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Archive pour juillet 2009

Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 7ème


regard
Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans
un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre
7


Pour Sam’ et moi, la vie prenait un nouveau tournant. Sam’ avait quitté son travail pour
m’assister et aider à mon rétablissement. Il fallait que ma vue revint ou que je m’habitue à la sienne, sans quoi je serais condamné à des nausées perpétuelles.


Comme d’habitude, nous avons voulu aborder cette nouvelle épreuve avec tout ce qu’elle
apportait de positif, comme par exemple, nos parties d’un cache-cache inédit : elle se cachait, yeux ouverts, dans la maison, à moi de trouver où selon l’angle de vue et les meubles que j’y
reconnaissais.


Nous passions toujours beaucoup de temps à faire l’amour, dans le noir évidemment.
Lorsque nous avions notre content d’ébats, je me collais à elle, la joue contre la joue, et nous tournions la tête ensemble pour que j’ai la sensation de voir les choses par moi-même, comme
avant.


Quand j’étais fatigué, Sam’ acceptait de jouer les aveugles. Elle se mettait un foulard
sur les yeux et je retrouvais la cécité à laquelle je m’étais habitué. J’aimais aussi que Sam’ partageât un peu de mon expérience.


Un jour Sam’ m’annonça qu’il n’y avait plus d’argent et qu’elle devait retourner
travailler.


Lire la suite – Chapitre 8ème
-










La mort d’Oto Mustam / Mon départ d’ANKAMA

Oto Mustam dofus sh serveur héroïque
Bye-bye Oto! (cliquez pour écouter la musique de Sarys en hommage à sa mort)

Minuit. C’est la fin d’une grosse journée pour moi… c’est aussi la fin d’Oto Mustam (le personnage, ça va sans dire! Le serveur lui, continue sa route).
J’avais prévu sa mort depuis la semaine passée déjà, mais pas tellement l’effet que ça me ferait. Difficile d’ appréhender ce genre de choses, ou ce que sera ma vie loin d’ANKAMA dans les prochains mois.

Quand les gens me demandent pourquoi je m’en vais et que je leur réponds que je le fais pour « me consacrer à l’écriture » et par « goût de l’aventure », j’ai l’impression que ça résonne un peu comme une blague à leurs oreilles… Et pourtant ! Pourtant je ne conçois pas la vie autrement.

Il fallait qu’Oto Mustam meure avec mon départ. Parce qu’il n’y avait personne pour reprendre le rôle de toute façon et qu’il aurait été difficile de faire passer l’idée que le personnage est indépendant de celui qui le joue (cela avait pourtant était envisagé au moment où j’ai cessé d’être Mafaldrag et je n’y voyais pas d’inconvénient : « le rôliste s’en va mais le rôle demeure »).

Oto Mustam meure donc jeune, en champion de Rushu, en martyre… quel intérêt y aurait-il eu à le faire mourir de vieillesse, décati et malade, au fond de son lit? Aucun.

Néanmoins, j’ai beau me passionner pour les histoires romancées, et dans ce cadre là, me réjouir de pouvoir faire vivre des héros et les faire mourir, je ne sais pas si je retrouverai la même sensation qu’en sacrifiant Oto Mustam comme je l’ai fait ce soir. C’est ça la force des jeux de rôles, d’être interactifs : j’ai pu voir en direct l’impact de ce que j’écrivais sur les joueurs, tel que je ne le verrai jamais chez des lecteurs.


Beaucoup de joueurs m’ont demandé pourquoi je partais. Que puis-je ajouter en plus de ce que j’ai déjà dit plus haut ? Il n’y a pas de scandale, de secret caché, de dispute mystérieuse. Mon passage chez ANKAMA s’est bien déroulé et bien fini. Je resterais si ça correspondait toujours avec ma définition du bonheur, à savoir : « faire ce qu’on a envie de faire, au moment où on a envie de le faire, à l’endroit où on a envie de le faire. »

mort oto mustam dofus
On croit entendre des mots qui s’échappent de la tombe d’Oto Mustam…

Mon travail collait à cette définition pendant longtemps, maintenant j’ai envie d’autres choses, toujours en application de la philosophie de l’aventure.

Mes plans pour l’avenir ? Ecrire donc, et pour nourrir l’inspiration, j’ai une petite liste d’aventures prêtes-à-vivre dans la poche, à voir avec quelle facilité je vais pouvoir y accéder :

Figurant à Bollywood : j’ai surpris une émission de radio il y a quelques temps, le journaliste prétendait que les studios de cinéma indiens manquaient de figurants occidentaux pour donner une touche de modernité à leurs films. A tel point qu’ils n’hésitaient pas à recruter les touristes dans la rue ! J’ai adoré mon séjour en Inde, et j’ai tout de suite pensé que ce serait un très bon prétexte d’y retourner.

Enseignant chez les Gitans : l’ASET est une association qui propose d’enseigner directement auprès des enfants tsiganes nomades (dans des « camions-écoles ») plutôt que des les accueillir à l’école (où ils ne vont pas). A voir si j’ai les qualifications, mais c’est une aventure qui me plairait beaucoup.

Mannequin au Japon : beaucoup de mes amis qui ont séjourné au Japon prétendent qu’avec un profil occidental et 175cm de haut on répond aux conditions nécessaires à l’exercice de la profession de « mannequin », pour jouer dans des pubs, faire des défilés, etc. Je n’ai jamais essayé ce genre de chose alors pourquoi pas ?

Travailler dans une réserve (Afrique ou Asie du Sud-est) : il y a de nombreuses micro-fondations qui sont toujours à la recherche de main-d’œuvre pour les aider dans leur mission de préservation des espèces, et ça m’enthousiasme de vivre au grand air avec les animaux (j’adore les moustiques !).

