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Philosophie de l’Aventure, personnages & pouvoir absolu

Chat violet à rayures (en voie de disparition)
Chat violet à rayures (en voie de disparition)

On a tous une mécanique interne, quelque chose qui nous pousse à réagir à notre environnement de telle ou telle manière. C’est une sorte de petite « philosophie personnelle », bien qu’elle ne soit pas conceptualisée par tout un chacun et que, dans certains cas, elle soit toute entière héritée de l’éducation… Mais elle est là, chez tout le monde. C’est elle qui pousse la plupart des personnes à dire que le caca c’est sale, et qu’il faut pas y mettre les doigts.

Je veux exposer ma philosophie personnelle ici pour plusieurs raisons :
- Parce que sa lecture permettra de mieux comprendre les articles de ce blog
- Parce que si je me décide (tardivement) à investir de mon temps dans la tenue d’un blog, c’est dans l’objectif de partager (c’est le thème de « l’aventure blog »)
- Parce que cette philosophie personnelle est ma favorite (sans quoi j’en adopterais une autre) et que je l’estime donc forcément digne d’être partagée

Il est probable que les traits de mon raisonnement se retrouvent chez d’autres penseurs, qui les auront plus exactement exprimés que je ne m’apprête à le faire ici. Mais on n’y perd pas à faire son propre cheminement intellectuel et, pour être moins précis, mes mots n’en seront pas forcément moins éloquents aux yeux d’un public qui ne lit pas forcément ce philosophe inconnu qui a déjà tout dit.

La philosophie de l’Aventure

Pour s’ouvrir à cette philosophie, il faut passer certaines étapes (volontairement ou par hasard).

1.La première étape consiste à nier l’objectivité du bien et du mal : ce qui est mal ici peut-être perçu comme bien ailleurs.

2.La deuxième étape consiste à tirer une conclusion du précédent constat : puisqu’il n’y a ni bien ni mal, tout ce que j’ai appris à reconnaître comme bon ou mauvais, ne l’a été que dans l’objectif de m’aider à survivre ou à m’adapter dans un certain milieu.

Une fois ces deux premières étapes franchies, on se retrouve avec le bagage suivant :
- Il n’y a pas de bien ni de mal tant que je me refuse à aborder la question sous cet angle là (la mort n’est donc pas un mal, la vie pas un bien).
- Tout ce que je connais n’a donc de valeur que celle que je suis prêt à lui donner.

Equipé comme cela, la vie ne présente plus d’intérêt particulier, pas plus que la mort en tous cas, à moins de prendre en compte le facteur occasion/temps, ce qui est une des clefs de cette philosophie : si la vie ne vaut pas plus que la mort, on sait néanmoins qu’elle a un début et une fin, tout aussi bien qu’on sait que la mort est inévitable. La vie vaut donc la peine d’être vécue, au titre de l’expérience.

Puisqu’il n’y a ni bien ni mal, il reste les faits. Les faits c’est l’action (au sens « d’agir »), c’est l’expérience (au sens de « nouvelle expérience » ou d’ « aventure »).

Si la vie n’est ni bonne ni mauvaise et que la mort non plus, on aborde le fait d’être vivant sous l’angle d’une occasion à prendre: on n’a qu’une vie, ça ne coute rien d’essayer de la vivre puisqu’on y perd rien à mourir plutôt tard que tôt.

Mettons que poser la question de savoir si la vie vaut la peine d’être vécu ait été une troisième étape, et la réponse à cette question (considérer la vie comme une expérience qu’il ne coute rien d’essayer) une quatrième.

La cinquième étape doit normalement nous reconduire à l’état primaire: celui dans lequel nous étions avant de découvrir l’absence de bien et de mal, en train de « vivre notre vie ».

Hélas/heureusement, ça n’est plus possible, ou partiellement : nous avons pris conscience de l’absence de bien et de mal et du fait que notre place sociale, le sens que nous donnions à notre vie, etc. n’étaient en fait que des subterfuges prodigués par la société dans le but de maintenir la cohésion (pour ne pas dire « asservir  l’esprit », dans la douceur ou dans la douleur) de ceux qui la composent.

Qu’on la chasse ou non, la conscience que tout ce qui nous entoure pourrait aussi bien être complètement différent reste tapis dans le coin de notre tête. On peut essayer d’enfouir cette conscience ou bien de la réveiller, c’est au choix et selon l’envergure des capacités psychologiques de chacun.

Néanmoins, une fois qu’on a fait cette démarche de vivre sa vie pour ce qu’elle est, c’est à dire une expérience (ou aventure), plutôt que la mort qu’on aura de toute façon l’occasion d’expérimenter plus tard, on va être confronté à de nouvelles occasions d’expérimenter, sans vraie raison de se refuser à ces nouvelles expériences puisqu’on n’est plus embarrassé de concepts tels que le bien et le mal.

