà vu.
Il faisait nuit à présent. En haut du donjon il aperçut une lumière, tandis qu’une chanson envoutante lui descendait dans les oreilles.
L’accès aux escaliers était barré par la masse énorme d’un dragon endormi, un dragon à deux têtes… Charmant le
reconnut aussitôt : c’est celui qu’il avait jadis fait l’erreur d’attaquer ! Même son bouclier ne le protègerait pas des attaques simultanées de ces deux têtes. Réveiller ce dragon là
c’était mourir à coup sûr. Charmant entreprit donc d’escalader le donjon : une broutille pour lui. Lorsqu’il se glissa par la fenêtre, jusque dans la chambre de la princesse, il la surprit
en train de se peigner les cheveux et la reconnut pour celle qu’il avait aperçut jadis, sans jamais parvenir à la rejoindre.
« J’ai déménagé ! » expliqua-t-elle à son regard ahuri, juste avant de lui donner le plus foudroyant
baiser qu’il ait reçu de toute sa vie.
Les amants passèrent la nuit à s’embrasser, mais au petit matin, juste avant l’aube, la princesse arrêta
Charmant :
« Vite ! Le jour va se lever et le dragon se réveiller, tu dois partir dans
l’instant ! »
Encore tout énamouré, Charmant voulut emprunter les escaliers mais la Princesse lui rappela que le dragon en gardait
l’entrée. Charmant du donc repasser par la fenêtre, ce qui ne fut pas sans peine parce qu’il n’avait pas dormi de la nuit et qu’il était complètement crevé… D’autant que le retour était bien
moins excitant que l’allé.
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