Vendeur de crêpes aux Etats-Unis : les Américains adorent les crêpes. Je le sais parce que j’ai accueilli les étudiants américains pendant deux ans dans ma ville d’Aix-en-Provence. Ils raffolaient tous de « Crêpe à gogo », le marchand de crêpes local. Avec un camion à crêpes aux Etats-Unis je suis sûr de faire un carton (me reste plus qu’à passer le permis de conduire et apprendre à faire des crêpes !).
Etc. : n’importe quoi que je sois capable de faire aujourd’hui et pas forcément demain. Le temps passe, je dois profiter de chaque âge de la vie.

mort oto mustam dofus
Après la mort d’Oto, la map et moi avons été floodés de messages… parfois cocasses!

Toutes ces envies m’éloignaient de plus en plus de mon quotidien roubaisien. Rien ne dit que je vais finalement les réaliser toutes, mais j’en ai le désir aujourd’hui, tout en conservant un maximum de temps pour avancer dans mes projets de roman, de nouvelles, de scénarii. Et je me dis que les aventures que je n’aurai pas le temps ou les moyens de vivre, je pourrai toujours les imaginer et les écrire.

Là, tout de suite, au nom d’un besoin impératif inexplicable, je veux avoir du temps devant moi pour produire un maximum d’écrits, jusqu’à ce que ça « marche » ou que je réalise que je ne suis pas fait pour ça.

Voilà pourquoi Oto-Mustam est mort.


mort oto mustam dofus
Encore!

Et c’est tout ce qui me manquait en fait : avant-hier encore, ma décision souffrait toujours de mollesse. Je partais bel et bien, mais j’en venais à me demander « pourquoi ? », si je ne prenais pas un risque énorme, etc.… En tuant Oto j’ai compris que j’avais raison. Parce que sa mort, je l’ai vécu un peu comme un drame, qu’à travers elle, ma relation avec les joueurs qui, au quotidien, prenait parfois l’apparence d’un embourbement permanent, s’est muée en une sorte de romance épique… Et c’est ça que je veux : du drame, de la joie, de l’intensité, de l’aventure !

mort oto mustam dofus
Et encore!

Quand Oto est mort, les messages ont commencé à défiler à toute allure sur mon écran, les insultes (il y en a toujours !) mêlés aux marques d’affections, aux réactions roleplay, à des inquiétudes bien réelles. Il m’a fallu tout ça pour me rendre compte que mon travail était en grande partie estimé, ce qui n’est pas forcément évident lorsqu’on bosse toute la journée derrière son écran. C’est aussi pour cette raison que j’apprécie tant d’avoir rencontré les joueurs au travers des différentes Conventions auxquelles j’ai eu la chance de participer.

mort oto mustam dofus
Et encore encore!

Dans leur ensemble, je trouve les joueurs de DOFUS très, mais alors TRES différents. L’âge varie du simple au double (au triple ? au quadruple ?), ils sont de toute origine et de tout milieu social… C’est de là que vient la difficulté de s’adresser à tous en même temps, et d’être par tous compris. Mais que c’est riche et enrichissant ! Et je ne dis pas ça pour la forme, mais parce que ça permet réellement d’être confronté à des centaines de façons différentes d’aborder une même situation, un même problème, et autant de façons différentes de s’exprimer pour dire parfois des choses très semblables.

mort oto mustam dofus
Encore et toujours…

Au jour de mon départ, ce qui me reste, parmi tous les points noirs de ma relation avec les joueurs, c’est un point commun, celui de la passion investie dans un jeu auquel nous avons joué ensemble. Même si je ne devrais pas employer le terme en ce qui concerne mon activité professionnelle, reste que j’ai joué mon rôle pendant qu’ils jouaient à DOFUS et que tous ensemble nous participions au jeu des relations qui peut s’exercer dans ce genre de contexte entre une « autorité bienveillante » et une « clientèle insoumise »… Tout le monde joue ensemble chaque jour, au travail, entre amis, entre ennemis, partout, même s’il n’y a que lorsque le jeu s’arrête qu’on prend parfois conscience de sa nature de jeu.

mort oto mustam dofus
…toujours plus…

L’aventure, le jeu, c’est pareil, jouons, jouons, jouons !

 

mort oto mustam dofus
…plus, plus, plus!
mort oto mustam dofus
Je ne mets pas toutes les captures amusantes, il y en a trop!

La mort d’Oto-Mustam

J’ai écrit les textes dans la matinée même.Comme pour une pièce de théâtre.

Nous aurions jusqu’à 15h pour répéter la scène, mon stagiaire préféré et moi : c’est à lui qu’incomberait la mission de jouer Goultard, chose dont il se délectait par avance et je me suis sentis obligé de lui répéter 15 fois de s’en tenir au texte prévu tant je redoutais que son enthousiasme débordât sous forme de je ne sais quelle tirade lyrique et malvenue.

kofimane
L’énigmatique Kofimane, mon stagiaire préféré (le seul aussi), en train de profiter des joies de la soirée « slip de bain » organisée dans ma colocation. Tout au long de son stage j’ai essayé de préparer Kofimane aux duretés de la vie professionnelle, de lui transmettre ces vertus que sont la patience, le contrôle de soi et de lui inculquer le respect de ses aînés… Autant vous dire que j’ai totalement échoué.

Il le prit de haut, de la même manière que si j’avais remis en cause sa bonne éducation. Quel arrogant petit connard ! Il se permet tout depuis que je l’ai invité à ma soirée « slips de bain » de la semaine dernière, et, a fortiori, depuis qu’il sait que je m’en vais définitivement vendredi (même si je lui rappelle quotidiennement que d’ici là j’ai les moyens de foutre en l’air son avenir professionnel).

