tradgeek : Chapitre 2ème

Voici une nouvelle inspirée de l’univers du célèbre « meetic », agence de rencontres en
ligne.
Finalement j’ai trouvé un thème à mon recueil de nouvelles. Je pense faire un truc sur
l’amour (c’est original !) et la manière dont il est pratiqué en société. Ca pourrait s’appeler « Transports en commun ».
En attendant je vous souhaite une bonne lecture! (lire le précédent
chapitre)
Chapitre 2ème
Pour commencer, tradgeek propose de créer un « profil » qui
rassemble les informations du client. Le client peut, s’il le souhaite, indiquer ses caractéristiques physiques, ses hobbies, son métier, son salaire, s’il fume ou non, etc. Tout ce qui lui
permettra de se faire remarquer d’un éventuel partenaire. Il peut aussi ajouter un message de description. Dans ce cas, il doit attendre que je
l’ai validé pour que les autres clients puissent le voir.
Je consacre une grande partie de ma journée à la lecture des messages de
description. Je me rappelle que, au début, je trouvais quelque chose d’indécent à ce job. Pour la plupart, les clients ignorent mon existence : nous ne parlons jamais et ils ne me
voient pas. Ils ne s’imaginent pas que j’ai accès à tout ce qu’ils disent et font, que je vois tout… Mais ne sont-ils pas sur tradgeek pour s’exhiber de toute façon ?
Il n’était pas rare qu’un message de description me touche les premières
fois. J’y voyais encore une démarche personnelle, certains me faisaient sourire ou m’émouvaient et, de voyeuse indécente, je m’imaginais en alliée bienveillante. Aujourd’hui, plus aucun
message de description ne m’émeut vraiment : j’ai appris à les classer selon des archétypes. Il me suffit de lire une ligne et je sais à quel lot
rattacher le client… Leurs quêtes de rencontres sont quasiment devenues des dynamiques de groupe à mes yeux.
Il y a ceux qui n’assument pas, qui prétendent qu’un ami les a inscrits
contre leur gré à la suite d’un pari perdu et qu’ils ont honte d’être sur tradgeek…
Il y a ceux qui ne savent pas quoi dire, qui expliquent que leur
personnalité est trop complexe pour être résumée en quelques lignes, mais qui encouragent vivement le visiteur à s’y intéresser de plus près.
Il y a ceux qui cherchent l’aventure d’un soir en employant des mots-clés
tels que « carpe diem », « pas se prendre la tête » ou « croquer la vie à pleines dents ».
Il y a aussi ceux qui n’ont pas le temps de faire de rencontres
« réelles », et pour lesquels le virtuel est la meilleure option, ce qu’ils admettent très sobrement.
Chez les filles plus précisément, il y a trois tendances : celles qui, dès vingt-deux ans, à peine sorties de
chez leurs parents, ont peur de vieillir seules en nourrissant un parterre de chats. Elles courent après le légendaire « Prince Charmant »…
Il y a les énervées qui résument très simplement : « Je me fais prendre pour une conne à chaque fois ! » et qui pensent que ça les immunisera pour la prochaine. Il y a celles
enfin qui préfèrent mettre les points sur les « i » dès le début et recommandent aux « cons » et aux « mecs pas intéressants » de passer leur chemin. Ce sur
quoi elles s‘imaginent que les concernés déduiront : « Je suis con et inintéressant au possible, cette fille n’est pas pour moi. »
Du côté des messieurs, dont la grande majorité cherche à tirer un coup, ce dont je ne les blâme pas tant c’est tout
aussi vrai pour l’autre sexe qui en revanche ne l’assume pas, les plus subtils optent pour une stratégie a contrario, en expliquant qu’ils ne consultent jamais leurs « profils », ni ne répondent, mais que ces demoiselles peuvent tenter leur chance au cas où… Il y a les puceaux qui parlent de couple, d’amour et de
relations sérieuses… Il y a les francs-tireurs qui annoncent tout de suite la couleur et leurs dispositions… Et il y a ceux qui exagèrent enfin : dans ces cas là, j’interviens.
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