C’est à dire qu’une fois passé les cinq premières étapes, il n’y a plus rien qui nous soit interdit par la morale, la conscience ou la peur.

Deux éléments mettent un bémol à ce postulat :
- Il est aussi difficile de faire abstraction du passage des cinq étapes en retournant à « l’état primaire » qu’il est difficile de faire abstraction des valeurs qui régissaient notre vie avant le passage des cinq étapes.
- Bien que mourir ne soit pas plus un mal qu’un bien, la vie revêt une certaine valeur du fait qu’elle ait une durée limitée. Ca reste intéressant d’essayer de la conserver.

Pour résumer la situation : un déclic basé sur la découverte de l’absence de bien et de mal nous convainc que la seule chose qui compte c’est l’action, l’expérience, c’est à dire l’aventure. La vie est la première grande aventure à saisir, il faut la préférer à la mort qui est une aventure à laquelle on sait déjà qu’on n’échappera pas. Une nouvelle question se pose quant à la manière de vivre sa vie désormais, puisque celle qu’on vivait jusqu’à présent n’a plus de fondements objectifs… Or, s ‘il est très difficile de changer radicalement de vie, il l’est aussi de reprendre le rôle d’un personnage dont on a brisé la coquille.

Nous voilà donc, passé les cinq étapes, revenus à l’état primaire qui est en fait, compte tenus des cinq étapes franchies, un état secondaire.

Dans cet état secondaire, beaucoup de choses n’échappent plus à notre perception. On a pu reprendre ses propres habitudes en n’ignorant pas qu’elles n’avaient pas de fondements objectifs, on n’en est pas moins devenu très critique au sujet de son propre comportement et du comportement des autres. Finalement, en ne cessant pas d’observer les choses et de se dire qu’elles pourraient être autres, on en vient à envisager la vie avec un grand manque de sérieux (d’ailleurs, le sérieux n’est il pas dépendant de l’idée du mal ?).

Voici un exemple concret :

Lundi matin, vous vous rendez à la fac de droit, vous croisez votre professeur dans le couloir, habillé en robe rouge, et l’homme illustre, récepteur de tout ce savoir que vous êtes venu acquérir par sa bouche vous adresse, ô joie, ô nirvana, un imperceptible mouvement du menton.

Dans la nuit de lundi à mardi, vous vous réveillez en sursaut : vous venez de réaliser que les kamikazes du onze septembre ont donné leur vie pour une cause qu’ils trouvaient juste et que les choses n’ont en fait de valeur que celle qu’on est prêt à leur donner… Mais comme vous ne savez pas bien où ça peut vous mener, vous vous rendormez et décidez de retourner à la fac le mardi matin bien que finalement ça n’ait plus aucune importance vu que la vie n’a pour objectif que d’être vécue, peu importe comment.

Mardi matin, vous croisez votre prof à nouveau dans les couloirs, il n’est plus un modèle, il n’est plus le sommet inaccessible d’une montagne faite de réussites financière et intellectuelle que ça n’aurait de toute façon aucun sens de gravir, il est juste quelqu’un qui fait la même expérience que vous, à savoir « vivre », et vous n’êtes même pas certain qu’il soit bien au courant.

A présent, tous les gens qui vous entourent sont devenus des personnages de fictions. Des gens qui, bon gré mal gré, ont décidé de jouer le rôle qui manquait à leur pièce de théâtre du quotidien. L’un aurait pu devenir prophète ou boulanger mais il est devenu professeur de droit, l’autre coureur cycliste ou poète, mais il est devenu chauffeur de taxi… Et vous-même, dans tout ça ?

Eh bien vous, vous avez découvert que vous étiez en fait sur scène et qu’ayant brisé la coquille de votre propre personnage, tous les rôles sont désormais à votre portée. Certains plus ou moins accessibles, certains abordables sous des angles restreints uniquement, mais tous accessibles, ça ne tient plus qu’à vous de les jouer, de saisir l’aventure que représente chaque interprétation d’un nouveau rôle.

Les aventures sont innombrables, elles sont richissimes, elles vont d’épouser une cause révolutionnaire à fonder une famille… Une aventure en est une tant qu’elle n’a pas été vécu deux fois. C’est la seule règle.

Vivre l’aventure qu’est la vie, en ayant conscience qu’il ne s’agit de rien de plus, mais en se refusant les plus petites aventures qui sont cachées en son sein n’a aucun sens à mes yeux : si je me contente de vivre ce dont je sais déjà que ça va m’arriver, à quoi bon le vivre ? Ce serait l’expérimenter deux fois. Ce ne serait pas cohérent.