Mais bref, passons : je dois malheureusement reconnaître qu’il n’y a pas que du mauvais chez Kofimane. D’ailleurs, une fois nos répétitions terminées, il s’est consacré avec beaucoup d’énergie à la préparation d’un deuxième PC qui permettrait de filmer le combat de « Oto Mustam vs Goultard », ce qui fait que j’aurais une version intégrale de tout le spectacle à vous proposer si seulement il n’avait pas oublié de rejoindre en mode spectateur. Mais comme dit Sylfaen, ça reste très intéressant de voir ce qui se passait sur la map hors combat (Sylfaen est quelqu’un de sarcastique).

Voici le script du combat :


Avant-combat

OTO: Here we go… Goultard. / Nous y voilà… Goultard.
GOULTARD: Are you sure of what you are doing, Mustam ? / Tu es sûr de ce que tu es en train de faire, Mustam?
OTO: You arrogant midget, yes I am! In the name of Rushu I swear: the Astrub forest will be your grave. / Espèce de nabot arrogant, bien sûr que j’en suis sûr! Au nom de Rushu je le jure : la forêt d’Astrub sera ton tombeau.
GOULTARD: This is what we’re gonna see. /C’est ce que nous allons voir.
OTO: BY RUSHU ! / PAR RUSHU!
GOULTARD: BY… well… MYSELF! / PAR… euh… MOI-MEME!

Oto fait son gros assaut au CAC, juste après :

GOULTARD: Ung… You’re tough… Nothing to compare with the “real” Oto Mustam. / Erf… Balèze… Rien à voir avec la version originale d’Oto Mustam.
OTO: Indeed. Through me you can feel a little bit of the power of Rushu. / Certes. Je suis une creature de Rushu désormais.

Oto finit son invisibilité sur un siphon d’âme

GOULTARD: Wow! Once more, that hurts… / Ouch! Une de plus, ça fait mal…
OTO: Pfff! You think you can fool me? I know you’re not that weak. Fight for real now! / Pfff! Tu te moques de moi? Je sais que tu n’es pas si faible. Bats-toi pour de bon !
GOULTARD: Ok… But you’re aware it will cost your life? / D’accord… Mais ça te coutera la vie, tu le sais?
OTO: Death is nothing for who serves Rushu. / La mort n’est rien pour qui sert Rushu.

Fin combat (avantage Goultard)

GOULTARD: You can’t fight any longer Oto. Should we put an end to this fight? / Tu n’as plus la force de te battre Oto, dois-je mettre un terme au combat?
OTO: You can put an end to my life, but to this fight, never. / Tu peux mettre un terme à ma vie, mais au combat, jamais.
GOULTARD: Not sure I got it but ok. Goodbye Oto and thx: killing you was lot of fun! A last word? / Pas sûr d’avoir tout compris mais ok. Adieu Oto et merci: c’était vraiment marrant de te tuer ! Un dernier mot ?
OTO: To the inhabitants of my world, yes : MAY DARKNESS BE UPON YOU ! / Aux habitants de mon monde, oui: QUE L’OMBRE SOIT SUR VOUS!


Sincèrement merci et au revoir à tous! (ne vous fiez pas à ma tête de connard blond qui se la pète)
Sincèrement merci et au revoir à tous! (ne vous fiez pas à ma tête de connard blond qui se la pète)

Nous avons rythmé chaque message en fonction de l’action et pour que le rendu final soit un spectacle plutôt qu’un combat, qui aurait eu peu d’intérêt puisque nous avions fixé les caracs des personnages d’un commun accord avant de commencer.

Au fait, ça m’a toujours étonné que des joueurs s’extasient sur mon compte au travers des caractéristiques du personnage d’Oto Mustam : contrairement à eux, je n’ai pas mérité « ma » force. En quelques clics j’aurais pu faire d’Oto Mustam une espèce de monstre avec 999.999.999 points de vie et autant dans chaque caractéristique. Il n’y a pas de mérite !

Bref, pour revenir au spectacle-combat en lui-même, il s’agissait de mettre en avant l’endurance de Goultard, sa caractéristique principale (Oto étant déjà équilibré je n’avais rien à changer de ce côté-là). Goultard avait donc moins de vie qu’Oto mais pouvait la récupérer intégralement à chaque utilisation du sort « amplification » (lançable tous les tours). La seule solution pour Oto ? Le « one-shot » sur Goultard, chose que je ne souhaitais pas voir arriver mais après tout, il ne faut pas dire non au revirement du sort !

Enfin, tout s’est passé comme prévu… Mais à mes yeux ça n’enlève rien à la valeur de ce combat : Oto est parti affronter Goultard parce que son devoir le lui commandait, et Goultard était plus fort que lui.

J’ai beau avoir incarné Oto, je n’en étais pas le maître, car un personnage de rôle à une existence et un mécanisme propre qui ne peuvent être modifiés. Il est mort, parce que c’était son destin, à l’image de tous les personnages qui meurent chaque jour sur le serveur qui porte son nom.

Ps: (édit avril 2011:) J’ai du changer la vidéo, celle de Maoustudio ayant été retirée -> pour ceux qui veulent garder contact je poste quotidiennement sur ce blog, mon msn et mon pseudo twitter sont dans la partie “A propos/contact”. J’invite tous les joueurs de DOFUS à s’intéresser au projet de roman sur ce thème, dont vous pouvez lire le début (brouillon) ici, dans l’attende de la réponse d’ANKAMA à qui j’ai récemment envoyé le manuscrit.

