Le Roi des Pirates: Chapitre 1er

Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le
métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
Chapitre
1er
Merci pour la couverture. Vous auriez encore de cette boisson que vous m’avez servie
tout à l’heure ? Oui, juste une fois, pour m’aider à vous raconter, maintenant que les hélicoptères se sont tus.
Je vous préviens, ce n’est pas l’histoire à laquelle vous vous attendez : pour
celle du naufrage d’aujourd’hui, d’autres survivants vous répondront. L’histoire que je vais vous narrer est celle des naufrages du temps passé, et vous allez me prendre pour un fou, comme
j’ai pris pour un fou celui qui me l’a révélée.
C’est l’histoire des Caraïbes, c’est une histoire de pirates.
Le nom de Paul Hobbe vous dit-il quelque chose ? Non ? Ca ne m’étonne
pas. C’était un archéologue de mes amis, un spécialiste du XVIIème siècle, un passionné plutôt. Je l’ai toujours connu ainsi : passionné. A la fac déjà, il pouvait passer des
soirées entières à nous parler de flibuste, de bateaux et de marins plutôt que d’aborder des filles ou de danser.
Oui je souris, ça va beaucoup mieux maintenant que nous rejoignons la côte. Mais
laissez-moi poursuivre, je suis superstitieux depuis vingt-quatre heures et j’ai beaucoup de choses à vous raconter.
Paul se passionnait pour la piraterie. Ou pour la flibuste, plus exactement. A
moi non plus le terme n’est pas familier. Disons que la piraterie existe depuis toujours, ou du moins qu’elle est aussi vieille que le concept d’Etat : les pirates s’y opposent, en tant
qu’individus, que ce soit sur terre, sur mer ou dans les airs… Non, ne dites pas « corsaire », un corsaire œuvre pour un Etat contre un autre Etat. Le pirate ne se réclame de personne.
Il est hors-la-loi. La flibuste désigne la piraterie telle qu’elle fut exercée du XVIIème au XVIIIème siècle dans la mer où nous nous trouvons.
Intéressant ? Vous pensez ? Tant mieux si mon histoire vous plait, elle ne
fait que commencer. Beaucoup de gens aiment les histoires de pirates, de sabre, de rhum et de coups de canon, mais ce n’est pas ça qui intéressait Paul. Ce qui le fascinait, c’est qu’une poignée
d’individus ait pu mettre en péril les intérêts des plus grandes puissances du monde.
Comprenez, de nos jours, les hommes ne jurent que par l’Etat. Ils vivent en
société, avec des lois communes, et n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement. Pour Paul, les flibustiers étaient les défenseurs d’une alternative à ce mode de vie. Il voyait les
pirates comme des rebelles à l’autorité, défendant individuellement leur liberté, mais d’un même mouvement. L’intérêt commun était spontané, il n’était pas dicté par ces entités
supérieures à l’individu que sont les Etats, ni régulé par leurs agents.
Oui, je suis d’accord avec vous, la flibuste était sans doute une véritable jungle où
seuls les plus forts triomphaient. C’est d’ailleurs bien comme ça qu’on se représente les pirates : sales, violents… Mais c’est après tout l’image qu’en ont laissé les Etats, qui sont tout à
la fois leurs vainqueurs et leurs pires ennemis.
Paul récusait tous ces clichés avec beaucoup d’énergie. Il prétendait qu’on ne peut pas
juger quelqu’un sur la seule base de ce qu’en disent ses adversaires, que le propre de l’homme est de diaboliser ce qui lui est étranger. Pour Paul, les pirates étaient des
idéalistes et il s’était juré de le prouver.
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