Pour résumer: il faut saisir toutes les occasions qui passent, et embrasser l’aventure quand elle est à portée.

L’artifice de la création de personnages

Au plus je vis des aventures différentes, au plus j’incarne des personnages différents, soit que ces personnages naissent de l’expérience que m’aura apporté une aventure, soient qu’ils constituent un outil pour me permettre de m’y plonger. Parfois ces personnages ont pris suffisamment de consistance pour que j’ai pu leur donner un nom. Ils ont alors des traits distincts du socle que je constitue, même si la plupart des éléments se recoupent toujours et que, tous ces personnages fusionnés en un seul, forme celui que je suis constamment en train de devenir, avec cette valeur que je donne à la vie qui n’est pas autre que celle d’une aventure, comme une poupée russe, garnie d’autres aventures à saisir.

Le “pouvoir absolu”

C’est le nom que je donne au franchissement des cinq étapes (il en fallait un), une sorte de découverte qui permet de s’émanciper de tout sauf la mort. On peut essayer d’oublier ce pouvoir, mais c’est difficile, on peut aussi en abuser mais le fait est que l’esprit humain a besoin d’une certaine structure s’il ne veut pas sombrer dans la folie. Même si la folie n’est pas un mal en soi (comment pourrais-je dire le contraire à présent ?) reste que c’est une caractéristique qui peut nuire à l’aventure qu’est la vie… ou pas d’ailleurs, mais accéder à la folie n’est pas forcément un processus réversible, c’est une aventure que je ne tenterai donc que plus tard, s’il me reste du temps après avoir vécu toutes ces autres expériences qui me font davantage envie.

>> Lire les articles connexes à partir du SOMMAIRE

>> Lire le “Tableau simplifié: Evolution du philosophe de l’Aventure

8 réponses à to “Philosophie de l’Aventure, personnages & pouvoir absolu”

  • Marie:

    J’aime beaucoup didon
    (et mainnan j’arrête de commenter ça suffit, j’ai dépassé mon quota de 3 commentaires par an)

  • J’ai eu du mal à te suivre par moment, mais c’est un point de vue intéressant.

    C’est amusant, parce que je suis d’accord avec certains bouts, mais pas tous… C’est comme si j’avais suivi un raisonnement différent mais que j’arrive aux mêmes conclusions que toi, à quelques points près.

    Effectivement, la notion de bien et de mal varie en fonction de l’endroit et des personnes avec qui l’ont se trouve. Mais elles n’en cessent pas moins d’exister pour autant… A chacun de choisir les siennes (et d’en changer), mais il faut en choisir. Pourquoi ? Tu le dis toi-même : survivre et s’adapter.
    Un être qui vit dans une société sans en adopter les usages les plus importants va en être rejeté. Et je crois que même quelqu’un qui a l’esprit assez solide pour vivre par lui-même aura toujours besoin un tant soi peu de quelqu’un d’autre (un exemple parmi d’autres : l’échange est la base des expériences, et on ne peut échanger seul).
    Donc, il faut faire des compromis, accepter des entorses à ses principes pour trouver une société dont on puisse faire partie (quitte à en changer lorsqu’on en trouvera une qui demande moins de compromis/sacrifices, et dans laquelle on sera donc plus à l’aise). Ces compromis incluent, je crois, de ne pas commettre des actions qui sont considérées comme mauvaises par cette société.

    Nos raisonnements divergent donc dès ton “étape 2″, mais je n’en suis pas moins d’accord avec certains autres points : il faut profiter de la grande occasion que présente la vie, saisir les expériences qui passent à notre portée, “en profiter avant qu’il soit trop tard”.

    on en vient à envisager la vie avec un grand manque de sérieux
    Voilà une conclusion qui m’a fort interpellé… Je n’y avais jamais songé, et aucune des réflexions dont j’ai suivi la route n’y mène. Je vais me pencher là-dessus, c’est une voie inédite.