BONTA vs BRAKMAR: Chapitre 6ème


Bonta Brakmar
Voici la suite du précédent chapitre (que vous
pouvez lire ici
). N’hésitez pas à vous manifester si ça vous plait ou si, pour, une raison X, ça ne vous plait pas. Si je n’ai pas suffisamment de retour je cesserai la publication,
tout l’intérêt de celle-ci étant de savoir quel intérêt présente le texte aux yeux des lecteurs.



Titre : BONTA vs BRAKMAR
PARTIE I : Anyou Whop
Episode II
Chapitre 6ème : Mauvaise rencontre


Pendant ce temps là, à Bonta, la pure, le
Général Amayiro avait sollicité une entrevue secrète avec Monseigneur Danathor. Les deux hommes avaient le
poids des ans pour parure, l’un sous la cuirasse qui couvrait ses épaules, l’autre au bout du bâton clérical qu’il brandissait comme un sceptre. Leurs longues moustaches rousses et blanches,
soigneusement entretenues, tombaient au-dessus de la carte sur laquelle ils étaient penchés. Amayiro, le plus âgé des deux et pas le moins sage, expliqua ses
inquiétudes :


- Monseigneur, nos espions sont formels. L’armée de Brâkmar dynamise son recrutement.
Quelque chose se prépare. 

- Vos inquiétudes ne sont pas nouvelles Général, vous êtes toujours sur le pied de
guerre, c’est tout à votre honneur. Mais enfin, pourquoi s’alarmer ? Les plaines de Cania sont sous contrôle, elles offrent une vue dégagée sur
plusieurs lieues autour de Bonta, ce qui court-circuite toute tentative d’invasion surprise.

- Monseigneur, si vous permettez : le danger est plus grand qu’il n’y paraît. Les
plaines de Cania s’étendent au sud, jusqu’aux landes de Sidimote… » le couteau ouvragé d’Amayiro survola le papier « A l’est, elles couvrent
tout le territoire qui nous sépare d’Astrub, une ville pleine de mercenaires, toujours prêts à mettre leurs épées au service du plus
offrant…

- Où voulez-vous en venir Général ? Vous voyez bien que Bonta est protégée par tous
ces territoires.

- Avec tout le respect que je vous dois Monseigneur, elle n’est pas protégée : elle
est isolée. Qu’arriverait-il si les forces brâkmariennes parvenaient à rallier Astrub ? Elles bénéficieraient d’un contingent tout frais qui surpasserait largement le
nôtre. »


Amayiro planta son couteau au travers de la carte et recula d’un pas. Il croisa les bras
et conclut en lissant sa moustache :


- Une alternative alléchante à laquelle Oto
Mustam
, mon éternel rival, aura sûrement déjà pensé. Et s’il veut mettre ce plan à exécution, alors, il devra passer par là.


D’un geste de la main, le militaire invita Danathor à regarder l’endroit où il avait
planté sa lame. Danathor constata qu’il s’agissait de la région d’Amakna, de la forêt qui avoisinait le village et, plus précisément, le hasard l’ayant voulut ainsi, d’une clairière avec un
ruisseau où une jeune Osamodas essayait désespérément de faire obéir un bouftou géant au grand nombre de ses injonctions.


Au bord de la rivière, quelques animaux s’étaient rassemblés, curieux, pour observer le
spectacle.


« Debout Baalthor ! En garde ! Tu es un bouftou de combat : debout,
j’ai dit ! »


Depuis qu’il avait découvert la position assise, « Baalthor » n’en démordait
pas. Il mâchait ce qu’il restait de comestible à sa portée puis se traînait en avant avec ses sabots antérieurs, jusqu’à toute nouvelle chose qu’il eut pu ingurgiter. Ecureuils et petits lapins
éclatèrent de rire. Anyou s’énerva et les choisit pour cible :


« ATTAAAAQUE BAALTHOR !!! »


Hélas, Baalthor s’enfuit dans la direction opposée. Anyou eut juste le temps d’attraper
sa queue pour le retenir, mais elle ne parvint qu’à lui arracher quelques touffes de laine. « Viens ici sale bête où je te coupe les cornes !! Obéis je te
dis !!!! »


Sur le bord de la rivière, les animaux étaient tellement hilares qu’ils manquèrent de
tomber à l’eau.


 « J’en ai marre ! hurla Anyou en dégainant son fouet, Pourquoi personne
ne fait comme je lui dis ?! COUChé, MAINTENANT ! »


Tout à coup, pour une raison inconnue, Baalthor valdingua dans les fourrés… Propulsé en
arrière par un énorme choc, il disparut dans un nuage de fumée semblable à celui qui l’avait vu naître.


A travers le rideau de poussière qui masquait de nouveau la clairière, Anyou perçut le
son d’une voix.


 « Ca alors, vous avez vu ? Ce Bouftou Géant… C’était une
invocation ! »


Un groupe de trois personnes fit son apparition. De toute évidence ils étaient à
l’origine du coup qui avait fait chanceler Baalthor. Il y avait là deux hommes en armures légères rouges et noires, et une jeune femme, sans signe distinctif particulier si ce n’était le voile
qui lui couvrait une partie du visage et que surmontaient deux très beaux yeux clairs : ils dégageaient quelque chose de doux, triste et vulnérable, qu’on ne s’attendait pas à trouver chez
l’un des plus fameux assassins du pays… Anniki était une adoratrice de Sram, Dieu des voleurs. Elle était présentement accompagnée de deux éclaireurs brâkmariens. Mais tout cela, Anyou ne le
savait pas.


- Regardez ! Une petite Osamodas ! s’écria le premier éclaireur, apparemment
le plus bavard de la bande, Hahaha ! Ca n’est quand même pas toi qui a invoqué cette grosse bêbête… ?


Anyou recula, cherchant des yeux le retour inespéré de Zeurg.


- C’est dangereux les petites comme toi poursuivit le soldat, alors le mieux, c’est que
tu grandisses pas.


Il s’avançait à présent, avec l’intention évidente de porter un coup à Anyou. Derrière
lui, la Sram s’écria : « Non, attend ! » Mais avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, Anyou, bien que paniquée, avait eu le temps de formuler une invocation :
« CORBEAU!! »


Un point noir apparut sur le front du brâkmarien, grossissant à vue d’œil. Bientôt, une
ombre le recouvrit de la tête aux pieds et le soldat eut tout juste le temps de bondir pour éviter la chute d’un gigantesque oiseau noir, lequel vint percuter le sol à l’endroit précis où il se
trouvait.


Les yeux écarquillés, le guerrier regarda le corbeau, colossal et immobile, qui était
planté par le bec à quelques centimètres de lui. Anyou partageait sa surprise. Elle n’en oublia pas pour autant de s’enfuir, tout en répétant « CORBEAU ! CORBEAU ! » aussi
rapidement que son souffle le lui permettait.


« Vite, attrape-la ! » ordonna la Sram à l’éclaireur, sans cacher son air
amusé tandis que le soldat poursuivait la jeune fille en évitant de peu les oiseaux géants qui s’abattaient sur son chemin.


Finalement, couvert de poussière, l’éclaireur rapporta Anyou, qu’il avait coincée sous
son bras, jusqu’à ses deux compagnons. Il poussa un petit cri de surprise lorsqu’elle lui mordit les fesses avec fureur, puis la laissa rouler à terre.


« Intéressante cette petite. » constata la Sram avec un regard absent,
« Mais dangereuse, incontrôlable… » conclut-elle en s’écartant. Derrière elle, l’autre soldat avait sorti son épée. Il en vérifia le tranchant et l’abattit sur Anyou… Un éclair de métal
jaillit lorsque sa lame heurta l’extrémité d’une lance de fer. L’épée du soldat vola dans les airs : on l’avait désarmé.


Anniki n’eut pas besoin de tourner la tête pour deviner l’identité de celui qui venait
d’intervenir. « Tu en as mis du temps… » estima-t-elle simplement.


 « C’est que vous n’êtes pas les seuls à faire du grabuge dans cette
forêt. » répondit une voix grave, presque métallique. Celui qui avait parlé était revêtu d’une armure de plate complète. Ses mains tenaient fermement la lance avec laquelle il venait de
sauver la vie d’Anyou. Son visage était protégé d’un heaume d’argent qui scintillait sous le plein soleil de midi. Il s’en échappait une barbe blanche, laquelle tombait en cascade sur la partie
supérieure de son plastron.


« Mais qui… qui êtes-vous ? » bredouilla Anyou, encore sous le choc des
évènements.

« Ah ! Merci ! J’attendais que quelqu’un me pose la question !
repartit le combattant, « Je suis : Neuthr. James Neuthr, chevalier errant, protecteur d’Amakna et de tous les sages qui refusent de prendre
part à une guerre de fous qui ne connaîtra jamais de fin. »


« Tu es surtout un vieux fantôme ahuri qui se mêle de ce qui ne le regarde pas,
renchérit l’éclaireur qui venait de ramasser son arme, et puisque ces bons à rien de Bontariens ne sont pas fichus de t’éliminer, nous allons faire ça nous-mêmes. » ajouta-t-il en faisant
signe d’avancer à son compagnon, lequel brandit son sabre à son tour.


Lire la suite – Chapitre 7ème
-







« Chat perché »

...

...

Lorsque chante l’obus et fleurit la mitraille,

Que des sangs ennemis colorent les clochers,
Nous traversons gaiement la bruyante pagaille
Pour aller dans le champ jouer à « chat perché ».

La grenade qui saute, l’immeuble qui s’effondre,
Nous donnent le signal, à nous autres gamins
Qui partons aussitôt en riant nous confondre
Au décor immortel des vestiges humains.

Vers un fourgon crevé les uns se réfugient,
Sur un char éclaté d’autres ont leur vigie :
Nous grimpons dans les arbres ! Nous grimpons les rochers !

A nos yeux enfantins tout peut servir de branche,
Des amas de ferraille aux plus fragiles planches,
Pour narguer la Faucheuse en criant « Chat perché ! »

Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 5ème


regard
Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans
un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre 5


Au départ j’ai gardé ça pour moi. Comme par peur de les voir disparaître à nouveau si je
révélais leur présence. Les pixels sont restés. Ils se sont agglutinés au point que j’aie devant moi un grand espace éclairé, avec des couleurs, plus ou moins floues. Ce qui me perturbait
beaucoup, c’est que cet espace était toujours là. Je veux dire qu’il m’était impossible de le faire disparaître, même en fermant les yeux. Et il bougeait sans arrêt : lorsque je passais la
journée allongé sur mon lit à attendre le retour de Sam’, les couleurs changeaient, tournaient et virevoltaient sans que j’y puisse rien.


Heureusement, le soir, pour je ne sais quelle raison, j’avais un répit et je parvenais à
m’endormir après que nous ayons fait l’amour.

A force, bien sûr, j’ai fini par me confier à Sam’. Elle était toute excitée à l’idée
que, peut-être, ma vue revenait. Elle m’encouragea à aller voir un médecin, mais je n’avais plus confiance. J’y allais tout de même, sur son insistance.