    A présent, tous les gens qui vous entourent sont devenus des personnages de fictions.
    Oulà. Tu réfléchis loin toi :) C’est la suite logique de la conclusion précédente, mais à priori je suis pas d’accord : ce n’est pas parce que les choses pourraient être tout à fait différentes, que ça en deviens forcément irréel, inventé, sans réelle importance. Les personnes autour ont aussi leurs réflexions, leurs choix, leur notion bien/mal (et c’est pour ça qu’elles créent des opportunités d’échange, d’expérience). Ou alors je comprend le mot “fiction” dans un autre sens que toi ?

    ayant brisé la coquille de votre propre personnage, tous les rôles sont désormais à votre portée
    Personnellement, je pose la question autrement : “qui ais-je envie d’être pour les autres ?” (entendre “ceux qui me sont chers”, le reste de la société, je m’en bats l’oeil). Je sais qui je suis pour moi, j’ai “fixé” ma personnalité, reste à créer et faire évoluer la personne (pas le personnage) que je suis pour les autres. Mais je raconterai pas ça ici, mon commentaire est déjà assez long comme ça :p

  • Lyael:

    Tout ceci ressemble fort à la philosophie de l’Existencialisme prônée par Jean-Paul Sartre ou Albert Camus qui n’appellent pas celui qui vit l’Existencialisme un Aventurier mais un homme révolté. Une inspiration ou rien à voir ?  J’ai clairement l’impression de voir de nombreux points communs entre vos assertions et celles de nos écrivains du 20eme.

  • Lyael:

    Je te conseille vraiment la lecture de “l’homme révolté” d’Albert Camus. Je pense sincèrement que tu t’y retrouveras partiellement au moins, cela correspond pas mal à ce que j’ai pu lire ici. Bon courage dans la suite de tes projets. ;)

    Lyael. 

  • Erell:

    Bonjour Nabolo !

    J’ai été très intéressée par ton concept de philosophie de l’Aventure. J’avoue me sentir très proche de ce “mode de vie”, mais n’avais jamais pris le temps d’en établir les fondements théoriques de manière structurée, ayant plutôt une philosophie composée de bric et de brocs.
    Je trouve le cheminement (les cinq étapes) menant au pouvoir absolu plutôt judicieux.
    Ce qui m’interpelle, c’est que tu n’intègres que très peu la religion dans ton concept, or il me semble qu’afin de parvenir à l’étape numéro une il faut être passé par une acceptation de la non-existence de la vie après la mort.
    Tu parles de la mort comme d’une aventure à connaître le plus tard possible, mais est-il réellement possible de s’investir
    - totalement : Si la mort est considérée comme une aventure supplémentaire et, qui plus est, éternelle, l’Aventurier peut-il s’engager corps et âme dans le cours laps de temps qu’est la vie en comparaison ?
    - sans crainte : Je doute qu’un individu nourrissant encore des doutes quant à l’existence potentielle d’une vie après la mort (quasiment toujours associée au concept de rétribution du bien/mal fait pendant la vie sur terre) prenne le risque de réfuter ces concepts durant sa vie terrestre. Ou alors c’est un gros parieur car il a, en toute objectivité, beaucoup plus à perdre qu’à gagner…
    J’ai encore d’autres questions à te poser, mais on va y aller point par point, sinon c’est bien trop fastidieux !!

    Erell 

  • Vaftyr:

    Bonsoir et félicitations d’avoir su éclaircir ce sujet qui m’est très familier également ^^ . 

    Ce fameux ‘pouvoir absolu’ me permet de m’émanciper de tout, y compris la mort; reste à voir si l’instinct de survie est plus puissant que mon esprit, ce qui est fort probable.

    Bonne continuation.

  • Pachibouzouks:

    Je trouve cet article (comme les autres) trèsintéressant.

    Surtout par le fait que j’ai (très) souvent tourné et retourné ces différentes pensées dans ma tête (bien et mal, expérence unique qu’est la vie, impression quelque fois “joué” genre truman show
    du fait qu’on est tous dans le meme moule mais qu’on est tous acteur du film du prochain qui croisera notre route, enfin, je m’éterniserai pas ce soir dessus.

    Juste, c’est très interessant de voir ces pensées mises à l’écrit et correctement rédigées et comment dire, répertorié ou classé … qui change du fouilli de ma tête. et surtout vu du point de
    vue d’une autre personne, donc forcément légèrement différent.

    Bref, je t’encourage à continuer, c’est bénéfique pour moi de lire tes articles et comparer mes pensées, expériences, il est si rare de voir des blogs correctement rédigés et qui ne partent pas
    dans tous les sens.

  • Il est si rare de lire un commentaire qui ne dit pas que je pars dans tous les sens! XD

    Ceci dit, j’expérimente en ce moment, pour pouvoir rédiger sur la philosophie de l’aventure plus tard, un petit manuel ou truc du genre. Mais quelques éléments me posent soucis, comme le fait
    d’agir bénéfiquement ou non (alors que le bien absolu n’existe pas); l’absence de catégorisation prêchée par mon maître kung-fu (lire les articles sur la chine), et d’autres choses encore. Je
    détaille pas: je suis allongé dans une capsule à Tokyo. ++

     

    (comme je me la pète)