La séance fut une répétition de « Et là qu’est-ce que vous voyez ? » et
de « Hmm hmm… » énigmatiques. Le médecin m’expliqua que, bien que j’aie vu des couleurs, elles ne correspondaient pas aux stimuli visuels qu’il avait provoqués… Qu’en fait, j’étais
toujours aveugle, mais que c’était bizarre.


Quand je lui racontai mon entrevue, Sam’ dit que ce qui était bizarre, c’était le
médecin. Elle m’emmena chez un autre médecin, de sa connaissance cette fois, et je passais les tests avec beaucoup plus de succès. Je compris pourquoi lorsque nous rentrâmes.


Contrairement à l’accoutumé Sam’ avait rejoint le lit avant moi.
« J’éteins ! » avait-elle crié alors que je me rafraichissais, dans la salle de bain. Un voile noir s’était posé sur mes yeux.


- Rallume Sam’ ! avais-je à mon tour lancé aux hasard des échos du
couloir.

- Pourquoi ?

- Rallume s’il te plait !


La lumière était revenue. En me concentrant, je reconnaissais même notre chambre.
C’était par les yeux de Sam’ que je voyais.

 


Lire la suite -Chapitre
6ème
-










Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 6ème


regard
Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans
un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre
6


Le phénomène tenait du surnaturel. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, il
ne faisait plus aucun doute.


Je voyais de mieux en mieux. Lorsque Sam’ était absente, ça avait tout du
calvaire : marcher en voyant autre chose que ce qui est devant soi ! Mais lorsqu’elle était à mes côtés, lorsqu’elle me soutenait par le bras, c’était de nouveau comme avant. Nous
regardions ensemble dans la même direction, je voyais ce qu’elle voyait, et surtout, je le voyais de la manière qu’elle le voyait.


Si nous regardions la télévision, son regard était ouvert, comme un grand bocal rempli
d’eau qui n’aurait pas de fond. Les images y plongeaient puis disparaissaient une à une. Lorsque nous allions au parc, sous la chaleur de l’été, son regard se voilait d’une sorte de douceur
rêveuse et sucrée. Si nous marchions dans la rue au contraire, j’avais l’impression d’assister à une séance de diapositives, image par image, des dangers à éviter ou des rues à
emprunter.


Lorsqu’elle me regardait enfin, il y avait quelque chose d’indescriptible, une sorte de
chaleur visuelle, déchirante et bienveillante à la fois qui enflammait le fond de sa pupille. Le décor disparaissait pour me laisser, seul, beaucoup plus aimable et beau que je ne l’ai jamais été
dans mon souvenir. Si d’aventure elle ouvrait les yeux en m’embrassant, j’avais le sentiment de m’embrasser moi-même.


Lire la suite – Chapitre 7
-










Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 4ème


regard
Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans
un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre
4


Il y a encore plein de choses que nous avons essayées. Grâce à ma cécité, tout était
prétexte à rire ! J’ai adoré apprendre à jongler sans y voir : ça me donnait l’impression de voler. A tel point que, souvent, je tombais.


Parfois, Sam’ m’emmenait au cinéma voir des films d’horreurs, spectacle qu’elle
redoutait d’affronter seule. Le fait de m’entendre ronfler à côté d’elle la tranquillisait beaucoup : j’avais beau essayé de suivre, c’était sans succès ou carrément
ennuyeux.


La structure d’un film d’horreur apparaît trop clairement à qui ne fait qu’entendre. Au
début des gens rient, s’amusent. Puis ils sont confrontés à un problème, ils s’inquiètent. Ensuite ce sont de grandes plages de silence ponctuées de notes hypersonores ou de
cris.


Sam’ m’a embrassé à la fin de « Saw », lorsque le Dr. Lawrence Gordon utilise
sa scie à métaux pour découper son pied. Nous sommes rentrés chez moi, nous avons fait l’amour.


Faire l’amour avec Sam’, c’était comme recouvrer la vue. Sans doute parce que, de toute
ma vie, je n’avais jamais fait l’amour que dans le noir, et que les sensations, les repères, étaient restés les mêmes malgré mon handicap. Ce qui était neuf, c’est ce qui se passait à
l’intérieur, et qui était invisible pour nous deux.


J’adorais faire l’amour avec Sam’. C’était comme y voir aussi bien qu’elle, en même
temps qu’elle. Nous l’avons fait le plus longtemps possible. Et puis un jour, les pixels sont revenus.


Lire la suite – Chapitre 5ème
-










Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 3ème


regard
Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans
un petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre 3


Avec Sam’, nous avons entrepris de mettre à profit mon nouveau handicap. Il y avait
plein de nouvelles choses à essayer. Comme la cuisine par exemple. Souvent, Sam’ venait cuisiner chez moi. Au début c’était pour rire : elle me passait des ingrédients en pouffant et
refusait toujours de manger ce que j’avais préparé. Elle avait raison dans un sens : ça n’était pas très bon. Mais je m’évertuais à lui faire croire le contraire et nous finîmes par prendre
goût aux saveurs extraordinaires qui sortaient de mes fourneaux, à en rechercher d’autres, à mélanger des mets qui, de prime abord, peuvent sembler difficiles à conjuguer… le camembert et le
Nutella par exemple. Les gens ont trop de préjugés.


A ce propos d’ailleurs, moi qui ai toujours été un peu raciste (quoi que Sam’ prétendit
le contraire) je l’étais beaucoup moins depuis que je n’y voyais plus. Sam’ ne se privait pas de me le faire remarquer, lorsqu’elle me décrivait ces gens avec qui nous sympathisions dans la rue
et dont les origines, d’habitude, provoquaient  chez moi la méfiance. Ca devenait de plus en plus ardu de se considérer comme raciste dans ces conditions. J’en conclus que je ne l’étais
peut-être pas, ou plus.


Nous passions beaucoup de temps dans la rue. Moi plus encore que Sam’ qui, comme elle y
voyait, continuait de travailler. Je travaillais aussi, à ma manière, en vendant un peu de bonne humeur aux gens. C’était une idée de Sam’ au départ. Elle m’avait planté à un carrefour avec ma
canne blanche à pois noirs, une casserole à la main, GPS aux pieds (GPS c’est mon labrador) et, autour du cou, une pancarte qui disait sur une face « WAHOU ! Que vous êtes
belle ! » et sur l’autre « Il faut voir la vie du bon côté ! ». Prise d’une véritable frénésie créative, Sam’ s’était jurée d’inventer un millier de slogans. En tous cas
ceux-là finançaient nos expériences culinaires et me permettaient de passer du temps dehors, à parler avec les gens.


Lire la suite – Chapitre 4ème
-







BONTA vs BRAKMAR: Chapitre 5ème


Bouftou
Voici la suite du
précédent chapitre (que vous pouvez lire ici). N’hésitez pas à vous manifester si ça
vous plait ou si, pour, une raison X, ça ne vous plait pas. Je ne sais pas à quel point ce récit est susceptible de plaire aux joueurs, votre avis compte et m’aidera à savoir si je dois
continuer. Laissez un commentaire!



Titre : BONTA vs BRAKMAR
PARTIE I : Anyou Whop
Episode II
Chapitre 5ème : Exercice pratique

 

Quelques minutes plus tard, c’est un étrange duo qui arriva dans la clairière, celui de Zeurg virevoltant, trainant la jeune Anyou par la cheville et dans la poussière, tandis qu’elle lui assénait des coups
de fouets en hurlant.

Zeurg relâcha Anyou et alla se poser sur une souche non
loin. Maintenant qu’Anyou avait cessé de crier, ils pouvaient apprécier le calme serein qui régnait sur la
clairière, auquel se mêlait, sans le troubler, la chanson d’un ruisseau voisin.

« Alors, fille de Cheffe, vous êtes nulle en géographie, vous êtes pitoyable en histoire, voyons ce que vous valez en magie. Travaux
pratiques, leçon numéro un… »

Bien qu’Anyou fulminât d’entendre les commentaires de Zeurg, elle était trop impatiente
de commencer les travaux pratiques pour protester. Elle se releva, s’épousseta et se prépara à jeter un sort :


- A moi la magie ! Un, deux, trois, j’invoqu…

- Non, non, non. L’interrompit Zeurg, Mais où avez-vous la tête fille de
Cheffe ?


Anyou assassina la bestiole du regard. Zeurg n’y prêta aucune
attention :


- La leçon numéro un consiste en une prière à notre Dieu,
le plus grand de tous,
Osamodas, qui a eu la bonté (et l’ingéniosité en ce qui me concerne) de nous donner forme.
Sans cette
prière quotidienne et matinale, sa magie nous est inaccessible. Chercher à invoquer quoi que ce soit
avant cette prière ne sert donc strictement à rien.

- Même pas vrai. J’y arrive sans prière.

- C’est impossible, fille de Cheffe.

- Si c’est possible.

- Non.

- Si !

- NON !


Zeurg avait quitté sa souche d’un battement d’ailes pour
coller son front cornu contre celui d’Anyou. Groin à nez, cornes à cornes, Maître et élève s’affrontaient du regard : s’il y avait bien une chose à laquelle tenait Zeurg, c’était le respect
du aux Dieux. Anyou ne renonça pas et, se dégageant brusquement, elle cria : « A moi la magie ! Un, deux, trois, j’invoque…
BAALTHOR ! Le bouftou de combat !! »


Une explosion se produisit, accompagnée d’un énorme nuage de fumée, comme si la famille
Ingalsse venait de renverser l’intégralité de ses réserves de farine au-dessus de la clairière. Une odeur de souffre se répandit aux alentours tandis que la fumée s’élevait en colonne. On n’y
voyait plus rien. Toussant, hoquetant, Zeurg parvint à s’extraire du brouillard en trainant Anyou, à demi asphyxiée, jusqu’à la rivière. Il la laissa tomber sur la rive, et lui à ses côtés, pour
contempler le spectacle.


- Par les trois grands dragons rouges, fille de Cheffe ! Qu’avez-vous
fait ?!


Anyou entrouvrit ses yeux larmoyants pour voir ce que leur
révélait la brise chassant la fumée : il s’agissait d’une gigantesque boule de laine avoisinant les trois mètres de haut. Cette boule de laine était pourvue de cornes qui lui partaient de
chaque côté à angles droits, et d’une bouche, gigantesque, avec des dents massives qui, à peine la fumée disparue, se mirent à dévorer tout ce qu’elles trouvaient devant elle. C’était bien
un
bouftou qu’Anyou venait d’invoquer, mais il était de taille.


- J’ai fait comme d’habitude Zeurg. Déclara Anyou une fois relevée. Ne soit pas surpris,
je t’ai déjà expliqué le problème : mes invocations sont trop grosses.


Ca n’eut pas l’air d’aider Zeurg à revenir de son
étonnement. Il restait bouche bée. Anyou le dépassa pour s’approcher du bouftou qui s’en prenait aux arbres à présent. Elle retira son
fouet
de sa ceinture et interpella son tuteur.


- Hey, « professeur », c’est le moment de
m’aider !


Zeurg, encore sous le choc, rejoignit péniblement Anyou qui prenait
position.


- Bon alors, c’est bon là ? Je tiens correctement le fouet ? Mouvement de haut
en bas on a dit, hein ?


Mais Zeurg n’avait pas l’air de s’y intéresser.


- Anyou, il est impossible d’utiliser la magie d’un Dieu
sans s’être d’abord connecté au
flux qui en émane. C’est à ça que servent les prières… Tu me fais une blague là,
pas vrai ?


Anyou fut surprise de s’entendre appeler par son prénom, ce que Zeurg, d’ordinaire, ne
faisait jamais. Il avait l’air vraiment secoué le pauvre, et Anyou était impatiente de passer à l’étape suivante.


- Rhoo ! Mais oui je t’ai fait une blague Zeurg ! J’ai prié ce matin avant de
partir. Haha ! Tu verrais ta tête ! Bon alors, ce fouet, j’ai bon là ?


Zeurg eut un moment d’hésitation avant de secouer vigoureusement le groin. Il se
reprit :


- Ah c’est malin, fille de Cheffe ! On prend du retard avec tout ça. Bon. C’est un
gros bouftou que nous avons là. Inclinez un peu le manche, restez souple sur le poignet. Il faut que ça claque, voilà, ça devrait être bon.


Anyou exécuta un mouvement ample du bras et le fouet claqua sur les fesses du bouftou
qui leur tournait le dos. Au début il ne se passa rien. Le bouftou continuait d’arracher et mâcher des branches d’arbre. Puis, tout à coup, il s’arrêta pour émettre un bruit caverneux et
sonore : un rôt, sans corrélation aucune avec le coup de fouet d’Anyou.


- Hmm, ça commence mal, fille de Cheffe. Faites voir un peu votre fouet ? Mais
c’est un fouet de gamin que vous avez là !

- C’est que, à douze ans, beaucoup croient toujours que je suis une
gamine.

- Pas faux, mais vous êtes la seule gamine connue à
invoquer des bouftous grands comme une maison. Il va falloir qu’on vous équipe correctement pour vous permettre de surmonter votre
handicap.


Anyou fit volte-face :


- Ca n’est pas un handicap Zeurg ! Au contraire, c’est comme… des
superpouvoirs !

- Des superpouvoirs ? Haha ! Je ris ! (Zeurg rit) Il n’y a pas de pouvoir
qu’on ne sache maîtriser fille de Cheffe, ce que vous avez là, c’est un handicap jusqu’à ce que vous en preniez le contrôle. Mais pour l’heure, vous ne savez même pas donner un coup de
fouet!


Anyou rugit :


- Un coup de fouet peut-être pas, mais un coup de pied, si !


Et prenant son élan, elle infligea un violent coup de botte à l’arrière-train de Zeurg
qui, projeté dans les airs, disparu quelque part, loin au-dessus de la forêt, sans autre forme de protestation qu’un long « aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah » qui alla en
s’affaiblissant.

« Wahou ! » se réjouit Anyou, très
impressionnée par sa propre performance. « Ca c’est du coup de pied… » elle regarda la pointe de sa botte puis les fesses du bouftou qui lui tournait toujours le dos.
«
 COUCHE ! » hurla-t-elle en tapant de toutes ses forces. Le
bouftou grogna et s’assit. Anyou, le cul par terre elle aussi, s’esclaffa de joie devant sa demi-réussite : « C’est la première fois qu’il m’obéit ! …enfin
presque. »

 


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-










Je n’ai d’yeux que pour moi : Chapitre 2ème



Voici une nouvelle d’une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans un
petit recueil qu’un ami se propose de m’aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L’aventure promet d’être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
(lire le chapitre précédent)


Chapitre 2


Les derniers pixels ont disparu par groupe de plus en plus nombreux. De sorte qu’ils ont
réussi à me prendre par surprise ce matin là, quand j’ai inutilement ouvert les yeux.

L’angoisse m’a assaillie… et bizarrement, comme il ne se passait rien de plus, elle est
partie. J’avais souvent fait l’expérience lorsque j’y voyais encore : je fermais les yeux en m’imaginant ne plus jamais les rouvrir. Il y avait d’abord un sentiment de perte d’équilibre, de
vulnérabilité, puis les autres sens prenaient le relais.

Il faut être positif, toujours : ça ne sert à rien de se morfondre sur des choses
contre lesquelles on ne peut rien…


Alors c’est ça d’être aveugle ? ai-je pensé. C’était presque plus agréable que de
voir à moitié. Je me suis levé, j’ai fait quelques pas en tâtonnant : je retrouvai mon chemin. Un premier succès ! Aussitôt j’appelai Sam’ pour le lui faire partager. Nous parlâmes
longtemps. Elle était curieuse de savoir comment je me sentais. En un mot : guéri. Guéri et libre ! J’étais un « handicapé », je n’avais plus rien d’autre à faire que de
m’occuper de moi. C’est étrange me suis-je dit : a quoi m’occupais-je donc avant ? A quoi s’occupent les autres ?


J’ai mis de la musique partout dans la maison, avec des parfums. J’ai commencé à
apprendre le braye. La troisième étagère que je pris sur le coin de la figure me convainquit d’adopter un chien : un doux labrador qui ne changea strictement rien au problème des étagères
mais en compagnie duquel je n’hésitais plus à me promener en ville.

J’avais une canne aussi, que Sam’ m’avait offerte. Une blanche lui avais-je
demandé ? Oui m’avait-elle assuré, avec des pois noirs. C’était sans doute la vérité : Sam’ ne dramatisait jamais, et j’étais content qu’elle me poussât à suivre son exemple. Tout était
tellement plus facile comme ça.


Lire la suite – Chapitre
3ème
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